| Année: |
1926 |
| Pays: |
Thaïlande |
| Mission: |
Bangkok |
| Rédacteur: | Mgr Perros |
CHAPITRE VII
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Groupe des Missions
de l’Indochine Occidentale
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I. — Bangkok.
Population catholique 30.457
Baptêmes d’adultes 305
Baptêmes d’enfants de païens 1.170
Mgr Perros nous écrit : « L’exercice 1925-1926 a produit dans notre Mission des résultats légèrement supérieurs à ceux des années précédentes. Avec l’augmentation de la population chrétienne, les chiffres des confessions et des communions progresse constamment ; celui des baptêmes d’adultes a également augmenté un peu, ainsi que celui des baptêmes d’enfants de païens, nos intercesseurs au Ciel. Que le bon Dieu soit remercié !
M. Richard m’écrit de Donkabuang : « Je suis heureux de pouvoir vous annoncer une petite gerbe de 89 baptêmes, c’est presque un record pour Donkabuang... L’an dernier, au mois de septembre, la peste a fait son apparition à Banpong ; elle y a régné plusieurs mois et ses victimes ont été nombreuses. Grâce à Dieu, les chrétiens ont été pour ainsi dire épargnés et je n’ai eu à déplorer que trois morts. Saint Joseph a dû protéger cette jeune chrétienté de Banpong. La prévention contre notre sainte Religion est grande dans ce marché chinois. Grands et petits commerçants sont réfractaires à la foi... Une consolation a été de constater que l’école est mieux fréquentée que l’an dernier. Il est bien difficile de conserver les enfants à l’école durant toute l’année : aussitôt que les pluies commencent à tomber, ils sont contents de dire que le travail ne manque pas à la maison et que les parents ont besoin d’eux. A Nonghin, les chrétiens ont été éprouvés trois années de suite : les deux années précédentes par les inondations trop fortes et l’an dernier par la sécheresse... La population chrétienne de Thava et de Thamuang est composée en grande partie de planteurs de tabac. Cette profession a des désavantages considérables, et cependant il n’est pas facile de convaincre les chrétiens d’abandonner une plantation qu’ils jugent plus rémunératrice, pour se livrer à une autre qui leur faciliterait les pratiques religieuses tout en leur permettant de vivre. Le tabac exige un personnel nombreux qui se fait payer très cher, car le travail est absorbant. En outre, pour cultiver le tabac, il faut un terrain neuf, fertile, c’est-à-dire qu’au bout de quelques années le premier terrain défriché est épuisé et ne donne plus qu’un produit de qualité médiocre ; il faut alors trouver un autre terrain et pour cela s’enfoncer dans la forêt vierge, de plus en plus loin de toute église. Les chrétiens en viennent à oublier le précepte dominical ; peu à peu l’indifférence s’en mêle, et il n’est pas rare d’en rencontrer qui vivent ainsi des années entières, en dehors de tout exercice religieux. Les enfants nés alors ne sont pas baptisés, ou s’ils le sont, ils ne reçoivent aucune instruction et deviennent vite païens. »
Dans nos chrétientés chinoises, il y a un va-et-vient continuel entre Siam et la Chine. Le nombre des immigrants chinois ne fait qu’augmenter pendant les troubles qui bouleversent l’Empire du Milieu ; chaque semaine les bateaux amènent des milliers de Chinois venant au Siam dans l’espoir d’y gagner leur vie plus aisément qu’au pays natal. Mais une fois qu’ils ont réussi à amasser une certaine somme, ils se font pour la plupart un devoir d’aller la dépenser en Chine, sauf à revenir recommencer ensuite. Ce fait, général parmi les païens, se réalise également parmi les chrétiens. C’est la remarque de M. Fouillat, chargé du beau district de Lamsai : Après avoir noté que « les chrétiens ont accompli leurs devoirs d’une manière satisfaisante quoiqu’il pourrait y avoir mieux encore », il ajoute : « Au point de vue matériel, les Chinois ont fait des bénéfices considérables ; aussi plusieurs familles enrichies ont quitté Lamsai pour s’en aller définitivement en Chine. »
Le fait saillant de l’année a été la Visite de Son Excellence le Délégué Apostolique, Mgr Aiuti, du 15 au 24 avril. Cette première Visite a eu principalement pour objet les communautés religieuses et les établissements scolaires. Son Excellence s’est intéressée à tous les détails, a donné d’excellents conseils et insisté spécialement sur l’enseignement de la religion aux païens. Sur ce point, nous nous heurtons ici à des difficultés qui n’existent pas ailleurs, au moins au même degré : En voulant obliger les élèves païens à étudier la doctrine chrétienne, nous nous les aliénons et ils nous quittent pour toujours ; tandis que, en procédant avec tact et modération, nous arrivons à modifier la mentalité païenne en faveur du catholicisme et obtenons chaque année un certain nombre de conversions parmi les élèves de nos collèges.
Un résultat des plus heureux de cette Visite a été de donner aux païens aussi bien qu’aux chrétiens une haute idée de la Catholicité et de la hiérarchie de l’Eglise : Voyant de leurs yeux un Envoyé du Saint-Père et entendant ses exhortations, ils comprirent plus clairement l’universalité de la Religion catholique. Mgr Aiuti eut une audience du nouveau Roi et remit à Sa Majesté un souvenir de la part de S. S. Pie XI. Reçu officiellement dans la grande Salle du Trône, l’Envoyé du Saint-Père fut d’autant plus remarqué, et le fait relaté au Journal officiel fut publié par tous les journaux locaux.
A l’issue de cette audience, le Roi manifesta son désir de visiter un jour le Collège de l’Assomption. De fait, le 7 mai, Leurs Majestés le Roi et la Reine arrivaient en une somptueuse automobile, suivis d’un cortège d’Aides de Camp et de Dames d’Honneur, et venaient prendre place au préau central transformé en salon d’honneur, où deux trônes sous un baldaquin avaient été préparés. Après les souhaits de bienvenue et les adresses — en trois langues — auxquelles le Roi répondit avec un tact et une simplicité empreintes de la plus grande bienveillance, les élèves se rendirent dans leurs classes respectives. Leurs Majestés tinrent à les visiter, posant des questions aux élèves et feuilletant leurs cahiers. Puis quittant le Collège, Elles firent également une gracieuse apparition au Couvent de l’Assomption, chez les Sœurs de Saint-Paul entourées de leurs élèves ; il faut dire que parmi celles-ci se trouvent deux jeunes sœurs de la Reine de même que son petit frère est parmi les élèves du Collège.
Cette visite royale est un haut témoignage d’estime donné aux Chers Frères et aux Chères Sœurs, et prouve combien leur œuvre d’éducation est appréciée. M. Gastal, qui est chargé des catéchismes et de la direction spirituelle au Collège ainsi qu’au Couvent de l’Assomption, ajoute les remarques suivantes au compte rendu de ces établissements : « Comme par le passé, les élèves ont donné dans l’ensemble toute satisfaction au point de vue de la piété, de la con-duite, du bon esprit et de la bonne volonté à suivre les cours d’instruction religieuse. Sur ce dernier point, les résultats des différentes compositions de l’année, comme Votre Grandeur elle même a pu s’en rendre compte, en font foi. La Croisade Eucharistique a été établie au Couvent Saint-Joseph depuis octobre 1925 : Réunion de toutes les adhérentes le 1er vendredi de chaque mois, réunion des zélatrices tous les quinze jours. Je constate avec joie que cette pieuse association est un puissant stimulant pour la formation eucharistique des enfants. J’espère qu’elle sera aussi un gage de leur persévérance et une source de bénédictions divines pour le Couvent et la Mission. Un centre de l’Apostolat de la Prière, pour les orphelines ayant fini leurs cours et les anciennes élèves, a été établi également au début de l’année au Couvent Saint-Joseph ; une réunion a lieu tous les mois. Les chiffres du présent compte rendu pour le nombre d’élèves chrétiennes, baptêmes d’adultes, communions de dévotion, sont légèrement supérieurs à ceux de l’an dernier. Ils font honneur au zèle éclairé, prudent et discret des Sœurs de Saint-Paul de Chartres qui se dévouent à l’œuvre de l’éducation chrétienne de la jeunesse siamoise au Couvent Saint-Joseph. »
Malgré tous nos efforts, le travail de conversion au Siam avance très lentement. Le grand obstacle qui empêche la bonne semence de germer a été signalé maintes fois : l’apathie des esprits imprégnés de bouddhisme. Il semble qu’aucune considération surnaturelle ne puisse faire effet sur ces gens blasés par l’orgueil du « moi » humain, qui est le fond de la doctrine de Bouddha. Mais là où les efforts de l’ouvrier apostolique échouent, la grâce du Divin Maître reste toute puissante. Aussi, depuis longtemps, désirions-nous ardemment établir dans notre Mission un foyer de prières d’où montassent sans cesse vers le Ciel des supplications en faveur de ces pauvres aveugles. Le rêve longtemps caressé est devenu une réalité : depuis le mois de septembre 1925, quatorze Religieuses Carmélites sont installées à Bangkok et prient pour les païens et les chrétiens, pour le troupeau et les pasteurs. Leur local, bien que régulier, est encore très sommaire, et ne constitue qu’une partie de l’établissement définitif ; il ne permet pas encore de recevoir des postulantes, mais l’important existe, la base est constituée, le reste viendra avec la grâce de Dieu et le temps. Le Carmel est dédié à Notre-Dame Médiatrice de toutes les grâces et à Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus.
C’est aussi à cette « chère petite Sainte » qu’est dédiée la nouvelle chapelle de Bannakhok, bénite le 25 août 1925, dans la province de l’ancienne capitale, Ajuthia, à quelques heures de Banplaina, centre du district. Il y a là une quantité de chrétiens dont la vie n’était pas des plus exemplaires : sous prétexte de gagner plus facilement leur subsistance corporelle, ils s’étaient éloignés de l’église, peu à peu avaient pris l’habitude d’omettre leurs devoirs religieux, et fatalement avaient glissé sur la pente de la perdition, se mettant en situation irrégulière, chrétiens avec païennes, ayant des enfants qu’ils ne faisaient ni baptiser ni instruire, d’où perte totale des âmes. C’est pour atteindre surtout ces brebis égarées qu’a été construite cette chapelle de Bannakhok, qui pourra devenir un centre important, grâce à sa situation à côté de la ville de Phakkhaï. Mais il serait nécessaire d’avoir là un prêtre à demeure ; en attendant, le prêtre chargé de Banplaina assure l’administration et l’instruction dans ce nouveau poste.
Le P. Simon est en train de construire une chapelle à Bangkham, à quelques heures de barque de la chrétienté de Banpëng, où se trouve déjà un bon noyau de chrétiens, pêcheurs pour la plupart. Dans le Nord au-dessus de Paknampho, à Khaodin, les efforts du P. André, qui s’y dépense depuis trois ans, n’ont pas eu le succès qu’il espérait ; ses fatigues et son labeur ont échoué humainement parlant, mais Celui qui voit tout connaît le dévouement et le zèle du cher Père et le récompensera à son heure.
Dans la province de Chanthabun, M. Peyrical projette également la construction d’une chapelle à Rayong, localité des bords de la mer, à une demi-journée de distance de l’embouchure du fleuve de Chanthabun. Cet endroit avait jusqu’à présent la réputation d’être très fiévreux ; la plupart des chrétiens qui y allaient gagner leur vie n’y restaient que quelques mois, puis revenaient à leur église d’origine. Actuellement plusieurs familles s’y sont installées définitivement et il faut veiller à l’instruction des enfants ; en outre il y a espoir d’obtenir là quelques catéchumènes.
Nous avons eu au mois de janvier une ordination de cinq nouveaux prêtres, renfort plus précieux que jamais alors que nos rangs s’éclaircissent toujours et que cependant les chrétientés augmentent en nombre et en qualité. Nous avons en ce moment 17 séminaristes en philosophie et en théologie. La nouvelle rentrée des élèves au petit séminaire a été bien choisie, ce qui permet d’espérer des progrès plus sûrs et plus rapides. Suivant la directive de Son Excellence le Délégué Apostolique, nous avons inauguré un nouveau programme d’études qui promet de bons résultats, à condition que les santés puissent se soutenir.
Les nouveaux missionnaires ne viennent pas vite, et les anciens plient sous le poids de l’âge et de la fatigue. Plusieurs sont en France, demandant de nouvelles forces au climat de leur jeunesse ; d’autres s’usent sur place. Notre Provicaire M. Colombet, vaillant jusqu’à ses soixante-dix-huit ans, a dû s’avouer vaincu : le lendemain de la Pentecôte il a été pris de faiblesse et est resté abattu plusieurs semaines ; grâce à de nombreuses et ferventes prières, il a pu reprendre un peu le dessus et, sans être complètement rétabli, il peut encore aider de ses conseils ceux qui le remplacent dans ses multiples travaux.
Au mois de mai dernier, M. Romieu nous a quittés pour un monde meilleur. Depuis plusieurs années, le cher Père était sans forces et incapable d’aucun travail ; il passait son temps à prier et acceptait la souffrance avec une résignation édifiante et un entier abandon à la Volonté Divine.
Le royaume de Siam est en deuil depuis le 26 novembre 1925. Le roi Rama VI est mort laissant le trône à son jeune frère Praxathipok. A l’occasion des fêtes du couronnement, la Mission Catholique représentée par l’Evêque, les Pères présents à Bangkok et plusieurs Frères de Saint-Gabriel, a été admise à présenter ses hommages au nouveau souverain, la première des différentes communautés comprenant des étrangers. Peu de temps après, Leurs Majestés le Roi et la Reine ont donné un témoignage particulier de bienveillance à la Mission et à ses œuvres par la visite dont j’ai parlé plus haut.
En terminant ce compte rendu, je ne puis que remercier le Bon Dieu, Auteur de tout bien, et exprimer ma reconnaissance envers tous nos collaborateurs. Pères, Frères, Sœurs, chacun travaille de son mieux, dans la sphère qui lui est assignée, à procurer l’unique nécessaire : majorem Dei gloriam. Un jour, chacun sera récompensé suivant ses efforts. La fatigue est transitoire, la récompense sera éternelle. »
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