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Rapport annuel des évêques

Année: 1927
Pays: Thaïlande
Mission: Bangkok
Rédacteur:Mgr Perros

CHAPITRE VII
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Groupe des Missions
de l’Indochine Occidentale

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I. ― Bangkok.

Population catholique 31.080
Baptêmes d’adultes 340
Baptêmes d’enfants de païens 1.105
Conversions d’hérétiques 2


« Malgré les relations continuelles entre la Chine et le Siam, écrit Mgr Perros, nous n’avons pas eu jusqu’ici trop à souffrir des bouleversements qui désolent l’Empire du Milieu. Il nous a fallu sévir, il est vrai, dans l’une ou l’autre école ou les Chinois voulaient faire, comme chez eux, étalage d’idées nouvelles en fait d’instruction, mais ce sont des cas exceptionnels. Les mesures fermes prises par le gouvernement pour empêcher les éléments de discorde de pénétrer dans le pays et expulser impitoyablement ceux qui sont découverts ici, contribuent efficacement à maintenir la tranquillité. Le travail des ouvriers apostoliques a donc pu s’accomplir normalement, sans succès extraordinaire apparent, mais avec une petite augmentation dans le chiffre des conversions comparé avec ceux des années précédentes.
Nos rangs continuent de s’éclaircir : en quelques mois, nous venons de perdre trois de nos confrères des plus zélés. M. Rondel, un de nos vétérans, M. Vaudempétry, presque encore notre Benjamin, et M. Buhl, dont le séjour de seulement six ans en Mission, a été suivi d’un long portement de croix et d’infirmités, pendant lequel notre confrère n’oublia pas son Siam, où il aurait bien voulu pouvoir travailler toute sa vie. Ils sont allés tous recevoir la récompense de leurs travaux, de leurs souffrances et de leur bonne volonté.
Le projet conçu depuis trois ans de constituer en nouvelle Mission la partie sud-ouest de Siam entre dans la voie des réalisations. Le T. R. P. Ricaldone, Vicaire général des Salésiens, est venu en avril dernier, accompagné de Mgr Mathias, Préfet apostolique d’Assam, et du R. P. Canazei, Provincial en Extrême-Orient, visiter la partie de notre Mission qui leur sera dévolue. Il y a là deux grands districts avec une dizaine de postes chrétiens comptant un ensemble de plus de 6.000 fidèles, sans parler des immenses territoires de la presqu’île, qu’il nous a été impossible d’entamer jusqu’ici. Un premier groupe des fils de Dom Bosco est attendu incessamment venant de Macao, et sera suivi de près par un autre groupe venant d’Italie. Ils commenceront par étudier la langue, puis se rendront dans les chrétientés auprès des confrères s’y trouvant actuellement et qui achèveront de les mettre au courant. Ce contingent de nouveaux ouvriers sera le bienvenu ; il aura à évangéliser des provinces nouvelles, outre celles où les chrétiens sont déjà en nombre. La partie qui nous restera sera encore assez grande pour fournir du travail à tous.

Au séminaire a été mis en vigueur le nouveau programme d’études approuvé par S. E. le Délégué apostolique, pour tous les petits séminaires d’Indochine : les heures d’études sont allongées et les matières à étudier sont un peu plus considérables. Les premiers mois du nouveau régime ont donné satisfaction, et les craintes pour la santé des élèves ne se sont heureusement pas réalisées jusqu’à présent. Le séminaire a été attristé cette année par la mori prématurée de deux élèves qui promettaient bien pour l’avenir : l’un, Dominique Louis, élève de cinquième année, atteint de tuberculese, est mort dans sa famille dans les sentiments les plus édifiants ; un autre, Gabriel Sukkha, de la Mission du Laos, achevait sa huitième année d’étude, et se préparait à sortir d’ici deux mois, pour faire son stage de probation entre le petit et le grand séminaire ; il est tombé malade, il y a quelques jours, et un télégramme m’apporte la nouvelle de sa mort, pendant que je transcris ces lignes. Que la Sainte Volonté de Dieu soit adorée ! Par contre nous avons eu la joie tout récemment d’envoyer à Rome le premier séminariste de Siam qui aille faire ses études de théologie et de philosophie dans la Ville Eternelle.
A l’Ecole normale Saint-Tharcisius, M. Ferlay est content de la conduite de ses élèves ainsi que de leur piété qui, dit-il « n’a pas eu besoin d’être excitée, et est plus spontanée et plus éclairée. »
Une bonne fortune pour nous, cette année, a été d’avoir notre retraite prêchée par le R. P. Cousineau, des rédemporistes de Hué, qui a bien voulu prêcher également celle des Frères. Tous les auditeurs ont été édifiés par la parole fervente et substantielle du Fils de Saint Alphonse, qui nourrit son monde d’une doctrine élevée et simple en même temps.
Trois nouvelles chapelles ont été construites et bénites dans le cours de l’année : l’une à Bangkham, à six heures de barque de Banpeng, dédiée à saint Luc, construite par le P. Simon ; l’autre, dédiée à Notre-Dame Médiatrice de toutes les grâces, à Bangbuathong, à quelque distance de Bangkok, construite par M. Broizat qui, ensuite remplacé par M. Tapie, est retourné dans son ancien poste de Banplaina où il travaille à fonder de nouvelles succursales ; la troisième à Sikhiu, sur la ligne de chemin de fer de Khorat, à quarante kilomètres avant d’arriver à cette ville, a été construite par le P. Théophane et deviendra, nous l’espérons, une chrétienté importante. D’autres constructions sont en train ou en projet, et le nombre des stations chrétiennes continue d’aller en augmentant.

La fin de l’année 1926 a vu les heureux effets du Jubilé qui a été une bénédiction pour toute la Mission.
« Pendant la semaine des exercices du Jubilé, écrit M. Richard, de Donkabuang, j’ai enregistré 9 baptêmes ... Plusieurs situations irrégulières ont pu être arrangées, ce qui a fait rentrer au bercail un certain nombre de brebis égarées ... »
M. Tapie écrit de Samsen : « Au point de vue esprit de la chrétienté, il est ce qu’il a probablement toujours été : bon chez la plupart, mauvais chez quelques-uns. Jusqu’ici, il faut reconnaître que le thermomètre a été plutôt au calme.
Bangbuathong, nouvelle annexe de Samsen, est désormais doué de tout ce qui est nécessaire, chapelle, école, habitation du missionnaire, pour répondre au but qu’on s’est proposé en fondant ce nouveau poste : mettre sur pied un cetre religieux pour les familles disséminées dans le marché, et procurer aux païens avoisinants la facilité de s’instruire et de se convertir. »
De Lamsai, chrétienté en grande partie chinoise, M. Fouillat écrit : « Il est déplorable de voir combien l’esprit de nos Chinois devient matérialiste, par l’infiltration des doctrines bolchevistes qui leur arrivent par les journaux de Chine, et auxquelles ils ajoutent facilement une foi aveugle. »
« Les exercices et prédications du Jubilé, écrit M. Peyrical, de Chanthabun, furent suivis assidûment soit à Chanthabun soit dans les succursales, Paknam et Thamai. Minime fut le nombre de ceux qui s’abstinrent. Malheureusement, parmi ceux qui reprirent le chemin, quelque temps délaissé, de l’église du tribunal de la Pénitence et de la sainte Table, un certain nombre semblent n’avoir pas fait une distinction suffisante entre la conversion vraie et l’arrêt momentané dans la mauvaise voie. Je constate avec amertume que jeux de cartes et autres ont repris leur funeste entrain antérieur. Il en est de même du laisser-aller de la jeunesse : bon nombre ont tout l’air de compter sur un nouveau Jubilé, non pas probablement encore pour un terme final, mais pour un nouvel arrêt à leurs libertinages ... »
M. Gastal se réjouit du progrès religieux de son petit monde, au collège de l’Assomption, au couvent de l’Assomption et au convent Saint-Joseph : « Je suis heureux, écrit-il, de constater que les résultats obtenus précédemment se sont maintenus dans l’ensemble. Les élèves ont montré la même volonté que par le passé pour l’étude du catéchisme et la fréquentation des sacrements ; leur conduite a même été meilleure. Grâces en soient rendues, après Dieu, aux chers Frères de Saint-Gabriel, aux chères Sœurs de Saint-Paul de Chartres et à l’institutrice qui se dévouent sans compter à l’éducation chrétienne de notre jeunesse siamoise…
La Croisade Eucharistique au couvent Saint-Joseph, la Ligue Eucharistique au collège de l’Aussomption marption marchent régulièrement. Ces deux pieuses associations, filiales de l’Apostolat de la prière, permettent de promouvoir et d’intensifier l’initiative individuelle pour la formation à une piété sérieuse et à la pratique du zèle ; elles habituent leurs adhérents à se mettre plusieurs fois par jour en présence de Dieu et de leur conscience. Il en résulte une habitude de la communion plus fréquente et mieux préparée ; et les résultats acquis ouvrent déjà des horizons nouveaux pour l’apostolat, par la formation d’une élite.
Conformément au Motu proprio de S. S. Pie XI (2 juin 1923) quelques élèves finissant leurs études ont été désignés au collège de l’Assomption, au couvent Saint-Joseph et au couvent de l’Assomption comme catéchistes auprès de leurs condisciptes plus jeunes. Assistant moi-même chaque jour à leur cours d’instruction religieuse, je suis heureux de rendre témoignage de leur bonne volonté et de leur initiative, d’applaudir aussi au succès de leurs élèves aux examens de catéchisme. De plus, à la réunion mensuelle de la Ligue Eucharistique au collège, le président ou son secrétaire prennent chaque fois la parole et réussissent à intéresser et à édifier leur auditoire... Quant à l’enseignement du catéchisme aux païens dans les écoles de cette paroisse, c’est un fait accompli au couvent Saint-Joseph. A partir des premières classes françaises et anglaises, chaque élève, chrétienne ou non, a son manuel de catéchisme et suit pendant une demi-heure le cours d’instruction religieuse fait dans sa classe par la Sœur enseignante. Trois compositions ont lieu par an ; les sujets de composition sont donnés par l’aumônier et les copies sont corrigées par lui : Les notes obtenues comptent pour l’excellence, concurremment avec les autres matières de classe. Au couvent de l’Assomption ; l’enseignement du catéchisme aux non chrétiennes est aussi en bonne voie de réalisation. Au collège, il n’y a encore que les chrétiens et quelques autres de bonne volonté à suivre les cours de catéchisme donnés par les chers Frères. Là aussi on finira par arriver ; l’essentiel est de ne pas abandonner la partie à cause des difficultés. »

De tout temps, l’apathie des bouddhistes pour ce qui regarde les questions religieuses a fait le désespoir des ouvriers apostoliques dans ce pays. Nous venons d’avoir récemment une déclaration pour ainsi dire officielle, éclairant d’un jour nouveau ce qui pouvait paraître uniquement paresse d’esprit ou légèreté de caractère dans une contrée où la vie facile produit « l’horreur du moindre effort. » A une conférence publique, s’adressant spécialement aux professeurs et institutrices des écoles, l’orateur de circonstance, un oncle de Sa Majesté régnante, après avoir fait une sorte de revue des différentes religions, revue dans laquelle d’ailleurs il ne ménageait pas l’éloge au christianisme, ajouta cet aveu catégorique dont le laconisme fait ressortir davantage la crudité blasphématoire : « Nous ne voulons pas être chrétiens, parce que nous sommes libres (Thai) et voulons rester libres, alors que pour être chrétien il faut obéir à Dieu. » Raisonnement d’une logique très pauvre, car Son Altesse Royale se fait honneur d’obéir à Sa Majesté et aux lois du royaume... Cela montre une fois de plus que ce n’est pas le raisonnement humain qui change les volontés ; l’œuvre de la conversion des âmes est tout d’abord l’effet de la grâce.
Les Frères de Saint-Gabriel ont célébré en décembre 1926 le vingt-cinquième anniversaire de leur arrivée au Siam. La Visite de leur Supérieur général, le T. R. Frère Sébastien, accompagné du Provincial, le T. C. Frère Onuphe, contribua à donner à ce jubilé toute la solennité qu’on pouvait souhaiter. Les vénérés visiteurs ont pu constater avec une légitime fierté la prospérité de l’œuvre confiée à leur famille religieuse : Le collège de l’Assomption qui comptait 400 élèves en 1901, voit ce nombre quadruplé ; deux nouvelles maisons ont été fondées : le collège Saint-Gabriel à Samsen compte 600 élèves, et le collège Saint-Paul à Petriou, sans atteindre ce chiffre, fait un bien considérable en soustrayant à l’école païenne les enfants chrétiens et peu à peu en attirant les non chrétiens. Le fondateur de l’œuvre première, le vénéré Père Colombet, constate un changement considérable entre les années du début et les temps actuels : les idées ont fait du chemin, et les bouddhistes eux-mêmes rendent hommage à l’influence civilisatrice de l’Eglise catholique.
Témoin la visite faite au collège de l’Assomption, le 19 août 1927, par Prince Dhani, ministre de l’Instruction publique. Pendant trois heures, Son Altesse visita les différentes classes, examinant livres et cahiers, interrogeant maîtres et élèves. Ensuite le distingué visiteur adressa à tous une allocution où la bienveillance s’alliait à l’élévation des idées, expliquant que l’instruction ne suffit pas sans l’éducation de la volonté, et témoignant une vive satisfaction pour le travail, l’entrain et l’émulation de bon aloi qu’il venait de constater. Les éloges pour l’œuvre scolaire de la Mission catholique furent pour Son Altesse l’occasion de déclarer qu’il espérait d’elle, comme par le passé, un sérieux appui pour l’épancuissement progressif du pays et le développement de la civilisation au Siam.
L’utilité de la presse nous est démontrée une fois de plus par nos adversaires eux-mêmes. Un ministre anglican très zélé publie, depuis janvier dernier, une nouvelle Revue mensuelle au titre surprenant de sa part : « Ecclesia ». Cette revue déclare s’adresser premièrement aux Européens et Américians résidant au Siam, pour répandre la connaissance de la pensée et de l’action religieuses. Déplorant la facilité avec laquelle les nouveaux venus dans ce pays oublient Dieu et se désintéressent des questions religieuses, elle se propose de donner des informations concernant les « mouvements religeiux » et les événements importants de la vie de l’Eglise (?) « d’une façon qui excite l’intérêt et qui fasse voir clairement que la religion a sa part dans l’interprétation de la vie et dans la solution de ses problèmes ». Appel est fait aux hommes de bonne volonté pour seconder ces efforts. Depuis plusieurs années déjà, les protestants ont ouvert une salle de lecture gratuite, où sont admises les publications et qui est malheureusement fréquentée par nombre de jeunes gens désireux de lire sans contrôle.

Les Religieuses Ursulines, à l’étroit dans l’école du Rosaire, ont été obligées de chercher un emplacement plus considérable dans un quartier un peu en dehors de la ville, à peu près à moitié distance entre l’église du Rosaire et celle de Samsen. Il y aura ainsi une nouvelle chapelle en cette localité jusqu’ici dépourvue de lieu de prière, et où se trouvent un certain nombre de chrétiens. En même temps qu’elles auront cet établissement d’instruction secondaire pour jeunes filles, elles resteront chargées de l’école paroissiale du Rosaire où elles sont très aimées.
Nous nous efforçons de semer le bon grain partout ; il lèvera au moment voulu par la divine Providence. »

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