| Année: |
1928 |
| Pays: |
Thaïlande |
| Mission: |
Bangkok |
| Rédacteur: | Mgr Perros |
CHAPITRE VII
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GROUPE DES MISSIONS
DE L’INDOCHINE OCCIDENTALE
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I.─ Bangkok.
Population catholique 31.959
Baptêmes d’adultes 273
Baptêmes d’enfants de païens 1.109
Conversions d’hérétiques 2
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L’exercice 1927-1928 ; écrit Mgr Perros, comptera dans les annales de notre Mission comme une année de deuil. En 1927, nous perdions trois séminaristes arrivés au terme de leurs études secondaires, et qui donnaient les meilleurs espoirs. A la fin de juillet 1928, la mort nous enlevait coup sur coup MM. Houille et Faivre, puis Mgr Ajuti, Délégué Apostolique, M. Bernat notre Procureur à Paris, si dévoué et resté si attaché à sa Mission, enfin le R. P. de Vincenzi, de l’Institut de Don Bosco, arrivé depuis quelques mois. Et tous ces deuils au moment où nous avons tant besoin de monde, non moins pour affermir et développer les positions acquises que pour nous étendre en fondant de nouveaux postes. Que la sainte volonté de Dieu soit faite !
« La progression de l’année précédente ne s’est pas maintenue. Il y a bien augmentation du côté des confessions et communions de dévotion, mais il y a diminution en ce qui concerne les confessions annuelles et les communions pascales, ainsi que les baptêmes d’adultes. Trois nouvelles chapelles ont été bénites, l’une à Rayong dans la province de Chantaboun où il y a depuis plusieurs années une agglomération de chrétiens venus pour la plupart de Chantaboun, les deux autres à Banpong et Nonghin, petites chrétientés de l’Ouest, de fondation plus ancienne.
Voici pour la paroisse de l’Assomption de Bangkok le rapport de M. Gastal : « Dans les écoles de la paroisse, le mieux signalé l’an dernier s’est maintenu : même dévouement de la part des maîtres et maîtresses, même bonne volonté de la part des élèves pour l’instruction religieuse et la pratique de la vie chrétienne. »
« Ce sont les écoles qui fournissent les quatre cinquièmes des baptêmes d’adultes de la paroisse... Parmi les nouveaux baptisés figurent plusieurs jeunes gens faisant partie de l’Association des Chevaliers du Saint-Sacrement, composée en partie d’anciens élèves et dirigée avec beaucoup de zèle par le cher Frère Michel, Directeur du Collège de l’Assomption.
« Les confessions n’ont jamais été aussi nombreuses : 20.500, sans compter les confessions annuelles, ce qui fait une moyenne de 400 par semaine
« Le chiffre de 32.000 des communions de dévotion ne correspond pas à celui des confessions entendues, il devrait être de 40.000… Voici à mon avis les principales raisons de ce fait : plusieurs personnes se confessent ici, mais communient dans leur église ; d’autres assistent à la messe, non dans leur église paroissiale, mais au Carmel, plus près de chez eux ; d’autres, qui se confessent assez régulièrement, ne communient qu’une ou deux fois l’an ; d’autres enfin préfèrent entendre la messe de huit heures où ils entrent après le sermon en anglais, et ne communient pas.
« Le trouble causé par la maladie et la mort de l’institutrice Niem, si dévouée et si estimée, se calme peu à peu. La nouvelle institutrice, à défaut d’expérience, fait preuve de beaucoup de bonne volonté, et ne ménage pas sa peine. Cette école fournit cette année douze baptêmes d’adultes.
« Les Sœurs de Saint-Paul voient leur nombre diminuer, cependant celles qui restent travaillent toutes de leur mieux. La Croisade Eucharistique vient d’être établie dans leur école. Pour l’enseignement du catéchisme aux païennes, il n’y a de difficulté que dans la première classe de français, les autres cours marchent très bien.
« Le couvent de Saint-Joseph offre au Maître de la moisson la gerbe de dix baptêmes. Les catéchismes sont toujours bien suivis, même par les non-chrétiens. Leurs compositions, comme celles du couvent de Saint-Paul, sont soignées et réussies. Honneur aux chères Sœurs de Saint-Paul et à leurs catéchistes !
« Au Rosaire, M. Guillou, aidé de ses vicaires, a eu un travail plus considérable encore qu’à l’ordinaire, par suite de l’immigration des pauvres chrétiens chinois fuyant la persécution : les installer et pourvoir à leur subsistance ne fut pas chose facile, car à côté des malheureux qui comprennent la situation et s’y adaptent, il y a les aigris qui abuseront de la bonté dont ils sont l’objet pour semer la discorde qui a déjà ruiné leur pays. A ce propos, signalons en passant les mesures sévères prises par le gouvernement pour empêcher la propagande bolcheviste : les jeunes Chinois surtout, imbus d’idées nouvelles, se font prestement renvoyer chez eux comme indésirables. Il y a eu cette année un accroissement de population chrétienne due aux immigrants ? à quel chiffre l’évaluer, c’est bien impossible, à cause du va-et-vient constant des familles et des individus isolés qui ne font que passer. Outre les soins spirituels à donner à tous ces chrétiens, l’assistance matérielle à leur fournir absorbe un temps et des ressources considérables. Ici notons le nouvel esprit de certains bouddhistes : pour aider à l’entretien de plusieurs enfants chrétiens, que nous refusâmes de leur confier malgré leur promesse de les élever chrétiennement, ils voulurent faire une petite offrande. Le bouddhisme subirait-il l’influence chrétienne au point de copier les œuvres de charité inspirées par l’Evangile ?
« A Samsen, au Nord de la capitale, M. Tapie, secondé par M. Perroudon, remarque que cette année « s’est écoulée sans aucun changement sensible : réception des sacrements, « nombreuses assistances à la messe, avec cette particularité curieuse qu’aux jours de fête « spécialement, on ne sait d’où vient tout le monde qu’on a devant soi….. Pour ce qui me « regarde personnellement, j’ai fait la navette entre Samsen et sa succursale Bangbuathong, « mais je suis obligé de reconnaître que vouloir être partout ne simplifie pas les choses ».
« M. Fouillat, dans le poste chinois de Lamsai estime lui aussi que les résultats de l’année ne sont pas brillants au point de vue de l’évangélisation ; les difficultés ne lui ont pas manqué.
« De Chantaboun, M. Peyrical m’écrit : « Une notable diminution du nombre des décès, « un fléchissement dans le chiffre des communions pascales, une petite augmentation des « communions de dévotion, tels sont les traits les plus saillants en ce qui concerne « l’administration spirituelle. Parmi les petits événements de l’année, il faut citer la « bénédiction du nouveau cimetière, et la bénédiction de la chapelle de Rayong. Depuis un « mois les pluies sont rares, l’eau du fleuve a baissé, la récolte du riz paraît bien compromise. « Ma santé en ce moment est passable, mais à certains jours la lassitude se fait bien sentir. A « la volonté de Dieu ! »
« Rayong est une localité située sur les bords de la mer, à environ sept heures de bateau avant d’arriver à l’embouchure de la rivière de Chantaboun. Depuis plusieurs années, des chrétiens étaient allés s’installer là afin de gagner leur vie, soit par la grande pêche, soit par le commerce. Jadis de passage seulement tout en conservant leur point d’attache dans leur chrétienté d’origine, ils sont maintenant, un certain nombre du moins, installés d’une manière définitive. La persévérance de ce groupe, l’instruction à donner aux enfants, nécessitent le passage fréquent du missionnaire ; de là, construction de cette chapelle. Cette chrétienté à son début parviendra-t-elle, à se développer, il serait prématuré de l’affirmer.
« M. Richard signale comme faits principaux dans son district la bénédiction de la chapelle de Banpong, et la confirmation donnée dans cette chapelle aux enfants et à quelques adultes. Ce fut une joie pour tous, dit-il, puis il ajoute : « Plus heureux encore ont été les chrétiens de « Nonghin : leur ancienne chapelle menaçait ruine, il fallait la refaire ; ils s’y sont mis de tout « cœur, et m’ont aidé autant que leurs faibles ressources le leur permettaient. De plus, ce poste « étant le seul du district qui doive nous rester (après l’établissement de la Mission cédée aux « PP. Salésiens), il était nécessaire d’y construire un presbytère. Un chrétien généreux s’est « chargé de la dépense, et maintenant le missionnaire pourra résider à demeure à Nonghin. »
« M. Eug. Loetscher, en envoyant son compte rendu, a le plaisir de constater une petite différence en mieux sur toute la ligne, « et, ajoute-t-il, si le mieux se maintient, je serai content ».
« Un des faits les plus significatifs de cet exercice 1927-1928 est l’effort fait en haut lieu au point de vue religieux, bien qu’il ne nous soit pas favorable, car nous sommes dans le royaume du bouddhisme. On entend dire souvent qu’une des caractéristiques du bouddhisme, c’est la tolérance religieuse ; il serait plus exact de dire l’indifférentisme religieux. « Il faut « avoir une religion, n’importe laquelle… toutes les religions se valent… le christianisme est « bon pour l’Europe, le bouddhisme est ce qu’il y a de mieux pour notre pays… », tels sont les aphorismes qui revenaient volontiers dans les discours et les écrits du feu roi Rama VI, qui se piquait de résoudre les questions religieuses aussi bien que les problèmes politiques. Inquiets de la criminalité croissante, les hautes autorités de la nation font appel au bouddhisme pour résoudre la difficulté actuelle. Dix grands dignitaires, tant civils que religieux, se sont réunis en conférence, et ont approuvé la conclusion suivante : il faut exhorter les gens à assister aux sermons qui seront donnés dans les pagodes aux jours d’observance bouddhique ; bien plus, il a été suggéré que le « service religieux » devait avoir lieu ces jours-là matin et soir, ce, afin de donner à tous les membres de la famille la possibilité d’y assister à tour de rôle. Comme d’ailleurs ces jours ne sont pas chômés, principalement à Bangkok où le dimanche a été choisi comme jour officiel de repos, soit par les services du gouvernement, soit par les grandes maisons de commerce, une des plus grandes pagodes de la capitale a décidé de donner l’exemple : chaque dimanche à trois heures de l’après-midi, tandis que les chrétiens vont à l’église pour réciter le chapelet, assister au catéchisme de persévérance suivi de la bénédiction du Très Saint Sacrement, un bonze de renom donnera un sermon à la pagode. La nouveauté du fait a attiré un certain nombre d’auditeurs, paraît-il ; mais combien cela durera-t-il ? la persévérance n’est pas la qualité des gens d’ici. Certains journaux tiennent même à reproduire ces sermons ; c’est peut-être un encouragement pour le prédicateur, mais les sujets traités ne semblent pas palpitants d’intérêt. Tout ceci paraît bien un plagiat de la discipline chrétienne en matière d’instruction religieuse.
« Cet essai, d’autres encore, rendra-t-il la ferveur aux bouddhistes ? Nous y voyons du moins un effort de l’inimicus homo pour gâter la moisson et perdre les âmes : à nous de mettre tout en œuvre pour les sauver. Nos écoles nous occasionnent des soucis et un travail considérables, mais le bien qui en résulte est la récompense des efforts faits en ce sens. Il y a déjà une différence sensible entre chrétienté et chrétienté, suivant que le missionnaire s’occupe avec sollicitude de ses écoles ou en prend moins de soin.
« Outre nos écoles élémentaires et primaires, nos dévoués auxiliaires les chers Frères de Saint-Gabriel, les Sœurs de Saint-Paul-de-Chartres, les Religieuses Ursulines, voient leurs efforts couronnés de succès dans leurs collèges et institutions. A tous nous offrons l’expression de notre reconnaissance pour tout le bien qui se fait par leurs œuvres.
« Notre gratitude va encore à tous nos bienfaiteurs dont la générosité nous permet d’avancer le royaume de Dieu sur la terre : Associés des œuvres pontificales de la Propagation de la Foi, de la Sainte-Enfance, de Saint-Pierre-Apôtre, qui aide si efficacement notre Séminaire, et à laquelle déjà plusieurs de nos prêtres sont redevables d’avoir pu faire leurs études. Nous nous efforçons de promouvoir toujours davantage ces belles œuvres dans notre Mission ; c’est un devoir de reconnaissance, pour celui qui a reçu, d’aider autrui dans la mesure de ses moyens. Je suis heureux de constater que tous nos prêtres indigènes font partie de l’Œuvre de Saint-Pierre-Apôtre : avec la sainte messe et la prière, c’est la meilleure manière de manifester leur reconnaissance envers cette si belle œuvre.
« Les PP. Salésiens de Don Bosco se préparent à exercer le saint ministère dans le territoire de leur future Mission. Ils étudient la langue siamoise avec ardeur, mais une seule langue ne suffit pas dans ces pays à populations polyglottes ; ils sont heureux d’avoir quelques séminaristes de leur Institut ayant fait un séjour en Chine, et connaissant chacun un dialecte chinois, assez parfaitement pour se perfectionner auprès des Chinois de Siam. J’ai eu la joie de conférer à deux d’entre eux les Ordres sacrés dans le courant de l’année, joie qui est celle aussi de leurs confrères et des fidèles de la région occupée par eux.
« A côté de la consolation il y a toujours l’épreuve : peu de temps après cette ordination, le cher Père De Vincenzi, après une fièvre qui avait d’abord paru peu de chose, rendit son âme à Dieu le matin du 6 août, presque à la même heure que M. Bernat expirait à Rodez. Sujet distingué sous tout rapport, le regretté Père donnait les plus belles espérances. Ses excellentes qualités et son caractère bienveillant lui avaient acquis la sympathie de tous. Le jour de ses funérailles, les chrétiens de Bangxang vinrent en foule lui rendre les derniers devoirs et unir leurs prières aux nôtres.
« Je clos ce compte rendu en exprimant le bonheur que nous avons tous éprouvé de recevoir « un cher nouveau », M. Mirabel. Il est le bienvenu, surtout après une si longue attente. Que le Bon Dieu daigne lui accorder longue vie et fructueux apostolat ! »
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