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Rapport annuel des évêques

Année: 1929
Pays: Thaïlande
Mission: Bangkok
Rédacteur:Mgr Perros

CHAPITRE VII
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GROUPE DES MISSIONS
DE L’INDOCHINE OCCIDENTALE

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I. — Bangkok.

Population catholique 32.872
Baptêmes d’adultes 330
Baptêmes d’enfants de païens 1.027


« L’exercice 1928-1929, écrit Mgr Perros, nous a apporté le contingent habituel de tristesses et de consolations. Au mois d’août 1928, le décès du si regretté M. Bernat enlevait à notre Mission un appui dévoué et de grande expérience. A peine son successeur était-il nommé, que la maladie nous privait de son aide ; nous prions pour son bon rétablissement et lui souhaitons nouvelle provision de forces . Au mois de juin 1929, nous perdions M. Béchet dans des circonstances particulièrement tristes. Quelques mois après, c’était un de nos prêtres indigènes, et dix jours plus tard M. Peyrical, qui nous quittaient pour l’autre monde. La modestie de notre cher confrère nous défend de faire sa notice nécrologique, mais tous ceux qui l’ont connu ont apprécié son jugement pondéré, son dévouement et son zèle des âmes ; pendant les trente années qu’il a passées à Chantaboun, comme dans les postes qu’il occupa précédemment, il a fait un bien considérable ; les regrets de ses chrétiens témoignent de leur estime et de leur affection pour lui .
« Les consolations ne sont jamais très abondantes dans ce pays où le démon semble river les âmes aux jouissances terrestres. L’amour du bien-être, des plaisirs passagers, l’emporte sur les considérations sérieuses. Nous avons cependant la joie d’enregistrer un nombre de baptêmes d’adultes un peu supérieur a celui de l’an dernier ; les catéchumènes sont plus nombreux ; et spécialement, le chiffre des confessions et communions atteste la vitalité chrétienne. Les écoles sont toujours au premier rang de nos préoccupations, l’avenir dépend de la formation de la jeunesse, et je suis heureux maintenant de pouvoir rendre aux missionnaires et aux prêtres indigènes ce témoignage, que pour la plupart ils comprennent l’importance de l’éducation foncièrement chrétienne. Chacun fait de son mieux pour christianiser le troupeau qui lui est confié : nous semons, la récolte sera ce que voudra le Divin Maître .
« Le grand événement de l’année est le Jubilé, qui a déjà produit de bons fruits et continue d’en produire encore ; malheureusement ces résultats ne sont pas tous durables : les volontés sont si faibles, les caractères si inconstants, l’entraînement du milieu ambiant est si puissant ! et l’esprit du mal met tout en œuvre pour empêcher le règne de Dieu. Le cinéma, les publications immondes, images et brochures, font un mal incalculable ; c’est une obsession constante de sollicitations mauvaises autour de la jeunesse. Nous nous efforçons de réagir par des tracts et des publications chrétiennes ; depuis quelques mois, la collaboration de deux de nos Chers Frères nous met à même de pouvoir publier en siamois le Billet mensuel de l’Apostolat de la Prière, avec les intentions recommandées par le Saint-Père, expliquées et mises à portée de nos fidèles ; distribués régulièrement aux membres de la Croisade eucharistique et de la Jeunesse Catholique, ces billets vont en outre dans bon nombre de familles chrétiennes et font un bien réel .
« Le rétablissement du pouvoir temporel du Saint-Siège a eu ici un retentissement considérable, et a contribué à faire connaître notre sainte religion d’une façon avantageuse ; la diffusion des journaux a servi la bonne cause en excitant la curiosité et l’attention sur l’Eglise Catholique et son auguste Chef. Cette attention concentrée sur Rome est venue à son heure : vers la fin de 1928, les Protestants de Siam avaient célébré avec grand renfort de réclame le centenaire de leur établissement dans ce pays ; une exposition très étudiée et minutieusement préparée par eux se tenait à Bangkok en décembre dernier, et pendant plusieurs jours faisait un prosélytisme retentissant. Le public de tout rang, de toute nationalité, de toute religion, était convié à voir l’exposition et à écouter des conférences soit en anglais soit en siamois, à examiner les cartes et les esquisses des travaux accomplis dans le domaine de l’instruction et de l’éducation, de la médecine et de la religion. Le tout était bien exposé et faisait ressortir les efforts des Protestants ici, en toute courtoisie et sans aucune polémique religieuse. Mais lorsque deux mois plus tard les journaux publièrent ce qui venait de s’accomplir à Rome, ce fut un événement sensationnel, et une prédication d’un genre à part en faveur de l’Eglise Catholique.
« De son côté, le Bouddhisme s’efforce toujours davantage de se donner les apparences d’une religion : dans les écoles du gouvernement et les écoles communales non chrétiennes, il est prescrit aux bonzes de venir chaque semaine donner des instructions religieuses ; en haut lieu on insiste pour que dans les pagodes les sermons aient lieu aux jours et aux heures les plus commodes pour réunir un plus grand nombre d’auditeurs ; l’instruction des bonzes se développe dans les « écoles de hautes études de religion », avec examens et distribution de diplômes. L’impulsion signalée dans le compte rendu de l’an dernier continue. Tout cela prouve combien nous devons insister sur l’instruction religieuse, afin que nos chrétiens connaissent bien leur doctrine ; et cela prouve aussi combien nous avons besoin de prières, car c’est la grâce divine qui est le grand moteur pour la conversion et la sanctification des âmes, et la grâce s’obtient par la prière .
« Notre Carmel se développe lui aussi. Jusqu’à présent, les religieuses sont bien à l’étroit dans les deux locaux construits au début, mais un bâtiment spacieux est en train de s’achever, où elles pourront vaquer à la prière et à la mortification avec toute la liberté prévue par leur règle. Espérons que bientôt aussi une chapelle plus spacieuse viendra mettre le comble à leurs vœux et aux nôtres .
« Voici maintenant des extraits des lettres de nos confrères. M. Fouillat m’écrit de Lamsai : « L’année s’est écoulée dans le calme et la tranquillité, sauf pour quelques familles « réduites à la gêne par la mauvaise récolte de l’an dernier . Je pense que cette gêne ne sera « que transitoire, car la prochaine récolte s’annonce meilleure, autant qu’on peut le prévoir. « Quand les gens sont trop pauvres, leur piété s’en ressent . »
« A Samsen, au Nord de la ville de Bangkok, M. Tapie relate qu’il a reçu plusieurs fois des visites de particuliers venant causer religion, avouant ne pas croire au bouddhisme, puis promettant de revenir pour s’instruire de la vérité, et... ne revenant pas ! « A Buangbuathong, « continue-t-il, où toutes les circonstances humaines désirables pour amener les conversions « se trouvent réunies, l’action du démon est visible : de tous côtés on sent comme une « résistance sourde aux efforts du missionnaire, et dès que celui-ci veut faire un pas, il n’y a « pas d’obstacle que le démon ne suscite. Pour les écoles, où le nombre d’enfants païens était « d’abord considérable, on a fait courir toutes sortes de bruits les plus désobligeants dans « l’espoir d’en tarir le recrutement : par exemple, que des bouddhas avaient été enfouis sous « les marches des escaliers afin qu’ils fussent piétinés par les écoliers. De là, enquête des « autorités, mais recherches vaines, parce que le fait était inexistant. Les Chinois, de leur « côté, jurent que jamais ils ne nous confieront leurs enfants, et mettent debout une école bien « à eux pour contrebalancer l’influence de l’école chrétienne et propager librement leurs « idées. Humainement parlant, il semple donc que l’heure des conversions n’a pas encore « sonné dans ce poste, les préjugés, la jalousie, le respect humain étant autant d’obstacles qui « contrecarrent l’action de la grâce . »
« M. Durand, chargé de Pakhlongthalat et de Thakien, trouve que les premiers mois n’ont « pas été encourageants : J’ai essayé, dit-il, de toute manière, soit par moi-même, soit par « l’entremise des chrétiens, de faire revenir quelques apostats, mais jusqu’ici il n’y a guère « d’espoir. La miséricorde de Dieu est infinie, aussi je ne perds pas courage. Les trois « chrétiens adultes morts à Pakhlong ces temps derniers avaient tous abandonnés la pratique « de la religion depuis plus ou moins longtemps : l’un est mort dans de bonnes dispositions, « après plus de vingt ans d’égarement ; une autre était folle depuis douze ans, cependant trois « mois avant sa mort, j’avais pu la confesser et lui donner l’Extrême-Onction ; le troisième est « mort pendant que j’étais à l’hôpital, mais le samedi avant sa mort, il était venu à l’église « pour se confesser ; il n’a pu le faire vu mon absence involontaire, il faut espérer que le bon « Dieu lui aura tenu compte de sa bonne volonté, et lui aura inspiré un bon acte de contrition « parfaite avant sa mort. Les chrétiens qui pratiquent se montrent assez fervents, et assistent « régulièrement à la messe du dimanche. Je m’efforce de leur inspirer la dévotion au Sacré-« Cœur de Jésus, pour qu’ils deviennent apôtres de leurs parents indifférents et les ramènent à « Dieu . »
« De Nakhonxaisi, M. Loetscher m’écrit sa satisfaction d’avoir pu mener à bonne fin l’instruction religieuse d’un certain nombre de jeunes gens et jeunes filles qui s’étaient montrés négligents pendant qu’ils venaient à l’école, et avaient été obligés de continuer à y venir malgré leur âge dépassant la moyenne ordinaire. Lui aussi constate que l’instruction religieuse solide et la réception fréquente de la sainte Eucharistie sont les seuls préservatifs efficaces pour la jeunesse .
« Nos dévoués collaborateurs les Chers Frères de Saint-Gabriel, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, et les Ursulines, se dépensent avec un zèle que le Divin Maître bénit visiblement. Le nombre de leurs élèves, plus de 2.700 pour les trois collèges des Frères, plus de 1.000 pour les cinq écoles des Sœurs, 150 à « Mater Dei » , l’Institut des Ursulines fondé il y a deux ans : ces chiffres sont assez éloquents par eux-mêmes et justifient la profonde reconnaissance que nous gardons à tous nos auxiliaires .
« Notre Benjamin M. Mirabel a passé toute sa première année de Mission avec un prêtre indigène dans le poste Nord du Vicariat, à Phitsanulok, où il n’y a que des chrétiens chinois. Il a appris leur langue sans être distrait par d’autres préoccupations, et en même temps a acquis un petit bagage de connaissance en siamois qui ira se développant rapidement. Son aîné M. Ollier vient de terminer sa troisième année de Mission, et a été agrégé à la Société : ce fait est presque événement, tant il est rare depuis quinze ans !
« Les RR. Pères Salésiens ont commencé depuis janvier 1929 à administrer les postes chrétiens qui se trouvent dans le vaste territoire destiné à leur future Mission. Leur zèle et leur bienveillance joyeuse font une excellente impression sur les chrétiens ; parmi les enfants tout spécialement il y a une transformation qui prouve leur talent d’éducateurs et fait bien augurer de l’avenir. Les fêtes grandioses de la Béatification de leur vénéré fondateur Dom Bosco leur attireront des vocations, espérons-le ; il en faut pour la partie considérable qu’ils sont appelés à défricher dans le champ du Père de famille . »


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