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Rapport annuel des évêques

Année: 1932
Pays: Thaïlande
Mission: Bangkok
Rédacteur:Mgr Perros

CHAPITRE VII
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GROUPE DES MISSIONS
DE L’INDOCHINE OCCIDENTALE

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I.─ Bangkok

(Siam.)

Population catholique 29.025
Baptêmes d’adultes 479
Baptêmes d’enfants de païens 915
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« L’exercice 1931-1932 restera gravé dans la mémoire des missionnaires de Siam comme une année exceptionnelle, nous écrit Mgr Perros : nous avons eu le bonheur de voir au milieu de nous notre vénéré Supérieur Général et de recevoir, avec ses conseils et directives, ses encouragements paternels. Cette visite, quoique bien courte, nous a laissé à tous un souvenir très réconfortant dont nous restons profondément reconnaissants à Son Excellence. Elle n’a pas hésité à sacrifier une partie de son séjour ici pour un long voyage dans le nord de Siam, afin de donner à l’église naissante de Xiengmai ses bénédictions et la preuve tangible du grand désir de son cœur d’apôtre, de voir s’étendre le règne de notre divin Sauveur. Qu’Elle en soit encore une fois grandement remerciée !
« Les chiffres de l’administration des chrétientés attestent le dévouement et les efforts de chacun dans le champ d’action qui lui est confié. Le nombre des baptêmes, bien qu’inférieur à celui de l’année dernière, reste consolant quand on songe aux difficultés des conversions au Siam. Nous devons remercier le divin Maître ; les espérances pour Xieng-mai ont commencé à se réaliser. L’église a été bénite solennellement le 3 juin en la fête du Sacré-Cœur, elle était pleine ce jour-là, mais d’une assistance en majorité païenne, douze baptêmes vinrent en ce jour augmenter le « pusillus grex ». Un mois plus tard, l’école paroissiale comptait une centaine d’enfants, garçons et filles réunis en deux locaux différents ; l’institution Regina Coeli des Ursulines avait 95 élèves et le collège Mont-fort des Frères de Saint-Gabriel, établi dans les classes de l’école paroissiale en attendant l’achèvement des constructions, enregistrait déjà 70 élèves, soit au total plus de 260 enfants profitant de l’enseignement chrétien quoique à des degrés divers. M. Mirabel a pour compagnon un jeune prêtre indigène, le P. Vincent, tous deux instruisent des groupes de catéchumènes petits et grands, très intéressants.
« A Lampang, M. Nicolas s’efforce de ramener au bercail un certain nombre de brebis égarées ; c’est un travail difficile et ingrat, mais d’autant plus méritoire. Avec ces deux postes principaux dans le nord, tout un nouveau champ s’ouvre à l’apostolat et ne demande qu’à être défriché. Prions le Maître de la moisson, car de Lui dépend l’abondance de la récolte.
« Dans la région de Khôrat, les consolantes prévisions de l’année dernière ont failli être anéanties ; l’ennemi des âmes a mis tout en œuvre pour décourager les bonnes volontés que MM. Thomas et Raphaël s’efforcent d’amener à la connaissance et à l’amour du vrai Dieu. Les nouveaux convertis étaient sujets à toutes sortes d’avanies de la part des païens, et les catéchumènes recevaient l’avertissement que, s’ils devenaient chrétiens, ils auraient à s’en repentir. Pour prouver que ce n’était pas là des menaces en l’air, la pauvre chapelle de Nà-xu’ek fut incendiée par malveillance. D’autre part, l’éloignement de ces villages, à plusieurs journées de marche, rendait l’administration difficile avec la pénurie actuelle d’ouvriers apostoliques. Ces motifs réunis, firent songer à une autre combinaison ; je traduis la relation du P. Thomas : « Depuis que nous avons eu des catéchumènes dans les villages de « Songphinong et de Nà-xu’ek, voyant les difficultés incessantes auxquelles ils restaient « exposés, nous nous sommes mis en quête de trouver des terrains propices pour une « installation commune. Par terrains propices je veux dire une étendue assez considérable « pour en faire des champs, des endroits plus élevés pour y établir des maisons, à proximité « d’un cours d’eau ou au moins de grands étangs, pas trop loin du chemin de fer pour « communiquer avec la chrétienté principale. Après plusieurs tentatives infructueuses, nous « avons fini par trouver une localité favorable, grâce au secours de sainte Thérèse de l’Enfant-« Jésus, à qui est dédiée la nouvelle chrétienté. C’est à une distance de moins d’une heure de « la station de Huei-Thaleng, à deux heures de chemin de fer de Khôrat, sur la ligne « d’Oubone. Il est à remarquer que cette localité était connue, ayant été habitée autrefois, mais « elle a la réputation d’être hantée par les mauvais génies. Notre sainte Patronne nous « protégera. Sous la conduite d’un catéchiste, cinq familles sont venues s’y établir l’année « dernière ; malheureusement la sécheresse fut cause que les terrains ne purent être cultivés « qu’en petite partie seulement. Malgré cela tous furent contents et se mirent en devoir de « faire venir les autres chrétiens et catéchumènes. Nous leur fîmes comprendre les avantages « de la nouvelle situation ; avantages matériels, champs, eaux, etc., et surtout les avantages « spirituels bien autrement importants : possibilité d’avoir un Père sinon toujours, du moins « souvent, d’assister à la sainte messe et de pouvoir recevoir les sacrements fréquemment, « d’avoir une école où les enfants seraient instruits, etc. Ils comprenaient bien tout cela, mais « malgré leur réputation de nomades, ce n’était pas une petite affaire que d’abandonner en « masse leurs anciens domiciles pour venir se grouper à nouveau dans une région où tout est à « créer.
« Sur ces entrefaites, en novembre 1931, des gens mal intentionnés mirent le feu à la « pauvre chapelle de Nà-xu’ek qui fut bientôt réduite en cendres. Peu de jours après, tandis « que le Père était en route venant de Khôrat, une nouvelle chrétienne très âgée vint à mourir « quelques heures avant l’arrivée du Père. Avant d’expirer, elle fit cette recommandation à ses « enfants et petits-enfants : « Quand je serai morte, enterrez-moi chrétiennement et priez pour « moi. Puis ne restez pas ici, allez avec le Père dans le nouvel endroit qu’il a préparé pour « vous. » Le missionnaire arriva après que la malade eût rendu le dernier soupir dans des « sentiments édifiants de foi et d’amour du bon Dieu. Après les funérailles, aussi solennelles « qu’elles peuvent l’être dans une nouvelle chrétienté de la brousse, les hommes du village se « rassemblèrent chez le Père et lui déclarèrent qu’ils allaient vendre tout ce qu’ils ne « pouvaient pas prendre avec eux : maison, champs, greniers, puis émigrer dans la nouvelle « localité. Une décision aussi générale ne contribua pas à faire monter les prix, surtout à cette « époque de pauvreté universelle. Mais telle était leur résolution, que malgré toutes les « contrariétés venant de la part des hommes et des éléments, ils ne se laissèrent pas ébranler. « Ils organisèrent des caravanes de trente ou quarante chars à la fois pour transporter leurs « effets, meubles, avec les enfants et les personnes âgées : ce fut un voyage de cinq jours et il « fallut camper quatre nuits à la belle étoile. Lorsqu’ils approchèrent de Nônkëo (c’est le nom « de la nouvelle colonie), des jeunes gens prirent les devants pour aller annoncer l’approche « des voyageurs. Alors se produisit un fait dont le Père qui en fut témoin ne peut parler sans « émotion : dès que les jeunes gens arrivèrent, la nouvelle s’en répandit comme une traînée de « poudre ; aussitôt dans chaque maison on se charge à la hâte de provisions, riz, poisson, eau, « sel, piment et on s’empresse d’aller au-devant des nouveaux venus jusqu’à une distance de « plusieurs kilomètres. Lorsque la rencontre eut lieu, ce fut une explosion de joie, la caravane « dut s’arrêter, il fallut dételer buffles et bœufs, pour les laisser paître, pendant que les « voyageurs se restauraient eux-mêmes en racontant les péripéties de l’expédition. Conduits « ensuite au village, les arrivants s’installèrent d’abord comme ils purent. Puis sans tarder, les « jours suivants on se mit à abattre des arbres pour servir de charpente aux maisons, « constructions assez primitives, couvertes de grandes herbes liées ensemble comme le « chaume. Actuellement les travaux des champs ont commencé ; puissent-ils être fructueux. « Que sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus protège sa chrétienté de Nônkëo ! »
« Voici quelques détails sur les anciennes chrétientés. M. Durand nous dit en parlant de Pakklong et de Thàkien : « Rien de particulièrement saillant à signaler. Les chrétiens, à part « quelques exceptions sont fidèles à s’approcher des sacrements, il y a progression continuelle « sous ce rapport. L’an dernier, le nombre des baptêmes d’enfants fut exceptionnel, cette « année il est plus faible. J’insiste souvent auprès des chrétiens sur l’apostolat qu’ils doivent « exercer près de leurs parents, chrétiens tièdes ou encore païens, mais le succès ne vient pas « vite. »
« M. Fouillat à Lamsai fait cette autre remarque : « les résultats sont un peu inférieurs à « ceux de l’an dernier, cela ne s’explique que trop dans ces temps difficiles, à cause des soucis « de la crise économique qui pèsent lourdement sur les agriculteurs. »
« M. Gastal est heureux de rendre hommage comme par le passé au dévouement des chers Frères de Saint-Gabriel et des Sœurs de Saint-Paul. « Malgré la pénurie de personnel, malgré « les épreuves de la maladie, chacun a travaillé de son mieux pour la gloire de Dieu et le bien « de notre chère jeunesse. Les Sœurs du couvent Saint-Joseph s’occupent de 343 élèves dont « 146 chrétiennes ou catéchumènes. Le nombre des juvénistes et des postulantes augmente « peu à peu et toutes donnent beaucoup d’espoir. Deux postulantes ont pris l’habit des Sœurs « de Saint-Paul le 3 mai ; trois autres ont fait leurs premiers vœux le 21 mai. Ces deux belles « cérémonies, présidées par Mgr de Guébriant, ont laissé dans l’âme des nombreux assistants « la plus salutaire impression. Le collège de l’Assomption pour jeunes filles compte 183 « élèves dont 60 chrétiennes. Le bon esprit, la piété, la régularité y règnent toujours. Une « ancienne élève institutrice vient d’entrer au Carmel : elle ne manquera pas de prier tous les « jours pour ses compagnes d’autrefois, encore païennes, dont quelques-unes désireuses de « recevoir le baptême ne peuvent en obtenir l’autorisation de leurs parents. Le collège des « Frères de Saint-Gabriel compte 1.888 élèves dont 350 chrétiens. Le catéchisme y est « enseigné régulièrement en français, en anglais et en siamois. La Croisade eucharistique « groupe 92 membres. On constate cette année une augmentation dans le nombre des « confessions et des communions. Mais les Frères ont dû payer un lourd tribut à la maladie ; « plusieurs ont été obligés de faire un séjour à l’hôpital, deux sont rentrés en France pour « prendre de nouvelles forces, et ceux qui restent font l’impossible pour tenir en attendant « l’arrivée de renforts ardemment désirés. Le groupe des anciens élèves catholiques « Chevaliers du Très Saint Sacrement enrôle chaque mois quelque nouveau membre, et « s’efforce de remplir au mieux son programme d’action catholique et d’apostolat. « L’événement le plus important de l’année pour nos établissements scolaires a été la visite de « notre vénéré Supérieur Général, à Saint-Joseph le 8 décembre, et au collège de « l’Assomption le lendemain. Sa bonté, sa simplicité, ses conseils si pratiques et en même « temps si paternels lui conquirent tous les cœurs, et sa visite fut pour tous, Pères, Frères, « Religieuses et élèves le meilleur des encouragements.
« M. Richard souffre de ne pouvoir s’installer dans la ville voisine de sa chrétienté de Nonghin : « Au mois de septembre dernier, m’écrit-il, j’avais bon espoir d’établir un poste à « Nakhon-pa-thom : il y a si longtemps que je désire cette fondation. Le bon Dieu n’a « cependant pas encore permis de voir mes efforts aboutir. Le manque de ressources a été une « des causes de mon échec, ce n’est pas la seule : l’impossibilité de trouver à Nonghin même « le personnel nécessaire, le peu d’influence que peuvent avoir les chrétiens trop pauvres et « trop peu nombreux de cet endroit, serait de nature à me faire croire qu’on n’arrivera que « difficilement à fonder une station dans ce grand centre, lieu de pèlerinage bouddhique « renommé. Malgré tout j’ai confiance que Dieu bénira mes efforts et que, dans un avenir plus « ou moins prochain, son Nom sera honoré et glorifié à Nakhonpathom même. Ce qui me fait « le plus de peine, c’est de constater que les protestants eux sont installés dans cette ville « depuis une trentaine d’années. Ils s’y sont développés et leurs œuvres sont assez prospères. « Leurs écoles comptent de nombreux élèves, garçons et filles. Ils y ont également un petit « hôpital dont les infirmières, ont une excellente réputation. Dans la ville même, ils possèdent « deux lieux de réunion, d’où ils rayonnent dans les villages environnants, avec l’espoir d’y « recueillir aussi des adeptes. J’ai même été obligé de mettre mon petit troupeau en garde « contre leur propagande. Voici leur manière de procéder : quand le temps est beau, ils louent « une auto, y montent à plusieurs, emportant avec eux un petit harmonium. Arrivés dans la « localité de leur choix, ils s’installent en plein air et commencent par jouer une comédie, puis « ils chantent des cantiques et font leur prêche ; la comédie sert naturellement d’amorce pour « attirer les gens. A Nonghin la situation devient de plus en plus difficile, à cause de la « pauvreté des chrétiens. Tous ces soucis sont du moins compensés par quelques consolations « spirituelles, car si les conversions de païens ne sont pas aussi nombreuses que je le voudrais, « les chrétiens du moins sont fidèles à la messe du dimanche, et le nombre des communions « hebdomadaires augmente. A Bang-phasi, à part quelques familles qui habitent le marché, « toutes les autres sont dispersées dans la plaine, trop loin pour permettre aux enfants de « fréquenter l’école d’une manière régulière. J’ai eu le bonheur de trouver une chrétienne de « bonne volonté assez instruite, qui a accepté de réunir chez elle les enfants chrétiens des « environs pour leur enseigner les prières. »
« Outre la nouvelle procure que Mgr de Guébriant nous a fait la joie de bénir, nous vesons d’achever la construction du nouveau couvent du Sacré-Cœur pour nos religieuses indigènes. Fondée il y a plus de trente ans à Samsen par le provicaire d’alors M. d’Hondt, de sainte mémoire, cette œuvre a prospéré et il a fallu trouver un terrain plus spacieux dans le but de favoriser son développement.
« Je ne dirai qu’un mot de l’événement sensationnel pour le pays : le « coup d’Etat » du 24 juin 1932. La monarchie d’absolue est devenue constitutionnelle, l’année même où l’on fêtait le 150e anniversaire de la dynastie actuelle. Cette révolution s’est accomplie dans un calme surprenant pour ceux qui ne connaissent pas la mentalité des gens de ce pays. Puisse la tranquillité continuer à régner au Siam, pour le plus grand bien du peuple et l’avancement du règne du divin Maître ! Car la parole de l’Ecriture est toujours vraie : « Non in commotione Dominus. »
« Notre profonde reconnaissance envers tous nos Bienfaiteurs et Bienfaitrices de la Propagation de la foi, de la Sainte-Enfance, de l’Œuvre de Saint-Pierre Apôtre, de l’Œuvre des Partants, de l’Œuvre Apostolique, et autres personnes charitable que le Divin Maître seul connaît, se traduit par nos prières de chaque jour à toutes leurs intentions. C’est de grand cœur que nous les remercions tous de leur générosité et que nous leur demandons de nous continuer l’aumône de leurs prières et de leur charité. »
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