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Rapport annuel des évêques

Année: 1939
Pays: Thaïlande
Mission: Bangkok
Rédacteur:Mgr Perros

CHAPITRE VII
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GROUPE DES MISSIONS
DE L’INDOCHINE OCCIDENTALE

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I. — Bangkok.

(Siam)

Population catholique 35.269
Baptêmes d’adultes 466
Baptêmes d’enfants de païens 945
Conversions d’hérétiques 6


« Les événements qui bouleversent le monde oriental et occidental, écrit S. Exc. Mgr Perros, causent une anxiété et des inquiétudes qui ne laissent guère la liberté d’esprit nécessaire même pour la rédaction d’un compte rendu. Aux tristesses de la vie quotidienne viennent se joindre les craintes de nouvelles complications. Plus que jamais nous devons vivre de la foi, avoir, confiance en Notre Père qui est aux cieux, nous abandonner à sa Providence toujours bonne.
« Dans le courant de cet exercice, deux Sœurs de Saint-Paul de Chartres nous ont quitté pour aller recevoir la récompense promise par le divin Maître à ses fidèles servantes : Sœur Augustine, qui avait 62 ans, dont 42 de religion et avait passé plus de 30 ans dans la Mission de Bangkok, puis venait d’être envoyée à Oubone (Laos) pour diriger le couvent des Amantes de la Croix en cette belle chrétienté ; et Sœur Marie de Saint-Gildas, qui s’est dévouée aux soins des malades à l’hôpital Saint-Louis, et s’est éteinte après 16 ans de religion, à l’âge de 36 ans.
« Le doyen de nos prêtres indigènes, M. Gulielmo da Cruz, a célébré cette année ses noces d’or sacerdotales. Ce fut une belle fête pour tous, les chrétiens étaient heureux de pouvoir témoigner leur reconnaissance à ce prêtre qui a fait tant de bien parmi eux : au point de vue matériel, il a reconstruit l’église, une des plus belles de Bangkok, bâti le presbytère, une école pour jeunes filles, tenue par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, une école primaire pour les garçons ; au point de vue spirituel, le bon Dieu seul connaît tout le bien que le vénéré jubilaire s’est efforcé de faire. Sa Sainteté Pie XI lui avait envoyé la bénédiction apostolique avec bons vœux de grâces abondantes et de ministère fructueux. Vers la même époque, deux autres prêtres, MM. André et Simon, fêtèrent le 25e anniversaire de leur ordination sacerdotale. Daigne notre divin Sauveur leur accorder encore de longues années de travail et de mérite !
« Sœur Mélanie, Supérieure de notre hôpital Saint-Louis, a célébré elle aussi ses noces d’or de vie religieuse. Bien que cette fête revêtît un caractère tout intime, nombreux furent ceux qui eurent à cœur de venir exprimer leur reconnaissance à la chère Sœur qui a soigné et soulagé tant de malades. La petite chapelle de l’hôpital ne suffisait pas à recevoir les fidèles qui vinrent le matin assister à la sainte messe et le soir au salut du T. S. Sacrement.
« Suivons maintenant les missionnaires dans leurs travaux apostoliques. « L’exercice « 1938-1939, écrit M. Perroudon, provicaire, appelle, quelques réflexions. En premier lieu, si « le nombre des chrétiens de la paroisse a augmenté de 200 unités, cela tient principalement « au fait que l’on découvre de temps en temps de nouvelles familles venues un peu de tous les « coins du Siam et perdues dans cette grande ville de Bangkok ; elles ne se font pas connaître, « et c’est souvent quelque circonstance fortuite qui attire l’attention du prêtre sur elles et lui « révèle leur existence. Elles sont inscrites dans les registres, mais ne sont, hélas, guère « pratiquantes ; la plupart se trouvent dans une situation irrégulière ; d’autres, noyées dans la « masse païenne, subissent l’influence du milieu et, peu à peu, abandonnent leurs devoirs « religieux. En second lieu, le nombre de baptêmes d’adultes (27) est bien maigre. Pourtant « les catéchumènes viennent étudier, mais plusieurs renoncent bientôt à l’étude de la religion « parce que « durus est hic sermo » : quant aux autres, élèves de nos écoles, il est nécessaire « de procéder avec grande prudence pour leur admission au baptême : l’expérience montre « que les convertis du bouddhisme retournent facilement à leurs anciennes erreurs, sauf « quelques exceptions, lorsque leurs études terminées ils rentrent dans leur famille. Notre « programme se ramène donc à semer la parole évangélique afin de faire tomber les « préventions d’abord, puis de gagner les sympathies, et enfin de conquérir les âmes. C’est « pour cela que nous nous efforçons de développer les écoles paroissiales : elles sont une « lourde charge, mais que faire ? les écoles sont les poumons de la Mission, les supprimer « serait exposer celle-ci à mourir d’asphyxie lente. Les écoles paroissiales comptent « actuellement 336 enfants sous la conduite de 11 maîtres ou maîtresses d’écoles ; sur ce « nombre 153 sont païens mais tous étudient le catéchisme et se trouvent ainsi sur la voie qui « conduit à Dieu et à l’Eglise. C’est pour moi un devoir de conscience de remercier Sœur « Germaine, Supérieure du couvent de l’Assomption, pour son dévouement à l’œuvre de nos « écoles.
« Le nombre des confessions et communions a quelque peu baissé ; la disparition de M. « Gastal, si zélé, y est pour beaucoup ; en outre les confessions et communions à Siraxa « pendant les vacances du collège n’entrent pas en ligne de compte. Le chiffre des « communions pascales ne correspond pas au nombre des chrétiens et cela parce qu’il y a bien « des misères morales dans la paroisse. Daigne Dieu ouvrir les yeux de nos catholiques et leur « donner le courage de pratiquer fidèlement la religion. D’ailleurs de temps en temps, pour « soutenir l’entrain de ses ouvriers évangéliques, le bon Dieu leur donne de beaux exemples « de foi et de fidélité, témoin le fait suivant : Il y a deux ans, une vieille femme, cuisinière « dans une famille protestante, vint me trouver. Elle était originaire de Xiengmai, où toute « petite elle avait été baptisée par les presbytériens américains. Elle ne savait pas lire et son « bagage religieux était extrêmement réduit. Demeurant ici près de la cathédrale, elle avait eu « l’occasion d’assister à nos cérémonies et en avait été frappée ; aussi malgré la grande « dignité de vie de ses maîtres désira-t-elle embrasser notre sainte religion. Je m’efforçai, « malgré sa mémoire terriblement rebelle, de lui inculquer le minimum indispensable, mais ce « fut bien long. Combien de fois ne fus-je pas obligé de lui dire : Prenez patience, le bon Dieu « connaît votre bonne volonté, « Il ne vous abandonnera pas. » Elle me disait que parfois la « nuit, se s’entant fatiguée, elle priait de tout son cœur pour que le bon Dieu ne l’enlevât pas « de ce monde sans l’assistance du prêtre. Le soir à la maison, le travail fini, elle s’efforçait « d’étudier et pour cela payait une petite domestique païenne qui lui lisait le catéchisme ou « les prières. Elle finit par savoir le strict nécessaire, fit son abjuration, et reçut les sacrements « de baptême et de pénitence avec grande joie le 11 avril 1939, et le lendemain, elle se faisait « sa première communion. — « Je suis contente, répétait-elle, maintenant la mort peut venir, « je ne crains rien. » — Peu de jours après son baptême, elle eut une crise de cœur ; ses « maîtres, sachant qu’elle était catholique, la firent, transporter à l’hôpital Saint-Louis. Elle « reçut les derniers sacrements mais se remit bientôt ; toute joyeuse elle vint me saluer. Quatre « jours plus tard elle mourut subitement. Oui, vraiment, le bon Dieu éclaire les âmes droites et « Il sait comment les amener à son Paradis. Puisse-t-il en trouver beaucoup, de ces âmes, dans « notre chère Mission de Bangkok. »
« M. Ollier, successeur du regretté M. Guillou dans la belle paroisse chinoise du Rosaire, rend compte du travail fourni pendant cette année. — « Il y a des résultats, écrit-il, que ne « révèlent point les statistiques et qui sont loin d’être brillants. Il faudrait donner à nos « catholiques une instruction religieuse solide, inculquer à tous une dévotion éclairée et des « habitudes chrétiennes sérieuses, implanter dans les cœurs le zèle pour le salut des âmes ; « connaître tous les chrétiens et la situation de chacun, et pour cela il est nécessaire de faire « des visites à domicile, de tenir exactement tous les registres et dossiers : ménages « irréguliers, apostats ou en voie de le devenir, enfants en âge de se confesser et de « communier, jeunes gens ou adultes non encore confessés, enfants ne recevant pas « d’instruction religieuse parce qu’obligés de travailler pour gagner leur vie, fréquentation des « écoles païennes, etc. Pour atteindre ce but il est indispensable de connaître les langues, le « siamois et 4 dialectes chinois, avoir le temps d’aller visiter tous les chrétiens du poste. »
« D’une autre paroisse chinoise, M. Durand m’écrit : La chrétienté de Lamsai a toujours « été en progrès rapide, mais pas autant qu’elle aurait pu l’être. Autrefois, lors de mon premier « séjour ici (1905-1921) le nombre des chrétiens augmentait chaque année par la conversion « de nombreux chinois adultes, tandis que maintenant les catéchumènes se comptent par « unité ; ce sont surtout les naissances d’enfants de chrétiens qui élèvent le chiffre de la « population chrétienne. Cela tient à plusieurs raisons ; la première, est la crise universelle « d’où effondrement du prix du riz. Les Chinois ne pouvant plus faire facilement de beaux « gains comme autrefois, sont pris par le souci quotidien de la nourriture à se procurer, et ne « se soucient plus autant de sauver leur âme. La deuxième raison qui a surgi récemment est la « rigidité des nouvelles lois scolaires, qui m’a forcé à fermer l’école de doctrine où l’on « enseignait la religion aux adultes et aux enfants ne fréquentant pas l’école chinoise. J’ai fait « bien des démarches pour trouver une personne capable et faire approuver une école de « catéchisme ; jusqu’ici je n’ai pas encore reçu l’autorisation de l’ouvrir. Une troisième raison « importante, c’est que je ne puis découvrir de catéchiste chinois connaissant quelque peu le « siamois. Celui que j’ai actuellement tient la place bénévolement, mais, pris la plupart du « temps par son commerce, il ne peut guère s’occuper de la prédication de l’Evangile. »
« A Samsen, paroisse au nord de Bangkok, M. Tapie constate une diminution dans le nombre des baptêmes d’adultes. Cela est dû à deux causes : la première est l’impossibilité de régulariser certaines situations matrimoniales ; la deuxième résulte du tempérament de certains enfants qui apprennent le catéchisme, il est vrai, mais n’arrivent pas à faire les actes nécessaires pour affirmer leurs sentiments chrétiens ; par suite on hésite à les baptiser. Le fait important de l’année a été l’établissement dans la paroisse de l’apostolat de la prière et de la croisade eucharistique. Tout semble faire prévoir que ce sera là l’occasion d’un accroissement de piété et un nouveau stimulant pour le bien. On remarque déjà, en effet, une augmentation sensible dans le nombre des communions du premier vendredi du mois. Pour la croisade eucharistique, le côté extérieur a contribué à la faire mettre en valeur dès le premier essai. Toutes les mamans voulaient que leurs petites filles s’enrôlassent sous le costume des croisées. Les consignes à observer seront certainement pour cette jeunesse un bon moyen de se former et de s’habituer à avoir des horizons plus larges que par le passé.
« De Pétriu M. Carrié m’écrit : « Le compte rendu annuel marque une légère diminution « du nombre des chrétiens. Certaines familles, dans l’espoir de trouver mieux, s’en vont « ailleurs, bien souvent au grand détriment de leur vie chrétienne, surtout si elles se trouvent « dans un milieu païen. Les écoles de Pétriu, grâce au dévouement des Frères et des Sœurs, « obtiennent de bons succès. En mars dernier aux examens du gouvernement, le premier de la « sixième classe était un de nos élèves. Les nombreux enfants de la crèche et de l’orphelinat « donnent bien de la peine et des soucis aux bonnes religieuses ; espérons qu’ils en seront « reconnaissants et garderont gravés dans leur cœur les bons enseignements qu’ils reçoivent. »
« A Xiengmai, M. Carton estime que humainement parlant, l’année n’a été bonne ni au point de vue matériel ni surtout au point de vue apostolique. — « Nous avons dû payer notre « tribut à la malaria, écrit-il, M. Rochereau, mon vicaire, M. Tsinguen et moi-même. Le « manque de personnel bien formé et la pénurie de ressources sont les principaux obstacles « retardant les conversions. Aussi ai-je été obligé de fermer plusieurs écoles qui avaient été « ouvertes par mes prédécesseurs et qui entretenaient un contact avec les bouddhistes et les « protestants. C’est là un recul désastreux et profondément regrettable. » M. Carton constate avec regret qu’un certain nombre de chrétiens se trouvent dans une position matrimoniale irrégulière, ce qui n’a rien de surprenant quand on voit la facilité avec laquelle ces populations vivent dans un désordre qui ne les étonne plus, tellement il est commun.
« Xiengmai est le centre d’une mission presbytérienne américaine établie là depuis près de 80 ans. Cette année elle a reçu la visite d’un prédicant chinois qui a donné des conférences sur la religion à Xiengmai, Lampang et Xieng rai. Il aurait, paraît-il, amené un certain nombre d’adeptes des presbytériens à faire leur confession publique. Sa doctrine s’écartant singulièrement de celle des presbytériens et se rapprochant davantage de la doctrine catholique, a causé un grand émoi parmi les protestants : on dit qu’un certain nombre abandonne le presbytérianisme pour suivre les directives du prédicant chinois. Sans doute il ne faut voir là qu’un feu de paille, celui-ci étant parti et les pasteurs américains restant sur place. Plaise à Dieu que cette division parmi les hérétiques leur ouvre les yeux et les amène à la vraie religion ! Le collège Montfort des Frères de Saint-Gabriel et l’Institut « Regina coeli » des Ursulines de l’Union Romaine continuent leur travail d’enseignement chrétien et ont remporté de beaux succès aux examens de fin d’année scolaire.
« Dans le même district de Xiengmai, mais du côté est, sur la route de Lampang-Xiengrai, à Phan, localité autrefois célèbre par les guerres dont cette région fut le théâtre, M. Rochereau s’ingénie à développer la chrétienté naissante dédiée à Notre-Dame Auxiliatrice. Lui aussi se désole de l’apathie des Laotiens, toutefois il ne perd pas courage et se dépense sans compter pour procurer à ces gens de bonne volonté la lumière de l’Evangile par le moyen de tracts, gravures, voire représentation de scènes bibliques qui ont toujours du succès dans ce pays de grands enfants. Notre dévoué confrère met tout en œuvre pour amener ces populations à connaître la vraie religion.
« Comme les années précédentes, nos collèges et couvents, écoles de tout degré, ont remporté de beaux succès aux examens, en particulier le couvent Saint-Joseph dirigé par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, qui a présenté 42 élèves à l’examen de fin de cours secondaire, sur ce nombre, 41 ont réussi. Sont-ce ces succès qui provoquent de la part des autorités scolaires une antipathie inexplicable contre nos écoles paroissiales ? Toujours est-il que sans cesse sont édictées de nouvelles réglementations tendant à rendre impossible le maintien de nos écoles. Il y a quelques années, sur le désir du ministre de l’Instruction publique d’alors, j’avais fait classer un certain nombre de nos écoles dans la catégorie des écoles communales, susceptibles de recevoir du ministère des secours qui, même minimes, sont toujours utiles et appréciés ; actuellement toutes rentrent dans la catégorie des écoles privées, inaptes à recevoir quelque secours officiel que ce soit. En outre, tous les élèves, garçons et filles, sont obligés de porter brodée sur leur vêtement l’initiale R particulière à ces écoles. Mais malgré les lourdes charges qui en résultent pour nous, nous continuerons à donner tous nos soins à nos écoles. La divine Providence, plus puissante que les hommes, ne nous abandonnera pas.
« Les vocations religieuses continuent d’éclore, pas très nombreuses, il est vrai, mais la qualité est plus importante que la quantité. Nous avons pu envoyer deux nouveaux séminaristes au Collège de la Propagande, tous deux anciens élèves des Frères. Les Sœurs de Saint-Paul et les Ursulines ont aussi la joie de voir l’une ou l’autre de leurs élèves écouter fidèlement l’appel du divin Maître et se consacrer à Lui. Je dis à tous nos éducateurs et éducatrices notre profonde reconnaissance pour leur dévouement et le bien qui se fait dans nos maisons d’éducation. Merci de tout cœur à tous les bienfaiteurs et bienfaitrices, associés de l’œuvre de la Propagation de la Foi, de la sainte Enfance, de l’œuvre de Saint-Pierre Apôtre, et de tant d’autres que le bon Dieu connaît. Nous prions et faisons prier sans cesse pour tous ceux qui nous aident par leurs prières, leurs aumônes, leurs souffrances, à étendre le règne de notre divin Sauveur, à Le faire connaître et aimer. Un jour tous nos bienfaiteurs et bienfaitrices sauront combien leurs secours ont été précieux et efficaces.
« En terminant ce compte rendu, je regrette de n’avoir pas pu trouver jusqu’à présent, ce qui serait le plus grand secours pour aider à la conversion de ce pays enlisé dans le bouddhisme, un Ordre de Religieux contemplatifs venant s’établir ici pour montrer par l’exemple ce qu’est la vie religieuse chrétienne. Les bonzes du bouddhisme sont légion, presque tous les jeunes gens font un séjour plus ou moins long à la pagode ; quelle prédication efficace serait la vue de religieux chrétiens occupés uniquement à aimer et servir Dieu ! Le Carmel fait un bien considérable, quel dommage que nous n’ayons pas de congrégation d’hommes pour former ceux qui sans aller jusqu’au sacerdoce désireraient cependant se donner complètement à Dieu ; les vocations religieuses ne manqueraient pas ! »


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