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Rapport annuel des évêques

Année: 1951
Pays: Thaïlande
Mission: Tharé
Rédacteur:Mgr Bayet

II. — Tharé

Population catholique 25.466
Baptêmes d’adultes 192
Baptêmes d’enfants de païens 105


« Le Vicariat apostolique du Laos a donné naissance cette année à une nouvelle Mission, écrit S. Exc. Mgr Bayet. En 1935-1936, le Haut-Laos en était détaché pour former la Préfecture apostolique de Vientiane et Luang-Prabang, confiée aux Religieux Oblats de Marie-Immaculée. En décembre 1950, c’est ce qui restait de sa partie laotienne (moyen et bas-Laos) que la Sacrée Congrégation de la Propagande a séparé du Vicariat du Laos, pour en faire la Préfecture apostolique de Thakhek, confiée aux Missions-Étrangères de Paris ; la division en a été faite d’après les limites politiques. Quant à la Mission-mère, ne comprenant plus désormais que la seule partie siamoise, elle a vu son nom de Vicariat apostolique du Laos changé en celui de Tharé. C’est là le grand événement de l’année.
« Je n’ai plus à développer les raisons données pour motiver cette division ; je me contenterai de les énumérer. Il était imprudent de laisser un seul Supérieur diriger une Mission à cheval sur deux pays. Il n’y avait pratiquement pas de liaison entre les deux parties du Vicariat. Le territoire était immense ; chaque partie était suffisamment large pour occuper toute l’activité d’un Supérieur, d’autant plus, qu’après les événements de 1940 à 1945, chaque partie avait besoin d’une réorganisation complète dans tous les domaines.

« Les incidents postérieurs à la division prouvent que la décision de Rome n’est pas venue trop tôt. En janvier 1951, le Service de l’Immigration de Bangkok refusait le permis de séjour aux PP. Brillant et Lamoureux, entrés au Siam en 1949, avec tous leurs papiers en règle, y compris le visa du Consul siamois. A l’appel fait par les missionnaires conformément aux règlements, il fut répondu en mars par un second refus. La raison, non avouée, mais évidente de ces refus était simplement que les Pères étaient entrés au Siam en venant au Laos au lieu de se présenter à Bangkok. Nous dûmes recourir au Ministre, et enfin, en juillet dernier, l’ordre fut donné de délivrer le permis de séjour.

« Les règlements sur les entrées et sorties des étrangers résidant au Siam sont de plus en plus sévères ; j’en ai été moi-même gêné dans mes allées et venues de ces derniers mois entre Tharé et Thakhek. Si j’ai pu, malgré tout, aller à Thakhek chaque fois que mon travail m’y appelait, je le dois uniquement à une bienveillance spéciale des autorités locales. Enfin, le 20 juillet, la frontière entre le Siam et le Laos a été fermée ; elle l’est encore, et on ne sait quand elle sera ouverte. C’est alors que nous est arrivée la nomination de Mgr Arnaud comme Préfet apostolique de Thakhek. En raison de la fermeture de la frontière, j’aurais normalement dû, pour aller à Thakhek installer Mgr Arnaud et lui transmettre les consignes, passer par Bangkok et Saigon, soit effectuer un voyage aller et retour de près de cinq mille kilomètres, alors que de Tharé à Thakhek il y en a soixante-quinze. Mais, en réalité, le Ministre de l’Intérieur siamois, trop heureux que le Vicaire apostolique de Tharé n’ait plus juridiction sur la partie laotienne, s’est empressé de me donner une autorisation spéciale de franchir la frontière. C’est ainsi que le 30 septembre, j’ai pu installer solennellement Mgr Arnaud en présence des Autorités laotiennes et françaises et d’importantes délégations venues de toutes les chrétientés de la province.
« L’érection en Mission indépendante de chacune des deux parties du Vicariat apostolique du Laos peut être considérée comme un grand pas en avant, car chacun des deux Supérieurs pourra maintenant étudier les problèmes de sa Mission à tête reposée, prévoir une organisation solide, donner une impulsion nouvelle à toutes les activités missionnaires de son territoire. En ce qui me concerne, cette division m’apporte un grand soulagement, n’ayant plus de temps à perdre en allées et venues incessantes d’une partie à l’autre et n’étant plus continuellement préoccupé par le souci de savoir ce qui se passe dans la partie d’où je suis absent. J’aurai désormais la liberté d’esprit et le temps suffisant pour organiser ou réorganiser les œuvres du Vicariat.

« Au cours de cet exercice, la paix a régné dans tout le territoire du Vicariat. Les Autorités siamoises se sont montrées bienveillantes envers la Mission catholique. Nous avons pu reprendre nos deux grandes écoles de Tharé et d’Oubone, il y a trois ou quatre ans, et les secours que le Gouvernement donne aux écoles privées noue ont permis de les entretenir sans trop de frais.

« Le Vicariat apostolique de Tharé continue à se débattre dans une pénurie de personnel et dans une sérieuse détresse financière. Vingt prêtres employés au service religieux ont assuré la prédication évangélique et les sacrements à plus de 25.000 chrétiens. La visite d’un certain nombre de stations éloignées et d’accès difficile, surtout pendant la saison des pluies, exige des voyages longs et pénibles. Etant donné le nombre des chrétientés, leur dispersion, les difficultés des communications, il faudrait, en réalité, y affecter un minimum de trente prêtres. Les Vietnamiens réfugiés, 3.000 environ, nous ont apporté un surcroît de travail et de soucis, parce qu’ils sont disséminés un peu partout et ne connaissent pas la langue siamoise ; d’autre pari, peu de missionnaires connaissent la langue vietnamienne. Il serait souhaitable que les autorités compétentes arrivent à un accord pour rapatrier tous ces réfugiés. Dans certaines régions, nous pourrions avoir de forts groupes de catéchumènes si les prêtres étaient plus nombreux. Un des prêtres indigènes prêtés par d’autres Missions a demandé à rentrer dans sa Mission d’origine. Dans ces conditions, il n’est pas question pour l’évêque d’avoir un secrétaire. En outre, le procureur doit s’occuper de deux chrétientés, et le Vicaire apostolique lui-même se voit dans la nécessité d’assurer le service de deux petits postes catholiques.
« Le Séminaire des Missions-Étrangères de Paris nous a affecté quatre jeunes missionnaires sur les trois derniers départs ; c’est là un renfort appréciable et nous témoignons toute notre reconnaissance au Conseil central. Le P. Brisson va commencer le ministère après la retraite de novembre. Les PP. Thélier et Leduc pourront, je l’espère, essayer prochainement leurs forces. Quant au P. Tavennec, qui sans doute est déjà arrivé à Bangkok, il sera probablement prêt à exercer son ministère en novembre 1952. Nous souhaitons ardemment que le Séminaire de Paris puisse continuer à nous envoyer de jeunes recrues. Les sept élèves qui sont au séminaire de Penang nous donnent beaucoup de soucis, car ils surmontent difficilement les crises morales qu’ils subissent actuellement. Le plus avancé d’entre eux aurait dû être ordonné prêtre en décembre prochain, mais il a quitté définitivement le séminaire en juin dernier ; ce départ a jeté les autres dans le désarroi. Le petit séminaire de Tharé est prospère. Si tout se passe normalement, les élèves les plus avancés pourront être ordonnés prêtres dans une dizaine d’années.

« Au point de vue financier, le Vicariat est à peu près sans ressources, et cependant des constructions sont urgentes. Pendant la persécution, un bon nombre d’églises, notamment la pro-cathédrale, l’évêché et la procure de Nong-Seng ont été démolis. D’autres églises tombent plus ou moins en ruine ; nos anciens missionnaires ne disposaient pas alors de matériaux ni d’ouvriers capables de bâtir solidement. Maintenant il nous serait possible d’entreprendre la construction définitive de l’église pro-cathédrale et de son presbytère, mais, sans un secours spécial, pourrons-nous y réussir ?
« Nous espérons que la divine Providence saura inspirer à des personnes dévouées aux missions la volonté de nous aider à mettre à exécution nos projets de reconstructions indispensables. Nous comptons aussi sur leurs ferventes prières pour nous permettre de travailler efficacement au salut d’un grand nombre d’infidèles qui ne connaissent pas encore Celui qui est mort pour eux sur la croix. »



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