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Rapport annuel des évêques

Année: 1982
Pays: Thaïlande
Mission: Thaïlande

Région de Thaïlande


Introduction : LA THAÏLANDE


LE CADRE DÉMOGRAPHIQUE

La population est passée de 45.200.000 habitants en 1978 à 48.399.993 habitants en fin 1982. La densité est de 89,23. Le taux d’accroissement des naissances est en régression : de 2,7 il est passé à 2,00%. La population urbaine continue de s’accroître aux dépens des campagnes. La population agricole est cependant encore de 73,80%. L’industrie mobilise 8,1%, tandis que les fonctionnaires totalisent 18,1% de la population active.

LE CADRE ÉCONOMIQUE

Le PNB est en augmentation par rapport aux années précédentes. En 1981, il a atteint la somme de 36 milliards $, ce qui faisait 748 $ par habitant. Sa croissance a été de 7,6%. La dette publique s’est beaucoup accrue : de 1,3 milliard en 1975 elle est montée à 9 milliards en
1981. Le taux d’inflation a été de 12,3%.

LE COMMERCE EXTÉRIEUR

En 1981, les importations ont été de 9,9 milliards dont 59,6% de produits industriels et 7,2% de produits agricoles. Malgré la découverte et un début d’exploitation de pétrole et de gaz naturel, la Thaïlande dépend toujours beaucoup de l’étranger dans le domaine énergétique.
Les exportations ont été de 7 milliards dont 52% de produits agricoles, principalement le riz, le manioc, le maïs et le caoutchouc (la Thaïlande est le troisième pays exportateur de riz dans le monde). Les produits miniers, en baisse, entrent pour 2 % dans les exportations. Il y a aussi 31,3% de produits fabriqués.

LA SITUATION POLITIQUE

Depuis la chute du général Kriengsak en mars 1980, le général Prem Tinsulanond est resté à la tête du gouvernement sans qu’aucun coup d’État ne puisse le renverser. La crise de carburant de 1980 avait eu raison de son prédécesseur ; celle de 1981 laisse le général Prem au pouvoir. Il remanie son gouvernement aux dépens d’« Action Sociale », le parti de M. Kukrit Pramot et du banquier M. Boonchu Rojanasathien. Les réformes économiques libérales envisagées par ce dernier ne seront pas réalisées. Par contre, le leader de l’extrême-droite, le général Sudsai Hasdin entre au gouvernement. Il tenait en main de nombreux mouvements tels que les Scouts de villages, Nawapon et Red Gaurs, organisations d’extrême-droite, et on pensait qu’il pourrait instaurer une sorte de dictature de droite ; mais il n’en fut rien. Ce fut le calme jusqu’au coup d’État du 1er avril 1981. Il est organisé par les Jeunes Turcs, un groupe d’officiers aux vues libérales. Le général Sant, commandant adjoint de l’armée, en prend la tête. Les putschistes présentent un projet de réformes socialistes. Le général Prem se retire au bord du plateau Nord-Est, à Khorat. La famille royale le suit. La reine elle même lance un appel à la résistance. En trois jours, sans un coup de feu, le général Prem réduit la rébellion. A cette occasion, un général assez jeune se fait remarquer : le général Arthit Kamlang Ek. Depuis ce jour son étoile monte en même temps que les jalousies à son égard. La monarchie pouvait-elle éviter de se compromettre dans cette affaire ? Il ne le semble pas, car son existence était sans doute en jeu. Il n’empêche que cela la compromet, en la mêlant un peu plus aux rivalités politiques.
Après la victoire du général Prem, les problèmes qui ont fait naître le mécontentement dans l’armée demeurent. Elle reste déchirée : les officiers démocrates, les Jeunes Turcs et les généraux affairistes continuent à se disputer le pouvoir au sein de l’armée. Il y a eu de nouvelles tentatives de putsch qui ont avorté ; il y en aura d’autres. En face des militaires, les civils ne font pas le poids. « Quand les buffles se battent, dit le proverbe thai, l’herbe est piétinée. » Le peuple est victime de cet état de choses. On le lui fait remarquer, et d’ailleurs il s’en rend bien compte.

LA MONARCHIE

Pendant les années qui viennent de s’écouler, la monarchie a pris une grande part à la vie politique du pays dans ses aspects quotidiens. Le Roi est traditionnellement celui qui donne l’unité à son pays. Même lorsque les politiciens s’entre-déchirent, il reste au-dessus de leurs querelles. En avril 1981, la monarchie a été ouvertement entraînée dans la bataille. Sans doute est-ce pour le bien du pays, mais il est à craindre que ce ne lui soit pas bénéfique.
Deux autres événements ont fait tourner tous les yeux vers le Roi : L’année 1982 a vu se dérouler les fêtes grandioses du bicentenaire de Ratanakosin, nom donné à la ville royale de Bangkok par un des rois de la dynastie ; ces fêtes célébraient les 200 ans de règne de la dynastie actuelle des Chakri. A Bangkok et dans tout le pays, le gouvernement et tout ce qui possède pignon sur rue ont organisé de grandes fêtes qui ont témoigné de l’attachement des Thaïs à leur roi. Au début de cette année mémorable, la plus jeune fille du Roi. S.A.R. la princesse Chulabhorn a épousé un jeune officier d’aviation. C’était le 7 janvier.
Le second événement de l’année qui concerne le roi a été beaucoup plus triste pour la famille royale et le pays. Le roi lui-même est tombé malade au mois de juillet et on a beaucoup craint pour sa santé et même pour sa vie. S’il devait mourir, la grave question de sa succession se poserait dans un contexte national incertain et pendant une crise mondiale dont la Thaïlande ressent fortement les contrecoups.

RÉGRESSION DU COMMUNISME

Le parti communiste thaï avait une vieille histoire en Thaïlande. Les événements de 1973, du temps du maréchal Thanom et du général Prapat, et encore plus ceux d’octobre 1976 avaient entraîné de nombreux étudiants et des professeurs d’université vers les maquis communistes, et les zones d’insécurité s’étaient multipliées. Les dissensions entre la Chine et le Vietnam ont amené les mêmes dissensions dans les maquis. La nouvelle politique chinoise en faveur des Khmers Rouges de Pol Pot contre les Khmers provietnamiens de Heng Samrin a encore divisé un peu plus les maquisards. La coupure entre la Thaïlande et les trois pays communistes de l’Indochine : le Vietnam, le Laos et le Cambodge, a entraîné la suppression des bases éloignées des maquis. Enfin le gouvernement thaï semble avoir retourné la dialectique chère aux communistes contre ceux-ci. De fait, la guérilla a diminué ses activités plus ou moins terroristes et spectaculaires et maintenant nous assistons à des ralliements de plus en plus nombreux. Ces ralliements sont-ils de véritables défections par rapport au communisme ou bien sont-ils un simple changement d’orientation tactique, un mouvement des montagnes vers les villes ? L’avenir nous le dira.


I. DIOCÈSES THAÏS
DANS LESQUELS TRAVAILLENT LES MEP


Thaïlande

Population totale (juin 1982) 48.399.933 hab.
Catholiques 197.095 (soit 0,40 %)

Archidiocèse de Bangkok (Cardinal Michael Meechai Kitbunchu)

Population totale des 11 provinces 9.664.060 hab.
Catholiques 63.300 (soit 0,65 %)
Prêtres diocésains Thaïs 62
Prêtres diocésains MEP 9
Nombreux religieux des différentes congrégations, sociétés ou ordres présents dans la capitale.
Religieuses 427

Diocèse de Nakhonratchasima (Khorat) (Mgr Joachim Phayao Maneesap)

Population totale des 3 provinces 4.020.366 hab.
Catholiques 4.183 (soit 0,10 %)
Prêtres diocésains Thaïs 6
Prêtres diocésains MEP 5 (dans le diocèse)
Prêtres diocésains MEP 3 (hors du diocèse)
Prêtres diocésains Philippin 1
Frères de St-Gabriel 3
Religieuses 26 (des couvents de Ubon ou de Chanthaburi)

Archidiocèse de Tharae (Mgr Lawrence Khai Saenphon-on)

Population totale des 3 provinces 2.357.347 hab.
Catholiques 34.918 (soit 1,48 %)
Prêtres diocésains 25
Religieuses diocésaines 74
Un prêtre MEP est reparti travailler dans ce diocèse où nous avions travaillé depuis sa fondation. Il est professeur au Petit Séminaire N.-D. de Fatima. C’est là qu’une douzaine de confrères d’Ubon avaient travaillé pendant quelque 20 ans.

Diocèse de Nakhonsawan (Mgr Joseph Banchong Aribarg)

Population totale des 13 provinces 6.855.619 hab.
Catholiques 6.500 (soit 0,09 %)
Prêtres diocésains Thaïs, originaires du diocèse 1
Prêtres diocésains Thaïs, originaires de Bangkok 6
Prêtres diocésains Thaïs, originaires de Ratburi 1
Prêtres diocésains MEP 14 (dont 4 à la retraite)
Frères4
Religieuses (de Chanthaburi, ou de St-Paul de Chartres) 28

Diocèse de Ubon (Mgr Michael Bunluen Mansap)

Population totale des 6 provinces 6.108.932 hab.
Catholiques 17.000 (soit 0,28 %)
Prêtres diocésains Thaïs 9
Prêtres diocésains MEP 21 (dont 1 travaiie hors du diocèse)
Jésuite 1
Frères 3
Religieuses 123 (diocésanes, et St-Joseph de l’Apparition)


II. LES GROUPES MISSIONNAIRES MEP
DE LA RÉGION

Il y a 55 membres, répartis en trois Groupes. 50 d’entre eux travaillent dans 5 diocèses différents. 3 travaillent au service de la Société des MEP. Ils ont leur base à Bangkok, à la maison régionale. 2 se dévouent au service des réfugiés : Khmers, Lao, Hmong ou Vietnamiens.
Pendant les trois années qui viennent de s’écouler, le nombre des confrères MEP a diminué dans la Région. Il y a eu 2 décès, le Père Claude RAPIN (de Nakhonsawan) et le Père Louis TAVENNEC (de Khorat). Il y a eu 4 départs, les Pères Daniel BELLAMY, Georges RASSINIER et Louis LEDUC (d’Ubon), et le Père Joseph FLEURY (de Nakhonsawan).
Dans les trois Groupes, l’âge a augmenté de 3 ans, et les forces diminuées d’autant. Le doyen a 82 ans et le benjamin 41 ans.


1. GROUPE DE BANGKOK


a) DIOCÈSE DE BANGKOK

René BRISSON Responsable de Groupe. Vice-supérieur régional. Vicaire à St-François
(60) Xavier de Samsen, Bangkok. Il collabore avec 2 prêtres thais, les Pères
Komthuen et Somsuk, et un PIME, le Père Urbani.
Victor LARQUÉ Chargé du district de Banna/Nongri, en collaboration avec un jeune
(71 ans) vicaire thaï, le Père Phairin.

Jean-Marie BACON Moitié retraité, moitié vicaire à St-Joseph de Trokchan, Bangkok, où il
(77 ans) aide les Pères Savong et Vitthaya.

Maurice JOLY Après avoir été déchargé des districts de Huatake et Nong-chok dans la
(72 ans) banlieue de Bangkok, le Père a été nommé aumônier de l’hôpital St-
Louis, dirigé par des religieuses thaïes (St-Paul de Chartres).

Edmond VERDIÈRE Moine au monastère Phrakristaram de Nongri. Rédaction de la revue
(62 ans) Chawan, éditée pour le clergé et les religieux et religieuses. Vice-
responsable de Groupe.

Paul JUBIN Chargé du district de Ste-Thérèse de l’Enfant-Jésus à Ban Nakhok.
(66 ans)

Gabriel VERNIER Directeur de l’imprimerie de l’Assomption, Bangkok.
(59 ans)

Jean-Paul LENFANT Chargé du district de Saphan-Mai, Bangkok. Professeur de français à (54 ans) l’Université Kasetsat (agronomie).

Marcel PERRAY Vicaire à N.-D. du Rosaire de Talat-Noi, Bangkok. Il travaille avec les (60 ans) Pères Bandit et Chaïyo.

Il y a donc 9 confrères MEP dans le diocèse de Bangkok. Deux sont âgés de 54 et 59 ans, quatre de 60 et 66 ans, trois de 71 à 78 ans.
Six d’entre eux travaillent en collaboration quotidienne avec le clergé, les religieux et les religieuses thaïs. Ceux qui sont en paroisse sont tous dans des « vieilles chrétientés » ou avec des « vieux chrétiens ».

b) DIOCÈSE DE NAKHONRATCHASIMA (KHORAT)

Mgr Alain VAN GAVER Ancien évêque de Khorat. Chargé du district de Nong Bua
(61 ans) Deng-Kaeng Kro-Nong Ya Phong-Nong Kung.

Louis NICOLAS Chargé du district de Non Prasat-Nang Rong.
(65 ans)

Marius BRAY Chargé du district de Pakchong-Klang Dong, et de l’école Rung
(63 ans) Arun Vithaya (Pakchong). Publie une revue mariale dont les abonnements augmentent régulièrement.

René LAMOUREUX Économe régional. Nommé le 1er mars 1982 pour un second
(57 ans) mandat.

Robert MALSERT Chargé du district de Ban Han-Si Kiu.
(53 ans)

Pierre-André DUPONT Maison régionale. Collabore au service EFA de Paris.
(51 ans)

Maurice CHEVALIER Chargé du district de Nong Phluang-Nong Mai Tai-Phut-
(41 ans) thaisong.

Christian MICHEL Professeur au petit séminaire N.-D. de Fatima dans
(45 ans) l’archidiocèse de Tharae-Nongseng.

Sur les huit confrères MEP du diocèse de Khorat, cinq seulement travaillent dans le diocèse. Deux sont à Bangkok, et un à Tharae.
En 1982, le décès subit du Père Louis Tavennec, âgé de 57 ans, a créé un grand vide. Il était chargé du district de Chayaphum.
Les confrères travaillant dans le diocèse de Khorat ne sont plus que cinq. Ils ont été rattachés au groupe missionnaire de Bangkok.
Dans le diocèse, trois confrères sont âgés de 61 à 65 ans. Trois autres, de 51 à 57, et deux de 41 à 45. Seul le Père Christian Michel travaille en collaboration quotidienne avec un supérieur thaï, le Père Chamnien, et deux confrères thaïs, les Pères Prayoon et Somphot.
Le diocèse est jeune et les districts où travaillent nos confrères MEP sont des nouveaux postes ou même des postes en formation, excepté celui du Père Robert Malsert, Ban Han, qui a été fondé bien avant la seconde guerre mondiale.
Le clergé thaï qui travaille dans le diocèse n’est pas originaire du plateau laotien de Khorat où est situé le diocèse, mais il vient du diocèse de Chanthaburi, d’où est originaire Mgr Phayao lui-même. Ce diocèse est né en 1711 avec la fondation de « Chantaboun ». Il est composé de vieilles chrétientés d’origine annamite ou chinoise. C’est le premier diocèse administré par le clergé local en Thaïlande. Les coutumes y sont très différentes de celles que rencontrent les prêtres dans leur nouveau diocèse d’adoption. La langue elle-même y est différente, ainsi que les situations sociales, et l’adaptation n’est pas facile.
La situation restera celle que l’on connaît pendant encore plusieurs années, dans la mesure où le clergé de Chanthaburi et les missionnaires continueront leur travail, car il n’y aura pas de prêtre originaire de Khorat avant trois ans.
Malgré ces difficultés, le diocèse progresse. Il y a plusieurs fondations nouvelles, Nong Ya Phong (1), Nong Kung, Nong Ya Phong (2), Buriram. Mgr Phayao mentionne, outre le travail régulier, les sessions catéchétiques organisées par Mgr Van Gaver pour les enfants qui ne peuvent suivre un catéchisme régulier. La fondation d’une équipe sanitaire qui, partant de l’hôpital St-Mary fondé par Mgr Van Gaver et le Père Bray, apporte un soulagement appréciable dans les villages reculés. Lors des sécheresses qui reviennent régulièrement, les équipes de développement ont fourni du riz et autres denrées de première nécessité à des prix très bas.

c) SERVICE DES RÉFUGIÉS

Ce service ne fait pas partie à proprement parler du Groupe de Bangkok, mais il lui est rattaché.

Robert VENET Du diocèse de Battambang au Cambodge. Il s’occupe des
(65 ans) réfugiés Khmers et Vietnamiens regroupés le long de la frontière Cambodge-Thaïlande.

Mgr Pierre BACH Ancien évêque de Thakhek (Khammouen) au Laos. Il s’occupe
(50 ans) des réfugiés Lao, Vietnamiens, Hmong, regroupés dans les camps le long de la frontière Laos-Thaïlande.

Mgr Yves RAMOUSSE Il était venu d’Indonésie apporter son secours au Père Venet,
(55 ans) pendant un certain temps. Il est retourné en Indonésie au camp de réfugiés indochinois de Galang.

Raymond COUËRON Il avait, lui aussi, quitté sa nouvelle mission, l’île Maurice, pour
(66 ans) se joindre au Père Venet, lorsque les réfugiés sont arrivés en grand nombre. Il est actuellement en France où il soigne une ostéite occasionnée par les mauvais traitements subis en captivité lors de la seconde guerre mondiale.


2. GROUPE DE NAKHONSAWAN


Mgr Michel LANGER Ancien évêque de Nakhonsawan. Il était chargé du district de
(62 ans) Petchabun jusqu’à la mort du Père Claude Rapin. Il a alors repris le poste de celui-ci à Saraburi, et laissé Petchabun à un Père thaï, le Père Udomsak. Il est, de plus, chargé de la maison des prêtres âgés MEP, de Saraburi.
René MEUNIER Retiré à Huadong, petit hameau qu’il administre et développe.
(75 ans)

A. DESCHAMPS-BERGER Après avoir quitté Bangkham et Sapsamothot, il prend sa
(69 ans) retraite à Saraburi.

Isidore GARREL Après avoir quitté Sawankhalok, il prend sa retraite à Saraburi,
(68 ans) et traduit des documents latins pour aider le Père Costet et les « historiens».

Joseph GLORIOD Après avoir quitté l’économat du diocèse, repris par l’évêque
(67 ans) lui-même, il prend sa retraite chez les Sœurs de St-Paul de Chartres, à Petchabun.

Etienne GRANGE Chargé jusqu’en 1981 du district et de l’école de Tak qu’il avait
(60 ans) fondés. Depuis lors, il fonde une ferme à Kamphengphet.

Pierre LABORIE Chargé du district de Phitsanulok, il fonde le poste de Phichit,
(57 ans) dont les bases avaient été posées par le Père Jean-Pierre Prédagne.

Michel BROUX A Lamnarai jusqu’en 1981. Il est maintenant chargé du district
(53 ans) et de l’école de Tak.

Jean MOTTIN Chargé de l’apostolat en milieu Hmong, en collaboration avec le
(53 ans) Père Vinai. Il est basé à Sawankhalok chez les Sœurs thaïes de la Congrégation du Sacré-Cœur de Khlongtoei (maison-mère à Bangkok).

Claude RAPIN Il était chargé du district de Saraburi jusqu’au 2 janvier 1982,
(54 ans) date de sa mort.

Robert BILLOT Responsable du Groupe de Nakhonsawan. Chargé du district de
(48 ans) Lopburi-Nong Tao-Lamnarai. Professeur dans des écoles du gouvernement.

Joseph GUILLOU Membre de l’équipe chargée de l’apostolat en milieu Karen
(49 ans) (centre à Maesot), district de Pupetha et Samnunthung.

Michel COUTAND Délégué des confrères. Chargé du district de Takhli-Nong
(50 ans) Muang-Dongkabuang-Xainat-Thasung-Uthaithani. Centre de couture. Professeur dans des écoles du gouvernement.

Joseph QUINTARD Membre de l’équipe chargée de l’apostolat en milieu Karen
(48 ans) (centre à Maesot). Dirige l’équipe médicale volante du centre.
Gabriel TYGRÉAT Membre de l’équipe chargée de l’apostolat en milieu Karen
(50 ans) (centre à Maesot), district de Chongkhaeb. Orphelinat.

Dans le Groupe, quatre Pères sont à la retraite, ils ont entre 67 et 75 ans. Deux autres Pères ont 60 et 62 ans, cinq de 50 à 57 ans, trois ont 48 ou 49 ans.
En janvier 1982, le décès du Père Claude Rapin, âgé de 54 ans, ancien responsable du Groupe pendant de longues années, a creusé un grand vide dans le presbyterium et la communauté chrétienne, tout particulièrement chez les Chinois.
Tous les postes dans lesquels travaillent les confrères MEP sont nouveaux ou cri formation, excepté Phitsanulok. Les vieilles chrétientés sont administrées par des prêtres thaïs.
L’équipe chargée de l’apostolat en milieu Karen est actuellement composée de trois MEP (Guillou, Quintard, Tygréat), et de deux prêtres thaïs (Manat, Prachuobchok).
Cependant, il y a peu de collaboration au niveau du travail — mise à part l’équipe de Maesot — entre les MEP et les prêtres thaïs. La raison est à trouver dans les longues distances et les milieux d’apostolat très diversifiés.
L’origine des prêtres thaïs est un autre facteur de dispersion. Un seul prêtre est originaire du diocèse, le Père Manat. L’évêque est originaire de Chantaburi, le curé de la cathédrale a été prêté parle diocèse de Ratburi. Quand aux six autres prêtres thaïs ils viennent de Bangkok où ils restent incardinés.


3. GROUPE DE UBON

Mgr Claudius BAYET Ancien Vicaire apostolique de la mission du Laos, de
(82 ans) Tharae, et de Ubon. Ancien évêque de Ubon. Il est actuellement retiré à l’évêché de Ubon où il écrit « L’historique de l’évangélisation au nord-est thaï et au Laos ». Il fait de nombreux remplacements ponctuels, et sert de mémoire à la mission.

Mgr Germain BERTHOLD Ancien évêque d’Ubon. Chargé du nouveau district de
(59 ans) Yasothon.

Jean-Joseph GOURNAY Chargé du district de Sithan.
(61 ans)

Jean JACQUEMIN Supérieur régional.
(60 ans)

Roger RAGAZZI Chargé du district de Khokkhinak, et caricaturiste de la
(65 ans) mission.

André FRANCHINEAU Professeur de français dans une école de
(59 ans) Mahasarakham.

Henri BRILLANT Chargé du district de Nongkhu, puis de celui de
(58 ans) Banhuet.

Maurice BRISSON Aumônier du camp de réfugiés d’Ubon. Chargé du
(57 ans) district de Ban Bua Tha.

Louis Léon Chargé du district de Ban Lao.
(59 ans)

Louis LEDUC Chargé du district de Mahasarakham jusqu’à son départ
(59 ans) en1982.

Maurice THÉLIER Responsable de la Maison de Société d’Ubon.
(59 ans)

Bernard GUILLEMIN Chargé du district de Sisaket. Responsable de la
(53 ans) Commission de la famille en collaboration avec une équipe de laïcs thaïs.

Robert COSTET Chargé du district de Nongtham, où il travaille avec un
(54 ans) jeune prêtre thaï, le Père Khamphong. Responsable du centre catéchétique de la mission avec la Sœur Virginia Bunmi, des Servantes de Marie d’Ubon. Chargé de cours au centre catéchétique national de Samphran.

Bronislas PASEK Chargé du district de Thapthai. Il continue de mener une
(52 ans) vie proche de celle des bonzes et reste en contact permanent avec le milieu bouddhiste.

André Van NEDERVELDE Chargé du district de Nongrung.
(58 ans)

Yves LE BÉZU Chargé du district de Khemmarat. Il a assuré l’intérim à
(51 ans) l’économat régional pendant le congé du Père René Lamoureux.

Jean DROVAL Aide-procureur du diocèse. Chargé de l’orphelinat du
(52 ans) diocèse.

Georges ABALLAIN Chargé du district d’Amnatcharoen.
(50 ans)

Marcel LAOUENAN Vicaire à la cathédrale d’Ubon, spécialement chargé des
(49 ans) catéchumènes adultes. Puis professeur de français au collège de l’Assomption, Ubon, où étudient les petits séminaristes du diocèse.

Georges MANSUY Responsable du Groupe. Procureur du diocèse.
(48 ans
Joseph TRÉBAOL Curé de la cathédrale, où il travaille en collaboration avec un
(43 ans) vicaire thaï, le Père Toemsak.

Auguste TENAUD Chargé du district de Bungmai. Il a travaillé jusqu’en fin 1982
(44 ans) au service des réfugiés du camp d’Ubon.

Dans le Groupe, un seul membre des MEP a plus de 70 ans (il a 82 ans). Trois ont de 60 à 65 ans, treize sont entre 50 et 59, et quatre ont entre 43 et 49. Le Groupe est encore assez nombreux, assez fort et relativement jeune.
Il y a eu entre 80 et 82 trois départs de confrères, Bellamy, Rassinier, Leduc. Deux nouveaux arrivés qui ne sont plus dans leur première jeunesse, mais possèdent une expérience apostolique indéniable, sont venus compenser ces départs, Van Nedervelde et Aballain.
L’arrivée de jeunes prêtres thaïs originaires du diocèse d’Ubon assure la continuité ; il y en a eu trois entre 80 et 82, il y en aura deux autres en 83.
Les confrères MEP tiennent encore beaucoup de postes importants dans le diocèse, tels que Procure, Centre catéchétique et « maturation de la foi », Commission de la famille, Relations avec les bouddhistes, Curé de la cathédrale. Cependant, deux postes très importants sont tenus par les prêtres thaïs. Il y a en premier lieu le petit séminaire, dans lequel deux jeunes prêtres travaillent à la formation de nos successeurs, ce sont les Pères Samrit (le supérieur) et Vitthaya, son adjoint. En second lieu, il y a la Commission pour le développement, dirigée par Père Louen. Cette Commission collabore avec le Centre catéchétique. L’aumônerie du couvent des Sœurs est confiée à un Père jésuite venu de Bangkok, le Père Molling.
Dans le diocèse, tous les prêtres thaïs sont originaires de la mission même. L’évêque lui-même, bien que venu de Ratburi, est fils d’un chrétien d’Ubon descendu dans le sud où il était professeur. Les religieuses, Servantes de Marie, sont toutes originaires des paroisses du diocèse, paroisses qu’elles aident à desservir maintenant. Le diocèse présente ainsi une physionomie homogène et il possède un dynamisme qui compte dans l’Église de Thaïlande.
L’évêque, Mgr Bunluen, essaie de résoudre le problème ─ qui se posera tôt ou tard ─ comment se suffire à soi-même. Du point de vue matériel, le diocèse est complètement dépendant de l’extérieur. Le capital financier vient d’ailleurs. Les missionnaires peuvent mener à bien les « projets » qu’ils mettent à exécution, les prêtres locaux pourront-ils continuer ? Seule la paroisse d’Ubon peut se suffire à elle-même financièrement. Tous les autres postes ou districts sont dépendants de l’extérieur. Sur le plan pastoral, la venue des jeunes prêtres thaïs permet de voir l’avenir avec sérénité, mais ils auront encore besoin de l’appui de ceux qui les ont envoyés au séminaire et qui ont assuré une partie de leur éducation.
Le grand désert chrétien qui entoure Ubon est un autre souci que Mgr Bunluen a hérité de ses prédécesseurs. Des provinces entières ne connaissent pas encore le Christ. L’évêque pense, comme Mgr de Guébriant, qu’il faut commencer par avoir un point de chute dans les centres importants. Le reste suivra. Il regarde vers Mahasarakham, Roi-Et, et Surin, comme Mgr Berthold l’avait fait avant lui.

*
* *

Les quatre anciens Groupes se sont regroupés et n’en forment plus que trois. Lors du passage des pouvoirs aux évêques thaïs, nous travaillions dans quatre diocèses. Un cinquième a demandé notre collaboration. L’âge des confrères a augmenté, cependant leur activité apostolique n’a pas diminué. Au début de 1980, certains se posaient la question : « Ne vaut-il pas mieux se retirer et laisser le clergé local prendre ses responsabilités ? » Nous sommes restés et nous collaborons plus étroitement qu’auparavant avec le clergé thaï pour le bien de l’Église du pays qui est devenu le nôtre de par la volonté de Dieu. Il convient aussi de comprendre que les premiers bénéficiaires de cet état de choses, ce sont les confrères, c’est la Région de Thaïlande, car elle est bien à son affaire dans l’Église de Dieu.


III. VIE DE L’ÉGLISE EN THAÏLANDE

Il y a plusieurs années, l’Église semblait prise de peur devant les événements qui se précipitaient dans la péninsule indochinoise, et ─ pour parer au plus pressé ─ elle avait réalisé en quelques années ce qu’elle n’avait pas osé faire pendant des siècles, malgré l’intuition première de la Propagande, intuition qui nous avait sortis de chez nous pour nous lancer vers l’inconnu du Règne de Dieu à bâtir. L’Église avait élevé les vicariats apostoliques au rang d’évêchés et mis des évêques locaux à la tête des diocèses. Certains pensaient, certains pensent encore, que c’était trop tôt. Une Supérieure thaïe me disait récemment. « Vous avez été trop vite ». Eh bien ! non... L’Esprit Saint a sans doute profité des événements pour nous mettre l’épée dans les reins. Rien ne se ferait s’il nous laissait à nos pusillanimités. Depuis lors, les choses se mettent en place et l’Église prend sa physionomie thaïe sans trop de grincements.

1. Conférence épiscopale

La Conférence épiscopale a pris son rôle au sérieux, elle possède maintenant une expérience appréciable des problèmes propres à la Thaïlande, et les résout avec courage.
Les évêques venaient d’horizons différents, ils avaient ─ et ont encore ─ des options différentes. Lors des discussions, ce qui semble primer, c’est le bien de l’Église, et la franchise des rapports montre bien que les évêques vont au-delà de leurs idées ou de leurs désirs personnels.
Les diocèses ont des situations très différentes. A côté de très anciens diocèses, tels que Bangkok ou Chanthaburi, il y a des diocèses à peine sortis de terre, tels que Nakhonsawan ou Khorat. Les mieux établis aident les nouveaux qui n’ont pas de ressources, principalement au niveau des prêtres. Bangkok envoie des prêtres à Nakhonsawan, et Chanthaburi en envoie à Khorat. Cependant, ils n’ont pas encore réalisé ce qu’avait fait Bangkok lors de la fondation de la mission du nord-est. Des prêtres thaïs étaient partis en même temps que les MEP. Les départs avaient été définitifs et ils avaient le titre de « Missionnaires Apostoliques », tout comme le Père Prodhomme ou le Père Guégo.
La collaboration qui s’instaure ne reste pas sur le plan évêques et prêtres diocésains, elle s’étend aux religieux et aux religieuses. La Conférence épiscopale fait appel à eux et ils répondent. La Conférence prend aussi avis des laïcs et elle tient compte de ces avis, ce qui va au-delà des coutumes thaïes.
Il y avait auparavant certaines relations entre des prêtres et des membres d’autres religions ou des membres du gouvernement. Les bases de ces relations sont passées à un stade plus officiel. La Conférence épiscopale elle-même joue ce rôle. Ceci permet une meilleure compréhension mutuelle et résout bien des problèmes.
Les apports de la FABC sont eux aussi positifs. L’évêque ne se sent plus un personnage unique face aux problèmes de son diocèse. Il reçoit l’aide au moins morale des autres évêques de toute l’Asie et les échanges sont bénéfiques pour tous. Mgr Bunluen me signalait la force nouvelle que ces rencontres donnaient aux Conférences épiscopales qui se sentent épaulées par d’autres Conférences-sœurs et leur font voir de nouvelles possibilités ecclésiales.

2. Les Commissions

Les Commissions sont des organes de travail de la Conférence épiscopale qui portent leurs fruits. Il convient de signaler quelques-unes de ces Commissions.

Liturgie ─ Elle a terminé son travail sur les sacrements, elle a remis en chantier, ou terminé, des traductions de lectionnaire. Elle a favorisé la composition de nouveaux chants liturgiques.

Catéchétique ─ Le Centre catéchétique national continue son enseignement. Il forme actuellement des laïcs catéchistes, plus que des religieuses. Ubon est doté d’un Centre catéchétique important. Quelques livres sont sortis. « Le chemin du ciel », un bon manuel traduit par les Salésiens. Deux livres, polycopiés, par le Père Costet et son Centre : une adaptation de « Racontez-nous l’Ancien Testament » et « Parlez-nous de Jésus ». Il y a aussi un matériel catéchétique audio-visuel important mis à la disposition de tous.

Relations avec les non-chrétiens ─ Les membres de cette Commission ont fait un effort important de compréhension du bouddhisme et des bouddhistes. Ces efforts ont été diversement appréciés de la part des traditionalistes chrétiens ou bouddhistes. Ce travail de compréhension et de rapprochement se fait à divers niveaux et dans certaines occasions. Il y a des études universitaires rédigées par des professeurs, et des réunions, enfin il y a l’approche vécue d’un Père Bronislas Pasek ou d’un Père Pezet.

Famille ─ La Commission publie ou fait des réunions d’information sur ce sujet. Le docteur Mana, directrice de l’hôpital St-Louis de Bangkok, a beaucoup travaillé avec la collaboration de nombreuses personnes pour qu’une loi en faveur de l’avortement ne passe pas.

Développement ─ Cette Commission travaille principalement par l’intermédiaire du Centre pour le développement. Celui-ci favorise moins qu’auparavant les projets matériels. Par contre, il consacre une forte partie de son budget à l’éducation des gens pour les rendre plus responsables dans la marche de ce développement. Les « Credit Union » que l’on retrouve dans toute la Thaïlande sont devenus indépendants du Centre pour le développement.

Mass media ─ La Commission a rencontré beaucoup de difficultés et a vu plusieurs refontes du Centre qui est son organe de travail. Le matériel audio-visuel s’est beaucoup développé. Films, diapositives, cassettes, vidéocassettes, sont à la disposition de tous pour la catéchèse, le développement et beaucoup d’autres sujets. La section des journaux, des revues ou des livres est toujours très pauvre. Par contre, ceux qui sont chargés des relations avec la TV sont à la hauteur de leur tâche. Chaque fois qu’une information religieuse passe à la TV, le ton est juste, grâce au responsable catholique de ce département des mass media.

Religieux ─ Il s’est instauré une bonne collaboration entre la Conférence épiscopale et celle des Supérieurs majeurs. Le Centre de formation religieuse travaille de pair avec le grand séminaire et le Centre catéchétique. Les religieux ont pris de nombreuses responsabilités dans la pastorale de l’Église thaïe.

3. Les mouvements

Un certain nombre de mouvements de formation, de dévotion ou d’Action catholique durent tandis que d’autres s’éteignent ou n’arrivent pas à s’installer.
Parmi ceux qui durent il y a la Légion de Marie, St-Vincent de Paul, le Cursillo, les consécrations religieuses temporaires, les mouvements des jeunes, les mutuelles pour les défunts. Ce qui caractérise ces mouvements, c’est un cadre simple, une activité peut-être exigeante, mais sans surprise, leur dépendance par rapport au clergé, une teinte assez traditionnelle, l’obligation d’une certaine dévotion bien codifiée.
Ceux qui ne durent pas, ou ne prennent pas, font souvent appel à une plus grande initiative, n’exigent pas des pratiques extérieures de dévotion, peuvent avoir des interférences avec la politique (la JOC par exemple). Certains ont été mal lancés parce qu’ils avaient été mal compris, telles les « communautés de base » ou le mouvement « pour un monde meilleur »

4. Réunions de Samphran

A côté des mouvements pour les laïcs, il y a aussi quelque chose qui est fait pour le clergé. Il faut mentionner les réunions annuelles du clergé à Samphran. De nombreux prêtres venus de toute la Thaïlande se réunissent une fois par an. Dans un cadre sacerdotal, ils font, ou entendent, des conférences, ils discutent de sujets importants pour la vie de l’Église thaïe. Les trois sujets abordés ces dernières années furent : la liturgie dans le contexte culturel thaï, les communautés de base, l’inculturation. Plusieurs MEP ont eu une part active dans les conférences : les Pères Guillemin et Costet furent très appréciés. Le Père Pasek, par contre, fut contesté lorsqu’il parla de certains points du dogme catholique présentés aux bouddhistes.

5. Le jeune clergé

Une forte proportion du clergé thaï est jeune. Il sort maintenant en grand nombre du grand séminaire de Samphran. Ce séminaire a rang de Collège universitaire et, comme tel, il doit suivre les règlements ministériels universitaires. Aussi, à côté des matières strictement ecclésiastiques, y a-t-il une certaine quantité d’autres matières d’étude imposées par le ministère. Cela pose deux genres de problèmes. Ainsi le séminaire doit-il trouver un grand nombre de professeurs qualifiés et munis de diplômes. Certains prêtres très compétents ne peuvent pas entrer dans le « staff » faute de diplômes, tandis que certains diplômés n’ont pas les qualités professorales nécessaires. Le deuxième problème est celui de la dispersion des matières. Pour étudier tout le programme, le grand séminariste doit faire 7 ans d’études sans pouvoir réellement approfondir les matières essentielles.
D’autre part, comme les membres ecclésiastiques du corps professoral viennent d’horizons très divers, le staff trouve difficilement son unité.
Le jeune clergé qui sort de Samphran a reçu une formation longue et dispersée. Lorsqu’il se trouve en paroisse, il ne semble pas toujours avoir la maturité et l’expérience nécessaires. Comme la littérature religieuse en langue thaïe fait défaut, il lui est difficile de continuer à se former personnellement. Aussi les évêques organisent tous les ans des sessions pour les jeunes prêtres, pendant lesquelles ils prient et partagent entre eux ─ ou avec l’un ou l’autre de leurs aînés ─ leurs expériences sur des sujets précis : mouvements de jeunes, catéchèse des adultes... Au niveau des diocèses, certains groupes de jeunes prêtres se retrouvent régulièrement. Ils invitent un prêtre plus âgé, Thaï ou étranger, du diocèse ou d’ailleurs. Ils s’entraident ainsi à vivre leur sacerdoce de façon plus efficace. La formule est bonne.

6. Les anniversaires

Au cours de ces deux dernières années, l’Église de Thaïlande a fêté de nombreux anniversaires.
Il y a cent ans que l’évangélisation a pu commencer dans le nord-est, et de là franchir le Mékong pour gagner le Laos. Le diocèse d’Ubon a préparé ce centenaire pendant une année complète (cf. Compte rendu d’Ubon).
Le couvent du Sacré-Cœur de Khlongtoei a fait de grandes cérémonies à l’occasion d’un double anniversaire : 50 ans de fondation par le Père d’Hont, et 25 ans d’approbation par Rome. Le Père d’Hont s’appuyant au départ sur un petit noyau d’Amantes de la Croix qui se trouvaient à St-François-Xavier de Samsen, Bangkok, avait fondé une nouvelle congrégation dite du Sacré-Cœur. Pendant de nombreuses années, la Sœur Séraphine, de St-Paul de Chartres, avait travaillé avec lui et ses successeurs à la formation des religieuses. En 1931-32, le centre de la congrégation avait été transporté à Khlongtoei où il se trouve actuellement.
Avec les Pères d’Hont, Broisat, Perroudon, Carton, Perrois et Ollier, le Père Joly prenait les fonctions d’aumônier. Il était chargé par Mgr Chorin de rédiger le règlement de la congrégation en accord avec le Droit Canon. Ce qu’il fit avec diligence, et son travail fut approuvé par Rome. Mgr Chorin érigea la congrégation de façon officielle et conformément au Droit Canon, le 25 août 1957.
Ce sont ces deux anniversaires que la congrégation fêta le 4 décembre 1982. Il y avait 50 ans que la congrégation était arrivée à Khlongtoei et 25 ans qu’elle avait été approuvée par Rome. A cette occasion, la congrégation a remis à la Société des MEP et à la congrégation des Sœurs de St-Paul de Chartres une plaque commémorative pour les remercier du travail accompli pendant toute la période de fondation et de formation de la congrégation.
Quelques jours après cet événement, le 21 décembre, Mgr Michel Meechai et les Sœurs de St-Paul de Chartres ouvraient officiellement le nouvel hôpital St-Louis en présence de la princesse Chulabhorn, dernière fille du Roi. Il s’agissait là aussi d’un anniversaire. Il y avait en effet 84 ans (soit 7 cycles de 12 ans) que l’hôpital avait été fondé par Mgr Vey. Ce fut l’occasion pour l’Église et pour la Thaïlande de se souvenir que le premier hôpital ouvert dans le pays avait été fondé en 1669, à Ayuthya, par Mgr Lambert de la Motte, l’année même où il fondait les Amantes de la Croix.

7. Regain d’intérêt pour l’histoire

Cette année 1982 a vu de nombreuses autres célébrations dans tout le pays, car la Thaïlande, en fêtant les deux cents ans de la dynastie régnante Chakri, célébrait aussi les deux cents ans de sa capitale Bangkok.
A cette occasion, tout le monde a recherché quels étaient ses liens avec Bangkok et la dynastie des Chakri. Les historiens se sont mis à faire des études sur ces questions. L’Église a fait de même. Elle a redécouvert ses origines et réalisé combien sa vie était celle même de la Thaïlande, combien elle avait été au service du pays qui l’accueillait.
Le premier hôpital, les premières écoles, la première imprimerie de Mgr Garnault, avaient été fondés pour le bien des Thaïs. La part prise par Mgr Brigot et les chrétiens dans la défense d’Ayuthya, l’action de Mgr Pallegoix et de Mgr Vey en faveur de la Thaïlande, les diocèses enfin confiés aux évêques thaïs, montrent que l’Église n’est pas un organisme étranger, mais qu’elle est réellement thaïe en Thaïlande.
Les Universités ont entrepris des études sur ces questions d’histoire, et elles comptent en partie sur les archives de l’Église ─ donc sur celles des MEP ─ pour mieux connaître ce qu’a vécu le pays.
Du côté des catholiques, la même curiosité s’est éveillée. Plusieurs confrères prennent part à Ces travaux. La Région est très sollicitée. Mgr Bayet met ses loisirs de retraité au service de l’Histoire, les Pères Costet, Lenfant et Larqué font, chacun dans leur domaine, des études dont certaines sont déjà utilisables et utilisées. Un groupe de professeurs laïcs a monté une Association qui travaille dans le même sens.

8. Évolution du pays et répercussions sur la vie de l’Église

Le réseau routier s’étend de plus en plus. On peut maintenant atteindre tous les postes en voiture. L’électricité suit, la lampe à pétrole sera bientôt un objet de musée. Les denrées de toutes sortes, qui peuvent voyager par la route, arrivent dans les villages ou en partent. La télévision devient un objet courant, même dans les campagnes. Les chrétiens suivent cette évolution pour leur bien ou pour leur malheur, cela dépend.
Dans le pays entier, on constate un mouvement de migration. Le phénomène avait toujours existé, il s’amplifie. Il y a la migration intérieure, habituelle, des campagnes vers les villes (et non plus seulement vers Bangkok comme auparavant), à cause du manque de terres cultivables pour les jeunes (problème démographique), à cause aussi du nomadisme congénital d’une partie de la population. Du coup, les églises de campagne se vident, mais les églises de villes ne se remplissent pas pour autant. Ceci est un phénomène connu mondialement. A côté de ce mouvement vers les villes, il y a un autre genre de migration qui sévit en Thaïlande. Un grand nombre d’adultes, surtout des hommes, s’expatrient vers les pays arabes ou vers Singapore, du fait qu’ils ne trouvent pas de travail dans le pays, tandis que la demande est grande à l’étranger. Le nombre réel des Thaïs partis ainsi travailler au Moyen-Orient est difficile à estimer. Selon les sources, les chiffres varient de 200.000 à 300.000. Le chiffre le plus significatif est peut-être celui publié par la Banque de Thaïlande concernant les transferts d’argent effectués par les émigrants au Moyen-Orient : 10 milliards de bahts pour l’année 1981. Cette « exportation de la main-d’œuvre » est donc considérée avec faveur par le gouvernement qui voit résolue ainsi une partie du problème du sous-emploi chronique.
Mais cette migration à l’étranger a donné naissance à un négoce d’un nouveau genre. Des gens ingénieux ont ouvert des officines qui s’occupent de recruter puis d’envoyer les travailleurs à l’étranger, ils les rapatrient ainsi que les fonds que les émigrés ont gagné à l’étranger. Ce genre de service doit rapporter gros, à voir le nombre de travailleurs qui s’expatrient, bien qu’ils soient appelés à vivre dans des conditions difficiles. On peut aussi se faire une idée des bénéfices de ces officines de recrutement, lorsqu’on les voit naître en grand nombre ─ des vraies ou des fausses ─ dans tout le pays. Les conséquences de cette migration sont graves au niveau des familles dont le père est absent pendant plusieurs années. Graves aussi pour l’économie familiale. Des gens vendent tout et s’endettent pour pouvoir partir... et ne partent pas, parce qu’on les a roulés. D’autres reviennent au pays, pleins d’un argent facile.
Ces migrants vers l’intérieur ou vers l’extérieur du pays se trouvent déracinés et sont la proie de nombreuses tentations. Les chrétiens qui partent en grand nombre ne résistent pas mieux que leurs concitoyens non chrétiens.
A côté de ce mouvement de population, il y a pour le pays ─ et donc pour l’Église ─ un problème grave. La population de la Thaïlande a beaucoup augmenté pendant ces dernières années. La solution adoptée par le gouvernement est celle de la facilité : la contraception, la stérilisation, l’avortement. Il y a même de véritables concours publics de stérilisation. La position de l’Église est courageuse, c’est celle de l’Église universelle.

9. L’Église dans le pays

Aller ainsi à contre-courant lorsque le nombre des chrétiens atteint tout juste 0,40 % de la population est signe de santé et de foi. A vrai dire, l’impact des catholiques est très supérieur à son petit nombre. Leur présence dans toutes les couches de la population et leur ouverture aux problèmes du pays ont amené un double courant. Le premier serait plutôt favorable. Les chrétiens sont de plus en plus reconnus comme citoyens à part entière et non plus comme des étrangers. Le second courant, dans une ligne intégriste, est un mouvement de peur. Quelques bouddhistes (dont le « Groupe de Défense du Bouddhisme », par exemple) voudraient faire campagne contre les chrétiens, les catholiques en particulier, qui ─ disent-ils ─ menacent leur religion. Ils mettent en cause le Concile Vatican Il qui, en recommandant « l’inculturation », dévoile ainsi son « plan pour avaler les autres religions ». Ceci a été dénoncé dans de grands articles de la Presse écrite et parlée, dans le deuxième semestre de 1982. Cependant, malgré les gros moyens dont ils disposent, ils ne sont pas suivis par la majorité de leurs coreligionnaires, pas plus que par le gouvernement, car les uns et les autres désirent la paix à l’intérieur du pays pour être capables de faire face à des problèmes plus urgents et plus vrais.
Il est cependant exact de dire ─ comme le font ceux qui craignent les catholiques ─ que l’Église est vraiment très visible. En cela, elle est très thaïe. Le reproche de triomphalisme est un reproche qui est incompréhensible en Thaïlande. En effet, selon la réaction normale des Thaïs, puisque l’Église existe et qu’elle travaille pour le bien du pays, il est normal que cela se voie. La face joue un rôle important dans les relations sociales. Ces dernières années, l’Église a beaucoup construit, et de belles choses. Églises, hôpital, grand séminaire, écoles. Ces bâtiments sont vastes et beaux, ils font honneur au pays. Le missionnaire venu d’Europe peut ressentir, à ce sujet, les sentiments de la poule qui a couvé des canards, il doit cependant laisser aux responsables de l’Église thaïe le droit de juger ce qui est bon pour leur pays.

10. L’Église thaïe a besoin des missionnaires

Quelques divergences de vues sur des points mineurs ne sont pas dramatiques. Craignant justement des heurts dus à des mentalités différentes, quelques confrères MEP avaient pensé qu’il serait préférable de se retirer et de laisser l’Église thaïe complètement libre. La réponse à cette question souvent agitée, vient de nous être donnée officiellement, et en privé aussi.
Lors de sa dernière Assemblée, la Conférence épiscopale a invité celle des Supérieurs majeurs, composée en forte majorité d’étrangers. A cette occasion, les évêques nous ont dit que l’Église avait toujours besoin de notre collaboration. Les raisons sont multiples. Malgré de belles réussites, les catholiques ne sont que 0,40% de la population. Il reste encore 99,60% de Thaïs qui ne connaissent pas le Christ. Rien que pour maintenir le travail entrepris, les prêtres locaux ne sont pas en nombre suffisant. A l’heure où les échanges entre nations et cultures différentes deviennent de plus en plus nombreux, il serait étrange que l’Église se renferme dans un ghetto. D’ailleurs, ces échanges doivent se faire dans les deux sens. Les jeunes Églises ont toujours besoin des vieilles Églises et celles-ci ont besoin des jeunes. Dans une Église qui sort tout juste des fonts baptismaux, les cadres sont jeunes, ils ont encore besoin de cadres plus anciens. Les différents organismes que doit animer l’Église sont nombreux, le clergé thaï qualifié n’est pas suffisant. Il y a dix diocèses, dont plusieurs sont absolument nouveaux. Il y a le grand séminaire et les petits séminaires, nécessaires à la vie de l’Église. Il y a les différents centres de formation et les innombrables Commissions, si utiles à l’Église. Sans la collaboration des missionnaires, l’Église est bloquée. Ceci nous a été dit officiellement, et ensuite les évêques nous l’ont répété en conversation privée.
Cette collaboration qui a toujours continué malgré les points d’interrogation posés par l’un ou l’autre, se manifeste de plusieurs manières. Il n’y a pas deux clergés, le local et l’étranger. Les prêtres, qu’ils soient locaux ou étrangers, ont les mêmes fonctions, les mêmes devoirs envers l’Église. Ici, le prêtre local est curé et l’étranger est vicaire. Là, l’étranger est curé et son vicaire est un local. Les prêtres locaux ont pris en main la formation des séminaristes, et les prêtres étrangers collaborent à cette formation, au même titre que les autres prêtres du pays, dès lors qu’ils remplissent les conditions nécessaires à cette tâche.
En Asie, où on respecte les personnes âgées, nous pourrions penser que l’attitude de l’Église locale envers nous est celle d’enfants envers leurs parents. Les manifestations de vénération des chrétiens, des prêtres, ou même des évêques, envers leur vieux curé pourraient faire penser à de la gratitude. Elle existe, et elle est profonde, c’est un amour qui répond à un autre amour. La demande des évêques est d’ordre plus pratique. De même qu’il n’y a pas deux Églises, l’Église thaïe et l’Église étrangère, de même il n’y a qu’un seul clergé attelé à la même et unique tâche, la croissance de l’Église de Dieu.


IV. GROUPE MISSIONNAIRE DE BANGKOK-KHORAT

Le groupe de Bangkok-Khorat comprend maintenant les confrères travaillant dans l’archidiocèse de Bangkok et dans le diocèse de Khorat. En effet, le groupe de Khorat qui comprenait encore six membres en 1981, ne compte plus que cinq confrères après le décès du Père Louis TAVENNEC, survenu le 2 avril 1982. L’annonce de ce décès a d’ailleurs surpris tout le monde. Et le plus stupéfait fut bien Mgr Van Gaver : alors qu’il passait chez le Père Tavennec pour prendre son courrier, il le découvrit mort dans sa cuisine ; et la mort datait déjà de plusieurs jours. Cette disparition soudaine et inattendue du Père Tavennec était une raison de plus pour regrouper les confrères de Khorat avec ceux de Bangkok.
Malgré le poids des ans, notre représentant du troisième âge, le Père J.M. BACON confesse en thaï, en chinois, en anglais, à l’église de St-Joseph qu’il a aidé à construire il y a trente ans, et où sa présence est toujours appréciée. Ses dons de sourcier lui ont valu les honneurs de toute une page dans un grand quotidien de Bangkok. Il faut dire aussi qu’il vide volontiers son gousset pour aider à creuser le puits, ou à faire un barrage de retenue d’eau quand sa baguette est restée inerte.

Le Père Maurice JOLY consacre désormais son activité missionnaire à l’hôpital St-Louis. Il avait commencé par un ministère à la campagne, puis s’était longtemps dévoué comme aumônier des Frères de St-Gabriel, des Sœurs de St-Paul de Chartres et des Sœurs de la Congrégation diocésaine, et aussi comme catéchiste dans leurs écoles. Il avait également fondé la Conférence St-Vincent de Paul en Thaïlande. Depuis un an et demi, aidé par une communauté de Sœurs de St-Paul de Chartres, il a pris en charge la pastorale de l’hôpital St-Louis, hôpital fondé il y a 84 ans par Mgr Louis Vey et son procureur Louis Romieux. Le Père Joly constate que les chrétiens n’ont pas oublié leur chapelet quand ils viennent se faire hospitaliser et qu’ils le récitent pieusement ─ une chambre d’hôpital n’est-elle pas souvent un lieu providentiel pour faire une bonne retraite. Il leur porte chaque jour la communion, les visite souvent, ainsi que les non-chrétiens qui apprécient son aménité proverbiale. Dans l’ensemble de l’hôpital, tout un bâtiment est à la charge financière de la conférence de St-Vincent de Paul pour les semi-valides, et la visite régulière du Père Joly est toujours un exemple à suivre pour les nouveaux membres de la Conférence.
Pour prendre ses fonctions, il est d’abord entré comme malade, hospitalisé dans une salle de soins intensifs. Tel fut son premier contact avec les médecins et le personnel hospitalier. Maintenant, la maladie a plutôt peur de lui et il se porte à merveille.

Le Père Victor LARQUÉ, un expert dans la langue thaïe, a terminé le travail que l’archevêque lui avait confié : la mise en ordre des documents concernant les terrains du diocèse. Dire le nombre de kilomètres qu’il a fait en voiture pour visiter, prendre conseil, obtenir l’assentiment de personnes situées aux différents échelons de la hiérarchie paperassière, et ceux qu’il a fait à pied pour retrouver les limites et les bornes est impossible ; lui-même n’en sait sans doute rien, car il se donne sans compter. Ce travail aurait suffit à occuper à plein temps un plus jeune, mais le Père Larqué n’a pas oublié une tâche encore plus importante : préparer son jeune vicaire à le remplacer dans les postes de Ban Na, qu’il a fondé en 1944, et de Nong Ri. Une demi-surdité lui rappelle qu’il n’a plus vingt ans, mais sa santé de Béarnais nous fait espérer qu’il restera encore actif parmi nous de nombreuses années.

A Nong Ri, le Père Edmond VERDIÈRE, d’origine belge, anime une petite communauté monastique où des jeunes viennent, à la façon des bouddhistes, consacrer quelque temps, plusieurs mois, voire même plusieurs années, à mener une vie de moine, toute donnée à la prière et au travail. Le Père Verdière aide sa petite communauté à découvrir ce qu’est la prière, à mieux connaître la Bible et à se donner davantage à la Volonté du Seigneur. Sa patience envers les novices et retraitants est vraiment sans limites. A l’étude de la langue thaïe, qu’il connaît d’ailleurs parfaitement, il joint l’étude de la règle de saint Benoît et des coutumes religieuses thaïes. Malheureusement, ses veilles et ses activités physiques se font payer cher : il doit souvent avoir recours aux médecins de l’hôpital Saint-Louis. Et pourtant il ajoute à tout cela la composition ou la traduction d’articles pour des publications en langue thaïe. Son sens de l’accueil et son esprit de service sont toujours aussi légendaires.

Dans la banlieue Nord de Bangkok, un secteur en plein développement près de l’aéroport et des casernes de l’Armée de l’Air, se trouve le poste de St-Michel, fondé il y a plusieurs années, par le Père Perray, lorsqu’il allait visiter les chrétiens dispersés jusqu’à 25 km de chez lui. C’est maintenant le Père Jean-Paul LENFANT qui assume là responsabilité de ce poste ; il occupe un logement double acquis par le diocèse, ce qui lui a permis d’aménager un endroit pour l’accueil, une chapelle et son propre logement. Sa petite chapelle a parfois du mal à contenir les fidèles venus pour la messe. Sa communauté est principalement composée de gens venus des provinces pour chercher du travail dans la capitale. Le Père Lenfant enseigne également tous les jours à l’Université Kasetsat (Agronomie), où il a des contacts avec professeurs et étudiants.

Au centre du diocèse, tout proche de l’Archevêché, le Père Gabriel VERNIER maintient la renommée de l’imprimerie de l’Assomption. Les impressions en différentes langues ─ thaï, français, anglais, cambodgien, lao, karian, h’mong ─ les photogravures polychromes et la reliure rendent un service très appréciable à l’Église, même au-delà de la Thaïlande.

Le Père Paul JUBIN dépense toute son énergie au service de la paroisse Ste-Thérèse de Ban Na Khok. C’est une petite paroisse si l’on considère le nombre des chrétiens ; mais cette communauté a donné au diocèse un nombre appréciable de prêtres et de religieuses. L’Archevêque y a bâti une nouvelle église et un nouveau presbytère, marquant ainsi la reconnaissance du diocèse envers cette paroisse. On peut aussi mentionner les liens particuliers qui unissent le Père Jubin et le Cardinal Archevêque : Mgr Michai, alors jeune prêtre, a commencé son apostolat comme vicaire du Père Jubin, et il ne l’a pas oublié. Le Père Jubin compte ouvrir prochainement un nouveau centre à la préfecture de Ang Thong. Encore faut-il que sa santé le lui permette, puisqu’il vient de passer près de deux mois à l’hôpital. Ses paroissiens ont d’ailleurs saisi cette occasion pour manifester leur estime et leur amitié en venant le visiter régulièrement dans sa chambre d’hôpital.

Deux confrères semblent vouloir rester vicaires à perpétuité : le Père Marcel PERRAY à l’église du Rosaire et le Père René BRISSON à St-François-Xavier. L’un et l’autre ont vu se succéder plusieurs curés. Bien sûr des changements de curé entraînent toujours certains changements de programme, de méthode et d’orientation pastorale. Si l’adaptation comporte à chaque fois des difficultés, c’est aussi l’occasion de bénéficier de nouvelles expériences. En tout cas, les tâches ne manquent pas : permanence d’accueil au presbytère (ce qui donne l’occasion de rencontrer beaucoup de monde), animation de l’équipe catéchétique dans les écoles, instruction religieuse des adultes les soirs et les dimanches, sacrement des malades et de la Réconciliation, et visite des personnes âgées, celles qui, retirées des affaires, retrouvent le temps de prier et la ferveur de leur jeunesse. Le Père Perray cherche un texte mieux adapté pour relancer le catéchisme par correspondance ; et le Père Brisson cherche à faire traduire et imprimer ce qui pourrait aider les chrétiens qui demandent une instruction supplémentaire, soit dans la Légion de Marie, soit dans le mouvement catéchuménal.
Tous les deux observent un renouveau, un besoin d’instruction chrétienne adulte, qu’on ne trouvait guère, du moins pas à ce degré, il y a dix ans ; beaucoup de chrétiens ressentent le besoin de longues retraites : un week-end, une ou deux semaines, parfois même un mois entier de prière, de silence et de réflexion. Le mouvement catéchuménal s’enracine très bien et donne toutes les espérances alors que d’autres mouvements qui avaient été peut-être plus imposés que désirés, et parfois mal compris ou mal adaptés, n’ont connu qu’une existence éphémère.
Les confrères du diocèse de Khorat (ou Nakorn Ratchasima) travaillent dans un tout autre milieu.

Dans la sous-préfecture de Pak Chong, le Père Marius BRAY se trouve à la tête d’une grande école de 1.700 élèves, fondée voici 22 ans par le Père Louis Nicolas. Il retrouve aussi l’école et le poste de Klangdong qu’il avait fondé lui-même, lorsqu’il était curé de Khorat. Sa communauté chrétienne compte maintenant plus de 300 chrétiens, alors qu’il n’y en avait aucun quand le Père Nicolas avait commencé. Le nombre des catéchumènes est encore peu élevé, mais on peut faire confiance au Père Bray pour le sérieux de la formation qu’il offre à ceux qui se présentent. L’énergie et le temps qu’il consacre à l’instruction et à la formation des élèves dans son école sont à la fois un atout pour aider les enfants à affronter leur vie d’adultes et aussi une première approche de l’Évangile. Avec l’aide de quatre religieuses de St-Paul de Chartres, le Père Bray édite aussi une revue mariale qui compte déjà plus de 5.000 abonnés.

Un peu plus au Nord, la petite communauté de Ban Han est confiée au Père Robert MALSERT. Après la paroisse de Khorat, c’est le poste le plus ancien du diocèse, et il possède la plus vieille église : elle a 45 ans et a résisté à la persécution de 1940. Le Père Malsert n’a pas un travail des plus faciles avec une petite communauté chrétienne de seulement 130 baptisés au milieu d’un gros village de 3.000 habitants. Mais, avec l’aide de religieuses venues d’Ubon, il fait marcher une école primaire qui a certainement une excellente renommée puisque même les professeurs de l’école du gouvernement lui confient leurs enfants. Il va souvent aussi à la sous-préfecture de Si Kiu pour y animer un petit groupe de chrétiens, commerçants venus d’ailleurs.

Dans la province de Chayapum, Mgr Alain VAN GAVER, ancien évêque de Khorat, continue le ministère paroissial qu’il a commencé après avoir cédé le siège épiscopal à un évêque thaï, Mgr Phayao. C’est dans le secteur de Keng Kro, Nong Bua Deng et Nong Ya Phong, ancien district de Père Christian Michel, qu’il rassemble et instruit les catéchumènes et anime les communautés chrétiennes. Malheureusement, le décès de son voisin et ami, le Père Louis Tavennec l’isole davantage et lui donne un surcroît de travail.

Plus à l’Est, le Père Maurice CHEVALIER continue à développer les chrétientés toutes jeunes de Nong Pluang, Prathai et Phuttaisong, où le Père Louis Nicolas avait particulièrement peiné avant lui. A Nong Pluang, la résidence principale du Père Chevalier, les premiers baptêmes ne datent que de 1973 ; mais en 1981, un groupe de 47 baptisés est venu grossir les rangs. Les communautés s’agrandissent aussi dans d’autres points du secteur : ainsi un groupe de 41 personnes qui viennent d’être baptisées dans un village (Nong Mai Tai) où il n’y avait pas encore de chrétiens. En plus du temps qu’il passe aux contacts personnels et à l’instruction des catéchumènes, le Père Chevalier se dépense aussi beaucoup, avec la bonne humeur que chacun lui connaît, pour aider les habitants des villages à se prendre en main et à s’entraider en créant des banques de riz, de buffles et d’engrais. Les villageois dépassent ainsi leur individualisme pour se faire confiance les uns aux autres, se mettre d’accord et travailler ensemble. C’est un peu une révolution ; mais c’est cela aussi l’évangélisation.
Voici 10 ans maintenant que le Père Chevalier est et reste le benjamin non seulement du groupe, mais même de la Région. Il aimerait bien passer ce privilège à un autre, et son désir est très vivement partagé par plus d’un et tout spécialement par l’évêque lui-même.

Au sud de la nouvelle route Khorat-Ubon et pas très loin de la frontière cambodgienne, le Père Louis NICOLAS anime magnifiquement la chrétienté de Nong Prasat et continue son travail de pionnier en fondant un nouveau centre dans la sous-préfecture de Nang Rong. Il a déjà ouvert un jardin d’enfants, et à travers ces enfants, il sait trouver le chemin de la sympathie des parents. Deux mamans ont été baptisées récemment. La paroisse de Nong Prasat, qui a connu bien des aventures, se développe régulièrement : de 9 familles en 1958, elle en est arrivé aujourd’hui à 110 familles. Il y a quelques années, le secteur avait connu l’insécurité du maquis, avec des contrôles routiers et des couvre-feux. Un incident au cours duquel un chrétien avait trouvé la mort a bien failli provoquer la fuite de toutes les familles. Mais le sang-froid du Père Nicolas a fait beaucoup pour empêcher cet exode. Il en a même profité pour mieux structurer sa communauté, soit sur le plan spirituel, en lançant des réunions de partage d’Évangile, soit sur le plan social et humain, en démarrant lui aussi, des banques de riz et de buffles qui ont beaucoup contribué à aider surtout les plus pauvres. Ceci a créé un esprit de communauté et d’entraide qui est un témoignage vivant de l’Evangile : « Voyez comme ils s’aiment. » Notre confrère pense aussi à l’avenir, puisque, à la dernière rentrée scolaire, il a présenté quatre jeunes au petit séminaire.

Le Père Christian MICHEL, à son retour d’un congé de France, s’était mis au service des migrants, tous ces gens venus des campagnes, principalement du Nord-Est pour trouver du travail dans la capitale. Puis devant une nécessité plus urgente encore, il s’était mis au service du Père Venet pour venir en aide aux plus déshérités de tous, les réfugiés qui avaient perdu leur famille, leur patrie, leurs biens, et qui attendaient un départ problématique pour un pays tiers. Il a maintenant quitté Bangkok pour s’installer à Tharé, où il enseigne le français et le latin au petit séminaire. Il collabore donc avec les prêtres thaïs du diocèse de Tharé pour la formation du clergé local et la préparation de l’Église thaïe de demain.

La maison régionale de Silom Road à Bangkok connaît toujours autant de visiteurs. Le Père Pierre-André DUPONT y est toujours à l’écoute des derniers événements de l’actualité. Et il est toujours prêt à faire, avec beaucoup de compétence, un exposé passionnant sur les derniers développements de la situation du pays ou de la Région.

L’économe régional, le Père René LAMOUREUX, ne se contente pas de tenir à jour les comptes de la Région avec beaucoup de compétence. Il est toujours disponible pour le service de tous et spécialement des malades. Sa bonne humeur et son rire communicatif font partie des souvenirs que tout visiteur remporte de Bangkok.

Consacrant tout leur temps au service des réfugiés, le Père Robert VENET venu en 1975 du Cambodge, et Mgr Pierre BACH, venu en 1977 du Laos, connaissent et partagent les souffrances de ces gens au milieu desquels ils ont d’abord vécu comme prêtre et évêque pendant de longues années. Leur connaissance de la langue et des coutumes de ces peuples leur ont permis d’apporter une aide précieuse et efficace aux services officiels mis en place pour venir en aide aux réfugiés. Depuis avril 1981, le changement d’attitude du gouvernement thaïlandais vis-à-vis de ces réfugiés a sérieusement compliqué leur travail. Ils se sont vus retirer les permissions d’entrer dans les camps et n’ont donc plus la possibilité d’apporter le réconfort de leur visite à tous ces gens qui ont tout perdu et vivent souvent sans espérance. Ils ne peuvent plus rencontrer que ceux qui ont déjà été mis à part pour être accueillis par un pays tiers. Ces difficultés ne sont pas seulement le fait des autorités thaïes, qui en portent parfois tout l’odieux comme si elles étaient les seules responsables. Il y a aussi la lassitude des pays d’accueil, en Europe ou en Amérique, qui ferment peu à peu le robinet des visas à leur bureau d’immigration.

Leur travail a beau être de plus en plus difficile, ils ne ménagent toujours pas leur peine. Et en multipliant les contacts et les déplacements, ils ont su gagner l’estime et la confiance à la fois des autorités et surtout de tous ces pauvres qui n’ont pas voit au chapitre et qui n’ont que le droit d’attendre.


V. GROUPE MISSIONNAIRE DE NAKHONSAWAN

Le rapport pour l’Assemblée générale de 1974 faisait remarquer que le groupe MEP de Nakhonsawan se confondait avec le presbyterium ; en effet, à la création du diocèse en 1967, seuls les prêtres MEP formaient le presbyterium autour de Mgr Langer. En 1979, l’événement marquant retenu pour le rapport destiné à l’A.G. 1980, était l’indigénisation du diocèse : ordination du premier prêtre thaï du diocèse en 1975, nomination d’un évêque thaï, Mgr Banchong, en 1976, accueil de trois prêtres thaïs, dont un incardiné au diocèse, venus renforcer l’effectif en 1980.
Au cours des trois dernières années, cette indigénisation s’est encore accrue ; nous en sommes actuellement à neuf prêtres thaïs (évêque inclus), pour quatorze prêtres MEP, dont quatre ont dépassé 65 ans et sont libres ou invités à exercer une activité pastorale réduite.
Il faut signaler d’abord qu’une évolution réelle a permis de dépasser certaines tensions qui ont pu exister dans le presbyterium. L’évêque ne tient pas à voir les Pères français démissionner ; il compte plutôt sur l’unité au sein du presbyterium, qui dépend surtout de l’effort que l’on continuera de faire. Cependant il reste des problèmes dont il faut être conscient, en particulier le vieillissement du groupe MEP, en comparaison de la jeunesse du clergé thaï du diocèse. Moyenne d’âge MEP : 58 ans ; moyenne d’âge des prêtres thaïs : 36 ans. Cette situation de fait est, semble-t-il, la difficulté la plus importante dans l’évolution du groupe MEP à l’intérieur du diocèse. Il y en a aussi d’autres à analyser pour faire le point de la situation actuelle.

1. Premier décès

Claude Rapin nous a quittés presque subitement le 2 janvier 1982 après une très courte maladie. C’est le premier décès depuis la fondation du diocèse et la disparition de Claude est profondément ressentie, en raison du rôle qu’il avait tenu dans le presbyterium ; en outre, lui trouver un remplaçant n’est pas très facile et met en évidence le vieillissement progressif du groupe et la tendance à une certaine marginalisation.

2. L’âge des confrères

Il n’est pas agréable de vieillir et de sentir ou de s’entendre dire qu’on ne peut plus tenir la place qu’on a occupée autrefois et qu’il serait bon de réduire ses activités. Il est encore plus difficile de céder la place sans savoir ce qu’on va faire de nous ; d’où des réactions plus ou moins désabusées dont il faut tenir compte : « Quand il a été question de mettre à la retraite à 65 ans, il avait été précisé qu’on se chargerait d’héberger les retraités et de leur procurer toutes facilités pour une vieillesse paisible ». Un vœu avait d’ailleurs été émis par le groupe en 1979 : la construction d’une maison de retraite pour les Pères âgés Après beaucoup de tergiversations, ce vœu est en train de devenir réalité ; sur proposition de Mgr Langer qui a remplacé le Père Rapin à Saraburi, une maison est en construction sur le terrain du diocèse, avec l’accord empressé de Mgr Banchong qui se trouve délivré d’un gros souci. La Société prend en charge la construction. Les premiers occupants seront les Pères Garrel et Deschamps, ce dernier déjà sur place pour surveiller les travaux. Le Père Gloriod va quitter la procure du diocèse et l’aumônerie des Frères de Nakhonsawan pour devenir, selon son désir, aumônier d’une communauté des Sœurs de St-Paul de Chartres qui ont ouvert une école à Phetchaboun. Mais pour le moment, ce n’est encore qu’un projet.
Autre est la situation de notre doyen, le Père Meunier ; sans être curé de paroisse, le Père Meunier s’occupe avec beaucoup de dévouement d’un poste secondaire, près de Nakhonsawan, et fait preuve de vitalité et d’imagination pour aider les plus déshérités, aussi bien matériellement que spirituellement ; il n’a pas l’impression d’être inutile et continue à tenir toute sa place dans le presbyterium, tout en étant libre de prendre une retraite définitive quand il en sentira le besoin.
En 1979, on pouvait se demander si les anciens ne seraient pas obligés de rentrer en France, étant donné l’absence de possibilité de rester sur place ; actuellement, ce n’est plus vrai et même si la solution trouvée n’est pas parfaite, elle permet au moins d’envisager de finir sa vie dans le pays d’adoption où l’on a travaillé au développement de l’Église.

3. Jeunesse des prêtres thaïs

Les Pères thaïs, en général, sont satisfaits de voir que les MEP savent se retirer à temps, tout en restant parmi eux. Les réunions mensuelles du presbyterium sont sympathiques, même si les séances de travail sont plutôt réduites. L’ambiance est bonne ; cependant les personnes réunies appartiennent à des générations différentes. En ajoutant à cela les difficultés de langue et la différence de mentalité, on comprend qu’il pourrait y avoir des frictions. En fait, aussi bien du côté des Pères thaïs que du côté des MEP, chacun est suffisamment indépendant et les directives générales ne sont pas très nombreuses ; c’est peut-être une façon d’éviter les heurts.
En pratique, les paroisses de type classique sont entre les mains des Pères thaïs (Banpeng, Bangkham, Nakhonsawan, Santisouk). Encore une exception : Phitsanuloke où travaille le Père Laborie ; mais ce dernier a déjà démarré un nouveau poste à Phichit. Les Pères thaïs sont plus à l’aise dans ces paroisses que dans les nouveaux postes où il est souvent bien difficile de trouver un travail qui permette d’entrer en contact avec la population. A noter aussi que parmi les Pères thaïs, quatre seulement sont incardinés au diocèse ; les autres ont été par Bangkok (4) et Ratburi (1), sans qu’il n’y ait de contrat véritable. En outre certains d’entre eux, récemment ordonnés, sans doute besoin de quelque temps de pratique pastorale avant d’assumer vraiment la charge de curé de paroisse. Enfin, deux parmi les quatre incardinés au diocèse travaillent parmi les montagnards : le Père Manat chez les Karians et le Père Vinai chez les H’mongs.

4. Minorités montagnardes

Elles sont un élément important dans la pastorale du diocèse. Voici d’abord en quelques lignes, l’évolution du travail de l’équipe karianne :
L’année 1982 marque un tournant pour la pastorale chez les Karians du diocèse. D’abord l’équipe des responsables a été substantiellement modifiée. Elle se compose actuellement de cinq prêtres (trois MEP et deux thaïs), de trois religieuses thaïes de St-Paul de Chartres et de cinq laïcs karians. Dans ce groupe, chacun agit et réagit évidemment selon ce qu’il est (instruction, race, expérience et idéal). Le cerveau influent de cette équipe est certainement le Père Manat et M. Tip, responsables aussi de la pastorale sociale du diocèse. Le responsable du Centre Karian de Maesod est le Père Prachuabchok, jeune prêtre qui en est tout juste au début de son ministère pastoral. Joseph GUILLOU a retrouvé sa vallée de Poopai et Gabriel TYGREAT est toujours sur les collines de Chongkhep. Joseph QUINTARD essaie de mettre en marche une équipe médicale mobile avec le concours de quelques docteurs bouddhistes et catholiques des hôpitaux des environs.
Ce « tournant » de la pastorale en milieu karian a créé un certain désarroi dans l’équipe. Des difficultés de compréhension existent entre les membres de l’équipe. Nous espérons que l’année 1983 sera l’occasion d’une réflexion sérieuse et méthodique sur notre engagement et notre insertion en milieu karian.
Un fait à noter : dans la région de Maesod, les prêtres catholiques étrangers n’ont pas été priés de se regrouper dans les villes comme l’ont été les missionnaires protestants.

Chez les H’mongs, deux Pères travaillent dans des secteurs déterminés, le Père VINAI et le Père MOTTIN. Jean Mottin réside pour le moment chez les Sœurs du Sacré-Cœur de Bangkok à Sawankaloke, dont l’école fait fonction d’église paroissiale. Il travaille à la fois chez les Thaïs et chez les H’mongs.
Les montagnards sont au nombre de 2.303 dans la province de Sukhotai, répartis entre huit villages et quatre races : les Hmongs (837), les Yaos (759), les Lisus (213) et les Karians (494). Il y avait sept familles chrétiennes en juillet 1981 ; il y en a neuf aujourd’hui, plus deux familles de catéchumènes. Comme ce sont des familles nombreuses, les chrétiens montagnards auront vite rejoint le nombre des chrétiens thaïs. Ils ont la messe bien moins souvent, mais se réunissent chaque semaine pour prier par eux-mêmes. Des sessions et des sorties en groupe sont organisées et ils prennent part ensemble à un travail de développement. Ceci pourra les amener à approfondir leur foi et leur esprit communautaire. Les religieuses ont accepté de prendre des enfants montagnards chrétiens dans leur école : treize en 1981 et cinq en 1982. Mais ces enfants ont quelque peine à s’adapter. Ne se sentant pas à l’aise, dix d’entre eux se sont enfuis en 1981 et cinq en 1982. Il faudrait donc trouver une solution pour 1983 ; mais il est difficile de trouver quelque chose de satisfaisant. Répartir les enfants en divers endroits risque trop de les déraciner de leur milieu. Les garder ensemble au centre paroissial permettrait une formation plus cohérente. Mais il y a un manque de place et de moyens pour prendre en charge tous les enfants. La solution reste donc encore à trouver.

5. Les MEP dans le diocèse

Ailleurs l’évolution suit son cours... De nouveaux postes ont été ouverts ou vont l’être, aussi bien chez les minorités que chez les Thaïs ; Joseph Guillou a déjà baptisé quelques familles dans un nouveau village à trois heures de marche : Poopai ; Gabriel Tygreat va bâtir une petite église dans un village Karian-Yao. Etienne Grange a quitté Tak et son école florissante pour ouvrir un nouveau poste à Khampenghet en mettant l’accent sur une expérience agricole : Pierre Laborie s’occupe déjà de Phichit où les constructions s’achèvent.
Dans les autres postes occupés par les MEP, l’évolution est plus lente... Que ce soit à Saraburi où Mgr Langer continue maintenant le travail commencé par Chaude Rapin, ou à Takhli, district de Michel Coutand, ou à Lopburi, district de Robert Billot, les succès apostoliques ne sont pas très visibles. Quant à Michel Broux, après un essai de deux ans à Lamnarai, il administre actuellement le poste de Tak, fondé par Étienne Grange.
En résumé, quatre Pères travaillent chez les montagnards : trois en milieu karian ; les Pères Tygréat, Guillou et Quintard, un chez les Hmongs : le Père Mottin, un est curé de paroisse : le Père Laborie. Cinq s’occupent de postes nouveaux avec des communautés catholiques réduites : Mgr Langer, les Pères Grange, Broux, Coutand et Billot. Un est aumônier : le Père Gloriod un est prêtre auxiliaire : le Père Meunier, et deux vont se retirer dans la maison de retraite de Saraburi : les Pères Deschamps et Garrel.

6. Laïcs et retraites fermées

L’évolution est lente, mais elle est tout de même positive. Un événement assez nouveau laisse envisager l’avenir avec sérénité : un nombre assez important de laïcs, hommes et femmes, acceptent de participer à des retraites fermées et sont prêts à recommencer. Pour certains, c’est un nouveau départ, pour d’autres un véritable approfondissement de leur foi et une prise de conscience de leur responsabilité de laïcs, pour quelques-uns peut-être un feu de paille... Il est probable que dans l’avenir il y aura des laïcs devenus pleinement responsables à l’intérieur des communautés catholiques. Ils ne sont pas encore légion.

Conclusion

Les MEP ont-ils encore leur place au sein du presbytérium de Nakhonsawan ? La question n’est plus : Faut-il partir ? mais : comment allons-nous, en tant que MEP, assurer l’unité selon le désir de l’évêque, en dépit de notre âge et du manque de relève ? La réponse est donnée par ceux qui continuent à ouvrir de nouveaux postes et aussi par ceux qui acceptent avec beaucoup d’abnégation, il faut le reconnaître, de se retirer et de faire un travail en apparence moins utile. L’expérience des anciens n’est pas inutile pour les jeunes Pères thaïs ; il faut éviter qu’il y ait deux presbytériums à l’intérieur du même diocèse. Le groupe MEP reste très attaché au pays et fidèle à l’Église locale en pleine évolution. Il essaiera de continuer à tenir sa place, si discrète soit-elle, dans cette Église de Thaïlande pratiquement fondée, peut-on dire, par les MEP.


VI. GROUPE MISSIONNAIRE D’UBON

Événements importants dans la pastorale de la Mission
pendant les années 1980-1982

Dans la mission d’Ubon pendant ces trois dernières années l’événement fut, sans conteste, la célébration du premier centenaire de l’évangélisation du Nord-Est de la Thaïlande ainsi que du Laos, et le centenaire de l’église d’Ubon, première église du Nord-Est. En effet les Pères Prodhome et Guégo des MEP, premiers missionnaires qui réussirent à s’introduire dans cette partie du pays, sont arrivés à Ubon le 24 avril 1881 et ouvraient la première église d’Ubon le 17 octobre de la même année. C’est cet événement que nous avons solennellement fêté le 10 décembre 1981 à l’église cathédrale d’Ubon avec l’ordination de deux jeunes prêtres du diocèse. Le Conseil permanent de la Société des MEP était représenté par le Père Rossignol, Vicaire général de la Société, alors en visite des communautés missionnaires MEP de la Thaïlande. Mgr Bayet, ancien évêque du Nord-Est et du Laos, autrefois réunis en une seule mission, dans une petite brochure publiée en thaï et en français sous le titre de : « Il y a cent ans... 1881-1981 La Bonne Nouvelle au Nord-Est de la Thaïlande et au Laos » nous avait préparés à cet anniversaire en nous racontant la déjà longue histoire de l’apostolat à travers la brousse du Plateau de Khorat. Mgr Bunluen Mansab, actuel évêque d’Ubon, avait voulu que cette célébration ne consiste pas seulement en cérémonies ou manifestations sans lendemain. Aussi avait-il demandé que ce soit l’occasion d’un renouveau de la foi dans le diocèse.
Pour ce motif, pendant l’année 1981, dans presque toutes les paroisses et communautés du diocèse, il y eut une mission prêchée presque partout par les Pères Rédemptoristes. Une statue de la Vierge fut aussi conduite dans toutes les paroisses ou groupes de chrétiens sous la
direction du Père Somchai, Vicaire général, avec la participation active de Mgr Bayet. Cette manifestation de piété mariale fut l’occasion de ferventes veillées de prières.
Monseigneur avait aussi jugé le temps venu pour inviter les chrétiens à s’associer aux soucis pastoraux de leur évêque ? C’est pourquoi, à l’occasion de ce centenaire, la création du Conseil pastoral diocésain fut décidée. Pour préparer l’élection des membres du Conseil, dans les trois secteurs du diocèse on organisa des réunions où furent invités tous les membres des divers Conseils paroissiaux, les membres des mouvements d’action catholique et du développement, environ 350 personnes, pour leur faire davantage prendre conscience de leurs responsabilités de chrétiens à la lumière des enseignements du Concile. C’est pendant la messe de clôture du centenaire, le 10 décembre 1981, après l’ordination des deux nouveaux prêtres, en présence de 17 évêques, 148 prêtres et environ 3.000 chrétiens, que fut officiellement établi le Conseil pastoral diocésain, composé de 30 membres avec des représentants des prêtres, des religieux, des religieuses et surtout des laïcs. Pendant l’année 1982, le Conseil s’est réuni deux fois pour étudier les problèmes de la catéchèse et de la famille dans le diocèse, à la suite de quoi il fut décidé que l’année 1983 serait l’année de la famille dans le diocèse.
Le bien, dit-on, ne fait de bruit. C’est pourquoi, en dehors du centenaire du diocèse, il n’y a pas eu d’événement sensationnel à signaler. Chacun s’est acquitté de son mieux de ses devoirs auprès des communautés chrétiennes parfois importantes que l’évêque lui a confiées. Quelques-uns tels que Mgr Berthold, les Pères Leduc, Guillemin, Gournay, Le Bézu et Phaisan se sont souvent retrouvés sur les routes et les mauvais chemins pour aller soutenir les petits groupes de chrétiens dispersés dans la nature. D’autres enfin, comme le Père Franchineau et aussi le Père Leduc, ont essayé de créer des contacts avec les jeunes par l’enseignement dans les écoles non chrétiennes. Même si ce n’est pas là un mode d’apostolat dont sont friands les amateurs de rapports sensationnels, qui oserait affirmer que nos confrères n’ont pas fait avancer le Royaume de Dieu ?
Dans notre diocèse, les catéchistes sont devenus des auxiliaires indispensables dans l’apostolat. Mgr Berthold, au temps où il dirigeait le diocèse, avait donné une nouvelle impulsion à cette œuvre qui date des origines de la mission. A cette époque on avait engagé de nombreux laïcs, beaucoup à plein temps, pour la catéchèse des adultes et un apostolat « ad gentes », des sessions annuelles devant leur donner la formation qui parfois leur manquait au départ. Rapidement était apparue la nécessité d’une école de catéchistes pour donner une formation plus sérieuse. Le Père Maurice Brisson, alors supérieur du Petit Séminaire, avait ouvert une section de jeunes catéchistes. Une vingtaine de jeunes fréquentèrent cette école pendant une année scolaire. A peu près la moitié de ces jeunes ont été ou sont encore catéchistes. L’expérience ne fut pas renouvelée.
Actuellement, à la lumière de l’expérience, nous abandonnons la formule « catéchistes à plein temps ». Par contre nous essayons de trouver dans chaque communauté des jeunes, ou mieux des adultes, qui ont une profession et qui consentent à consacrer quelques heures par semaine à la catéchèse des enfants ou des adultes. Nous désirons, si possible, que ces catéchistes soient choisis par le curé responsable sur présentation par la communauté et établis par l’évêque. Mais tous les chrétiens qui ont des qualités morales pour être catéchistes ne sont pas forcément des théologiens. C’est pour s’adapter à cette nouvelle situation que le centre de catéchèse organise de longues sessions de formation plusieurs fois par an, en dehors du temps des travaux agricoles, car nos catéchistes sont presque tous des paysans, gens mariés. On les aide parfois à louer des ouvriers agricoles, s’il y a des travaux urgents pendant une session. Pour l’avenir on prévoit même de courtes sessions pour les conjoints ou conjointes des catéchistes, car leur travail est grandement facilité par la compréhension de leur époux ou épouse.
Comme il apparaît dans ce compte rendu succinct, nous n’innovons rien à Ubon. Nous sommes toujours en recherche, essayant de nous adapter aux situations nouvelles à la lumière de l’expérience du passé.

PASTORALE DE LA FAMILLE

Les observateurs européens, ceux du moins qui sont engagés dans la défense de la famille, mentionnent habituellement parmi les faiblesses de la contraception son échec dans les pays sous-développés ou en voie de développement. Si leur remarque est justifiée, il faut alors d’emblée classer la Thaïlande parmi les pays ultra-développés. Il y a 20 ans, en 1960, le taux d’accroissement de la population était de 3,22 % par an. En 1981, il se situe tout près du peloton de tête des pays européens : 2 %. Des statistiques partielles révèlent par ailleurs que le taux des naissances (à ne pas confondre avec le taux d’accroissement) est aujourd’hui au-dessous de 1,9 % dans les villes, la campagne étant à environ 2,30 %. Le « Plan national de développement économique et social », couvrant la période de 1982 à 1986, fixe l’objectif d’un taux d’accroissement de la population à 1,5% pour 1986. Ce n’est pas encore le taux zéro bien sûr. Mais, compte tenu de la rapidité de l’abaissement du taux d’accroissement de la population pendant ces 20 dernières années, peut-on sagement supposer que le bateau lancé à bonne allure pourra stopper juste sur la ligne des 1,5 % ?
Le comportement des familles catholiques, à ce point de vue, ne se distingue pas de celui des familles non chrétiennes. Le recours aux pilules, piqûres, stérilets et stérilisations fait partie de la panoplie ordinaire de « l’hygiène » familiale. Tout laisse même supposer (à défaut de statistiques très précises et différenciées) que l’avortement y est pratiqué aussi largement ─ sinon plus, hélas ! ─ que dans d’autres milieux. Autant dire que les catholiques se sont mis comme tout le monde à la mode du temps et subissent les effets de la propagande des dollars, appuyée par nécessité par les consignes gouvernementales. Le matraquage est intense.
Un certain nombre de familles, de médecins et de prêtres (une minorité toutefois) ont tout de même pensé qu’on ne pouvait pas ignorer la position de l’Église nettement suggérée dans Gaudium et Spes et réaffirmée sans ambiguïté dans Humanae Vitae. Aux moyens mécaniques et chimiques, ils ont cherché à substituer « ce qui est PERMIS par l’Église », soit une limitation des naissances par l’observation des rythmes naturels (de façon précise la méthode Billings), avec un vocabulaire significatif de « périodes dangereuses » (entendez : celles d’où peut surgir une vie) et de « périodes inoffensives » (celles d’où aucune vie ne peut naître). C’était au moins un léger coup d’arrêt dans le mouvement de la facilité et un premier appel aux valeurs humaines de contrôle de soi, d’amour non strictement lié à l’exercice de la sexualité. C’était aussi une première plate-forme de réflexion sur la doctrine de l’Église concernant l’amour, le mariage et la fécondité.
Quelques jeunes foyers d’Ubon, sous l’impulsion du Père Costet, ont accepté de se former à ces méthodes, de les pratiquer et de les diffuser. Depuis 1980, Mgr Bunluen m’a nommé aumônier de cette équipe.

Notre objectif

Nous réagissons contre les termes de « limitation des naissances par l’observation des rythmes naturels » ou même de « Natural Family Planning » et nous sommes heureux de la dénomination assez récemment adoptée de « Programme de soutien de la vie familiale ».
Nous cherchons en effet à étudier et proposer les qualités et les conditions d’un amour conjugal pleinement humain, qui permette un épanouissement des personnes à tous les plans : spirituel, psychologique, social, physiologique et économique.
Nous visons un climat de liberté par rapport à toutes les propagandes et contraintes sociales actuelles ; de responsabilité dans la transmission de la vie, comportant, entre autres, une maîtrise de la fécondité qui favorise un amour plus profond et respecte la dignité de chacun des conjoints.

Moyens de diffusion

Depuis 2 ans, nous procédons surtout par séances d’information et de formation des familles dans les villages : une ou deux journées complètes, ou bien les soirées pendant toute une semaine. Nous faisons une sortie de ce genre à peu près tous les mois. Les vacances scolaires sont plus chargées et les périodes de gros travaux agricoles un peu moins. Par la suite, autant que nous le pouvons, nous nous efforçons de suivre les foyers qui sont intéressés par des visites mensuelles d’une soirée.

Personnel

Il est assez difficile de réunir une équipe de gens qui soient à la fois compétents (qui ont la possibilité intellectuelle et le temps matériel de suivre les stages de formation des éducateurs) et qui soient prêts à sortir assez souvent (temps et générosité). Pour le moment notre équipe diocésaine, compétente et passionnée par cette forme d’apostolat, comprend une Présidente, veuve, mère de trois enfants ; deux professeurs mariés, ayant respectivement un et trois enfants ; une mère de famille de la campagne, quatre enfants ; une secrétaire permanente, mère de deux enfants, et moi-même, aumônier. En principe les époux et épouses de ces personnes font aussi partie de l’équipe et de fait se joignent à nous pour bien des activités. Mais, surtout à cause de la garde des enfants, il est souvent difficile d’avoir l’équipe de foyers au complet. Nous nous réunissons habituellement une fois par mois. Nous prions ensemble, étudions les documents d’Église au sujet de la famille. Les réunions de l’équipe sont plus fréquentes quand il y a un programme spécial à mettre au point. Nous cherchons à agrandir cette équipe : nous voudrions au moins dix membres actifs.
Nous faisons appel à d’autres organismes civils, qui se réjouissent de travailler avec nous, parce qu’ils poursuivent souvent des buts très proches des nôtres et qu’ils sont animés d’une générosité étonnante. Ce sont principalement la Santé Publique, pour des leçons d’hygiène familiale ; un Centre d’études sur l’alimentation, pour des conseils sur les aliments que les paysans peuvent avoir à portée de la main (mais ils les ignorent ou les négligent) et qui leur assurent un régime équilibré d’alimentation ; le Centre de développement rural, bien équipé en moyens audio-visuels ; des professeurs d’Écoles Normales, dont un ancien Frère de St-Gabriel, psychologue de formation, qui nous aide beaucoup en ce qui concerne les rapports mari-femme, l’éducation des enfants et la connaissance de soi-même.

Résultats

Ils sont modestes, reconnaissons-le, et pourtant encourageants. Encourageants parce que nous rencontrons beaucoup de foyers qui aspirent à un idéal plus élevé de leur mariage (chrétiens et bouddhistes), qui souhaitent se débarrasser des contraintes et des inconvénients de la contraception chimique ou mécanique (Peut-on oublier le visage épanoui et souriant de cette femme qui, sous pilule depuis des années, raconte à ses amies comment elle a retrouvé son équilibre et son bon caractère depuis deux mois qu’elle ne prend plus de pilule !) Nombreux sont ceux qui comprennent enfin les raisons d’une grande partie de leurs mésententes, de leurs angoisses. Beaucoup aussi sont heureux d’avoir des conseils sérieux sur l’éducation morale et physique de leurs enfants. Maris et femmes ne sont pas rares du tout qui reprennent une nouvelle jeunesse d’amour, de tendresse et d’attention l’un à l’autre. Satisfaction aussi de constater que, malgré les préjugés et certaines apparences, les maris soucieux du bonheur et de la santé de leur épouse sont finalement légion et sont capables de maîtrise de soi beaucoup plus qu’on ne l’imaginerait. Au cours d’une conférence à Malte, le Dr Charles Rendu reprochait aux prêtres et aux médecins d’être particulièrement les deux catégories de gens qui refusent de croire aux possibilités de la volonté des hommes (voir « Nouvelle Revue Théologique », avril 1965). Encouragement encore de voir les foyers qui suivent nos sessions faire part de leurs découvertes à leurs parents et voisins.
Résultats modestes cependant, d’abord en raison du personnel limité en nombre dont nous disposons ; modestes aussi parce que, comme on nous le dit souvent : « Vous arrivez trop tard ! » Beaucoup se sont déjà fait stériliser, hommes ou femmes. Il est plus facile enfin d’acheter des pilules, de faire poser un stérilet ou de se faire stériliser que de faire appel à sa propre volonté et à sa liberté de façon habituelle. Grandeur et servitude de la condition humaine !
Au plan national, il faut tout de même noter un résultat remarquable : un projet de loi sur la libéralisation de l’avortement n’a pas pu aboutir, au mois de mai 1982, en raison de l’opposition de très nombreux mouvements populaires (de bonne source, chaque député à cette époque ne trouvait jamais moins de dix lettres, s’opposant au projet de loi, dans son courrier journalier !). Parmi ces mouvements, les catholiques ont joué un rôle non négligeable. On peut même dire de quelques médecins catholiques que leur contribution a été décisive. Ce qui a été possible ici, en pays bouddhiste et au nom du bouddhisme, ne pourrait-il plus l’être ailleurs, en pays de vieille chrétienté ?

1983, année de la Famille

Au mois d’octobre 1982, notre équipe a été invitée à présenter un rapport sur ses activités et ses projets au Conseil Pastoral diocésain. Au moment des résolutions à prendre, le Conseil, à l’unanimité moins une voix, a demandé que l’année 1983, pour le diocèse d’Ubon, soit l’année de la famille. Ceci doit comporter :
─ un effort pour promouvoir l’étude de « Familiaris Consortio » dans toutes les instances du diocèse : presbyterium, paroisses, mouvements, écoles ;
─ institution de retraite-session pour fiancés et jeunes foyers (la première est prévue pour les 18-20 avril 1983) ;
─ constitution de « groupes de familles » sur le style des Communautés de base.

En terminant, soulignons que la fête de la Sainte Famille, dimanche des familles (cette année nous l’avons célébrée le 16 janvier pour ne pas dissoudre son importance dans les fatigues de Noël !), rencontre depuis deux ans un accueil populaire considérable. Rien de bien extraordinaire cependant : liturgie et homélie orientées sur ce thème, regroupement des familles, des grands-parents aux petits-enfants (habituellement hommes, femmes et enfants sont séparés pendant les offices), renouvellement des promesses du sacrement de mariage ; après la messe, en certains endroits, repas en commun et jeux simples pour tous. Dans la plupart des paroisses, l’assistance était bien supérieure à celle des dimanches ordinaires, souvent égale ─ et un curé a dit supérieure ─ à celle de Noël. Voyons-y le signe d’une attente profonde et l’espérance d’une conversion globale, car « au commencement, il n’en était pas ainsi »(Mt 19,8). Souhaitons avec Jean-Paul II que « les époux se comportent comme des « ministres » du dessein de Dieu et usent de la sexualité en « usufruitiers » selon le dynamisme originel de la donation « totale », sans manipulations ni altérations ». (« Familiaris Consortio », n0 32.)

Bernard GUILLEMIN
Groupe missionnaire d’Ubon.



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