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Rapport annuel des évêques

Année: 1991
Pays: Thaïlande
Mission: THAÏLANDE
Rédacteur:Mgr Marcel LAOUÉNAN

RÉGION DE THAÏLANDE



I. ÉVOLUTION POLITIQUE
ÉCONOMIQUE ET SOCIALE

LE GOUVERNEMENT

La Thaïlande est une monarchie constitutionnelle, et jusqu’au 23 février 1991, la composition du gouvernement dépendait de celle de la chambre des députés. Comme aucun parti politique n’avait de majorité absolue, les premiers ministres, désignés par les députés et nommés par le roi, devaient montrer beaucoup d’habileté pour constituer un gouvernement de coalition et ensuite pour gouverner. Le général Prem Tinasulanonda fut premier ministre pendant dix ans jusqu’en juin 1988, et le général Chatichai Chunhavan lui succéda. Ils avaient le titre de général, car ils étaient des militaires en retraite, et ils ne laissaient pas d’avoir des rapports étroits avec les militaires en activité. L’influence politique de l’année a toujours été considérable.
Pourtant, peu à peu, la population se désintéressa de la vie politique, et des scandales financiers qui éclaboussèrent plusieurs partis politiques, les contraignant à quitter le gouvernement, ne firent que renforcer ce désintérêt. Le 23 février 1991, l’armée, profitant de l’attention portée à la fin de la guerre du Golfe et du calme régnant aux frontières, réussit un coup d’État qui mit fin à la Constitution, accusant le régime de « dictature parlementaire » qui mettait en péril l’avenir du pays. Un gouvernement provisoire fut instauré, ayant pour premier ministre M. Anand Panyarachun, un ancien diplomate reconverti dans l’industrie, et comprenant des technocrates compétents et honnêtes. Si la communauté internationale condamna ce coup d’État, la population, quoique surprise, resta très calme. Les précédents coups d’État, déjà éloignés dans le temps, avaient échoué ; le dernier qui avait réussi remontait à treize ans, et le dicton populaire affirmant que « un changement politique n’affecte en rien l’économie du pays » était répété à l’envi. Cependant, les difficultés entre les technocrates du gouvernement et les militaires groupés au sein du « National Peace-keeping Council », ne contribuèrent pas peu au réveil de l’intérêt pour la politique et au désir d’un gouvernement plus démocratique.
Les militaires firent donc préparer une nouvelle constitution, grâce à laquelle ils se sont assurés de jouir d’un droit de veto pendant de nombreuses années, car beaucoup seront nommés sénateurs, et si les 360 députés désigneront le premier ministre qui sera nommé par le roi, les 270 sénateurs participeront à un éventuel vote de censure. Cette constitution a été promulguée le 7 décembre 1991, et des élections auront lieu le 22 mars 1992.
Quel sera le nouveau gouvernement ? De nouveaux partis politiques sont nés, les anciens cherchent à faire peau neuve. Sans doute aucun ne jouira-t-il d’une majorité absolue, et il sera bien difficile d’empêcher de nombreux électeurs de voter pour le candidat qui leur aura donné le plus d’argent. Le dernier coup d’État aurait-il été inutile ?

POPULATION

La Thaïlande a une population d’environ 54 millions dont 24 % ont moins de 24 ans. Le taux annuel d’accroissement de la population est de 1,2 % alors qu’il était de 1,9 % il y a six ans. Cette population vit en majorité à la campagne, mais les villes se sont beaucoup développées, et leurs habitants représentent 40 % des Thaïlandais. L’industrialisation, ainsi que le manque de terre et d’eau, manque qui crée parfois de graves conflits entre l’administration et les familles qui se sont installées dans les lieux réservés à la forêt, obligent à cet exode rural vers les villes. Cet exode est plus fort que les chiffres ne le laissent supposer, car beaucoup de paysans vont travailler en ville pendant quelques mois tous les ans. Il y a donc une sorte d’intégration du village dans le marché urbain du travail. D’autres paysans, les plus nantis, car la mise de fonds initiale est élevée, partent travailler à l’étranger pour plusieurs années.
La vie dans les campagnes se transforme donc profondément. L’électrification du pays est pratiquement achevée, et rares sont les foyers où le poste de télévision ne s’ajoute pas au ventilateur. Les cultures tendant à se diversifier, quoique partout celle du riz conserve la prééminence. Les routes s’améliorent qui permettent aux voitures de pénétrer dans les villages, mais la production agricole est encore très tributaire des aléas climatiques. Grand est le désir de sortir d’un état de pauvreté durement ressenti qui, dans les cas les plus aigus, conduit à la prostitution, ou même à la vente de ses propres enfants.
Les villes se développent, mais très inégalement, et partout les travaux d’infrastructure sont en retard. La capitale, Bangkok, est devenue une ville de six millions d’habitants, et une agglomération de dix millions si l’on ajoute les banlieusards, qui pour la plupart, viennent travailler en ville. On estime que le quart des travailleurs, soit plus d’un million et demi, est constitué par des migrants temporaires venus de la campagne. La pollution, due à la circulation, ou à la stagnation de plus de deux millions de voitures qui se disputent des rues insuffisantes, ainsi qu’aux diverses industries, est effrayante et fait fuir les touristes. Le prix des terrains est très élevé, les nouvelles constructions ont donc tendance à devenir de plus en plus hautes, et de nombreuses tours se sont élevées ou s’élèvent un peu partout. Les travaux visant à remédier au manque d’infrastructure semblent ne jamais devoir cesser. Les ménages au revenu moyen ne trouvent de terrain pour se bâtir une maison qu’à dix kilomètres ou plus des anciens faubourgs. Au milieu de ce tohu-bohu, il n’est pas rare de voir, très tôt le matin, monsieur se rendre au travail en conduisant une voiture où se trouvent madame et les deux enfants, ces derniers dormant sur la banquette arrière ; le soir, même spectacle, mais les enfants essayent d’écrire leurs devoirs sur leurs cahiers.
Ces familles urbaines tendent de plus en plus à devenir des familles nucléaires au sein desquelles la femme travaille ainsi que le mari, et qui ont rarement plus de deux enfants. Les statistiques indiquent une progression constante du revenu annuel par habitant qui est passé de 830 US dollars en 1985 à 1.380 US dollars en 1989, mais cachent des écarts énormes dans la répartition. Le salaire minimum est fixé à quatre dollars par jour, mais il est rarement atteint en province. Pourtant les dépenses des ménages en produits de base, qui constituaient 80,5 % du budget des familles en 1985, sont passées à 78,2 % en 1989. Parmi ces dernières, les dépenses de nourriture sont passées de 32,5 % à 28,7 %. Tandis que les dépenses de loisirs ont augmenté de 19,5 % à 21,8 %.

ÉCONOMIE

La Thaïlande a connu une progression constante de son GNB de plus de 10 % par an, sauf en 1991 où la guerre du Golfe et la crise de confiance qui a suivi le coup d’État ont limité cette progression à 8 %, alors que l’inflation atteignait le chiffre record de 6 %. Les différents gouvernements ont favorisé l’industrialisation, ou « révolution industrielle » qui, mais moins qu’en Europe au siècle dernier, crée des situations intolérables. Les revenus du secteur agricole ont peu augmenté, ils ont à peine suivi le niveau d’inflation, tandis que les revenus industriels augmentaient de 14 % par an, ceux de la construction de 20 % par an, et ceux des services de ceux de la construction de 20 % par an, et ceux des services de 11 % par an. Le gouvernement de M. Anand Panyarachun, qui n’a pas à craindre une révolte de sa majorité à la chambre des députés, s’est attelé à quelques réformes de structure, comme la libéralisation de l’industrie, protégée par des lois promulguées au commencement de l’industrialisation, et l’imposition de la Taxe sur la Valeur ajoutée de 7 %, mais il se heurte à la mauvaise volonté d’une administration habituée à tout contrôler et de commerçants habiles à tromper le fisc. Les exportations des produits manufacturés, appareillage électrique et textiles, s’élèvent à 75% , et celles des produits agricoles, riz, produits de la mer en conserve, tapioca, café, crevettes surgelées et sucre, représentent 15 %. Les investissements sont importants, mais trop concentrés sur Bangkok et sa région. Jusqu’ici aucun gouvernement n’est parvenu à décentraliser l’industrialisation.
Comme presque tous les pays du monde, la Thaïlande est en mutation. L’attrait de la modernité, qui bien souvent se confond avec l’attrait pour plus de confort ou pour une vie sans moralité, se conjugue avec l’attrait du retour aux traditions et à une vie moins matérialiste. Quelles seront les valeurs promues par une nouvelle société ? Au plan politique, qui l’emportera du socialisme ou du libéralisme, ou de quelque chose qui ne sera ni socialisme ni libéralisme ? Peut-être les historiens qui liront ces lignes dans cent ans les trouveront-elles, ce qu’elles sont, particulièrement décevantes.

Pierre-André DUPONT


II. L’ÉGLISE DE THAÏLANDE (1986-1991)


Une des premières impressions, qui ne manque pas de frapper les visiteurs étrangers, c’est la jeunesse du clergé. Telle a souvent été la réaction de prêtres européens ou américains de passage, qui ont eu l’occasion de prendre part à une concélébration, soit pour une fête paroissiale ou pour une ordination. À peu près 80 % des prêtres thaïs ont moins de 50 ans. Parmi les missionnaires français, ceux qui ont eu l’habitude de se trouver, en France, parmi les plus jeunes des prêtres, se trouvent ici parmi les plus âgés. Ceci donne, au moins comme première impression, l’image d’une Église jeune et dynamique. Pourtant, la proportion des catholiques reste toujours très faible. Le nombre des baptisés n’a pas beaucoup augmenté et reste aux environs de 230 000, alors que la population totale a augmenté pour atteindre les 57 millions. La réalité des chiffres vient donc corriger la première impression.

PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS DE L’ÉGLISE

Depuis 1986, un certain nombre d’événements ont eu lieu qui manifestent l’orientation prise par l’Église pour son travail et son apostolat.
En novembre 1987, la Conférence épiscopale au complet s’est réunie avec des représentants de l’Église, prêtres, religieux, religieuses et laïcs, en une session de 10 jours, pour faire une évaluation de la vie de l’Église, et établir un ordre de priorités pour les années à venir. Le besoin le plus urgent mis en avant à l’issue de cette session fut la formation à tous les niveaux : formation première et formation permanente du clergé, formation des catéchistes et responsables laïcs. Suivant cette orientation donnée par la Conférence épiscopale, il y a eu effectivement un effort réel pour donner une meilleure formation aux divers responsables des activités de l’Église : catéchistes, membres des conseils paroissiaux, animateurs des groupes de jeunes.
L’année 1988 pourrait être considérée comme l’année de l’ouverture missionnaire de l’Église de Thaïlande. C’est en effet au cours de l’année 1988 que la Conférence épiscopale a pris la décision de créer un Institut missionnaire de l’Église de Thaïlande. En octobre 1988, une session réunissait tous les prêtres du pays sur le thème de l’Évangélisation, en prenant pour base une étude de « Evangelii Nuntiandi ». Deux ans plus tard, le même type de session portait sur « Évangélisation 2000 », avec, comme animateur, un prêtre venu de Singapour, promoteur de ce mouvement pour l’Asie. Nous parlerons plus loin plus en détail de la Société missionnaire de Thaïlande. Mais on peut dire que, dès 1988, il y a eu une plus grande prise de conscience de la nécessité de l’apostolat auprès des non-chrétiens. Plusieurs groupes demandaient régulièrement des sessions ou interventions sur le thème de l’Évangélisation et de la Mission. On peut aussi remarquer qu’un certain nombre de laïcs manifestent un véritable souci missionnaire. Ils sont plusieurs à suivre des sessions de formation dans ce sens et désirent être témoins du Christ auprès des non-chrétiens.
En octobre 1989 a eu lieu à Rome la béatification des martyrs de Songkhorn. Cet événement, qui a été longuement préparé, a fortement marqué la sensibilité des chrétiens de Thaïlande, fiers de compter dans leur histoire des martyrs officiellement reconnus par l’Église et mis au nombre des bienheureux : un catéchiste laïc, deux religieuses, deux femmes et deux enfants, mis à mort au début de la Seconde Guerre mondiale, à cause de leur fidélité à l’Église. On craignait un peu des réactions négatives, soit de la part des fonctionnaires, soit de la part des milieux bouddhistes intégristes. Mais les célébrations solennelles se sont très bien déroulées, avec une très large participation des fidèles venus de tout le pays, et en présence de représentants des autorités civiles. Ces 7 bienheureux sont devenus à la fois le symbole et l’exemple de l’engagement chrétien pour les catholiques thaïlandais.
1990 marquait le 25e anniversaire de l’institution de la hiérarchie en Thaïlande. Les évêques ont décidé de célébrer cet anniversaire, pas tellement comme un rappel du passé, mais davantage comme un appel à se tourner vers l’avenir. L’Église de Thaïlande, devenue adulte, doit maintenant se prendre en main par elle-même, et assurer, avec son propre personnel et ses propres ressources, le travail d’évangélisation auprès des non-chrétiens. Cet anniversaire fut célébré spécialement les 5 et 6 janvier, en la fête de l’Épiphanie, au grand séminaire national. Une vaste exposition, préparée par les séminaristes, retraçait l’histoire de l’Église en Thaïlande, depuis l’arrivée des premiers vicaires apostoliques (1662) jusqu’à nos jours. Chaque diocèse présentait également un résumé de son histoire.
Le 5 au soir, un jeu scénique « son et lumière » représentait l’histoire du christianisme en Thaïlande, de façon originale et saisissante, sans oublier de mentionner les défis de notre temps. Le 6 au matin, le cardinal Michai présidait l’Eucharistie, entouré de tous les évêques, et conférait l’ordination sacerdotale à 13 diacres. Dans son homélie, il insistait tout à la fois sur le travail des missionnaires étrangers, qui ont apporté la foi dans le pays et y ont développé l’Église, et sur la responsabilité des chrétiens thaïs d’aujourd’hui, pour que cette œuvre d’évangélisation continue. À la fin de la célébration, le cardinal envoyait en mission un diacre qui devait être ordonné prêtre un mois plus tard, et lui remettait une croix, symbole de son envoi en mission. Cette fête fut certainement l’occasion, pour les chrétiens du pays, de prendre conscience de leur histoire, et de réaliser que, de même qu’ils avaient reçu la foi d’ailleurs, ils devaient maintenant se préoccuper de porter cette même foi aux autres.

QUELQUES ASPECTS DE LA VIE DE L’ÉGLISE

Jusqu’ici, dans l’ensemble du pays, les catholiques sont regroupés en villages chrétiens ou, dans les villes, en quartiers chrétiens, vivant un peu refermés sur eux-mêmes, et n’ayant que très peu de contacts avec les autres villages ou quartiers non chrétiens. Cette situation est en train de changer, principalement dans les villes. Ainsi, depuis 10 ans, le diocèse de Bangkok a ouvert un bon nombre de centres ou de nouvelles paroisses dans la périphérie de la ville, en des endroits où la population se développe rapidement. Ces nouvelles paroisses sont davantage mêlées au reste de la population, et les chrétiens y vivent au milieu des bouddhistes, pouvant ainsi, plus qu’auparavant, jouer leur rôle de « levain dans la pâte ». Ceci est véritablement une politique du cardinal, qui a fortement le souci de favoriser l’essor apostolique et l’ouverture vers les non-chrétiens.
Dans cette même ligne de l’activité missionnaire, l’apostolat dans les tribus des montagnes du Nord continue de se développer, spécialement chez les Karens. Il y a maintenant 5 prêtres karens dans le diocèse de Chiangmai, et à peu près une douzaine de grands séminaristes issus des tribus du Nord. Ceci marque à la fois le fruit du travail accompli dans le passé, et un encouragement pour le travail missionnaire dans les deux diocèses de Chiangmai et de Nakhon Sawan.
Un autre secteur d’activités de l’Église s’est également bien développé ces dernières années : le domaine de l’action sociale et caritative. Le Comité catholique Thaï pour le Développement (CCTD) s’est davantage tourné vers les réalités nouvelles de la société thaïe, en particulier les zones de développement industriel et urbain dans la périphérie de Bangkok, mais surtout dans la région côtière à l’est de la capitale, où est en train de s’installer une énorme ville, qui est en passe de devenir une ville jumelle de Bangkok. On y attend, dans les années qui viennent, l’implantation de 200 000 familles. Ceci pose évidemment bien des problèmes humains, et affecte très sérieusement le travail de l’Église dans ce secteur, qui n’était jusque-là, peuplé que de pêcheurs et d’agriculteurs. Le CCTD s’intéresse à ces problèmes et a animé une session pour les prêtres du diocèse de Chantaburi, le plus directement touché par ce développement.
Le COERR (Catholic Office for Emergency Relief and Refugees), organisme caritatif officiel de l’Église de Thaïlande, a également développé ses activités, non seulement dans les camps de réfugiés, mais aussi dans d’autres endroits du pays, pour apporter son soutien aux plus pauvres.
Les missionnaires de Maryknoll ont récemment ouvert à Bangkok un centre d’accueil pour les migrants venus du Nord-Est pour chercher du travail dans la capitale. Ce centre offre une possibilité d’hébergement à des gens qui arrivent le plus souvent les mains vides à Bangkok, et sans aucune adresse où se référer ; il est de plus en plus en mesure d’aider ces « migrants » à trouver un emploi, leur évitant ainsi de tomber aux mains de « racketteurs » sans scrupules.
Le P. Maeyer, un rédemptoriste américain, continue depuis au moins 15 ans maintenant son apostolat dans le bidonville de Klongtoei, près du port de Bangkok. Il est secondé dans son travail par plusieurs personnes et organisations, parmi lesquelles, en particulier, une équipe de laïcs d’« ATD quart monde », qui a beaucoup investi dans ce travail de présence et d’éducation auprès des pauvres du bidonville.
Deux centres pour la réinsertion des drogués se sont récemment ouverts, l’un au diocèse de Bangkok, tenu par les capucins, un autre dans lé diocèse de Ratchaburi, tenu par des religieux et religieuses venus des Philippines.
Toutes ces activités sociales et caritatives montrent bien l’intérêt que l’Église de Thaïlande porte aux plus pauvres. Il faut aussi ajouter à cette liste l’apostolat dans les prisons, qui est une réalisation relativement nouvelle. On peut sans doute regretter que la plupart de ces activités soient encore le fait de missionnaires étrangers. Mais elles sont souvent le résultat de l’initiative des évêques eux-mêmes, et les prêtres thaïs commencent à y prendre leur part, spécialement au sein du CCTD ou du COERR, ou encore pour la visite des prisons. Il reste évidemment encore beaucoup à faire dans ce domaine : les bidonvilles, les enfants des rues, la prostitution... Mais ce qui se fait actuellement permet d’espérer que tous ces autres problèmes ne seront pas oubliés.
Dans les années 1980-1984, l’Église de Thaïlande a eu à faire face à des critiques assez virulentes, venues d’un certain groupe de bouddhistes de tendance intégriste. On ne pourrait pas dire que tout soit complètement terminé, mais le climat a cependant bien changé. L’ancien Patriarche bouddhiste est décédé en 1989, et depuis l’élection du nouveau Patriarche, la Commission catholique pour le dialogue avec les non-chrétiens a pu rencontrer les autorités religieuses bouddhistes. Lors de cette rencontre, il y avait, dans l’entourage du Patriarche, le moine qui était l’un des principaux responsables de la campagne menée contre l’Église. Ceci n’a pas empêché le Patriarche de remercier la Commission pour le dialogue, et de reconnaître les mérites de son travail. Même s’il reste encore bien des incompréhensions, et s’il faut encore rester prudent, on peut bien dire que l’ambiance s’est nettement améliorée.

LE GRAND SÉMINAIRE NATIONAL « LUX MUNDI »

Le grand séminaire national est un autre objet d’étonnement pour les visiteurs venus d’Europe : il compte en effet 185 grands séminaristes pour les 10 diocèses de Thaïlande, soit 230 000 catholiques. À ce chiffre, il faut encore ajouter une centaine de séminaristes des congrégations religieuses, qui ont leurs maisons propres, mais viennent suivre les cours au grand séminaire. Ceci n’est pas un fait entièrement nouveau, puisque le nombre des séminaristes n’a pas cessé d’augmenter depuis l’ouverture du grand séminaire, il y a maintenant 20 ans. À la prochaine rentrée (juin 1991), ce sera la première fois que le nombre des séminaristes ne sera pas supérieur à celui de la fin de l’année précédente.
On se demande évidemment quelles sont les raisons qui poussent tant de jeunes vers le séminaire. Il n’y a pas de réponse simple à une telle question. Même si le souci d’une certaine promotion sociale, une situation de vie relativement aisée, et la recherche d’une certaine estime de la part des gens, peuvent jouer un rôle dans la décision d’entrer au séminaire, cela n’explique pas tout. Il faut aussi mentionner l’attitude générale des familles chrétiennes qui estiment que c’est un honneur, et, dans certains cas, presque un devoir d’avoir un fils prêtre. Il y a aussi le rôle joué par les petits séminaires. Presque chaque diocèse (7 sur 10) a son petit séminaire. Les enfants qui y entrent, à l’âge de 11 ou 12 ans, ne le font évidemment pas tous par décision personnelle et réfléchie. Beaucoup y sont simplement envoyés soit par leur curé, soit par leur famille. La proportion de ceux qui arrivent au grand séminaire ne dépasse guère les 50 %. Mais si un jeune, au cours du petit séminaire, ne pose pas de problèmes particuliers sur le plan des études ou de la discipline, il arrive bien des fois, presque automatiquement, au grand séminaire, sans avoir eu la possibilité de faire un choix personnel. On pourrait encore ajouter, comme élément d’influence, l’image que l’on a du prêtre dans les milieux chrétiens de Thaïlande. Le prêtre n’est pas d’abord celui qui est au service des hommes, mais d’abord celui qui choisit une vie plus « méritante »que les laïcs. On peut retrouver ici l’exemple du bouddhisme, où c’est précisément ce qui définit la situation du bonze.
Tout ce contexte ne peut manquer d’avoir un impact sur la formation et sur la vie du grand séminaire, qui a effectivement connu, depuis une dizaine d’années, de réelles difficultés au niveau de la formation. Il y a d’abord le statut même du séminaire, reconnu officiellement par le gouvernement comme collège universitaire privé, avec la possibilité de délivrer des diplômes — l’équivalent de la licence — en philosophie et en théologie. Cette situation offre évidemment l’avantage de donner au séminaire un statut officiel. L’obtention de diplômes est également un avantage non négligeable. Mais ceci amène aussi un certain nombre de contraintes : le séminaire n’est pas entièrement maître du programme des études. Il faut se conformer aux exigences du ministère des Universités, et enseigner un certain nombre de matières qui n’ont pas grand-chose à voir avec la formation au ministère presbytéral. D’autre part, ceci amène à donner une importance disproportionnée à la formation intellectuelle ; les séminaristes ont tendance à étudier seulement pour obtenir le diplôme, et pas tellement pour se préparer au ministère.
Une autre difficulté est plutôt d’ordre interne. Le mode de vie du séminaire est trop exclusivement basé sur la discipline, et ne donne pas aux séminaristes la formation humaine et spirituelle qui convient. Le résultat se fait sentir bien souvent dans l’attitude et le style de vie des jeunes prêtres.
Pour tenter de remédier à ces difficultés, dont tout le monde devient de plus en plus conscient, le staff du séminaire vient d’organiser une session d’évaluation pour tenter de mettre en place une réforme du système de formation. Cette session était importante, d’abord parce que c’est la première fois que tous ceux qui sont chargés, d’une façon ou d’une autre, de la formation des séminaristes, se sont réunis pour rechercher ensemble ce que signifie exactement la formation au ministère presbytéral dans l’Église de Thaïlande aujourd’hui. D’autre part, les participants à cette session (45 membres) venaient de différents secteurs de l’Église : évêques, religieux, staff du séminaire, anciens élèves et représentants des séminaristes. Ceci permettait d’envisager le problème sous des aspects divers et complémentaires, et donnait davantage de poids aux conclusions de la session. Reste maintenant à mettre en œuvre ces conclusions ; mais un premier résultat immédiatement perceptible est une prise de conscience collective de la réalité du problème, et un désir partagé par les participants de voir un véritable renouvellement de la formation au grand séminaire. Ceci permet d’être déjà raisonnablement optimiste, même s’il y a encore beaucoup à faire.

LA SOCIÉTÉ MISSIONNAIRE DE THAÏLANDE

Parmi les événements de l’Église de Thaïlande depuis 1986, le démarrage d’une société missionnaire thaïlandaise, appelée « Missions Étrangères de Thaïlande » (MET), est peut-être le fait le plus marquant. Voici comment les choses se sont passées.
En 1987, dans la ligne de ce qui avait été décidé à l’Assemblée générale MEP de 1986, le supérieur régional MEP soumettait une lettre à la Conférence épiscopale, demandant que quelque chose soit fait pour la formation d’un institut missionnaire dépendant des évêques de Thaïlande. Il se trouve que cette proposition rejoignait la préoccupation de plusieurs évêques, qui désiraient que des prêtres thaïs se préparent à la mission auprès des non-chrétiens, plus spécialement dans les tribus montagnardes du Nord. Un évêque fut donc nommé responsable de cette question, et pendant un peu plus d’une année, une commission formée de délégués des divers diocèses se réunit plusieurs fois, pour mettre au point un projet de constitution pour une société missionnaire. Ce n’était sans doute pas la meilleure façon de commencer, car après un an et demi, il n’y avait toujours pas de candidats. Au début de 1989, à l’occasion d’un changement des responsabilités au sein de la Conférence épiscopale, un autre évêque se vit confier cette tâche. Il décida de procéder différemment et de se mettre d’abord à la recherche de candidats. Il était assisté, pour ce travail, d’un prêtre missionnaire des PIME (Missions Étrangères de Milan) et du Père Dantonel, des MEP. Il fut décidé que le Père Dantonel se chargerait de prospecter ou de favoriser les vocations missionnaires parmi les séminaristes, puisqu’il était professeur au grand séminaire, et que le Père Adriano (PIME) se chargerait davantage de ce qui touche à la formation missionnaire proprement dite de ceux qui auraient terminé leurs études au séminaire Les choses devaient ensuite aller très rapidement. Dès les premières rencontres pour proposer ce projet aux séminaristes, une cinquantaine d’entre eux venaient écouter, et parmi eux, immédiatement, quatre se présentaient comme candidats, dont trois étaient en dernière année de formation. Ceci se passait en juillet 1989. On a donc commencé, au séminaire, des rencontres de prière et de réflexion pour ce petit groupe de 4 qui, en fin d’année scolaire (mars 1990), était arrivé à 8.
Durant la même période, le Père Adriano réunissait 4 religieuses et 2 laïcs, qui désiraient s’engager dans ce travail missionnaire. À la Pentecôte 1990, le premier prêtre était ordonné par le cardinal au titre de cette société missionnaire et, au cours de la célébration d’ordination, il était officiellement envoyé en mission et recevait une croix, symbole de cet envoi. Un autre, qui devait être ordonné prêtre en janvier 1991, recevait aussi son envoi en mission et sa croix, lors de la fête de l’Épiphanie. Au mois de juillet 1991, le premier groupe de missionnaires, comportant ces deux jeunes prêtres, deux religieuses et une laïque, va s’installer dans la région de Chiangmai pour un apostolat missionnaire auprès des Hmongs. Deux autres séminaristes, qui sont maintenant en dernière année, ont déjà obtenu l’accord de leurs évêques respectifs pour rejoindre la nouvelle société missionnaire. Et le Père Adriano va commencer, en juin 1991, un nouveau cycle de formation pour un second groupe de 6 ou 7 personnes.
Quels sont les objectifs de cette société missionnaire ? Pour l’instant, la première préoccupation, et l’objectif le plus immédiatement réalisable, est l’envoi de missionnaires auprès des non-chrétiens, à l’intérieur même du pays. Mais on reste très attentif aux besoins des autres pays, et spécialement des pays immédiatement voisins : le Laos, le Cambodge et la Chine. Plusieurs seraient prêts, dès que les circonstances le permettront, à aller aider leurs frères du Laos. D’autre part, un petit groupe de séminaristes va aller passer une semaine dans les camps de réfugiés khmers, avec les Pères Venet et Ponchaud, pour y découvrir la vie des communautés chrétiennes.
L’avenir de cette société missionnaire est évidemment dans les mains de Dieu. Mais il faut avouer que le nombre de signes convergents, et d’encouragements rencontrés dès le démarrage, laissent entendre que ce n’est pas seulement une entreprise humaine. Espérons et prions que cette aventure soit vraiment l’œuvre de l’Esprit-Saint, et l’ouverture authentique de l’Église de Thaïlande à la Mission universelle.

L’ACTION DES LAÏCS

La part prise par les laïcs dans la vie active de l’Église reste encore bien limitée. Il y a pourtant plusieurs réalisations qui manifestent une ouverture dans ce domaine. Dans plusieurs diocèses, des efforts sont faits pour donner une meilleure formation aux laïcs. Tel ou tel curé organise dans sa paroisse des cours de formation biblique ; des sessions sont organisées pour la formation des catéchistes. Et on peut surtout noter l’impact de la formation donnée aux couples, dans le cadre de la pastorale de la famille, en particulier dans les diocèses d’Ubon, de Bangkok, de Chantaburi et aussi de Ratchaburi. Parmi les couples qui ont suivi les sessions de formation de pastorale familiale, beaucoup prennent conscience de leur responsabilité dans l’Église, et se montrent davantage préparés à prendre leur place dans la marche de l’Église, dans la communauté où ils vivent.
Plusieurs laïcs, spécialement à Bangkok, s’éveillent à l’urgence de la mission auprès des non-chrétiens. Quelques-uns sont prêts à s’engager à vie pour un travail missionnaire auprès des minorités ethniques du Nord. Mais d’autres, plus nombreux, ressentent la nécessité de témoigner du Christ et de l’Évangile dans le milieu même où ils vivent. Ce sont souvent des gens d’âge mûr, qui ont déjà leur famille et leur profession. Ils n’envisagent donc pas de se déplacer. Mais ils ont un très vif désir de servir la mission de l’Église, et cherchent des possibilités d’apostolat auprès de ceux qui, en ville, ne connaissent pas encore l’Évangile. Plusieurs d’entre eux viennent participer aux sessions de formation organisées par la nouvelle société missionnaire.
Il faut aussi ajouter à cela l’existence de plusieurs groupes de prière, suivant le type des groupes de « Renouveau » qui existent en bien d’autres pays. De tels groupes existent en particulier à Bangkok et à Ubon.

LES OMBRES AU TABLEAU

Il y a sans doute bien des choses qui bougent et qui avancent au sein de l’Église de Thaïlande. Pourtant on ne serait pas fidèle à la réalité si on ne mentionnait aussi les choses qui vont moins bien et les problèmes qui demeurent.
D’abord, on peut dire que, dans son ensemble, l’Église de Thaïlande reste encore très cléricale. Même si un bon nombre de laïcs sont actifs, ils restent la plupart du temps sous l’autorité des prêtres, et ne prennent pas encore toutes les responsabilités et initiatives qu’ils pourraient prendre. Il y a beaucoup de groupes ou d’organisation où les laïcs sont présents : conseils paroissiaux, Légion de Marie, Conférences St-Vincent de Paul, groupes de jeunes. Mais la plupart du temps, ces divers groupes sont surtout des instruments au service du curé pour l’administration de la paroisse. Il n’y a encore que très peu d’organismes où des laïcs se rassemblent pour réfléchir sur leurs responsabilités dans la société, et encore moins dans la politique. Il serait pourtant important que les laïcs chrétiens trouvent un moyen de s’engager dans les problèmes sociaux, tels que l’injustice et la corruption, répandues à tous les degrés. La vie chrétienne reste encore trop souvent limitée au niveau d’une pratique religieuse, et ne débouche pas encore suffisamment sur des attitudes concrètes au sein de la vie sociale et professionnelle. Et pourtant, on peut entendre même les bouddhistes déclarer que les principes du bouddhisme sont aujourd’hui insuffisants pour remédier aux problèmes posés par la situation sociale actuelle. Cette réflexion a été faite par un médecin bouddhiste, professeur d’université, lors d’une session sur les problèmes éthiques de la médecine actuelle. Ceci montre bien qu’il y a, dans la société technique moderne, une attente à laquelle des laïcs chrétiens, conscients de l’importance de l’Évangile dans la vie sociale et professionnelle, pourraient répondre.
Un autre problème concerne directement les prêtres eux-mêmes. Sans doute la grande majorité d’entre eux sont jeunes, et leur nombre ne cesse d’augmenter, ainsi que nous l’avons déjà dit. Et plusieurs d’entre eux sont des prêtres remarquables. Cependant, la plupart des prêtres sont davantage des administrateurs que des leaders spirituels. Ils assurent le fonctionnement des paroisses et d’autres activités de l’Église — écoles ou hôpitaux — mais rares sont ceux qui font preuve de quelque initiative pour démarrer de nouvelles formes d’apostolat, ou pour donner une plus grande formation chrétienne à leurs ouailles, sans parler des contacts avec les non-chrétiens. C’est ici que l’on sent directement l’influence de la formation donnée au séminaire, qui reste encore trop coupée des réalités de la vie, et ne les prépare pas suffisamment à la dimension apostolique du ministère presbytéral. À cause de cela, un certain nombre de jeunes prêtres sont un peu « mal dans leur peau ».
S’il est vrai qu’il y a, comme nous l’avons dit, plusieurs signes d’une ouverture de l’Église vers la Mission, ceci n’est encore que le fait d’un groupe restreint. Cette ouverture missionnaire n’a pas encore vraiment changé les mentalités. Lorsqu’on parle de travail missionnaire ; presque tout le monde comprend l’apostolat parmi les tribus montagnardes. Il est indéniable qu’il y a, actuellement, un véritable travail missionnaire qui se fait dans ces tribus, et même que ce travail est relativement urgent, vu le nombre des demandes de conversion. Mais on ne pense généralement pas à tous ces bouddhistes qui nous entourent de partout. D’autre part, l’ensemble des catholiques, y compris des prêtres, n’a pas connaissance, et ne se soucie même pas vraiment de la situation de l’Église dans d’autres pays. On est frappé de constater l’ignorance des prêtres sur la situation de l’Église en Chine, au Cambodge ou même au Laos. Espérons que la création des « Missions Étrangères de Thaïlande », sous la responsabilité de la Conférence épiscopale, aidera à une plus grande prise de conscience de la réalité de la Mission et de l’Église universelle.
L’Église de Thaïlande manque encore d’ordre contemplatif masculin. Il y a plusieurs monastères de moniales dans le pays, plusieurs carmels et des capucines cloîtrées ; mais les divers essais d’implantation de monastères d’hommes n’ont pas vraiment abouti à des résultats positifs. L’œuvre du Père Verdière, malgré sa patience et sa persévérance, ne se développe pas. Dans un pays où il y a tant de communautés de bonzes, et où des Européens ou des Américains viennent pratiquer la méditation, on peut s’étonner de cet échec, ou regretter cette carence. Si l’on veut donner des raisons à cette situation, on se rend compte rapidement que les choses ne sont pas simples. D’abord, la conception chrétienne de la vie monastique, en dépit des apparences, est très différente de la pratique du bouddhisme. Et peut-être aussi les chrétiens n’ont pas été suffisamment éduqués au vrai sens de la prière et à l’importance de la contemplation.
Finalement, on peut aussi redire que la majorité des initiatives apostoliques en Thaïlande reste encore le fait surtout des missionnaires étrangers. Ceci n’est vraiment que la constatation d’un fait, et ne veut être ni une critique des Thaïlandais, ni un moyen de s’envoyer des fleurs. Ceci prouve simplement que les missionnaires étrangers ont encore un rôle très important à jouer dans cette Église, ne serait-ce que pour aider les chrétiens à prendre davantage de responsabilités et d’initiatives. Cette Église est encore jeune et très minoritaire, et l’on comprend qu’elle ne puisse pas encore tout faire par elle-même. Cette situation est avant tout un appel pour que, missionnaires étrangers, nous soyons davantage soucieux de collaborer avec les Thaïs dans tous les domaines où nous nous engageons, afin d’apprendre d’eux la manière qui convient au pays et à sa culture, et aussi de faire en sorte que les initiatives d’Église que nous pouvons prendre soient assurées d’une continuité.
En concluant ce regard sur l’Église de Thaïlande, on pourrait reprendre le mot de Jean-Paul II dans son encyclique « Redemptoris Missio » : en Thaïlande comme ailleurs, et plus qu’ailleurs peut-être, « la mission “ ad gentes “ n’en est encore qu’à ses débuts ».

Jean Dantonel, 4 mai 1991


LES 10 DIOCÈSES DE L’ÉGLISE EN THAÏLANDE

La Thaïlande a une superficie à peu près égale à celle de la France et sa population est sensiblement aussi nombreuse ; au dernier recensement, elle atteignait 58 000 000 d’habitants. Il y a des chrétiens dans presque toutes les provinces, mais les chrétientés sont très inégalement réparties. L’Église est divisée en 10 diocèses. L’archidiocèse de Bangkok et ses suffragants : Chantaburi à l’est, Ratburi à l’ouest. Nakhon Sawan et Chiangmai en montant vers le nord et Surat Thani au sud. Sur le plateau Nord-Est, il y a l’archidiocèse de Tharae-Nongseng et les diocèses d’Udon Thani, Ubon Ratchathani et Nakhon Ratchasima.
L’archidiocèse de Bangkok, dont le cardinal Michael Michai Kitbunchu est l’archevêque, a la plus forte concentration de chrétiens, soit 73 396 pour une population de 10 139 020 habitants, répartie sur 9 provinces et 2 sous-préfectures d’autres provinces. Il a aussi le plus grand nombre de paroisses et de chrétientés.
Chantaburi, dirigé par Mgr Laurence Tienchai Samanchit, a 28 088 chrétiens pour une population de 3 595 217 habitants, répartie sur 5 provinces et plusieurs sous-préfectures de deux autres provinces.
Ratburi, dirigé par Mgr John Bosco Manat Chuabsamai, a 15 962 chrétiens sur une population de 2 042 462 habitants, répartie sur 4 provinces.
Ces trois diocèses, dont les chrétiens sont en majorité d’origine chinoise ou vietnamienne, totalisent près de la moitié du nombre des chrétiens de Thaïlande, soit 117 446. Ce sont surtout les plus anciennes chrétientés, puisqu’elles remontent aux origines de la « mission de Siam ».
Dans l’ordre d’ancienneté viennent ensuite les 4 diocèses du Nord-Est. Ils forment un tout, pour plusieurs raisons. Ils sont situés sur le plateau Nord-Est, connu sous le nom de Phak Isan. C’est une région relativement pauvre, qui a été très difficile d’accès pendant des siècles. Les collines et les forêts vierges, foyers de fièvres mortelles, étaient des obstacles infranchissables. L’ouverture du chemin de fer, le percement de routes de plus en plus nombreuses, le défrichement des forêts et de nombreux travaux d’irrigation ont désenclavé cette région. Ses habitants, d’origine lao, sont plus prolifiques que ceux des riches régions du centre, et ils se répandent dans tout le reste du pays.
La formation des chrétientés remonte à un siècle environ. Elles totalisent 89 378 chrétiens. Ils sont d’origine lao et vietnamienne. L’immigration des Vietnamiens fut d’abord d’origine économique, puis politique en 1945.
Sur ce plateau vient d’abord l’archidiocèse de Tharae-Nongseng. Plus riche que le diocèse d’Ubon au sud, il a vu une immigration assez régulière de chrétiens venus d’Ubon. Ceci explique en partie qu’Ubon, où a débuté la chrétienté du Nord-Est, ait moitié moins de chrétiens pour une superficie et une population deux fois supérieures.
Tharae-Nongseng, dirigé par Mgr Laurence Khai Saen-Pon-On, a 46 953 chrétiens pour une population de 2 789 751 habitants, répartie sur 4 provinces.
Ubon Ratchathani, où travaillent les MEP, est dirigé par Mgr Michael Bunluen Mansap. Le diocèse compte 20 649 chrétiens pour une population de 6 957 970 habitants, répartie sur 6 provinces.
Udon Thani, où travaillent les rédemptoristes, est dirigé par Mgr Georges Yod Phimphisan. Le diocèse compte 16 565 chrétiens pour une population de 4 728 134 habitants, répartie sur 4 provinces.
Nakhon Ratchasima (Khorat), où travaillent quelques MEP, un missionnaire philippin et des prêtres thaïs venus en majorité de Chantaburi, est dirigé par Mgr Joachim Phayao Manisab. Quelques jeunes prêtres originaires du diocèse ont été ordonnés pendant les années qui viennent de s’écouler. Cette région du plateau Nord-Est a été passablement délaissée jusqu’à un passé récent. Assise entre deux chaises, elle dépendait de la Mission du Laos, mais elle était administrée par la Mission de Bangkok. Ces circonstances expliquent son développement tout neuf. Le diocèse compte 5 211 chrétiens pour une population de 4 281 740 habitants, répartie sur 3 provinces.
La chrétienté du Nord, Chiang mai, est assez récente. Elle a été fondée dans les années 30 après de multiples essais infructueux. La séparation politique, ethnique, culturelle et géographique de cette région montagneuse est la principale cause des échecs successifs. Comme pour le Nord-Est, le progrès des voies de communication est une des raisons du succès final. Le Père Mirabelle, puis le Père Meunier, sont les premiers apôtres qui ont pu demeurer et travailler dans ce diocèse. Ils ont été suivis de quelques missionnaires MEP et quelques prêtres thaïs venus de Bangkok. Les Pères de Bétharram leur ont succédé en 1951 à la suite de l’expulsion des missionnaires hors de Chine. Actuellement, le diocèse est dirigé par Mgr Joseph Sangval Surasarang. Il compte 117 245 chrétiens pour une population de 5 101 082 habitants, répartie sur 8 provinces. Le diocèse est en pleine expansion grâce aux conversions des minorités ethniques. Celles-ci, toutes animistes, sont nombreuses et différentes. C’est chez l’une d’entre elles — les Hmongs, chers au Père Jean Mottin — que commence à travailler la nouvelle société missionnaire de Thaïlande.
Les deux derniers diocèses sont de création récente. Le premier, Nakhon Sawan, qui a été divisé de Bangkok était, pour la mission mère, un quasi-désert inexploré. Le second, Surat Thani, séparé de la mission salésienne de Ratburi, n’était guère mieux partagé.
Nakhon Sawan est dirigé par Mgr Joseph Banchong Aribarg. Il compte 7 805 chrétiens pour une population de 7 216 657 habitants, répartie sur 13 provinces. C’est le diocèse le plus vaste de Thaïlande. Un grand nombre parmi les quelques chrétiens sont des néophytes karens convertis par les Pères Guillou, Quintard et Tygréat.
Dans le Sud, jouxtant la Malaisie, se trouve Surat Thani, le dernier des dix diocèses. Il vient d’être confié au clergé du pays en 1988. Il avait été détaché de Ratburi en 1969. Les Pères salésiens, qui l’avaient fondé, y travaillent toujours. Alors que dans les autres diocèses la population non chrétienne est bouddhiste ou animiste, dans celui-ci plusieurs provinces touchant la Malaisie sont musulmanes. Le diocèse est dirigé par Mgr Michael Praphon Chaicharoen. Il compte 5 915 chrétiens pour une population de 7 064 583 habitants, répartie sur 15 provinces.
L’Église de Thaïlande, malgré le petit nombre de chrétiens qui la composent, est bien structurée, et prend de plus en plus de poids dans le pays, aussi bien que dans la région du Sud-Est asiatique, tout en gardant des liens très forts avec les missionnaires et les Sociétés qui l’ont enfantée au Christ.


III. LES GROUPES MEP EN THAÏLANDE

A – GROUPE MISSIONNAIRE DE BANGKOK


GROUPE DE BANGKOK - NAKHON RATCHASIMA


ARCHIDIOCÈSE DE BANGKOK

Le diocèse s’étend sur 9 provinces et des parties de deux autres provinces. La population est de 10 139 020 environ.
Chef du diocèse : Cardinal Michael Michai Kitbunchu
Nombre de chrétiens : 73 596
Nombre de prêtres diocésains : 96
dont 5 à l’étranger pour études
Prêtres ordonnés en 1991 : 9
dont 1 salésien et 1 stigmatin
Prêtres des Missions Étrangères : 14
(MEP)
Religieux : 20
Religieuses : 424
Séminaristes au petit séminaire : 102
au grand séminaire : 38
Paroisses et lieux de culte : 46
Hôpitaux : 3
Écoles de la mission : 38
Écoles relevant d’ordres religieux : 32
Écoles catholiques tenues par des laïcs : 48
Catéchistes bénévoles : Hommes : 52
Femmes : 186
Catéchistes avec traitement : 14
(dont un homme)


DIOCÈSE DE KHORAT (NAKHON RATCHASIMA)

Le diocèse s’étend sur 3 provinces. La population est de 4 281 740 environ.
Chef du diocèse : Mgr Joachim Phayao Manisab
Nombre de chrétiens : 5 211
Églises paroissiales : 17
Prêtres thaïs : 20
étrangers : MEP 4
( dont 2 à la retraite )
Philippin 1
Ordres religieux : hommes : 1
( Frère de St-Gabriel )
Femmes : 5
Écoles de la mission : 9
D’ordre religieux : 1
Petit séminaire : 1
Hôpital : 1


RAPPORT DU GROUPE MEP DE BANGKOK

Le groupe missionnaire de Bangkok comprend 17 Pères, c’est-à-dire les 12 Pères de la mission de Bangkok et les 5 de la mission de Nakhon Ratchasima. La moyenne d’âge des Pères est de 65 ans et demi. Trois d’entre eux sont à la retraite. En général les Pères du Groupe sont stables, en ce sens que leurs activités ne changent guère d’une année à l’autre et que de plus, ils sont rarement mutés d’un poste à un autre.
Le Père Joly, doyen du groupe (82 ans), aumônier de l’hôpital Saint-Louis, remplit ses fonctions avec une fidélité qui fait l’admiration de tout le monde. Il encourage et réconforte les malades, leur administre les sacrements (60 sacrements des malades pendant l’année écoulée). Il ne manque jamais sa visite quotidienne aux hospitalisés.
Le Père Jubin (75 ans), retraité dans son ancienne paroisse, n’a pratiquement plus aucune activité, sa santé ne le lui permettant plus. Cette année il a même reçu le sacrement des malades.
Le Père Nicolas (74 ans), après une activité apostolique peu ordinaire, accompagnée de difficultés de toutes sortes, dont deux attaques à main armée, a pris une retraite plus que méritée, à Khorat, où il s’occupe encore des religieuses d’un ordre nouveau fondé par l’évêque local.
Le Père Venet (74 ans), malgré son âge, a conservé une vigueur incroyable. Ancien du Cambodge, il travaille auprès des réfugiés des camps de Thaïlande. Sa fougue est légendaire. Il la met aussi au service de sa Peugeot, et Dieu sait comment ! Cette année, il a quand même dû subir une opération grave à la colonne vertébrale. Mais dès son retour en Thaïlande il a repris ses activités comme si rien ne s’était passé. Il a fait aussi un voyage au Cambodge, mais malheureusement il n’a pu aller dans son ancienne paroisse.
Le Père Bray (72 ans) a pris lui aussi sa retraite, mais, comme il dit, une retraite active. Il s’occupe très activement d’une revue mariale qui a très grand succès. Par ailleurs, il est l’animateur d’un centre marial dédié à la Médaille miraculeuse. Personne ne se douterait qu’il est astreint à un régime sévère à cause de son diabète.
Quant au Père Verdière (71 ans), il continue dans l’ombre l’œuvre monastique qu’il a entreprise voilà vingt ans, sans grand succès. Mais il a pris comme devise une sentence de Guillaume le Taciturne : « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. »
Mgr Van Gaver (70 ans) n’est plus parmi nous. Malade, il a dû rentrer en France et il est encore loin d’être guéri. Son frère est venu le chercher pour rentrer en France au cours de l’année écoulée. Puis il est revenu cette année, accompagné par son neveu. Il a passé deux semaines parmi nous pour renouveler son visa permanent. L’espoir de guérir et de reprendre ses activités missionnaires le fait vivre.
Le Père Brisson (69 ans) est un fidèle vicaire de la paroisse St-François Xavier. Comme l’on dit ici : les curés passent, Brisson reste. L’enseignement du catéchisme occupe la majorité de son temps.
Le Père Perray (68 ans), l’infatigable et inamovible vicaire de la paroisse du Calvaire. Voilà 20 ans qu’il s’y trouve. Mais son zèle est comme aux premiers jours de son apostolat. Rendre service est devenu légendaire chez lui. Il a mis au point des carnets pour faciliter les « status animarum ». On ne compte plus les heures qu’il passe au confessionnal. Et comme il ne veut pas abandonner son travail « ad gentes », il a lancé un catéchisme par correspondance, pour les non-chrétiens. Pardessus tout cela, au titre de la formation permanente, il continue des études de droit canon en liaison avec l’université de Strasbourg.
Le Père Lamoureux (66 ans) est, depuis de longues années, l’économe procureur de la mission, charge qu’il remplit avec conscience et bonne humeur malgré l’ingratitude du travail. Il n’en oublie pas pour autant un travail apostolique qui lui tient à cœur : l’apostolat auprès des prisonniers, « ad gentes » s’il en est un, car beaucoup de prisonniers viennent à lui lors de ses visites aux prisons.
Le Père Malsert (62 ans) a été curé de Ban han, dont il a rebâti la vieille église et le presbytère. Il vient d’être nommé à Kaeng Khlo.
Le Père Dupont (60 ans) a fait de l’informatique une de ses spécialités. Mais son principal travail est sans conteste l’enseignement de la philosophie, du latin et du grec à l’école française de Bangkok. Son influence est grande, tant auprès des parents et des professeurs qu’auprès des enfants. Le dimanche, il assure la messe à l’hôpital Saint-Louis.
Mgr Bach (59 ans) se voit à la tête d’un diocèse à l’échelle mondiale. Il a en charge tous les Laotiens répartis à travers le monde : États-Unis, Canada, Australie, Europe, et surtout les Laotiens des camps de Thaïlande, qui sont parmi les plus déshérités. Sa générosité n’a que deux limites : sa santé et son porte-monnaie. Au jugement dernier, combien diront « J’étais sans rien et tu m’as aidé, j’étais dans un camp et tu m’as délivré. » Lui aussi, cette année, a eu des ennuis de santé.
Le Père Destombes (56 ans) est intégré au groupe de Bangkok, comme les autres missionnaires du Cambodge et du Laos avec lesquels la Région de Thaïlande a collaboré au service des réfugiés. Actuellement il est à Phnom Penh, heureux de retrouver son ancienne vie missionnaire, mais dans un climat tout différent. Puisse la Mission du Cambodge redevenir une Église florissante.
Le Père Dantonel (55 ans), un des plus jeunes du Groupe, depuis son retour en Thaïlande en janvier 1987, s’est d’abord vu attribuer une paroisse dans la banlieue de Bangkok, paroisse relativement récente d’environ 600 chrétiens. Un point très positif dans son travail pastoral fut la catéchèse des adultes. Il a pu ainsi baptiser chaque année une dizaine d’adultes. Ce qui est énorme dans le contexte bouddhiste où nous vivons. (En Chine, ce serait des centaines.) Tout en étant chargé de cette paroisse, il était aussi professeur au grand séminaire. Finalement, il a dû abandonner sa charge pastorale pour devenir, à part entière, membre du staff du séminaire. Il garde la responsabilité des cours de philosophie, et se donne à plein à la fondation de la nouvelle société missionnaire de Thaïlande, dont l’évêque de Nakhon Sawan a la responsabilité.
Le Père Michel (54 ans) a deux secteurs d’activité. Il est aumônier de l’école Mater Dei des ursulines de l’Union romaine, où il s’occupe seulement des élèves catholiques (500). Il rencontre chaque classe trois fois par mois (Eucharistie, sacrement de la réconciliation, catéchèse). Ses relations avec les professeurs sont excellentes : beaucoup ne sont pas catholiques. Par ailleurs il est aumônier des Sœurs de St-Joseph de l’Apparition : participation à la formation des novices (4 heures par semaine), récollections, etc. Il est aussi chargé d’une catéchèse pour des jeunes filles pensionnaires chez ces religieuses. Le travail n’est pas toujours facile.
Le Père Chevalier (50 ans), après une année sabbatique passée en France, est venu rejoindre son diocèse de Khorat, où l’évêque l’a nommé dans un poste — une plaine au pied de la montagne — où il n’y avait jamais eu de Père à demeure, autrement dit envoyé « ad gentes »... Il a là une quarantaine de baptisés — une trentaine de nouveaux baptisés depuis 5 ou 6 ans —, ainsi qu’un autre groupe : des vieux chrétiens que la guerre avait amenés dans le coin, et qui ont été coupés de l’Église depuis plus de vingt ans. Il dispose pourtant d’une église, bâtie en dur en 1986, où les chrétiens de la région se réunissent. Le Père a un autre poste dans la montagne, où se trouvent également des anciens chrétiens que la guerre avait amenés là, eux aussi. Dans ces deux postes, plusieurs non-chrétiens — pas des centaines — demandent à recevoir le baptême : d’où catéchèse aux non-chrétiens, et pastorale de démarrage. En général, les chrétiens, si peu nombreux soient-ils, sont heureux d’avoir un prêtre sur place à qui ils peuvent s’adresser.
Tel est le groupe de Bangkok. Tous travaillent pour le plus grand bien de l’Église et, tout en s’occupant des chrétiens, ne manquent pas d’aller « ad gentes », même si le succès ne répond pas à leur attente, ou à leur zèle.


B – GROUPE MISSIONNAIRE DE NAKON SAWAN

Le diocèse de Nakhon Sawan a 25 ans ; séparé de Bangkok en 1967, il conserve la même superficie : 13 provinces ou départements, allant de Saraburi, 100 km au nord de Bangkok, à Utaradit, 600 km plus au nord. La population, par contre, a sensiblement augmenté ; la Thaïlande comptant actuellement 58 millions d’habitants, on peut estimer à 7 millions la population installée dans les limites du diocèse. Les catholiques sont passés d’environ 5 000 à 8 000 ; la plupart des nouveaux chrétiens viennent du secteur montagnard karen. Mgr Banchong, qui a succédé à Mgr Langer en 1976, est en outre chargé, au nom de la conférence épiscopale, de la fondation et du développement des MET (Missions Étrangères de Thaïlande).

A – LE PRESBYTERIUM

En 1986, le presbyterium comptait 13 prêtres thaïs et 13 MEP. En 1991, 9 MEP dont 3 à la retraite, pour 15 prêtres thaïs ; troisième âge d’un côté, jeune clergé de l’autre. Quatre décès — les Pères Gloriod et Guillou, Mgr Langer et le Père Vinai, prêtre thaï de 33 ans —, ont sérieusement perturbé la vie du presbyterium ; de plus, Michel Broux est rentré en France.
Ce presbyterium est assez curieux dans sa composition : jusqu’en 1991, il n’y avait que 2 prêtres originaires du diocèse ; depuis l’ordination de 2 jeunes, le 2 janvier 1991, le nombre vient de doubler et en 1992, on devrait arriver à 8, peut-être 9 prêtres originaires de 5 paroisses du diocèse. D’où viennent donc les autres ? Trois ont opté pour le diocèse de Nakhon Sawan et sont incardinés, et 7 autres sont prêtés par Bangkok, généralement pour une durée de 5 ans, tandis que ceux qui acceptent de travailler en milieu montagnard peuvent rester 10 ans. Le nombre de prêtres est loin d’être suffisant, si l’on considère l’étendue du diocèse et les possibilités missionnaires en milieu montagnard ; Joseph Quintard réclame de l’aide depuis longtemps. Le décès subit de Joseph Guillou a forcé le jeune Père Décha, de Bangkok, à prendre la responsabilité du secteur, alors qu’il ne se sentait pas prêt à le faire. Il y est encore, c’est beau.
La plupart des paroisses organisées sont animées par les prêtres venus provisoirement de Bangkok ; une exception : Santisuk, où se trouve actuellement Robert Billot, à la demande de l’évêque. Les MEP et les prêtres thaïs du diocèse sont plutôt en « mission », soit chez les montagnards (Quintard, Tygréat, Manat, Décha, Samran, Montree, Phithak), soit dans des postes « en voie de développement » (Grange, Laborie, Coutand, Prasert, Sirichan).
Le petit reste MEP est de plus en plus petit. Il serait bon de renforcer les effectifs : 9 Pères dont 3 en retraite. Aux réunions mensuelles, à l’évêché, quatre confrères arrivent en général la veille et trois le matin, à temps pour le petit déjeuner. Les Thaïs, par contre, viennent en grand nombre, dès le début de l’après-midi ; il est vrai que certains ne sont pas surchargés de travail et ont besoin de rencontrer des amis.
Depuis le départ de Joseph Gloriod, le poste de procureur est resté vacant ; l’évêque fait lui-même une partie du travail et semble s’accommoder très bien de la situation ; le presbyterium, un peu moins.
Le Père Phaithon, prêté par Bangkok, est curé de Phitsanulok, mais son influence dépasse les limites de la paroisse ; il est actuellement la cheville ouvrière de l’organisation du diocèse. Il faut avouer que ça manquait un peu depuis le début. Chacun agissait plutôt à sa guise, et l’évêque faisait confiance au charisme de chacun. Ça peut aller loin. Commissions et sous-commissions sont en train de se mettre en place, sous la haute direction du Père Manat, premier prêtre thaï du diocèse, qui a remplacé Joseph Quintard comme vicaire général ; ce dernier toutefois, ainsi que Robert Billot, font encore partie du conseil épiscopal, et l’évêque semble y tenir.
Les réunions mensuelles sont sympathiques, mais parfois un peu « plates » ; quelques confrères prennent une part active dans les débats et sont généralement écoutés, parfois suivis ; Joseph Quintard pour la « mission », et Pierre Laborie pour la Bible, restent des piliers du presbyterium. Un petit fait qui a son importance : quelques prêtres thaïs, venus de Bangkok, ont subi un véritable choc, très bénéfique d’ailleurs, après la visite d’un secteur montagnard karen, quand ils se sont rendu compte du genre de vie et de travail de l’équipe karen ; un peu surprenant quand même, étant donné que certains membres de l’équipe karen mènent une telle vie depuis un quart de siècle. C’est pourquoi les MET, lancés plus rapidement qu’on ne l’aurait pensé, devraient être un élément d’apostolat très important pour l’avenir de l’Église en Thaïlande, et le diocèse de Nakhon Sawan en particulier. À noter enfin que l’un des deux prêtres ordonnés le 6 janvier 1991, le Père Phithak Srilakhot, va faire un essai en milieu Hmong, comme socius du Père Montree, chargé de cette ethnie depuis le décès de Jean Mottin. En 1992, Joseph Quintard espère obtenir une partie des nouveaux ordonnés, pour la mission karen, renfort qu’il réclame depuis des lustres.

B - LE MILIEU ET L’APOSTOLAT

1. LES DIVERSES ETHNIES

Un groupe assez important de Yao, Mousseu et Hmong, s’est installé à Khlong Lan, à la limite d’un parc réservé situé à une centaine de km de Nakhon Sawan. Ces personnes déplacées ont d’abord planté leurs huttes à l’intérieur de la forêt réservée, avant d’être invitées à aller voir ailleurs. Le diocèse a acquis un morceau de terrain pour les aider à s’installer un peu mieux. Le Père Samran est chargé de ce groupe assez disparate, aidé au début par le Père Grange. Le Père Samran est provisoirement absent du poste ; il est en train d’apprendre une des langues (Yao-mousseu) dans le secteur de Chiang Rai ; c’est le Père Prasert, curé de Tak, qui assure l’intérim.
Un autre groupe, composé en majorité de Akka, à 48 km au sud de Maesod, n’a plus de pasteur ; le Père Prachuabchok les a quittés pour redevenir curé de Nakhon Sawan. Le Père Manat assure l’intérim depuis Maesod.
Les Hmongs, dont le principal groupe réside à Kek Noi (Lomsak), ont actuellement deux pasteurs à leur service ; le jeune Père Phithak est venu faire équipe avec le Père Montree. Cet embryon d’équipe redonnera-t-il vie à la mission en milieu Hmong, qui semble tourner en rond depuis le décès de Jean Mottin ?
Par contre, la mission karen n’a pas ralenti son rythme. Joseph Quintard et Gabriel Tygréat continuent à être les entraîneurs. Le Père Manat, toujours au centre de Maesod, s’occupe provisoirement d’un groupe Akka, tout en acceptant une foule d’activités au niveau diocésain. Le Père Décha a dû prendre la responsabilité de l’immense territoire de Poupai et autres lieux, évangélisés par Joseph Guillou, parti, hélas ! beaucoup trop tôt. Le Père Décha a le mérite de tenir le coup, même s’il n’a pas encore le charisme missionnaire de son prédécesseur. Un ou deux compagnons seraient les bienvenus, avant qu’il ne soit trop tard.

2. SECTEUR KAREN DE MAESOD

Les rapports suivants, rédigés par Joseph Quintard et Gabriel Tygréat, donnent une idée de l’apostolat en milieu karen.

Joseph QUJNTARD

« En 1986, l’équipe de prêtres de la mission karen dans la région de Maesod avait trois prêtres thaïs et trois prêtres des Missions Étrangères. Le Père Manat dirige, transforme, embellit le Centre de Maesod depuis bientôt 9 ans. Le Père Prachuabchok se sent sans travail au milieu des Akka du kilomètre 48. Gabriel Tygréat est heureux au milieu des enfants à Chongkhep. Joseph Guillou sillonne jour et nuit son secteur de Poupae. Joseph Quintard fait de même dans le secteur nord de Mae Tevo. Le dernier arrivé, le Père Décha, fait l’apprentissage des us et coutumes karens. Les événements qui sont survenus ont un peu modifié cette vue de la situation.
Le premier événement qui a marqué profondément l’équipe est la mort rapide et imprévisible de Joseph Guillou. Sa vie, surtout les derniers moments, ont été décrits longuement dans les “Échos”. Son départ a provoqué un profond désarroi chez les chrétiens, certains n’en sont pas encore remis aujourd’hui.
Le Père Décha, arrivé depuis un an à la mort de “Jos”, se trouve obligé de lui succéder. Cette prise de responsabilité rapide de l’Église en formation de Poupae a créé deux crises graves. Les diverses communautés catholiques ont eu du mal à accepter le nouveau pasteur, si différend de l’ancien. Le Père Décha lui-même, inexpérimenté dans la pastorale de l’Église en “périphérie”, est passé par plusieurs phases de découragement. Pourtant, il ne s’est pas trouvé seul. J’ai accepté de faire un intérim de trois mois pour clarifier la situation du secteur, et les Missions Étrangères l’ont parrainé jusqu’à présent afin que les soucis financiers ne le préoccupent pas trop.
Je reviens maintenant dans le secteur de Mae Tevo. Je suis le vétéran de la région de Maesod, j’y suis depuis 1963. Je suis le prêtre le plus éloigné de l’évêque, 470 km nous séparent. Je suis le seul prêtre du diocèse à m’éclairer encore avec une lanterne, l’électricité n’est pas encore arrivée dans le village. Je vais d’une communauté chrétienne à une autre, vagabond permanent, au grand désespoir de ceux qui veulent me rencontrer.
Durant cette période les conversions n’ont pas été très nombreuses : sept ou huit familles chaque année.
Je crois que je peux résumer les trois années écoulées sous le titre : “Développement matériel”. En 1987, l’église Sainte-Croix a été construite à Maepo, et l’église Saint-Paul Miki à Maesapao. En 1989, l’église Mère de la Paix a été construite à Maevé. En 1990, l’église Saint-Joseph a été construite à Poblaki. Désormais la présence eucharistique est assurée dans ces églises.
Sur le plan du développement rural, grâce à l’aide de l’Association “Pain contre la faim”, un dispensaire a été construit à Maesapao, secteur qui n’avait pas été touché jusqu’à présent par les services officiels de la Santé. Le dispensaire a été offert au gouvernement qui, désormais, gère le marché de ce centre médical. Au début de 1990, le Conseil régional de Loire-Atlantique a parrainé l’adduction d’eau potable aux villages de Poblaki et Saddokata, pour la plus grande joie des écoliers et des habitants. “J’avais peur de mourir avant d’avoir bu de l’eau du robinet”, a dit un grand-père. Il a été le premier à se doucher sous le robinet. En 1988, les Missions Étrangères ont financé l’ouverture d’une route jusqu’au village de Maesapao. Trois mois de travail à la pioche ont permis de désenclaver le village ; la route a 8 kilomètres.
Le Bureau social catholique pour les minorités a commencé un programme de transformation des cultures pour la communauté chrétienne de Maesapao. Le programme a pour but de faire passer les agriculteurs de la culture sur brûlis à la culture des rizières en terrasse. Le projet s’étale sur trois ans : 1990-1993. La première année, chaque famille (17 en tout) a choisi un terrain dans les environs du village. Elles ont été divisées en groupes de 5 ou 6 familles, qui doivent travailler ensemble toute l’année. Toutes ces familles n’ont pas assez de riz pour joindre les deux bouts ; afin que le projet n’en pâtisse pas, on leur donne le riz chaque mois. La première année écoulée, chaque famille calcule les fruits de sa récolte, et ce qui lui manque pour faire la soudure. Durant la deuxième année, le projet fournira aux familles la différence, afin que chacun puisse travailler à agrandir sa rizière. La troisième année, le projet financera le creusement d’un canal qui irriguera toutes ces rizières. Les responsables locaux de l’agriculture regardent ce projet avec intérêt.
Une autre nouveauté dans la pastorale en milieu karen de Maesod, c’est la part prise par les Sœurs de St-Paul de Chartres à l’éducation des Karens. Jusqu’en 1989 elles ne s’occupaient que de l’éducation au Centre de Maesod. Elles sont désormais 5 religieuses thaïs : deux continuent à assurer la bonne marche de l’école du centre ; une autre enseigne les enfants des employés d’une usine de conserves. Le propriétaire est catholique, tous les ouvriers sont des étrangers — karens de Birmanie — qui n’ont aucun papier. Deux autres Sœurs animent les écoles de la montagne dans les secteurs de Chongkhep, Poupae et Mae Tevo.
Enfin, après ce survol rapide, je me permets de dire quelques mots de mon travail pastoral “extra muros”. Il s’agit de la pastorale chez les catholiques karens venus de l’intérieur de la Birmanie (Myanmar), et qui vivent dans des villages-camps en Thaïlande, dans la région de Maesod, ou bien dans des nouveaux villages sur la frontière, du côté birman, et sous la protection de l’Armée karen de Libération. Comme l’Église de Birmanie n’a pas une totale liberté de circulation pour organiser la pastorale, elle a difficilement accès à ces “zones sensibles”, je fis donc du remplacement. Depuis 1988, la pastorale est organisée chez les réfugiés et les villages frontaliers. Les Missions Étrangères ont eu la gentillesse de parrainer le lancement de cette pastorale en finançant le travail d’un catéchiste à plein temps. Le catéchiste — Tamlatoo, c’est son nom — s’est fait “réfugié” et “rebelle”, aux yeux du gouvernement birman, pour le Royaume de Dieu. La présence de l’Église catholique aux côtés de ceux qui souffrent, et sont persécutés parce qu’ils s’appellent Karens, a été signifiée et matérialisée par la construction de trois chapelles : l’église de la Rédemption à Tiséki ; l’église de la Résurrection à Métemita et l’église de la Sainte-Famille dans le camp des réfugiés de Baunau.
En 1989, les services de la Sécurité nationale envoyaient une circulaire à l’épiscopat catholique pour lui demander de retirer tous les missionnaires des frontières, et de les remplacer par du personnel thaï. Cette circulaire nous a donné quelques frissons ; nous sommes en 1991, et nous sommes toujours sur place.
Rendons grâces à Dieu. On nous reproche, dit-on, à Gabriel et à moi, de ne pas respecter la loi thaï ! »

Gabriel TYGRÉAT

Gabriel Tygréat, malgré une santé un peu ébranlée, tient le coup. Il a misé sur les jeunes et attend avec impatience l’arrivée au sacerdoce du premier prêtre Karen du diocèse, actuellement en quatrième année de grand séminaire.
« Lors de mon dernier rapport pour l’AG, trois MEP étaient encore au travail chez les Karens du diocèse de Nakhon Sawan. Après le décès du Père Joseph Guillou, remplacé par un Père thaï, il ne reste plus que 2 missionnaires, qui ne sont plus, hélas ! de la première jeunesse, même s’ils gardent l’ardeur missionnaire de leurs premières années. Au fond, ils sont à l’image de la Société : partout où elle travaille, l’âge augmente, les rangs s’éclaircissent et les partants ne sont pas remplacés.
Pourtant le travail ne diminue pas, bien au contraire. Dans les premiers temps — on en était encore aux débuts de la mission chez les Karens du diocèse —, les chrétiens se comptaient presque sur les doigts de la main. Aujourd’hui les chapelles ne se comptent plus, dans les villages, sur les doigts des deux mains, loin s’en faut. Au départ, on se demandait que faire, on visitait les villages karens où il n’y avait pas un chrétien et on essayait de rendre service. Aujourd’hui encore, les deux mains ne suffisent pas pour dénombrer nos petites écoles de village.
Au début de l’année, un camp a été organisé pour les enfants des petits villages isolés qui fréquentent nos écoles. Le but de ce camp était de faire se connaître les enfants du secteur, qui sont isolés les uns des autres. Certains de ces enfants n’étaient encore jamais montés dans une voiture et beaucoup n’avaient encore jamais vu la télévision. C’est l’occasion de leur donner une formation chrétienne et, en même temps, le moyen de développer chez eux le sens du service et de l’entraide. À cette réunion, plus de 250 enfants venant de nos petites écoles de campagne se sont retrouvés durant 4 jours, mais beaucoup n’ont pu venir à cette rencontre. Ils venaient des villages où il n’y a pas encore d’école gouvernementale.
Dans mon secteur plus de 350 élèves fréquentent les différentes écoles de village. Au centre même de Chongkhep, où je vis, et où je passe la plus grande partie de mon temps, il y a environ 150 pensionnaires, dont une bonne moitié d’orphelins — de père, de mère, ou des deux parents à la fois. Mon but est de donner une bonne formation de base aux Karens, qui sont facilement fatalistes et pessimistes. Cela vient sans doute de ce qu’ils ont subi des revers tout au long de leur histoire, ayant dû fuir devant les autres peuples. Le défaut d’éducation ne fait qu’accentuer ce manque de confiance en eux-mêmes et leur complexe d’infériorité. J’essaie de faire en sorte qu’ils obtiennent de bons résultats, du point de vue scolaire autant que sportif. Ainsi, cette année, ont-ils été les premiers de la préfecture pour les résultats sportifs, et les premiers de la sous-préfecture pour ce qui est des résultats scolaires. Cela leur donne un esprit compétitif et d’émulation, ce qui n’est certes pas un défaut pour une race qui souvent s’est vu brimée et sentie inférieure.
L’éducation des jeunes occupe la majeure partie de mon temps. Si les jeunes écoliers augmentent souvent plus vite que je ne le voudrais, les grands étudiants progressent aussi. Il y en a maintenant plusieurs qui poursuivent des études secondaires et supérieures en ville. Trois jeunes gens du secteur sont au séminaire, dont le plus âgé est en troisième année de grand séminaire. S’ils persévèrent, l’apostolat chez les Karens sera bientôt assuré par les Karens eux-mêmes — la formation du clergé local est l’un des objectifs principaux de la Société — ; c’est avec impatience qu’on attend qu’ils prennent la relève.
Ainsi, comme je l’évoquais plus haut, arrivant jeunes et pleins d’ardeur chez les Karens, où tout était encore à faire, on ne savait pas trop comment s’y prendre ni par où commencer l’apostolat. Plus on vieillit, plus le travail augmente.., il n’est pas question de retraite anticipée !
Durant ces trois dernières années, trois chapelles de village ont été construites dans mon secteur. Cette année, ou dans un proche avenir, il faudra probablement construire deux autres lieux de culte dans deux autres villages. À partir de 10 familles chrétiennes ou en catéchuménat dans un village, je pense qu’il est utile, et même nécessaire, de construire un centre de culte. En définitive, la décision de construire une chapelle ne dépend donc pas de moi, mais du Saint-Esprit ; je n’ai plus qu’à m’exécuter. »

3. MILIEU THAÏ, THAÏ-LAO

Les autres confrères travaillent en milieu thaï ou thaï-lao.

Étienne GRANGE

Étienne Grange, toujours prêtre paysan à Kamphaengphet, va se lancer dans la construction d’une chapelle.
« Dans les environs :
1. Pendant 13 mois j’ai assuré le service religieux et un peu socio-caritatif de deux groupes de montagnards à 6 km à l’ouest de Kamphaengphet. Un prêtre thaï est venu depuis prendre la relève.
2. Pendant 15 mois j’ai essayé une implantation dans la sous-préfecture la plus proche (25 km au nord-est de Kamphaengphet), sans résultat apparent ; je continue le contact par le truchement du lait frais, passe-partout...
À Kamphaengphet même, où la communauté catholique ne progresse guère, alors que les “dénominations” protestantes, ou groupes évangéliques, y sont nombreux, le lait des ruminants est mieux accepté que celui de la doctrine, bien que l’attitude des gens à mon égard évolue en bien, il me semble.
La construction d’une petite église donnera-t-elle le coup de pouce ? »

Pierre LABORIE

Pierre Laborie, à Pichit, ressent un net ralentissement de l’apostolat dans la région.
« Mon secteur se divise en deux parties :
1. La province de Pichit.
Les chrétiens, au nombre de 76 (population de la province : 560 000 habitants) sont très éparpillés. Je n’ai que trois familles chrétiennes à Pichit même. Les autres sont dispersées dans les huit sous-préfectures du département, à raison de 1 ou 2, parfois 3 familles par sous-préfecture. Il est très difficile de maintenir la vie chrétienne de ces familles, surtout pour les enfants.
2. La sous-préfecture de Lan Krabu.
Il y a un groupe de nouveaux chrétiens dans le village de Kao Chareun Phorn. Ceux-ci, au nombre de 87, sont presque tous groupés dans le même village. Une petite chapelle dédiée à St-Marc y a été construite il y a quelques années. J’y vais tous les samedis pour l’enseignement du catéchisme et les offices. Jusqu’ici, j’avais chaque année huit ou dix baptêmes d’adultes. Il semble actuellement que le mouvement s’arrête un peu. Chaque année, nous avons dans ce centre une session de catéchisme de 15 jours, avec de grands séminaristes et des laïcs chrétiens pour encadrer les enfants.
Ce village est essentiellement agricole ; cette année, la récolte de riz est très mauvaise, beaucoup d’adultes sont obligés d’aller travailler à Bangkok, ce qui perturbe un peu la vie chrétienne de notre groupe. »

Michel COUTAND

Michel Coutand, depuis le décès de Mgr Langer, cumule la double charge des postes de Lopburi et Saraburi.

LOPBURI

« Il y a déjà trois ans que j’ai quitté Takli pour Lopburi, à 80 km plus au sud, ou à 150 km au nord de Bangkok, dans la plaine centrale. J’y ai retrouvé la même situation, c’est-à-dire à peine 200 chrétiens dispersés sur plusieurs dizaines de km.
Petite communauté qui essaye quand même de vivre et de témoigner du message chrétien dans ce milieu bouddhiste : déjà bien restreinte, elle risque de diminuer plutôt que d’augmenter, dans un avenir proche. Les agriculteurs trouvent de plus en plus de difficultés pour survivre, les jeunes couples émigrent et se reclassent ailleurs. Les grands-parents, restés au village, survivent en élevant leurs petits-enfants. Il semble donc que dans 10 ou 20 ans au plus tard, il n’y aura plus aucune famille chrétienne dans ce village. Même dans les petites villes de province, beaucoup de jeunes, après leurs études, partent, car il n’y a pas de travail sur place.
Marchant sur les traces de mon prédécesseur, je continue à enseigner le français au lycée de la ville (3 000 élèves pour les 3 dernières années de secondaire). C’est le lycée qui nous demande, c’est donc un service à leur rendre, et en même temps un moyen de contact avec le milieu professoral, les jeunes et indirectement avec des familles.
Présence dans un milieu bouddhiste depuis plus de 300 ans, mais qui reste sans réaction apparente. Cependant notre foi nous dit que l’Esprit travaille dans le silence, que le temps ne compte pas... »

SARABURI

« Après la mort de Mgr Langer, à Pâques 1990, l’évêque n’avait pas de prêtre disponible pour le remplacer à Saraburi, ville située à 50 km au sud de Lopburi. Il m’a demandé, étant le plus près, d’assurer l’intérim.
On retrouve à Saraburi le même problème que dans les autres petites communautés, avec des chrétiens peu nombreux et dispersés. Cependant, une particularité est à signaler, qui peut avoir un impact sur l’avenir de cette communauté. Un petit village, à 10 km, Kaengkoi, s’industrialise à la vitesse Match 2. De nombreuses usines fonctionnent déjà et d’autres se construisent. Parmi la main-d’œuvre nécessaire, il y a des chrétiens qui viennent surtout du nord-est de la Thaïlande, mais qui ne se font pas connaître, du moins au départ. La communauté de Saraburi aura pour tâche d’aller à leur rencontre, des familles se fixeront sur place, et un sang nouveau devrait apporter un rayonnement plus grand de cette communauté. »

Robert BILLOT

Quant à Robert Billot, il est redevenu curé de paroisse traditionnelle à Santisuk, province de Petchaboon.
« En mai 1988, après 18 ans de présence à Lopburi — Michel Coutand en est le curé actuel — je me retrouve subitement curé de paroisse rurale ; il s’agit de redonner vie à une communauté mourante... pour différentes raisons. Santisuk, où avaient travaillé pendant de longues années les Pères Verdière, Larqué et Gauchet, est situé à 300 km au nord-nord-est de Bangkok ; c’est le seul village chrétien dans la sous-préfecture de Vichianburi. Il y a une trentaine d’années, quelques familles catholiques de la paroisse de Song Ye (diocèse d’Ubon), ont émigré et ont fondé, avec beaucoup de courage et de ténacité, ce nouveau village, agricole à 100 %, catholique à 99 %. Malgré les problèmes posés par une communauté divisée, j’ai essayé, dès le début, de faire prendre conscience de la situation missionnaire de cette communauté catholique : “En fondant le village de Santisuk (Village de la Paix), vous avez apporté le Christ, vous êtes l’Église locale visible et vivante. “Les résultats ne sont pas encore très perceptibles, mais ça vient... La petite école paroissiale, assez cotée (500 élèves dont 130 catholiques), est un moyen d’apostolat non négligeable, en raison des nombreux contacts avec les parents d’élèves, dont un bon nombre viennent de la ville voisine. On arrive ainsi à dépasser la tentation de repli sur soi, de ghetto, attitude presque naturelle dans une communauté minoritaire, qui n’a pas encore pignon sur rue. En outre, dès le début, une cinquantaine de jeunes (15-23 ans) acceptent de former un groupe sympathique et dynamique ; ils sont pour beaucoup dans la réanimation de la paroisse, fortement encouragés et appuyés par ma catéchiste, aussi compétente que dévouée. Les différents mouvements d’action catholique existent, mais l’ “esprit” n’y est plus guère ; les professeurs catholiques de l’école ont, eux aussi, besoin de se ressourcer.
Communauté en crise, mais encore bien vivante ; à preuve, le 6 janvier 1991, ordination du premier prêtre de la paroisse et, chaque année, quelques garçons et quelques filles se dirigent vers le séminaire, et vers les différentes communautés religieuses établies dans le pays. L’Esprit travaille.
En bref, paroisse traditionnelle, qui manque encore d’envergure, tout en ayant beaucoup d’éléments positifs, en particulier le groupe de jeunes qui attire régulièrement de nouveaux membres. Santisuk devrait devenir une des communautés catholiques importantes (numériquement, elles sont encore très peu nombreuses en milieu thaï: il n’y a que 5 vraies paroisses seulement), à condition qu’on arrive à dépasser un certain cléricalisme, qu’on fasse vraiment confiance aux laïcs, et que ces derniers acceptent d’envisager franchement les points faibles de leur communauté : tendance à trop apprécier l’alcool, cause de nombreuses difficultés ; individualisme, pour ne pas dire égoïsme de certaines familles influentes ; souci du bien commun encore assez peu développé. Enfin, comment faire pour que les jeunes puissent rester au village, alors que les rizières ne suffisent plus à nourrir une population croissante ? La plupart des garçons n’ont pas envie d’émigrer vers la ville ; mais ils le font par obligation, en espérant pouvoir revenir vivre au village ; certaines filles semblent avoir un point de vue un peu différent. Bientôt, Santisuk aura un pasteur du cru, et j’irai essayer de
“missionner” ailleurs. »

Les anciens en retraite

À moins de mourir jeune, il faut bien envisager l’éventualité de la retraite.., sur place ou ailleurs. Dans le groupe, 3 Pères sont dégagés de tout ministère. Le Père Meunier, 60 ans de sacerdoce en 1991, a, en principe, une chambre à la procure de Nakhon Sawan, mais réside en fait dans la maison régionale de Bangkok. Quant aux Pères Antoine Deschamps et Isidore Garrel, ils partagent une maison construite sur le terrain de la paroisse de Saraburi ; les trois confrères semblent satisfaits de leur sort ; toutefois, dans la mesure du possible, de petits bungalows individuels — comme celui du Père Nicolas à Khorat —, semblent préférables à une maison commune ; presque tous les MEP, en effet, ont passé leur vie missionnaire dispersés dans des postes où ils ont vécu seuls. Est-il humainement possible et souhaitable, à 70 ans ou plus, de reprendre une vie communautaire ?

4. INSTITUTS RELIGIEUX DANS LE DIOCÈSE

Nakhon Sawan n’a pas de congrégations religieuses diocésaines, mais quelques religieuses du Sacré-Cœur de Klongtoei, de Saint-Paul de Chartres et des Filles de la Croix de Chantaburi, sont présentes, soit dans leurs propres écoles, soit dans les paroisses. Joseph Quintard a noté dans son rapport que, pour la première fois, des religieuses de Saint-Paul de Chartres sont détachées de l’enseignement, et quittent l’école pour le travail missionnaire en milieu karen. Les Frères de la Salle continuent à diriger leur grande école de Nakhon Sawan. On peut regretter que, dans l’ensemble, ces religieux et religieuses ne participent pas assez à la vie pastorale du diocèse. Peut-être oublie-t-on de le leur demander ? Les sessions de catéchisme organisées au cours des grandes vacances, pour les enfants irrégulièrement catéchisés pendant l’année scolaire, étaient autrefois animées par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Ce sont maintenant les grands séminaristes qui en sont chargés ; ce n’est pas forcément un progrès.

5. LES LAÏCS

« Là où il n ‘y a pas de religieuses, il a bien fallu compenser ce manque par d’autres personnes. » Noté en 1986, ceci reste vrai aujourd’hui, et la plupart de ces aides dévouées sont fidèles au poste.
Les catéchistes, soit professionnels en milieu montagnard, soit bénévoles ailleurs, continuent d’être des éléments moteurs de la mission. Des sessions, régulièrement organisées par l’équipe de catéchèse du diocèse, contribuent à la formation permanente de ces catéchistes. À noter aussi qu’une bonne partie des professeurs catholiques des écoles paroissiales acceptent, assez facilement, des responsabilités extrascolaires. On les retrouve dans la plupart des mouvements d’action catholique et dans les équipes liturgiques ; on se demande parfois s’ils ne sont pas trop sollicités, d’autant plus que la plupart d’entre sont mariés et chargés de famille. Grâce aux nombreuses sessions et retraites auxquelles ils participent, certains finissent par avoir une foi profonde qui les pousse à s’engager plus sérieusement encore dans l’apostolat.

6. QUELQUES PROBLÈMES D’ÉGLISE

Après avoir parcouru ce rapport, le lecteur a sans doute l’image d’un diocèse bizarre, avec d’apparentes contradictions : milieu montagnard, où la mission marche tambour battant et où le besoin de renfort missionnaire se fait urgent ; quelques paroisses organisées, avec une pastorale assez classique ; enfin, de nombreux postes disséminés un peu partout, composés de quelques familles nouvellement baptisées, ou venues d’ailleurs. Le court rapport de Pierre Laborie fait sentir la situation encore précaire de ces petits groupes dispersés : « Difficile de maintenir la vie chrétienne de ces groupes, leur formation profonde, surtout pour les enfants... Beaucoup d’adultes sont obligés d’aller travailler ailleurs, à Bangkok surtout, ce qui perturbe la vie chrétienne du groupe... » Plusieurs de ces petites communautés, en effet, sont en crise de croissance. Perdus dans l’immense foule bouddhiste, les chrétiens ne sont pas assez nombreux pour faire poids. De plus, l’inculturation est encore à peu près inexistante dans le pays : cela fait qu’ils vont facilement à la pagode en sortant de l’église ; on peut difficilement le leur reprocher : la pagode voisine fait partie de leur vie culturelle et sociale, alors que le catholicisme reste très romain. Que faire, par exemple, quand le Nouvel an thaï, très fêté à la campagne, tombe en pleine semaine sainte ? Il fut un temps où certains évêques osaient avancer les célébrations pascales d’une semaine. Il semble que ce temps soit révolu ! En outre, contrairement à ce qui a été fait au Cambodge — d’après le livre du P. Ponchaud —, l’adaptation et la révision du vocabulaire religieux ne semblent pas être un souci majeur de notre Église.
Dans le groupe, on en arrive aussi à se demander si, après l’A.G. de 1968, nous n’avons pas fait fausse route, en voulant appliquer, avec beaucoup de bonne volonté, et à l’unanimité du presbyterium, les orientations de l’A.G. : pas de grandes réalisations trop voyantes, présence discrète en milieu non chrétien, ouverture de centres dans les villes, pas de nouvelles écoles catholiques... On s’y est sans doute mal pris ; on a peut-être manqué d’imagination et d’audace, et certainement de sainteté (« le vrai missionnaire, c’est le saint », disait Jean-Paul II). Les résultats, après 25 ans, ne sont guère probants Le chergé thaï, non sans raisons, à tendance à nous le reprocher ; il est en effet difficile à un jeune prêtre thaï, et même à un moins jeune, de vivre son sacerdoce sans communauté étoffée ; il y a beaucoup de prêtres, mais trop peu encore pour la « mission ». Un grand espoir est né avec la fondation des MET. De fait, ça bouge, et l’encyclique « Redemptoris Missio » va peut-être faire l’effet d’un coup de bâton dans une fourmilière.
Malgré toutes les difficultés automatiquement liées à la mission, et les nombreuses faiblesses du personnel missionnaire, les 25 ans d’âge du diocèse sont prégnants ; les chiffres le prouvent :
1967 : Aucun prêtre thaï dans le diocèse ;
1975 : Ordination du premier prêtre thaï originaire de Nakhon Sawan ;
1985 : 2e prêtre du diocèse ;
1991 : Deux nouvelles ordinations ;
1992 : Quatre nouveaux prêtres en perspective.
Mgr Langer a semé, Mgr Banchong récolte déjà. Dans quelques années, si Dieu le veut, ordination du premier prêtre karen du diocèse. La mentalité d’un certain nombre de grands séminaristes évolue vers la mission. Ils n’envisagent plus seulement de devenir animateurs de paroisses bien organisées, ou directeurs de grandes écoles. Il est possible que le retour de Jean Dantonel au grand séminaire y soit pour quelque chose. L’appel, lancé à toutes les paroisses, pour inviter ceux qui le désirent à faire partie des MET, devrait réveiller les bonnes volontés. Programme ambitieux et nouveau : même les laïcs sont concernés.
C’est vrai, l’Église de Thaïlande, à Bangkok surtout, apparaît encore très cléricale, bourgeoise et satisfaite d’elle-même. Mais que de signes, porteurs d’espérance évangélique, pour qui se donne la peine d’essayer de les découvrir !


C – GROUPE MISSIONNAIRE D’UBON

I. LE DIOCÈSE D’UBON EN CHIFFRES


Superficie totale — 53 917 km2, comprenant les six départements — ou provinces —d’Ubon Ratchathani, Sisaket, Surin, Maha Sarakham, Roi-Et et Yasothorn.
Population totale — au 31.12.1989 : 6 967 970 habitants. Quatre de ces six départements ont une population de plus d’1 million d’habitants.
Catholiques — au 31.12.1990 : 20 649 baptisés et 151 catéchumènes, très inégalement répartis : plus de la moitié se trouve dans le département d’Ubon, tandis que les départements de Maha Sarakham et de Surin n’en comptent que quelques dizaines.
Clergé incardiné au diocèse d’Ubon — prêtres thaïs : 20 ; MEP : 18 ; total : 38.
Religieux et religieuses
— Frères de Saint-Gabriel : 3
— Servantes de Marie : 120 dont plusieurs travaillent aussi aux diocèses de Nakhon Sawan et de Khorat.
— Sœurs de Saint-Joseph : 6, avec leur école « Yaovaret Suksa » à Ubon.
— Franciscaines missionnaires de l’Immaculée Conception (Philippines) : 4 à Nong Din Dam et Nam Yeun.
— Sœurs de Nevers : 4 à Surin, dont 3 Japonaises.
Catéchistes — 185
Vocations (à la rentrée de mai 1991)
— grand séminaire : 15
— séminaire intermédiaire de Khorat : 3
— petit séminaire d’Ubon : 53
En outre, une cinquantaine de garçons et une centaine de filles se préparent à la vie religieuse dans différents instituts ou congrégations.
Enseignement catholique
— écoles diocésaines : 7 garderies, 3 écoles ou sections maternelles, 6 écoles ou sections primaires totalisent 3 202 élèves dont 1 662 catholiques.
— écoles de congrégations religieuses : 4 garderies, 3 écoles ou sections maternelles, 5 écoles ou sections primaires et 3 sections secondaires totalisent 5 500 élèves dont 574 catholiques.
Soit, pour l’ensemble des écoles catholiques, un total général de 8 702 élèves dont à peu près le quart (2 236) de catholiques, avec 386 professeurs dont 188 catholiques.
Catéchisme — Selon les rapports pastoraux de 1990, 2 063 enfants suivent les cours de catéchisme à l’école, et 1 167 autres les suivent hors de l’école, principalement dans les villages où il n’y a pas d’école catholique.



II. LE CONTEXTE SOCIO-ÉCONOMIQUE


Notre diocèse d’Ubon Ratchathani ne peut échapper totalement aux problèmes particuliers de cette région qu’est le Nord-Est de la Thaïlande, car il s’étale sur 6 des 17 départements qui constituent le Phak Isan.
Problèmes des catastrophes naturelles, que sont la sécheresse et les inondations : deux calamités qui semblent aller de pair, et que la déforestation à outrance de ces 30 dernières années n’a fait qu’aggraver.
Problème de la pauvreté, dont les causes sont multiples : la sécheresse ; les intermédiaires et les marchands dont les paysans sont les victimes toutes désignées ; le manque de connaissance des lois de la production et de l’économie de marché : l’offre et la demande, la concurrence, la compétitivité des produits ; le manque des moyens de production : engrais, plants à meilleur rendement, animaux d’élevage, mécanisation du travail ; l’endettement vis-à-vis des banques ou des particuliers — dont les taux usuraires de 20 % par mois ne sont pas rares — ou encore des coopératives quand les emprunts ne sont pas remboursés à temps.
Problème du chômage, dû surtout au manque de travail sur place et de métiers d’appoint : chômage saisonnier des paysans et chômage des diplômés en fin d’études ; d’où une migration très forte vers les villes, ou la recherche d’un travail à l’étranger, avec les dangers des ‘ vrais-faux ’ passeports, l’immigration illégale, l’endettement auprès des agences, et le risque de rentrer plus pauvre qu’au départ, sans parler des guerres comme celle du Golfe, où beaucoup ont perdu et leur travail et leurs économies.
Cette migration vers les villes entraîne aussi bien d’autres problèmes : le travail des enfants, et donc leur absence de l’école, la prostitution, l’exploitation des travailleurs et l’insécurité de l’emploi, l’aliénation des travailleurs les uns par rapport aux autres, et leur incapacité à s’unir pour soutenir leurs revendications, sans parler des retombées familiales : séparations, adultères, cohabitations, etc.
Problème aussi du jeu et de l’alcool, et même de la drogue, avec leurs corollaires de banditisme et de vol.
Problème encore de la corruption à tous les niveaux, et surtout parmi les fonctionnaires, dont la plupart n’ont en vue que leur avancement et la sécurité de leur carrière, et les politiciens, plus soucieux de leur propre intérêt ou de celui du parti, au mépris de la morale et du droit des gens.
Problèmes enfin causés par le développement : à chaque échelon, un certain pourcentage est encaissé par les gens en place sur les budgets alloués pour les projets de développement, de promotion du tourisme, sans parler de leur cortège d’expropriations, de confiscations des terres, de transferts de populations, et donc de démonstrations et d’affrontements des villageois avec les fonctionnaires et même les policiers : à Vapi Pathum, à propos des salines et de la pollution de la rivière Siao ; à Phibun à propos du nouveau barrage sur la Moun ; et un peu partout, à propos des plantations économiques d’eucalyptus.


III. RÉPONSE CHRÉTIENNE ;
PASTORALE D’ENSEMBLE


Ce contexte socio-économique n’est pas sans poser de questions à la communauté chrétienne, composée en grosse majorité de petits paysans, fermiers, maraîchers ou pêcheurs.
Quelle réponse leur apporte-t-elle ?
Dès son arrivée en 1976, Mgr Bunluen Mansap, notre évêque, avait décidé, comme priorité de son action pastorale, de promouvoir une foi adulte chez les chrétiens du diocèse. 15 ans après, cette ligne d’action n’a pas été démentie, et c’est elle qui continue d’être le moteur du travail pastoral. Toute maturation requiert un certain temps. Il ne faut donc pas s’étonner si tout n’est pas encore parfait.
C’est dans cette optique qu’il faut voir le pourquoi de toutes ces réunions, sessions et autres séminaires, à tous les niveaux. Travail de réflexion, de conscientisation, de formation. On ne sera pas surpris de voir que souvent l’étude de ces problèmes sociaux ou socio-économiques se fait en collaboration avec les bouddhistes au milieu desquels nous vivons ; et de même, c’est avec eux aussi qu’il faut trouver les solutions, et finalement passer à l’action.
Cette approche est très nette dans le travail que fait le Centre diocésain d’Action sociale, que ce soit dans la réflexion ou l’action, dans l’élaboration des projets d’autosuffisance, ou la mise en œuvre des décisions, en villages chrétiens comme en communautés bouddhistes. Ici, pas de grosses théories sur le dialogue interreligieux ou interconfessionnel, mais une action commune pour le mieux-être et le mieux-vivre des uns et des autres : projets de développement et prêts aux villageois ou, plus simplement encore, quelques principes d’hygiène de base, et construction de cabinets pour chaque maisonnée. Le développement humain au niveau des pâquerettes !
Développement humain, aussi, que le travail que font les Sœurs de Nevers auprès des enfants des bidonvilles de Surin, en permettant leur scolarité, leur repas de midi, etc. ; ou les Sœurs philippines qui, à Nong Din Dam ou Nam Yeun, s’occupent aussi des mamans et des enfants ; ou tous ceux qui, individuellement et selon leurs moyens, se sont sentis concernés par une meilleure diététique des enfants — comme ce fut le cas longtemps pour le Père Brillant à Ban Uet —, ou qui, avec l’aide d’organismes comme le « Christian Children Fund » (CCF), à Ubon et Ban Lao par exemple, se sont intéressés à la scolarité, aux repas de midi, aux soins médicaux des enfants, etc.
Le temps n’est plus, donc, où l’on séparait — quand encore on ne les opposait pas — développement et pastorale. Ces dernières années, on a voulu mettre l’accent sur la « Pastorale d’ensemble ». Tous les ans se tient une réunion des divers organismes et mouvements du diocèse, pour essayer de mettre en application les motions ou suggestions présentées par le Conseil pastoral diocésain, et faire le point sur les activités passées : pastorale des jeunes, par exemple, ou, cette année, promotion des leaders. Dans la pratique, c’est parfois difficile, et pourtant, c’est bien ce que chaque organisme essaie de faire.
Au niveau des familles, le Centre diocésain pour la Promotion de la vie de famille, animé par le Père Bernard Guillemin, continue son travail de conscientisation par ses sessions de formation et de réflexion, tant pour les couples mariés que pour les fiancés et pour les enfants adolescents des couples touchés par les activités du Centre. Plus de huit cents couples ont participé à ces sessions, dans les trois zones pastorales du diocèse.
Pour les jeunes gens, tout un réseau de relations se met en place : mais c’est un point qui nous semble des plus difficiles et des plus ingrats. « Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage ! » Les responsables continuent cependant de leur faire prendre conscience des problèmes, et de voir avec eux les moyens de les résoudre ; là aussi beaucoup de réunions : dans les villages pour les groupes de jeunes, au niveau du secteur pour les animateurs, et jusqu’à la participation à des réunions régionales et nationales.
Le Mouvement eucharistique des Jeunes agit de la même façon. Mais peut-être y a-t-il une tendance, dans certains villages, à vouloir que tous les enfants fassent automatiquement partie du mouvement. Au niveau des catéchistes, c’est également toute une formation qu’il faut leur donner, ce à quoi s’efforce de parvenir le Centre diocésain pastoral et catéchétique, pour que leur enseignement ne soit pas totalement coupé de la vie des gens, mais y soit intégré, et soit aussi un moteur de développement humain. Le même effort est entrepris auprès des professeurs catholiques et des étudiants, mais c’est un travail de longue haleine, là encore, et parfois décourageant.
On ne peut terminer ce tour d’horizon sans mentionner l’apparition, ces dernières années, de groupes de « Renouveau » — d’autres diront « charismatiques », mais je ne voudrais rien enlever aux charismes des autres, qui me semblent tout aussi valables aujourd’hui qu’au temps où saint Paul parlait de leur diversité — de groupes de prière, de réflexion biblique... Les Pères Jacquemin, Van Nedervelde et Tenaud ont été pionniers du mouvement : ils continuent de se donner à ces groupes dont le nombre augmente petit à petit.
De toutes ces réunions, aussi diverses que nombreuses, on attend beaucoup, trop peut-être même parfois ; on voudrait pouvoir susciter des leaders, même si on ne voit pas toujours comment s’y prendre et si, de temps à autre, il y a des divergences entre partisans du nombre et partisans de la qualité. Et, plus encore peut-être, on voudrait pouvoir atteindre le but que s’est fixé notre évêque : faire que les uns et les autres soient plus adultes dans leur foi, et que la religion et la prière passent davantage dans la vie.
Tout n’a certainement pas été dit. Mais comme le notait Mgr Bunluen, lors de l’un de ses passages à Hongkong, en novembre 1990 : « Nous ne sommes qu’une toute petite minorité, un tout petit groupe. Comment être en même temps le sel, le levain dans la pâte ? C’est le défi qui nous est lancé ! »


IV. LE GROUPE MISSIONNAIRE MEP


A. SITUATION DU CLERGÉ AU DIOCÈSE D’UBON


Âge en 1991 Moins de 39 ans 40-49 ans 50-59 ans 60 ans et plus Total
Thaïs 14 2 – 4 20
MEP – – 5 13 18
TOTAL 14 2 5 17 38


Ce tableau prend en compte tous les confrères thaïs et MEP du diocèse, quelle que soit leur affectation actuelle, avec leur âge en 1991.
Ce qui frappe tout de suite, c’est justement cette différence d’âge : un clergé thaï jeune — 14 prêtres de moins de 40 ans — et un groupe MEP qui, lui, avance en âge, avec 13 confrères qui ont 60 ans et plus. Une toute petite projection, quand on parle « Évangélisation 2000 », fait apparaître qu’à cette date tous les confrères MEP auront plus de 60 ans, et six seulement moins de 70 ans, et que nos confrères thaïs en seront encore bien loin.
Les confrères MEP, partie prenante du même presbyterium, participent au même apostolat que leurs confrères thaïs. Et on les trouve un peu partout, mais là où ils sont, ils se veulent tous missionnaires, dans les services ou les aumôneries, dans un apostolat relativement classique de curé de paroisse en village chrétien, ou plutôt perdus dans la masse bouddhiste avec de petites communautés pas toujours très porteuses, ou encore plus ou moins retirés et versés dans la « réserve pastorale ».

B. SERVICES ET AUMÔNERIES

Le Père Jean Jacquemin, 69 ans, supérieur régional, réside « au Silom », à Bangkok. Il y est aussi curé de la paroisse francophone. Il anime encore les activités de groupes de prière, genre « charismatiques », tant à Bangkok qu’au diocèse d’Ubon, où il vient participer aux réunions de ces groupes, dont le nombre augmente petit à petit.
Le Père Robert Costet, 63 ans, vicaire général, est aussi aumônier du couvent des Servantes de Marie, à Ubon. Passionné d’histoire, il est également chargé de cours au Centre national catéchétique, où il enseigne l’histoire de la Mission catholique en Thaïlande.
Le Père Jean Droval, 61 ans, continue de veiller à la bonne marche de notre maison d’Ubon, assure la messe le matin au couvent des Sœurs de Saint-Joseph, et est encore appelé à suivre l’évolution de nos grands orphelins, qui voudraient maintenant voler de leurs propres ailes, et parfois à leurs risques et périls.
Le Père Marcel Laouénan, 58 ans, au secrétariat de l’évêché, passe le plus clair de son temps à répondre au courrier, ou à rédiger des rapports, et deux fois par semaine donne des cours sur l’histoire de la Mission aux postulantes et aspirantes des Sœurs de Saint-Joseph.

C. LA DIASPORA

Plusieurs confrères sont affectés à des communautés plus ou moins grandes, et parfois assez éloignées les unes des autres, et s’efforcent de « rassembler les enfants de Dieu dispersés ».
Sur les bords du Mékong, au nord du diocèse et du département d’Ubon, le Père Georges Aballain, 59 ans, est responsable du secteur de Khemarat, Chanuman, Don Yen, Huei Khong, sans compter les unités dispersées dans la nature, pour un nombre total de 314 catholiques.
Juste plus au sud, son voisin, le Père André Van Nédervelde, 67 ans, est chargé des postes de Nong Fan Yeun, Dong Tai et Song Khorn, et de petits groupes dispersés. Il est lui aussi du groupe charismatique. Il a sous sa houlette 381 chrétiens.
Après avoir quitté le poste de Thabthai, dans la banlieue d’Ubon, en 1990, le Père Maurice Brisson, 66 ans, est responsable d’un vaste secteur à l’ouest du diocèse : Surin, d’une part, et Sisaket, d’autre part, avec ses dessertes de Khun Han et Khu Khant, sans parler, là aussi, de quelques unités ici et là. Fin décembre 1989, ce secteur comptait 192 catholiques.
Le Père Bronislas Pasek, 61 ans, outre son travail de « gourou » à l’« ashram » de Bungmai, où il assure des retraites, entre autres à des religieuses et à des séminaristes, est aussi curé de la petite communauté du Kilo 5, sur la route de Det Udom, où il a près de 100 catholiques.
À Varin, le Père Bernard Guillemin, 62 ans, suit ses quelque 205 catholiques dispersés à travers la ville. Il est également directeur du Centre diocésain pour l’animation des différents groupes, sur les trois secteurs pastoraux du diocèse.
Et enfin, le Triangle d’Émeraude, aux confins des trois frontières de la Thaïlande, du Laos et du Cambodge est le fief du Père Yves Le Bézu, 60 ans, avec Nong Din Dam et ses 490 catholiques, plus deux dessertes, à Nam Yeun avec 85 catholiques, et Phalanchai qui en compte 98.

D. LES GROS VILLAGES CATHOLIQUES

Le Père Joseph Trébaol, responsable de groupe, et, à 52 ans, notre benjamin, a quitté la paroisse d’Ubon en 1990 pour prendre celle de Nong Song Yae, au nord du département de Yasothorn : un gros village de 1 573 catholiques, et sa desserte de Nong Kae — 154 catholiques —, et son école de 341 élèves.
Un peu plus au sud, le Père Auguste Tenaud, 53 ans, a succédé au Père Louis Léon à Nong Khu Noi (Ban Lao), où il a trouvé 1 629 catholiques, et s’est presque tout de suite mis à réparer l’école où étudient 312 élèves.
Le Père Louis Léon, 68 ans, s’est trouvé à Nong Tham Noi, dans le département de Sisaket : un village de 1 248 catholiques avec une petite desserte de 30 chrétiens à Ban Sang Lao. Il a lui aussi une école paroissiale de 213 élèves.
Après ses études de Droit canonique à Paris, le Père Georges Mansuy, 57 ans, est rentré en août 1990, et a succédé au Père Tenaud à Bungmai. Il y a trouvé une communauté de 1 231 catholiques, une école de 381 élèves, et une garderie d’une trentaine d’enfants, sans parler du Centre de prière du Père Pasek.
Un peu plus à l’est, le Père Henri Brillant, 67 ans, est arrivé de Ban Uet à Ban Bua Tha : un village de près de 600 catholiques. N’ayant pas de desserte, il peut s’y reposer un peu plus qu’à Ban Uet des effets de son opération de la thyroïde.

E. LES CONFRÈRES RETIRÉS ET LES INTÉRIMS

Trois de nos confrères se sont retirés du service actif, et deux d’entre eux ont été affectés à la « réserve pastorale ».
Mgr Germain Berthold, 68 ans, et le Père Roger Ragazzi, 74 ans, sont ainsi les premiers pensionnaires de notre nouvelle maison, qui a été bénie le 31 janvier 1991, lors de notre retraite commune, tandis que le Père André Franchineau, 68 ans, s’est, lui, retiré à Klang Dong, dans le district de Pakchong, au diocèse de Khorat.
Mais retraite ne veut pas dire inactivité, et l’évêque puise volontiers dans cette réserve. Mgr Germain Berthold est confesseur et directeur de conscience au petit séminaire, où il se rend toutes les semaines, sans parler des cours qu’il a donnés au noviciat. Quant au Père Ragazzi, il est régulièrement appelé à remplacer les confrères pris par des réunions ou des sessions, ou bien partis en congé, et il le fait de bon cœur.

F. QUELQUES ÉVÉNEMENTS MARQUANTS

Deux ou trois événements méritent d’être signalés.
Le premier est la béatification, à Rome, des « Sept Martyrs de Songhkorn », le 22 octobre 1989. Pour nous, ce fut l’occasion d’une recherche du sens de leur témoignage, et aussi d’une réflexion sur leur martyre : 40 ans après leur mort, que veulent nous dire aujourd’hui ces martyrs ? Réflexion au sein du presbyterium, dans les paroisses, et puis pèlerinages — par groupes ou par secteurs — jusqu’aux grandes manifestations de Songkhorn même, en décembre. Cette béatification, dit Mgr Bunluen, dans l’interview déjà citée, a créé « une atmosphère de renouvellement de la foi ; ce fut l’occasion d’éduquer les catholiques : nous sommes témoins de notre foi, non seulement en mourant pour elle, mais en la vivant tous les jours, en témoignage pour nos voisins bouddhistes. »
Le second événement qui vaut d’être signalé ici est la mort de Mgr Claudius Bayet, survenue le 19 août 1990, dans sa
91e année. Avec ce décès s’est close l’ère des grands pionniers de la Mission du Laos. Il avait pris une grosse part aux célébrations du centenaire de la Mission en décembre 1981 à Ubon : il avait lui-même, à cette date, vécu 55 ans de ce centenaire ! Il nous a quittés après 64 ans de présence dans cette Mission qu’il avait tant aimée, mais non sans avoir eu la joie de participer aux fêtes de Songkhorn ; il avait été l’initiateur du procès canonique des martyrs : leur fête fut aussi un peu la sienne, même si, comme certains l’ont dit, ce fut aussi son « Nunc dimittis ».
Enfin, nous nous réjouissons de voir le nombre de nos confrères thaïs augmenter d’année en année : ces six dernières années, 6 nouveaux prêtres ont été ordonnés. 4 diacres ont été ordonnés le 20 juin 1991, un autre le sera sans doute le 15 août prochain. La relève se fera petit à petit. Nous venons de lire la parabole du grain de sénevé : Dieu fasse que la petite graine devienne un grand arbre !

Marcel LAOUÉNAN
28 juin 1991



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