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Rapport annuel des évêques

Année: 1997
Pays: Thaïlande
Mission: THAÏLANDE

RÉGION DE THAÏLANDE

I. ÉVOLUTION POLITIQUE,
ÉCONOMIQUE ET SOCIALE


1. ÉVOLUTION POLITIQUE

Durant les 6 années 1992-1997, la Thaïlande a connu 7 gouvernements. Ce fait montre la situation d’instabilité, et même de confusion, où s’est trouvé le pays. Il faut y ajouter, depuis juin 1997, la crise financière et économique. Voici l’évolution des événements : Le 23 février 1991 un coup d’État avait donc eu lieu, mettant fin au gouvernement régulièrement élu de Chatchaï Choonahawan, remettant le pouvoir effectif à un Conseil national de Sécurité. En mars, les militaires avaient instauré un gouvernement provisoire dirigé par Anand Panyarachoon, et des élections étaient fixées pour le mois de mars suivant. Le 7 décembre 1991, une nouvelle constitution était promulguée, rédigée par les militaires, et pour leur profit.


• Le général Suchinda un Premier ministre non élu

C’est selon les dispositions de cette nouvelle constitution qu’eurent lieu, le 22 mars 1992, les élections annoncées.
Le 25 mars, le parti Chat-Thaï, le gagnant des élections, forme une coalition avec 3 autres partis, totalisant 195 députés sur les 360 de l’Assemblée. Ils présentent Narong WongWan, président du parti Samakki-Tham comme Premier ministre, selon les règles de la constitution. Mais Narong est accusé, dans la presse étrangère, d’avoir eu partie liée avec le trafic international de drogue. Et les États-Unis font comprendre qu’ils n’accepteront pas Narong comme Premier ministre de Thaïlande. La crise politique commence.
Le 7 avril, après plusieurs jours de tension politique intense et de pressions de toutes sortes, le général Suchinda Khraprayoun, commandant en chef des Armées, est nommé d’office Premier ministre (le 19e depuis 1932), sur proposition du général Sunthon Khongsompong, président du Conseil national de Sécurité. Le processus démocratique est définitivement rompu.
Dès le lendemain 8 avril, Chalad Vorachatr, politicien, ancien officier de l’armée de l’air, commence une grève de la faim devant le Parlement, en protestation du fait que le Premier ministre n’ait pas été choisi parmi les parlementaires élus.
Le 17 avril, le nouveau gouvernement de Suchinda est formé. Il prête serment au Roi le 21 avril.
Mais le 30 avril, l’état de santé de Chalad Vorachatr, toujours en grève de la faim, devient critique. Il a perdu conscience et est emmené à l’hôpital.


• Mai 1992 - un mois de confusion

Le 3 mai, les premières manifestions anti-Suchinda commencent, réunissant, sur la Grand-Place (Sanam Louang), les associations étudiantes, le Comité pour la Démocratie, les chefs de quatre partis d’opposition. Une foule d’environ 50 000 personnes écoutent les leaders. Ce même jour, Chamlong Srimuang, chef du parti Palang-Tham, ancien maire élu de Bangkok et député actuel de la capitale, fait savoir qu’il se met en grève de la faim jusqu’à ce que le Premier ministre Suchinda démissionne. Et les manifestations continuent au fil des jours.
Le 7 mai, le Conseil national de Sécurité publie un communiqué intimant l’ordre que cessent les manifestations de protestation sur la Grand-Place.
Le 9 mai, Chamlong Srimuang cesse sa grève de la faim pour, dit-il, poursuivre activement la lutte contre Suchinda. Il quitte alors la Grand-Place avec un groupe de manifestants qu’il emmène jusqu’au monument de la Démocratie, et finalement cesse provisoirement la protestation. En effet, il faut libérer la Grand-Place et ses environs pour y permettre le déroulement, les 13 et 14 mai, de la fête bouddhiste de Visakhabucha et de la cérémonie annuelle du « Premier Sillon », présidée par le Roi.
Le 16 mai, la princesse Maha Chakri Sirinthon, âgée de 37 ans, fille du Roi, part pour la France pour un séjour de deux semaines. Un des objectifs de son voyage est la visite de la salle des Archives MEP à la rue du Bac.


• L’état d’urgence

C’est le lendemain 17 mai que reprennent les manifestations à Bangkok, pour réclamer une réforme de la constitution obligeant le Premier ministre à être un parlementaire élu. On exige le départ de Suchinda. Les manifestants se dirigent alors vers le Palais du gouvernement. Mais ils sont arrêtés par la police en armes, et les violences commencent. La foule est couchée par terre pour éviter les tirs. Au milieu de cette foule se trouve Chamlong Srimuang, étendu lui aussi sur le sol.
Le 18 mai, les manifestants sont toujours sur place, encerclés par un cordon de police. Dans la journée, Chamlong Srimuang est arrêté et mis en accusation pour incitation au désordre. D’autres aussi seront arrêtés. Le général Suchinda, en sa qualité de Premier ministre, proclame alors l’état d’urgence pour Bangkok et les provinces avoisinantes à partir du 18 mai à minuit. Les jours suivants, les rues de Bangkok seront pratiquement vides de voitures et de passants. Les boutiques ferment et les bus ne circulent plus. Les rumeurs font état de centaines de morts, embarqués en secret dans les forêts de Kanchanaburi par camions entiers. Cette affaire des « disparus » de mai 92 occupera les conversations durant de longues semaines. Pourtant, après le rétablissement de la situation, le 28 mai, le ministère de l’Intérieur publia des chiffres dits officiels : « 45 morts sont reconnus et, des 888 « disparus », 313 sont depuis rentrés chez eux. » Plusieurs années ont passé depuis, mais le mystère des « disparus » reste entier.
Le 20 mai, le Roi intervient. Il demande à deux de ses conseillers privés, Sannya Thammasak et le général Prem Tinsulanond, tous deux anciens Premiers ministres très respectés, de faire venir au palais royal les deux opposants de la crise, et de leur servir d’intermédiaires pour la résoudre. Alors a lieu la scène historique qui a tant surpris les téléspectateurs occidentaux : Suchinda et Chamlong, aux pieds du Roi et écoutant respectueusement son admonestation. Ce que le Roi leur demande, c’est de régler rapidement entre eux la crise actuelle pour le bien du pays.


• Anand Panyarachoon succède à Suchinda

Il fallut quand même attendre jusqu’au 23 mai pour que Suchinda accepte de démissionner « pour manifester son sens des responsabilités politiques ». Et il fallut ensuite attendre encore jusqu’au 10 juin pour qu’un nouveau Premier ministre lui succède, désigné par le Roi cette fois. Son rôle sera de diriger un gouvernement provisoire de trois mois pour préparer de nouvelles élections.
Anand Panyarachoon se retrouve donc une nouvelle fois Premier ministre de crise. Son gouvernement est formé le 15juin. Celui de Suchinda n’aura donc duré que deux mois, deux mois dramatiques.


• Nouvelles élections et nouveau gouvernement

Les élections eurent bien lieu trois mois plus tard, le 13 septembre 1992, mais six mois seulement après les précédentes de mars. Sont en présence les deux camps de la crise, d’une part les pro-démocrates, que l’opinion appelle « les Angéliques », comprenant le Parti démocrate de Chuan Likpaï et 3 autres partis dont le Palang Tham de Chamlong Srimuang ; et d’autre part les pro-militaires appelés « les Sataniques », regroupant autour du parti Chart Thai cinq autres partis. Le Parti démocrate remporte la victoire, mais avec seulement 2 sièges de plus que le Chart Thai. Chuan Likpaï est donc pressenti pour former le gouvernement. Finalement les « Angéliques » peuvent aligner 185 sièges, et les « Sataniques » 167.
Le 29 septembre 1992, le gouvernement de Chuan Likpaï est formé, mettant ainsi un terme à la crise politique ouverte par le coup d’État du 23 février 1991.
Ce gouvernement, comme tous les autres gouvernements thaïlandais sans exception, n’arrivera pas au terme des 4 ans constitutionnels. Presque 3 ans tout de même, jusqu’en juillet 1995.


• Dissolution de l’Assemblée et nouvelles élections

Au fil de ces 3 ans, les intérêts des différents partis ont changé et de nouveaux regroupements se sont fait jour qui augmentent la confusion politique. De plus, Chuan, dans son gouvernement, n’a pas eu la poigne suffisante pour prendre les décisions nécessaires.
Le 17 mai 1995, s’ouvre au Parlement la discussion de censure contre le gouvernement Chuan, réclamée par les partis d’opposition. Le vote final devait avoir lieu le 19 mai. Mais, le 18 mai, le parti Palang Tham se retire de la coalition gouvernementale, et tous ses ministres démissionnent, « pour sauvegarder les principes de la justice et l’intérêt public, étant donné que le gouvernement n’a pas su répondre clairement aux questions de l’opposition ». C’est donc la chute du gouvernement.
Le 19 mai, le Roi proclame la dissolution de l’Assemblée, prenant en compte le fait que « les partis politiques sont tellement divisés qu’ils ne sont plus capables de mener une action politique unitaire ».
Les élections ont lieu le 2 juillet. Et c’est un renversement de situation : cette fois, c’est le parti Chart Thai, 92 sièges, qui mène devant le Parti démocrate, 86 sièges.


• Gouvernement de Banhan Sinlapa-Acha

Le 18 juillet 1995, Banhan Sinlapa-Acha, chef du parti Chat Thai, forme donc le gouvernement, une coalition de 7 partis, dont les principaux sont : le parti New Aspiration du général Chavalit Yongchaïyuth, et le Palang Tham. Ce gouvernement ne durera que 16 mois, rongé par l’affairisme et le business. Au milieu du mois de septembre 1996, plusieurs ministres démissionnent. À cause des dissensions dans la coalition, Banhan renonce à remanier le gouvernement.


• Nouvelle dissolution et nouvelles élections

Selon le scénario habituel, la dissolution de l’Assemblée est proclamée, le 27 septembre 1996. Et les élections ont lieu le 17 novembre.
C’est le parti New Aspiration de Chavalit Yongchaïyuth qui sort gagnant, précédant de 2 sièges seulement le Parti démocrate de Chuan Likpaï (125 contre 123). Cette fois encore, c’est le mauvais scénario qui est sorti des urnes.


• Gouvernement de Chavalit Yongchaïyuth

Le général Chavalit Yongchaïyuth, ex-général en chef de l’Armée à l’époque des camps de réfugiés indochinois, accède enfin, à 64 ans, à cette fonction de Premier ministre dont il rêve depuis si longtemps. Il a été plusieurs fois ministre, de la Défense et de l’Intérieur, entre autres. Mais il ne connaît rien de l’économie, comme il l’a lui-même avoué un jour.
Le 29 novembre 1996, son gouvernement est formé. Celui-là non plus ne durera pas longtemps : 11 mois seulement. Parce qu’il n’a pas su gérer la crise financière et économique. Et parce que, de toute façon, il s’était mis tout le monde à dos depuis le début.


• Nouvelle crise politique

Le 6 novembre 1997, Chavalit se décide enfin à démissionner, après 2 semaines de confusion et de manifestations de rue réclamant « N’importe qui d’autre, mais plus Chavalit ». Elles sont organisées par les employés des grandes compagnies, de cette classe moyenne bénéficiaire du boom économique des années 80 et maintenant directement touchée par la crise et la mise à pied. Chavalit avait envisagé de déclarer l’état d’urgence, pour ainsi garder le pouvoir. Mais le chef de l’armée, le général Chettha Thanatiaro, l’en dissuada, en l’avertissant que l’armée ne soutiendrait pas la loi martiale. Il avait retenu la leçon des émeutes de mai 1992 contre le général Suchinda.
Le Parti démocrate ayant obtenu 123 sièges aux élections de novembre 1996, juste derrière les 125 sièges du New Aspiration Party de Chavalit, il revenait donc à son chef, Chuan Likpaï, de mener le nouveau gouvernement. Âgé de 59 ans, il est Premier ministre pour la deuxième fois en 5 ans. C’est le 23e Premier ministre depuis 1932.
Le 14 novembre 1997, le gouvernement de Chuan Likpaï est formé.


2. LA NOUVELLE CONSTITUTION ET LE RENOUVEAU NATIONAL

Cette Constitution est la 16e depuis l’institution de la monarchie constitutionnelle en 1932. Ce qui fait une moyenne de seulement 4 ans pour chacune d’elles. Si on observe que les militaires, durant la même période, ont tenté 16 coups d’État, certains réussis, certains ratés, on peut se demander si ce 16e coup et cette 16e Constitution ont quelque chance d’être les derniers de leur série. De toute façon, la population ne croit pas beaucoup à l’amélioration de sa situation par le moyen d’une nouvelle Constitution, si bien rédigée soit-elle.
Pour que la Constitution puisse durer, il faudrait d’abord arriver à casser l’alliance malsaine entre politique et business, ce mal qui est au cœur de la plupart des problèmes du pays. On en est encore loin.
Cependant cette dernière Constitution représente tout de même une grande amélioration par rapport aux précédentes, et une grande nouveauté. Car, fait unique dans l’histoire du pays, elle est, cette fois, en grande partie, le résultat de consultations populaires et de l’expertise d’hommes de loi et de spécialistes en sciences politiques et administration publique. L’Assemblée constituante, instituée officiellement le 26 décembre 1996, était composée de 99 membres élus, 1 de chacune des 76 provinces, plus 23 spécialistes.
Elle était présidée par Anand Panyarachoon, qui par deux fois déjà, en 1991 et 1992, avait été appelé à gouverner le pays dans des situations de crise et avait, en ces occasions, gagné le respect de tous. C’est lui qui, en commentant ce travail constitutionnel, donna le nom de « Constitution du peuple » à cette œuvre par opposition aux précédentes, qui étaient celles « des militaires ».
En tout cas, les circonstances qui ont entouré sa rédaction lui donnent un poids de légitimité que n’a eu aucune des autres précédemment. Le Parlement l’adopta définitivement le 27 septembre 1997, par 578 voix contre 16. Et elle est maintenant en vigueur, depuis le 7 novembre 1997.
La nouvelle Constitution, contenant près de 350 articles, est avant tout une tentative audacieuse de réduire l’influence corrosive de l’argent dans la politique, et de donner de plus grands droits aux citoyens.
Quelques points marquants :
 Les politiciens élus devront déclarer leurs avoirs et leurs dettes à la Commission nationale anti-corruption avant et après leur prise de fonction.
 Les élections seront gérées par une Commission électorale indépendante au lieu de l’être par le ministère de l’Intérieur.
 Possibilité pour les citoyens, avec 50 000 signatures, de réclamer une enquête à l’encontre des politiciens soupçonnés de corruption.
 Le nombre de sièges à l’Assemblée des députés est augmenté jusque 500, dont 400 élus au scrutin uninominal de circonscription, et les 100 autres sur des listes de partis, au scrutin proportionnel national. On espère par là que les élus de la liste nationale seront moins soumis aux influences locales, et que l’achat des votes leur sera plus difficile. Et qu’ainsi ils ouvriront la voie à un nouveau type de politicien.
 Les sénateurs seront directement élus au lieu d’être nommés, rompant ainsi avec toute la tradition antérieure.
 Les ministres, avant d’entrer en fonction, devront abandonner leur siège parlementaire.
 Une Commission des droits du citoyen est instituée. Et ces droits sont énumérés dans le très long chapitre III qui, d’ailleurs, suit immédiatement celui concernant la Royauté. Les enfants y sont cités, pour la première fois, dans plusieurs articles protégeant leurs droits.
Présentée comme un projet national de renouveau, la nouvelle Constitution porte donc en elle une lourde responsabilité : un changement radical de culture politique. Le coût de l’échec serait élevé.


3. L’ASEAN

L’Association des Nations du Sud-Est asiatique a fêté, cette année, ses 30 ans. Elle fut créée à Bangkok en août 1967 par 5 États (Philippines, Indonésie, Thaïlande, Malaisie, Singapour) dans le but de sauvegarder « la paix et la stabilité » dans la région, face au danger communiste que représentaient pour eux les 3 États de l’Indochine, aidés par l’URSS et la Chine. Brunei, au moment de son indépendance en janvier 1984, en devint ensuite le 6e membre.
La confrontation entre l’ASEAN et l’Indochine a dessiné la toile de fond de toute la politique régionale du Sud-Est asiatique durant plus de 20 ans, couvrant les années 70 et 80 dans leur totalité. La fin de la guerre froide, la cessation du conflit ASEAN-Indochine et le rétablissement consécutif du Cambodge comme pays de plein droit ont amené tous les pays de la Région à vouloir se regrouper économiquement au sein d’une ASEAN remodelée. En 1995, le Vietnam fut le premier pays à rejoindre l’organisation, et au mois de juillet 1997, le Laos et Myanmar (Birmane) ont été acceptés comme nouveaux membres. Il ne reste plus qu’à attendre l’entrée effective du Cambodge (remise à un peu plus tard) pour que soit réalisé le regroupement des 10 pays du Sud-Est asiatique, selon les vœux des fondateurs de 1967.
La Coopération a ainsi remplacé la Confrontation comme dynamique dominante de la Région. Et l’ASEAN devrait donc continuer un rôle important dans les domaines politique, économique et de sécurité. Dans sa nouvelle forme, l’Organisation est devenue une puissance commerciale dont l’influence ne peut que grandir avec sa population de 500 millions d’habitants. Même ni son poids économique ne représente que peu de chose face aux deux géants, américain et européen (le PIB de l’ASEAN n’atteignant en effet que le dixième de celui des USA ou de l’UE), et même si les problèmes à l’intérieur de l’Association sont innombrables.
Une remarque, en corollaire : le conflit des civilisations est évoqué de plus en plus ouvertement dans les instances asiatiques. Une conscience commune asiatique émerge en effet, qui tend à refuser désormais aux Occidentaux le droit d’imposer au monde entier, comme une norme universelle, leur culture et leurs façons de penser. Les droits de l’homme sont, bien sûr, au cœur de cette réflexion. L’Asie, dit-on, a ses propres valeurs : économiser et épargner, travailler dur, le respect de l’autorité, une éthique de la communauté plutôt que de l’individu, l’amour du consensus et de l’harmonie, le goût du travail en commun ; et elles s’opposent à celles de l’Occident : liberté de pensée et d’expression, liberté personnelle, droits de la personne individuelle.


4. STATISTIQUES

Le compte rendu 1983-1985 signalait que durant les 20 années précédentes (1961-1981) le revenu national avait été multiplié par 14, et le revenu par habitant par 8. Pour les 15 années suivantes (1980-1994), on a une idée de la croissance obtenue, par les statistiques suivantes :
PIB multiplié par 3,4
énergie utilisée 2,7
importations de biens et services 5,3
exportations 6,0

La Thaïlande se trouve à un tournant : dans les années 60-70 elle a mis en route son industrialisation et sa modernisation. La réussite, le « boom économique », fut d’abord obtenu par le moyen d’une production de manufacture à forte main-d’œuvre (le textile en a été l’exemple peut-être le plus significatif) ; pour se maintenir elle doit se tourner maintenant vers une production industrielle compétitive. Mais son infrastructure inadaptée, sa qualification médiocre et le nombre insuffisant de ses cadres restent pour elle les obstacles à une expansion économique plus cohérente et plus efficace.
La situation économique et sociale s’était déjà un peu dégradée au cours de l’année 1996, pour aboutir en juillet 1997 à la chute du cours du baht et à un taux de croissance proche de la récession. La prévision de croissance pour l’actuelle année 1997 est tombée à 2 %, au lieu de la moyenne de 7 % des années précédentes, et à 0 % pour 1998. Les caisses de l’État se sont retrouvées vides et on a dû faire appel au FMI. Le gouvernement s’est vu contraint d’accepter les conditions draconiennes des prêteurs : mise en veilleuse de certains projets d’infrastructure prévus, diminution du budget des ministères, augmentation de la TVA (de 7 % à 10 %). L’inflation et les mises au chômage (sans indemnités) augmentent. Certains analystes pensent qu’il faudra au moins 2 ans avant que le pays ne retrouve une gestion saine. La réussite des « Tigres asiatiques » s’est révélée très fragile.
Les causes en sont : l’incompétence en matière économique des équipes gouvernementales ainsi que la corruption à tous les échelons ; une mauvaise gestion financière de l’État, traditionnellement basée sur le système généralisé de l’emprunt : ainsi, en 1996, la Thaïlande était-elle le 11e plus grand emprunteur auprès de la Banque mondiale (pour 389 millions US$) ; et aussi les aventures immobilières des banques et des compagnies financières.


• Statistiques générales (1996) - avant la crise

Population totale 61,4 million
Population (entre 15 et 64 ans) 39 millions
Grand Bangkok 9 millions
Taux d’urbanisation 36,0 %
Population : taux de croissance 1,5 %
Espérance de vie 67 ans
Mortalité infantile (< 1 an de vie) 36 %
Habitants/docteur 4 361
Habitants/téléphone 13,5
Habitants/TV 5,2
Taux de scolarisation 93,8 %
Taux de croissance économique 6,4 %
Inflation 7,0 %
Revenu moyen annuel par habitant 3 000 US $
Corruption (taux croissant mondial 97) 39e rang (Note : 3,06/10)

Différences des revenus moyens annuels par habitant selon les Régions en US $)
Bangkok 11 200
Centre 3 100
Sud 1 900
Nord 1 500
Nord-Est 940



II. L’ÉGLISE DE THAÏLANDE (1992-1997)


Reprenant le rapport sur l’Église de Thaïlande dans le compte rendu de 1991, j’y ai trouvé l’expression de plusieurs espérances. En regardant la situation d’aujourd’hui, 6 ans plus tard, j’ai l’impression que ces espérances demeurent toujours, mais quelquefois à l’état de rêves ! Certainement il y a eu quelques avancées dans plusieurs domaines. Les choses mises en place il y a 8 ou 10 ans ont continué à exister et à avancer. Mais les fruits que l’on pensait pouvoir en attendre semblent tarder à mûrir. Peut-être manquons-nous de patience ou sommes-nous trop pressés de voir germer la semence ?


1. SITUATION GÉNÉRALE

Au cours des 6 dernières années, il n’y a eu aucun événement marquant dans l’Église, dont l’importance aurait pu influencer la vie des communautés chrétiennes. On peut cependant relever dans divers domaines plusieurs initiatives qui ne manquent pas d’intérêt.
Depuis quelques années, une équipe de prêtres et de laïcs a entrepris une nouvelle traduction de la Bible. Nous n’avions, jusqu’ici, que des versions œcuméniques qui avaient sans doute l’avantage d’un texte commun pour catholiques et protestants. Mais ces versions avaient un double inconvénient : le vocabulaire utilisé par les catholiques et les protestants n’est pas toujours identique ; et il avait déjà fallu faire des traductions spéciales pour les lectures liturgiques. Et, d’autre part, les Bibles œcuméniques ne comportaient ni introductions ni notes explicatives. Après avoir consulté et obtenu l’accord des protestants, le Comité catholique de la Bible a décidé de faire une nouvelle traduction, avec introductions et notes, en suivant principalement la Bible de Jérusalem. C’est un travail de longue haleine qui demande un sérieux investissement tant en personnel qu’en durée. Quelques livres du Nouveau Testament sont déjà parus et le comité nous promet une édition complète pour l’an 2000. Dans ce pays où l’on manque de commentaires bibliques en langue thaï, ceci sera certainement un instrument de travail appréciable pour la formation biblique des prêtres, des séminaristes et des laïcs.
Une réalisation dans un autre domaine mérite aussi d’être mentionnée. Avec le développement des moyens de communication et spécialement l’augmentation des chaînes de télévision, l’Église catholique a reçu l’offre d’utiliser une chaîne de télévision, avec 24 heures de diffusion. Le Comité catholique pour les Communications sociales, présidé par l’évêque d’Udon a saisi cette occasion. Et les diffusions ont commencé le 15 août 1996, sous le titre de ACT (Asian Catholic Television). C’est certainement une initiative intéressante. Mais les problèmes restent nombreux. Malgré un appel à la collaboration des pays voisins, l’équipe chargée de la réalisation des programmes prend conscience chaque jour davantage de la difficulté de réaliser des programmes attrayants et de qualité. Ceci demande des moyens appropriés et une équipe de spécialistes soigneusement formés que l’on ne trouve pas si facilement. Les diffusions ont eu lieu régulièrement chaque jour depuis un an, en utilisant souvent des vidéocassettes ou des programmes provenant de l’étranger. Et le Comité catholique des Communications sociales a courageusement décidé de continuer au moins jusqu’à la fin de la première tranche du contrat (3 ans).
Une question importante demeure : quel est l’impact de cette nouvelle chaîne ? Quelle audience a-t-elle réellement ? La société de communications qui a fait cette offre à l’Église catholique ne travaille évidemment pas pour rien. Et ceux qui veulent recevoir ce programme doivent installer une antenne spéciale et payer une redevance mensuelle. Ceci, bien sûr, limite sérieusement le nombre des téléspectateurs. Malgré ces difficultés, le Comité de réalisation, appuyé fortement par la Conférence épiscopale et même par la FABC, continue vaillamment son travail.
Une ouverture récente est à signaler dans le domaine du dialogue avec les bouddhistes. À l’initiative même du Patriarche bouddhiste de Thaïlande, le cardinal de Bangkok a eu plusieurs entrevues avec lui, en vue de préparer une éventuelle visite du Patriarche au Pape à Rome. D’après le cardinal lui-même, ces rencontres ont été très cordiales et le Patriarche s’est montré très vivement intéressé. C’est un élément nouveau pour le bouddhisme en Thaïlande. Lors de la rencontre d’Assise, il n’y avait eu aucun représentant du bouddhisme thaïlandais. Malgré une certaine réticence de quelques personnalités bouddhistes dans l’entourage du Patriarche, il se pouffait que cette visite ait lieu dans un proche avenir. Un tel événement aurait certainement une influence très positive sur les relations entre les deux communautés bouddhistes et catholiques.
En dehors de ces quelques faits, si l’on considère l’ensemble du travail pastoral, on a un peu l’impression d’une Église qui vit sur son acquis et qui a du mal à sortir de ses pratiques traditionnelles. Malgré les orientations pastorales issues d’une réunion de réflexion, en 1987, on n’a pas vu naître de nouvelles initiatives pastorales. Évêques, prêtres et laïcs ont continué ce qui s’est toujours fait, sans créer du neuf. Un signe révélateur est le fait que se sont multipliées les célébrations d’anniversaires : 75 ou 100 ans de telle ou telle église, 50 ans de l’arrivée de telle ou telle congrégation, anniversaires de fondateurs, 25 ans du grand séminaire, sans compter bien sûr, les anniversaires d’ordination des prêtres ou des évêques, qui sont toujours l’occasion de célébrations extérieures, souvent répétées. Ces innombrables célébrations font même craindre que le Jubilé de l’an 2000 n’apparaisse finalement que comme un anniversaire parmi tant d’autres ! La préparation de ce Jubilé ne semble pas motiver les communautés pour un renouveau ou un approfondissement de la vie chrétienne, mais ne donne l’occasion que de grand-messes de rassemblement. Même si ces rassemblements jouent un rôle positif dans une Église minoritaire, leur impact sur la vie chrétienne des fidèles reste très limité.
Pourtant les défis posés à l’Église par la situation de la société thaï actuelle ne manquent pas : les migrants qui vident les villages et viennent peupler les bidonvilles des zones industrielles, les pauvres, qu’il s’agisse des paysans, des ouvriers ou des gens sans travail et sans ressources, la drogue, son trafic bien sûr, mais surtout sa consommation qui se répand avec une rapidité inégalée dans la jeunesse de tous les milieux, la prostitution et les problèmes de séropositifs et de sidéens. Certainement des prêtres, des religieuses et des laïcs sont présents à ces problèmes. Le Père Mayer, un rédemptoriste américain, continue son apostolat dans le bidonville du port de Bangkok. Un groupe de jeunes filles françaises du groupe « Point cœur » assure avec lui une présence chrétienne, spécialement auprès des enfants de ce bidonville.
Les camilliens et des franciscains italiens ont ouvert des centres pour les sidéens et pour la réhabilitation des drogués. Les sœurs du Bon Pasteur continuent et développent leur travail auprès des prostituées de Pattaya, avec l’aide de quelques volontaires des « Enfants du Mékong ». Ce même organisme, « Enfants du Mékong », aide les enfants les plus pauvres, spécialement parmi les tribus montagnardes du Nord. Mais lorsqu’on y regarde de près, ce sont surtout les instituts religieux étrangers ou des organismes, étrangers eux aussi, qui ont pris des initiatives dans ces divers domaines.
Il convient quand même de signaler l’action du COERR (Organisme d’aide aux sinistrés et réfugiés). Cet organisme avait fait un travail très important dans les camps de réfugiés cambodgiens, entre 1975 et 1992. Outre certains engagements qu’il a pris au Cambodge, il continue un travail d’aide aux réfugiés karens, sur la frontière birmane.
L’information sur les diverses situations de pauvreté circule assez bien au sein de l’Église. L’hebdomadaire catholique a souvent des articles à propos de la drogue, du Sida ou des réfugiés. Mais cela ne semble pas vraiment suffisant pour motiver un engagement concret de l’ensemble des prêtres diocésains face à ces défis. On les connaît, mais on en reste sagement à son travail d’administration de paroisse ou d’école. Il est vrai que les prêtres travaillant dans de grosses paroisses, la plupart du temps chargés aussi de l’école paroissiale, ont un travail administratif qui leur prend beaucoup de temps. Mais toutes les paroisses ne sont pas de « grosses paroisses », et où que ce soit, on fait peu de chose pour ouvrir les communautés chrétiennes, les laïcs eux-mêmes, à leurs responsabilités envers la société.
Concernant ces situations de pauvreté, il y eut à la fin de 1996 et au début de1997, le « Forum des Pauvres ». Tout un groupe de paysans du Nord ou du Nord-Est était venu faire un « sit-in » devant la résidence du Premier ministre pour demander justice, car ils avaient été expropriés pour la réalisation de divers projets et n’avaient pas reçu de compensation valable. Ils sont restés là plusieurs mois. Mais l’Église ne s’y est pas manifestée et n’a guère parlé d’eux. Alors que la Thaïlande subit, en cette année 1997, une dure crise financière et économique, il n’y a pas eu non plus de parole de la part de l’Église ou de l’épiscopat. Une fois seulement, le cardinal a demandé que la crise économique ne soit pas un prétexte pour que les prêtres renvoient leur personnel ou diminuent les salaires. Il a également insisté pour que l’on continue à accepter les enfants catholiques dans les écoles, même si les parents ne pouvaient pas payer les scolarités. Aussi positive que soit cette intervention, elle reste encore bien limitée, et rien d’autre n’a été dit sur cette crise économique.
Il faut cependant remarquer que quelques prêtres diocésains, à travers leur engagement dans le développement social, sont présents auprès des pauvres. L’un d’eux, dans le diocèse de Bangkok, a certainement visité plusieurs fois tous les bidonvilles de la ville et de la banlieue. Il a même pris l’initiative, en accord avec le staff du séminaire, d’organiser la collaboration permanente des séminaristes de 3e, 4e et 5e années qui vont dans ces cités de pauvres tous les week-ends.
Plusieurs séminaristes, grâce à une expérience pastorale auprès des pauvres, des migrants, des ouvriers, chrétiens ou non, prennent une plus vive conscience des appels adressés à leur futur ministère de prêtres et manifestent un réel intérêt pour ce genre d’apostolat. On peut raisonnablement espérer que plusieurs d’entre eux n’oublieront pas trop rapidement ce genre d’expérience et y donneront suite dans leur ministère presbytéral.


2. L’ÉGLISE DANS LE NORD-EST ET LE NORD

La région du Nord-Est de la Thaïlande est caractérisée par une communauté de langue, de coutumes et de conditions de vie. Les quatre diocèses (Tharé, Ubon, Udon, Khorat) de cette région se sont organisés en région apostolique, de façon non officielle, depuis 1982, pour pouvoir étudier les problèmes qui leur sont communs, et qu’on ne retrouve pas de la même façon dans les autres régions. Ce sont en gros les questions de catéchèse, de liturgie, de pastorale des jeunes qui vont vers les villes, etc. Dès le début, les évêques ont décidé de se rencontrer tous les ans avec les prêtres responsables des questions à discuter. Ces réunions ont porté quelques fruits sur les plans de la catéchèse des adultes, de la vie des prêtres, et de la recherche sur les coutumes locales.
Actuellement, les évêques sont surtout préoccupés par la vie des jeunes prêtres qui semblent traverser une crise d’identité. Pour eux sont organisées des rencontres avec leurs évêques. Les diocèses du Nord-Est se sont également regroupés pour constituer un tribunal chargé d’examiner les cas de mariages en difficulté. À la dernière réunion, à Ubon, fut décidée la création d’une caisse d’entraide entre les diocèses où seul le diocèse, non les particuliers, pourra recourir à l’emprunt pour financer des projets d’apostolat en priorité. Chaque diocèse s’engage à verser une cotisation mensuelle à la caisse. Au Nord-Est, comme ailleurs en Thaïlande, les questions financières ont tendance à devancer les problèmes strictement pastoraux moins visibles.
Dans le Nord, le diocèse de Chiengmaï donne une image assez différente des autres diocèses. La majeure partie de la population est composée de tribus montagnardes. La même situation se retrouve aussi dans le Nord-Ouest du diocèse de Nakhon Sawan. Le mouvement apostolique parmi ces tribus, et surtout parmi les Karens, est assez remarquable et ce diocèse de Chiengmaï est certainement celui qui compte le plus de catéchumènes parmi les 10 diocèses de Thaïlande.


3. FORMATION

La formation était une priorité dans le plan de travail de la Conférence épiscopale, à la suite de l’évaluation faite en 1987. Il y a eu effectivement quelques avancées dans ce domaine ; mais il reste encore beaucoup à faire.
Parlons d’abord de la formation des laïcs : le Centre de Formation des Catéchistes assure un double programme : un programme complet de deux années scolaires, et un programme d’un mois de cours d’été, étalé sur trois ans.
Généralement, les bénéficiaires de ces programmes de formation sont satisfaits de la formation donnée, même si ceux qui suivent les cours d’été manquent un peu de formation pratique. D’autres sessions de formation sont aussi organisées à divers niveaux pour les laïcs. Ce sont, en général, des sessions courtes par week-ends. Un certain nombre de laïcs chaque année suivent des sessions de formation avant d’être officiellement institués lecteurs. Il y a des week-ends de formation pour les responsables des divers mouvements (Légion de Marie, Conférences de Saint-Vincent de Paul, Cursillos, etc...) une fois par mois. Plusieurs paroisses ont aussi des sessions de type récollection ou formation biblique. Tout ceci aide certainement les laïcs à approfondir leur vie chrétienne. Mais l’orientation générale reste toujours très « « cléricale ». On cherche surtout à préparer les laïcs à être de bons collaborateurs des curés. Mais on ne les prépare pas tellement à prendre des responsabilités directes dans la vie des communautés chrétiennes et moins encore à s’engager à prendre des responsabilités pour devenir des témoins dans les domaines social, économique ou politique. L’objectif poursuivi, tant dans la pastorale que dans la formation des laïcs, reste encore en priorité la sacramentalisation.
En fait, il existe bien des laïcs qui ne se satisfont pas de cette situation ; ils aimeraient prendre une part plus active dans la vie de l’Église et dans un apostolat plus ouvert vers les non-chrétiens. Mais ils ne savent pas où trouver des instances de formation qui les orientent vers ce genre de travail et vers des responsabilités.
Si l’on parle de la formation des prêtres, et en particulier du séminaire, un effort sérieux a été fait pour la formation pastorale au cours des 6 dernières années. Les séminaristes de 6e et 7e années continuent leur insertion en paroisse pour les week-ends, mais l’occasion est donnée à ceux de 3e, 4e et 5e années de travailler auprès des pauvres, des démunis, des ouvriers et des migrants, sans distinction d’appartenance religieuse ; et ceci est un fait nouveau comme je le signalais plus haut. Cela donne un impact sérieux à la formation des séminaristes et contribue à améliorer leurs motivations pour le ministère presbytéral. Depuis maintenant trois ans, il y a aussi une interruption des études après la 4e année pour une année complète de formation pastorale. Aidé par des orientations générales données par le séminaire, chaque séminariste établit lui-même son propre programme, en lien avec son diocèse. Cette année pastorale contribue pour beaucoup à donner une plus grande maturité aux séminaristes. Ils ont l’occasion de mieux connaître le propre milieu dont ils sont issus, la réalité du milieu social et diocésain dans lequel ils auront à travailler comme prêtres. Cette année de pastorale est préparée par quelques journées d’orientation et suivie d’une évaluation. Mais il est important aussi que cela soit suivi d’un travail de réflexion et d’approfondissement lors du retour au séminaire, au cours de la 5e année, pour que les diverses expériences que les séminaristes auront pu faire soient intégrées dans leur formation générale au séminaire.
La formation intellectuelle reste encore trop académique et pas suffisamment orientée vers la pastorale, ni suffisamment intégrée au reste de la formation. Ceci est certainement dû en grande partie au statut même du séminaire comme Collège universitaire sous la tutelle du Département d’État aux Universités. Ceci oblige d’une part à renforcer le côté académique des cours, avec un diplôme officiel à la clef. Mais ceci a aussi le gros inconvénient d’isoler la formation intellectuelle du reste de la formation générale au séminaire.
Il se trouve aussi que la plupart des professeurs enseignant les matières principales, telles que la Bible, le dogme ou la liturgie sont des professeurs extérieurs au séminaire. Ceci ne facilite pas la tâche des formateurs pour une intégration de tous les aspects de la formation. Ce qui est surtout à craindre c’est que les jeunes prêtres sortant de notre séminaire soient encore mal assurés dans leur foi par manque de fondement théologique. Ils peuvent avoir acquis un certain nombre de connaissances qui leur auront permis de passer les examens ; mais ces connaissances ne servent pas toujours à structurer leur propre foi ni à comprendre toutes ses implications pour le service pastoral ou même pour leur propre vie de prêtres. Même si ce n’est pas la seule, ce pourrait bien être une raison expliquant le nombre non négligeable de jeunes prêtres qui quittent le ministère.
Il faudrait aussi que la formation première soit suivie d’une formation permanente des prêtres, en particulier des jeunes. Mais il n’y a pratiquement rien de structuré qui réponde à ce besoin. Les prêtres se rencontrent bien parfois, mais plus souvent pour un temps de détente que pour une formation. Les réunions mensuelles ou bimensuelles qui existent dans chaque diocèse ne remplissent certainement pas cette fonction. Il y a là un manque qui reste encore à combler.
Avant de quitter ce sujet du séminaire, je voudrais aussi signaler que le grand séminaire de Thaïlande s’intéresse à la formation des séminaristes pour le Laos voisin. Depuis plusieurs années déjà, les cours du grand séminaire sont enregistrés sur vidéocassettes et envoyés à Thakhek où ces cassettes sont utilisées comme instrument pour la formation de la douzaine de séminaristes laotiens. Le Laos manque de personnel suffisamment préparé pour assurer la formation. Il n’y a que peu de prêtres, et pratiquement aucun d’entre eux n’a eu l’occasion de faire des études spéciales en théologie ou en philosophie. Les séminaristes laotiens ont eu l’occasion de venir visiter notre séminaire, accompagnés de leurs formateurs. Un des prêtres, chargé de la formation, a profité des grandes vacances du Laos, qui ne coïncident pas avec celles de Thaïlande, pour venir suivre quelques cours de théologie avec nos séminaristes pendant trois mois. Le problème de langue n’existe pratiquement pas, car la langue laotienne est très proche de la langue thaï et les Laotiens parlent ou comprennent facilement le thaï. La collaboration ainsi commencée devrait continuer. On recherche en ce moment la possibilité de faire venir quelques séminaristes laotiens au séminaire de Thaïlande, ne serait-ce que pour un ou deux semestres. Et il devrait être possible aussi à des professeurs d’ici d’aller donner des sessions au Laos pour des périodes de trois semaines ou un mois. Espérons que ce projet pourra prendre forme, car ce serait à la fois une aide pour l’Église du Laos et une ouverture appréciable pour le séminaire de Thaïlande.


4. OUVERTURE MISSIONNAIRE

Le compte rendu de 1991 faisait état du démarrage de la Société missionnaire de Thaïlande. Où en sommes-nous après 6 ans ? On pourrait dire qu’il y a une certaine stabilité dans les deux sens du mot : d’une part la Société continue d’exister et de travailler. Mais, d’autre part, le nombre des membres n’a guère augmenté ! Il y a eu un événement important que l’on ne faisait qu’entrevoir en 1991 : l’envoi d’un groupe missionnaire au Cambodge.
En novembre 1993, un jeune prêtre thaï, deux religieuses et une laïque partaient pour Phnom-Penh, pour se mettre à la disposition de l’Église du Cambodge. Ils ont été rejoints depuis par deux autres religieuses du diocèse de Ratchaburi. Leur insertion dans la société et l’Église khmères a été plus que satisfaisante, et leur collaboration avec l’Église locale semble très appréciée. En plus du travail qu’ils font au Cambodge, les membres de ce groupe ont beaucoup contribué à dynamiser notre jeune Société missionnaire. Depuis le Cambodge, et grâce aux relations qu’ils gardent avec leur Église d’origine, ils ont un impact notable sur l’Église de Thaïlande.
Depuis 1993, nous avons dû faire face à plusieurs difficultés. Le départ d’un prêtre des PIME qui assurait les sessions de formation, me laissait seul avec Mgr Banchong de Nakhon Sawan tant pour l’administration que pour la formation. N’ayant pas suffisamment de temps ni l’un ni l’autre, nous avons dû interrompre pour un temps les sessions de formation, en attendant de trouver un autre prêtre qui vienne partager nos responsabilités. Jusqu’aujourd’hui, nous n’avons pas encore trouvé cette perle rare !
Un autre problème que nous avons rencontré est celui des laïcs. Dès le début nous avions accepté des laïcs, pour répondre à la demande de plusieurs d’entre eux qui désiraient sincèrement se mettre au service de l’apostolat missionnaire de l’Église. Tous ont eu des difficultés, dont la raison profonde est finalement qu’ils ne trouvaient pas leur place comme laïcs dans une société cléricale. En plus ils manquaient aussi d’une formation adaptée à leur situation de laïcs. Actuellement, en accord avec la Conférence épiscopale, nous avons décidé de ne plus accueillir de laïcs comme membres de la Société missionnaire. Nous cherchons une autre formule qui pourrait être un groupe de laïcs missionnaires autonome, ayant sa propre structure et assurant une formation plus complète et plus adaptée. Mais, pour cela, il faut aussi trouver quelqu’un qui accepte d’en prendre la responsabilité. Le nombre de laïcs prêts à se dévouer pour un apostolat d’évangélisation est loin d’être négligeable, et il serait regrettable qu’on ne puisse pas trouver un moyen de les aider à réaliser cette vocation.
Mais l’ouverture missionnaire continue petit à petit. Le nombre de séminaristes désireux de faire une expérience d’un mois ou plus en milieu missionnaire augmente chaque année. Et cette année, des jeunes prêtres m’ont demandé d’organiser pour eux des sessions de formation à la spiritualité et à l’apostolat missionnaires. Nous avons déjà eu une première rencontre avec quatre d’entre eux. Nous continuerons donc ce travail pour aider les prêtres diocésains à s’ouvrir à un apostolat auprès des non-chrétiens.


5. CONCLUSION – UNE IMPRESSION MÊLÉE

Il y a une image de l’Église de Thaïlande qui frappe souvent beaucoup les visiteurs étrangers et qui pourrait bien être une sorte de symbole de ce qu’est notre Église. Je veux parler des concélébrations à l’occasion des grandes fêtes : ordinations ou divers anniversaires. Il y a autour de l’autel plusieurs évêques, un très grand nombre de prêtres, jeunes pour la plupart, qui dominent au dessus du rassemblement des fidèles. Et la célébration se déroule dans un ordre parfait, dans le plus grand respect des normes du rituel romain.
C’est là l’image d’une Église marquée par bien des caractéristiques de la culture du pays : un grand soin apporté à l’apparence extérieure, le respect des rôles de chacun dans une société bien hiérarchisée où l’attention est surtout portée sur les leaders, et le respect d’un certain nombre de normes et de rites. Ceci se retrouve dans la manière de concevoir et de mener la pastorale : la construction de bâtiments vient avant la construction des communautés, les laïcs sont au service des curés et les sacrements sont souvent administrés d’abord comme des rites. Pour nous, étrangers, et Français par dessus le marché, ces aspects mis en avant par l’Église locale ne nous semblent pas essentiels et nous en souffrons souvent, pensant davantage à des engagements évangéliques plus marqués. De tels sentiments ne sont pas seulement les nôtres ; je connais des prêtres et des laïcs thaïs qui, sur bien des points, partagent nos vues et nos désirs.
Extérieurement, l’Église donne d’elle-même l’image d’un certain dynamisme ; il suffit de voir le nombre et l’âge des prêtres ; et il y a encore 120 jeunes au grand séminaire. Mais elle manque peut-être encore de théologiens qui puissent diriger et aiguiller ce dynamisme, pour le rendre plus conforme au message évangélique et aux orientations de 1’Église depuis Vatican II. Beaucoup de prêtres sont allés faire des études en Europe, mais ça a été très souvent pour du Droit Canon, ce qui permet d’assurer une pastorale qui reste sagement dans les normes. Il y a encore trop peu de biblistes et de théologiens.
Nous, les missionnaires étrangers, nous avons pu jouer un rôle de questionnement et de réflexion au sein de l’Église locale, et nous devons certainement continuer à jouer ce rôle. Mais, depuis la dernière Assemblée générale, nous avons tous vieilli de 6 ans !... Un bon nombre de confrères nous ont quittés, soit pour prendre leur retraite, soit pour entrer dans la Joie du Père. Et nous n’avons pas encore reçu de sang neuf ! Notre situation actuelle nous permet-elle encore des remises en question, ou d’être, comme le disait un expert lors d’une de nos sessions, le « poil à gratter » dont l’Église de Thaïlande a besoin ?

Jean DANTONEL
Sampran, novembre 1997


6. STATISTIQUES DE L’ÉGLISE CATHOLIQUE EN THAÏLANDE

Population totale 61 400 000
Nombre de catholiques 252 191 (0,41 % )
Prêtres thaïs diocésains 380
Prêtres séculiers et religieux (thaïs et étrangers) 220
Frères 149
Religieuses 418



LES MEP EN THAÏLANDE

A — Groupe MEP de Bangkok et Nakhon Ratchasima



PERRAY Marcel responsable de groupe
vicaire au Calvaire à Bangkok
BRISSON René vicaire à Samsen à Bangkok
LENFANT Jean-Paul aumônier de l’hôpital St Louis de Bangkok
LE BÉZU Yves économe régional — visite les prisonniers
DUPONT Pierre-André à la maison régionale —
enseignant au lycée français
BACH Pierre responsable de la diaspora lao
DANTONEL Jean professeur de philo au séminaire
responsable MET
TRÉBAOL Joseph supérieur régional — aumônerie francophone
BRAY Marius à Chachoengsao
revue « Notre-Dame des Temps nouveaux »
LAMOUREUX René curé de Nongbuadeng (province de Chayaphum)
MALSERT Robert curé de Kengkhro (province de Chayaphum)
CHEVALIER Maurice curé de Thahinngom / Nongyaplong
(province de Chayaphum)


B — Groupe MEP de Nakhon Sawan




VERDIÈRE Edmond retiré à Saraburi
JACQUEMIN Jean curé de Saraburi
GRANGE Étienne curé de Khampeng Phet
LABORIE Pierre curé de Takli et environs
BILLOT Robert responsable de groupe
– curé de Thasung / Haïthani
COUTAND Michel curé de Lopburi
QUINTARD Joseph responsable de la mission Karen
au nord de Mèsod
TYGREAT Gabriel responsable de la mission Karen
au sud Mèsod



C — Groupe MEP de Ubon Ratchathani



TENAUD Auguste responsable de groupe
— curé de Yasothon et environs
RAGAZZI Roger retiré à Ubon
FRANCHINEAU André retiré à Klangdong
BRILLANT Henri retiré à Ubon
BRISSON Maurice curé de Surin
LÉON Louis curé de Ban Sithan et de Sisaket
GUILLEMIN Bernard curé de Varin  pastorale de la famille
COSTET Robert aumônier du couvent d’Ubon
PASEK Bronis centre de méditation de Bungmaï
et église du km 5
ABALLAIN Georges curé de Khemmarat, Bandong et environs
DROVAL Jean économe de groupe
et responsable de la maison MEP
LAOUÉNAN Marcel aumônier du couvent des sœurs de
Saint-Joseph de l’Apparition



Diocèse de Udon Thani



ANDRÉONI Francesco retiré à Udon (membre de la Diaspora)



III. LES GROUPES MEP EN THAÏLANDE


A. GROUPE MISSIONNAIRE DE BANGKOK
NAKHON RATCHASIMA

1. ARCHIDIOCÈSE DE BANGKOK

Le diocèse s’étend sur 9 provinces et une partie de deux autres provinces. La population atteint 11 560 000, d’après le dernier recensement qui ne tient pas compte des très nombreux provinciaux venus travailler dans la capitale ou ses environs, plus ou moins provisoirement. Le chef du diocèse est le cardinal Michael Michaï Kitbunchu.

Nombre de catholiques 74 421
Nombre de prêtres diocésains 121
(dont 6 à l’étranger pour études)
Religieux 71
Religieuses 557
Paroisses et lieux de culte 62
Hôpitaux 3
Écoles du diocèse 37
Écoles relevant
d’ordres religieux 35
Prêtres ordonnés en 1997 7
Prêtres des Missions Étrangères
(MEP) 4
Écoles catholiques tenues par des laïcs 53
Universités catholiques 3

2. DIOCÈSE DE NAKHON RATCHASIMA

Le diocèse s’étend sur 3 provinces. La population est de 5 050 000 environ. Le chef du diocèse est Mgr Joachim Phayao Manisab.
Nombre de catholiques 5 149
Églises paroissiales 24
Prêtres thaïs 19
Prêtres étrangers MEP 4
Prêtre missionnaire philippin 1
Ordres religieux d’hommes 2
Ordres religieux de femmes 6
Écoles du diocèse 11
École relevant d’un ordre religieux 1
Séminaire intermédiaire 1
Hôpital 11


3. GROUPE MISSIONNAIRE DE BANGKOK

Le groupe missionnaire de Bangkok comprend actuellement 1 évêque attaché au service de la diaspora laotienne et 11 prêtres, 5 du diocèse de Bangkok, 4 du diocèse de Nakhon Ratchasima et 2 de celui d’Ubon. La moyenne d’âge est de 67 ans, c’est dire que ces prêtres sont rarement mutés d’un poste à un autre.
Marius Bray, le doyen du groupe (78 ans), passe une retraite active, car outre la responsabilité d’une revue mariale très appréciée des catholiques du pays, il anime un Centre marial. Apparemment le sévère régime qu’il suit strictement ne nuit pas à ses activités.
René Brisson (75 ans) est toujours vicaire dans la paroisse Saint-François Xavier de Bangkok où il a enseigné le catéchisme à un grand nombre de paroissiens et cet enseignement occupe encore le plus clair de son temps, avec la tenue de la comptabilité paroissiale. Là tout le monde le connaît et il connaît tout le monde. Il a vu et continue de voir passer un nombre imposant de curés.
Marcel Perray (74 ans) est le responsable du groupe. Vicaire à la paroisse du Calvaire depuis plus de 30 ans, il continue comme par le passé à tenir à jour les registres paroissiaux et à confesser. Il est surtout connu pour son bon cœur et les innombrables services qu’il rend à tout le monde. Pour couronner le tout, il poursuit des études de droit canonique en liaison avec l’université de Strasbourg, et maintenant la licence n’est plus très éloignée.
René Lamoureux (72 ans) a quitté la charge d’économe régional, charge qu’il a occupée pendant une quinzaine d’années avec un humour souriant, malgré tous les ennuis petits et grands qu’on s’est plu à lui créer. Il a regagné le diocèse de Nakhon Ratchasima. Il est établi maintenant à Nongbuadeng, région qui s’ouvre à l’Évangile ; le nombre de ses chrétiens reste insignifiant. Il se dévoue à la formation de ses catéchumènes, des gens de bonne volonté mais dispersés, ce qui l’oblige à de nombreux déplacements malgré son arthrose.
Jean-Paul Lenfant (69 ans) a remplacé le Père Joly à l’aumônerie de l’hôpital Saint-Louis, hôpital de 270 lits qu’on est en train d’agrandir. De plus, il collabore aux œuvres sociales du diocèse et il est pratiquement l’aumônier d’un noviciat de religieuses. Par ailleurs, on le convoque à des réunions préparatoires à une béatification espérée d’un prêtre de Bangkok et on lui demande des « papiers » sur différents sujets de théologie.
Robert Malsert (68 ans) est l’heureux curé de Kaeng-Khro dans le diocèse de Nakhon Ratchasima. Il aide, par tous les moyens, chrétiens et autres habitants, au spirituel comme au matériel. Sans que cela soit sa devise, il applique la formule : « Le bien ne fait pas de bruit ».
Pierre-André Dupont (66 ans) est toujours enseignant au lycée français de Bangkok. Sa compétence en latin est reconnue, comme le prouvent les résultats au baccalauréat. Sa présence au lycée est un témoignage marquant. L’informatique étant une de ses spécialités, on ne compte plus les gens qui ont recours à ses avis.
Yves Le Bézu (66 ans) est venu d’Ubon pour tenir la charge d’économe régional, ingrate et lourde charge, car Bangkok étant devenu un nœud de communications, arrivent à la maison régionale, outre les missionnaires de Thaïlande, des prêtres et des religieux allant ou venant de tous les coins d’Asie. Il se rend de temps en temps à Ubon pour changer d’air.
Mgr Pierre Bach (65 ans) est sans doute l’évêque dont le diocèse est le plus vaste, car il englobe tous les Laotiens vivant en dehors du Laos et qui ont trouvé refuge un peu partout, mais surtout en Australie, en Amérique du Nord et en Europe. Il entretient des relations étroites avec l’Église du Laos qu’il visite fréquemment et qu’il s’efforce de soutenir de tout cœur par tous les moyens.
Jean Dantonel (61 ans) reste fidèle à l’enseignement de la philosophie au grand séminaire national où son influence sur les futurs prêtres et les jeunes prêtres est immense. Il se consacre également à la Société missionnaire de Thaïlande, Société qui a été placée par la Conférence épiscopale sous la responsabilité de l’évêque de Nakhon Sawan. Des membres de cette jeune société travaillent parmi les minorités ethniques de Thaïlande ainsi qu’au Cambodge. Jean va souvent les visiter.
Joseph Trébaol (58 ans), le supérieur régional, nous est venu d’Ubon. Comme tous les supérieurs régionaux, il doit beaucoup se déplacer, tant en Thaïlande qu’à l’étranger. Il est de plus l’aumônier de la communauté francophone : l’organisation de la catéchèse des enfants, l’aumônerie des jeunes et les rencontres pastorales entraînent plusieurs réunions hebdomadaires. Il est aidé par un jeune coopérant, des catéchistes bénévoles et bien des personnes de bonne volonté.
Maurice Chevalier (56 ans) est notre benjamin. Il est le curé de deux postes dans le diocèse de Nakhon Ratchasima. L’un est composé de quelques familles de nouveaux convertis, l’autre de quelques familles d’anciens chrétiens qui avaient été éloignés de tout soin pastoral pendant longtemps. Le paysage est très beau, il vit au pied d’une montagne, mais les habitants de ce pays sont plutôt pauvres. Il les aide à la mesure de ses moyens, qui ne correspondent pas à ses désirs. Ajoutons qu’il a quelques catéchumènes.
Ce groupe de Bangkok peut donc être caractérisé par l’unité dans la diversité. Unité, car tous sont hantés par l’urgence de l’évangélisation, tant aux non-chrétiens qu’aux chrétiens, et il y a des baptêmes d’adultes, pas très nombreux à vrai dire. Tous sont hantés également par l’urgence d’aider les pauvres à s’aider eux-mêmes. Unité aussi quant à l’âge respectable de tout le monde. Diversité dans les occupations journalières qui imposent un style de vie.


B. GROUPE MISSIONNAIRE DE NAKHON SAWAN
Le diocèse de Nakhon Sawan

Détaché de Bangkok en 1967, le diocèse s’étend sur 13 provinces et couvre une superficie de 93 547 km2. Sur une population de 7 446 159 habitants, on ne compte que 9 537 catholiques, dont près de la moitié issus des tribus, principalement des Karens.
Évêque :
Mgr Banchong Aribarg, depuis 1976
Prêtres diocésains 13
MEP 7
Prêtres détachés de Bangkok 8
Frères 5
Sœurs 24


I. PRESBYTÉRIUM

Après trente ans d’existence, le diocèse ne compte encore que 28 prêtres, mais 13 d’entre eux sont du diocèse, alors qu’en 1990, il n’y en avait que 5. Parmi les trois derniers ordonnés, 2 sont Karens. Les MEP ne sont plus que sept, tous au delà de 63 ans... Heureusement le jeune Olivier Prodhomme est annoncé, avec sans doute un socius, encore indéterminé.

1. Impact des prêtres détachés de Bangkok

Huit prêtres de Bangkok travaillent dans le diocèse ; le chef de file est le Père Phaïthoon, prêté au diocèse depuis 9 ans. Il a été nommé vicaire général en remplacement du Père Manat. Le secrétaire est également de Bangkok, ainsi que 3 conseillers sur 5. L’évêque, Mgr Banchong, a certainement ses raisons, mais on a un peu l’impression que le diocèse a perdu son originalité ; on essaie de suivre Bangkok, alors que la situation des deux diocèses est sensiblement différente, ne serait-ce que par le nombre de prêtres : 128 diocésains à Bangkok, contre 28 à Nakhon Sawan. Les 4 principales paroisses sont dirigées par des prêtres de Bangkok et le centre de Maesod, en principe centre karen, est administré par le Père Ekaporn, récemment venu de Bangkok ; le Père Décha qui a quitté l’ancien district de Joseph Guillou, réside lui aussi à Maesod, tout en étant chargé du groupe de catholiques du km 48.


2. Prêtres et ethnies

Parmi les prêtres diocésains, 8 travaillent en montagne dont, bien sûr, les 2 prêtres karens et le jeune Père Sanya Singhsa en train d’étudier la langue hmong. Le diocèse a compris l’importance du travail apostolique dans les tribus et les prêtres acceptent cette orientation, même si certains n’ont pas l’intention de passer toute leur vie dans la montagne.
Nos deux anciens, Gabriel Tygréat et Joseph Quintard, restent fidèles aux Karens. Une chose est tout de même surprenante... Dernièrement, un vent de tempête a soufflé sur l’évêque et son conseil ; Pentecôte ou Babel ? Le Père Montri quitte les Hmongs pour les Karens ; le Père Décha quitte Poupae pour Maesod et le kilomètre 48, où il y a peu de Karens ; le Père Rangsiphon quitte Khlonglan et les Akka pour aller à Santisuk en milieu thaï-laotien. La connaissance de la langue et des coutumes serait-elle subitement devenue un luxe non pastoral ? Le thaï serait-il devenu la seule langue nécessaire et suffisante ? Par bonheur, le Père Pithak est encore au milieu des Hmongs ; mais, ayant accepté la responsabilité des jeunes et de la musique sacrée au niveau diocésain, les Hmongs vont automatiquement passer au second plan.


II . LE GROUPE MEP

1. Chez les Karens : Tygréat, Quintard

• Gabriel Tygréat, père nourricier de Chongkhep et autres lieux, est heureux d’être secondé par son fils spirituel, le jeune Père Saïmu (en karen), Pachon (en thaï).
« Il y a six ans je m’occupais surtout des enfants des écoles primaires, au centre de Chongkhep ou dans les écoles des villages voisins. Bien sûr, quelques anciens poursuivaient déjà leurs études secondaires, surtout au centre de Maesod, où se trouvait la seule école secondaire de la région. Quelques élèves plus brillants étudiaient aussi ailleurs, chez les frères et les sœurs, avec des résultats très satisfaisants. Le premier Karen du département venait d’entrer au grand séminaire de Bangkok.
« Puis les choses changèrent très rapidement. Le centre de Chongkhep se trouva bientôt dans une nouvelle préfecture nouvellement fondée. Comme le gouvernement interdisait aux élèves (de plus en plus nombreux à finir des études primaires) de continuer leurs études dans le département voisin de Maesod, je fus bientôt contraint de louer, puis d’acheter, une maison auprès du nouveau collège départemental. Ce petit pensionnat s’agrandit très vite, et compte aujourd’hui 70 étudiants. Je fus poussé par les événements à faire face à une nouvelle situation.
« En outre, le premier séminariste karen arrivait bientôt à la fin de ses études. Il fut ordonné le 25 mai 1996, au centre karen de Maesod. Je pense qu’il sera un appel et un stimulant pour d’autres élèves et étudiants qui semblent déjà désireux de suivre son exemple. Le 8 juin 1996, il célébrait sa première messe à l’école où il avait grandi, où il avait été baptisé et confirmé. Le deuxième prêtre, ayant étudié dans la même école, a été ordonné quelques mois plus tard.
« La première religieuse karen sortie du même centre de Chongkhep a fait ses premiers vœux chez les sœurs de Saint-Paul de Chartres. Elle aussi pourrait être un exemple pour d’autres filles désireuses de consacrer leur vie au service du Christ et de l’Église. À la fin des dernières grandes vacances, deux filles, ayant terminé leurs études secondaires, ont rejoint les clarisses de Bangkok. Puissent-elles consacrer leur vie dans la prière au service de la jeune Église karen de Thaïlande, et être un exemple pour d’autres étudiantes.
« Depuis le début de l’année, j’ai organisé des réunions, avec lectures bibliques et prières, pour favoriser les vocations dans les écoles. Les réunions ont lieu plusieurs fois par semaine. Le chant habituel est : “Venez, suivez moi” et la lecture la plus fréquente est “Priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans sa moisson”. J’avoue que ces réunions sont mieux suivies par les garçons que par les filles. Il est vrai que la vie du jeune prêtre karen qui est tous les jours avec eux et qu’ils apprécient beaucoup, est un puissant stimulant pour les garçons ; par contre les filles ne connaissent pas la vie des religieuses karens qu’elles ne voient jamais.
« La plupart des Pères sont trop âgés pour espérer continuer encore longtemps leur activité missionnaire. Je crois qu’il faut donc miser sur les jeunes karens, garçons et filles, pour continuer l’activité missionnaire par eux commencée.
« Enfin, des jeunes, garçons et filles, de l’association “Enfants du Mékong”, vivent à demeure avec les jeunes karens et apportent leur concours, dans la mesure de leur compétence, à l’éducation de ces jeunes et à la bonne marche, autant que faire se peut, des différents postes dispersés. »

• Joseph Quintard, dans son immense territoire, est aidé pour le moment, par le jeune Père Prasert nouvellement ordonné.
« En 1963, deux Pères MEP, Edmond Verdière et Joseph Quintard, grimpaient sur la chaîne de montagnes jouxtant la frontière birmane, pour essayer de transmettre l’Évangile au peuple karen vivant dans la magnifique vallée de la Mæi.
« En 1997, 8 prêtres, 10 religieuses et une douzaine de catéchistes continuent cette mission, que tout le monde appelle “la mission karen de Maesod”. Le staff ecclésial est varié en personnel, en idées, en conception de la mission ; il y a toujours les deux vieux piliers MEP, Tygréat et Quintard, étayés par 4 prêtres thaïs, les Pères Décha, Ekaporn, Montri et Thawat, et surtout par les deux jeunes Pères karens, Saïmu (Pachon) et Motio (Prasert). Aux prêtres, il faut ajouter les 10 religieuses de la congrégation de Saint-Paul de Chartres et les 10 catéchistes. Toutes ces personnes animent les communautés catholiques de la vallée. En 1963, il y avait 36 catéchumènes ; en 1997, il y a 2 700 baptisés et un millier de catéchumènes ; les chiffres indiquent clairement la levée de la première semence de 1963.
« Au cours de ces dernières années, la “mission karen de Maesod” a traversé des périodes de joie et de tristesse ; il y a eu une sorte de crise de croissance, mais en même temps elle a fait un grand pas en avant, aussi bien en pastorale qu’en réorganisation administrative et financière. Le sommet de cette marche en avant a été le “synode local” de Maesod, tenu en novembre de cette année. Prêtres du secteur, délégués des religieuses, des employés pastoraux, et des communautés, se sont réunis autour de l’évêque, et ont redéfini et précisé le rôle de 1’Église dans la vallée de la Mæi. »

• Causes de tristesse :
« Commençons par les événements douloureux... Un jeune prêtre thaï, ordonné depuis quelques mois seulement et envoyé en mission dans la vallée de Maesod, abandonne sa mission et retourne “dans le civil” ; c’était en 1994. En 1996, éclate une crise de relations, au centre karen de Maesod, entre les laïcs et le prêtre responsable ; les meilleurs leaders laïcs karens n’ont plus confiance ; ils cessent leur soutien à la mission ; quelques-uns quittent l’Église. C’est cette crise qui est à l’origine du synode local. Autre événement douloureux dans la politique birmano-thaïe. Depuis 50 ans, la frontière était synonyme de lutte anti- birmane ; les combats quotidiens faisaient partie de la vie de cette vallée ; les prêtres de Thaïlande s’occupaient des catholiques KNU (Karen national Union). Le 24 janvier 1995, le KNU lui-même mettait le feu à son camp d’état-major de Maneplaw ; à leur arrivée, les soldats birmans n’ont trouvé que des restes calcinés ; tous les soldats karens sont passés en Thaïlande avec armes et bagages ; les autorités thaïes les ont, bien sûr, désarmés et tous, soldats aussi bien que civils, se sont retrouvés réfugiés ; ils le sont toujours. Environ cent mille réfugiés karens vivent de l’aide alimentaire fournie par les organismes chrétiens protestants BBC (Burmese Border Consortium) et catholiques (Caritas Thaï). Leur santé est entre les mains des MSF (Médecins sans frontières) et EMI (Entraide médicale internationale). Ils attendent avec anxiété de pouvoir rentrer chez eux. Les autorités thaïes, ne voulant pas avoir l’air de violer les droits de l’homme, n’osent pas les renvoyer et acceptent cette situation de fait, mais à contrecœur. »

• Signes de joie et d’espoir :
« Malgré les problèmes mentionnés, la mission chez les Karen va bon train. Les deux prêtres karens ordonnés récemment sont l’espoir de l’Église dans la région. La mission karen continue son chemin, c’est certain, pas automatiquement selon le modèle des fondateurs, mais elle vit et saura affirmer son identité dans le diocèse ; unité ne signifie pas uniformité... Les deux MEP sont un peu la mémoire de cette mission karen, même si, comme l’a joliment exprimé un catéchiste, ils ne sont plus que “le soleil en train de se coucher”. »

• Secteur de Maewe-Maetawo
« Pour ma part, j’essaie d’être et de rester un maillon de l’histoire. Le secteur pastoral que j’ai vu commencer et grandir m’aide à garder la joie de vivre et à atteindre le troisième âge en douceur. Je suis à 200 km au nord de Maesod, dans une région où la vie politique est toujours un imprévu, où le permis et le « pas permis », le légal et le presque illégal se donnent la main dans la plus belle harmonie.
« Les catéchumènes n’augmentent pas beaucoup dans les toutes premières communautés ; animistes et chrétiens cohabitent en paix, comme deux entités reconnues par tout le monde. Par contre, les postes de Poblaki et Nokkok voient le nombre des catéchumènes augmenter. Le travail de l’Église est reconnu et apprécié : “Vous n’êtes pas un étranger, car vous vivez avec nous”. Cette réflexion du maire de Maewe en dit plus qu’un grand discours.
« Les trois écoles de Maewe, Maesapao et Poblaki marchent bien, grâce à de nombreux bienfaiteurs ; le foyer Saint-François d’Assise accueille les élèves de la 6e à la 3e ; l’ambiance est bonne. L’école de Maewe n’émit plus utilisable ; elle a pu être reconstruite en 1995, grâce aux bienfaiteurs de France. Quant à l’école de Poblaki, les esprits se sont ligués contre elle... Construite à côté d’un arbre tabou (c’est en effet au pied de cet arbre que les villageois enterrent les placentas des nouveaux nés), elle a été écrasée par l’arbre en question, au cours d’une tempête ; une chance ! C’était un samedi et il n’y avait pas de gosses dans l’école. Le diocèse a reconstruit l’école.
« Pour que les jeunes de Maewe n’oublient pas le thaï, j’ai ouvert une bibliothèque de week-end ; peu fréquentée jusqu’à présent.
« Grâce à un ordinateur offert par les MEP, nous avons enfin les livres liturgiques en karen.
« Le bureau social diocésain a mis sur pied un programme de reconversion agricole au village de Maesapao ; très beau programme, mais on avait oublié les buffles pour le labour ! La communauté de l’Emmanuel a offert les 37 buffles nécessaires.
« Le percement de la piste-route de Poblaki est un peu ma dernière fierté. En 1996, une centaine de montagnards ont manié la pioche pendant trois mois pour percer une route carrossable (en 4 x 4) de 17 km. Cette route permet de désenclaver des dizaines de villages ; route sans doute touristique dans l’avenir, elle rend d’abord service aux paysans qui l’ont construite sans aucune aide des Ponts et Chaussées. Merci au département de Loire-Atlantique qui a contribué à financer ce projet, ainsi qu’aux MEP qui en ont permis l’achèvement.
« Tous ces projets sociaux et éducatifs ont pour but de faire évoluer les communautés chrétiennes, de préparer des leaders et de montrer le vrai visage de l’Église : servir les “paumés” de ce monde.
« Le synode local de Maesod a réaffirmé sa volonté de continuer sa mission chez les Karens avec la ville de Maesod comme centre. En théorie, on veut essayer de se libérer de l’aide occidentale. Les deux MEP sont écoutés respectueusement, même si, parfois, ce sont des “voix qui crient dans le désert”. Désormais, l’Église thaïe dirige selon sa vision propre. Je continue, tant que je le peux, de rendre service au peuple karen qui m’a si bien accepté comme l’un d’eux. »

2. En milieu thaï

En dehors de Gabriel Tygréat et de Joseph Quintard, les cinq autres MEP travaillent en milieu thaï, dans des petites communautés en voie de « développement à vitesse réduite ».

• Kamphaengphet - Étienne Grange
Étienne a réalisé ses différents plans, petit à petit, fier et heureux.
« La période 1992-1997 correspond exactement, pour moi, à la tranche d’âge où un septuagénaire normal devrait réduire ses activités matérielles pour penser davantage à ses fins dernières... C’est bien un peu, ce qui, grâce à Dieu m’est arrivé.
« Après avoir œuvré pendant une dizaine d’années, à l’installation d’abord, puis au développement placide de la ferme laitière du “calme vespéral”, le laitier et ses aides se sont retirés, satisfaits de l’indépendance financière acquise et des nombreux contacts établis ; ces contacts amicaux donneront un jour, je l’espère, quelques fruits spirituels.
« En 1992, le rêve de tout bon missionnaire s’est présenté à moi : construire une église ; et c’est donc de 1993 à 1995 que le projet s’est réalisé et que, grâce à de multiples aides, la “Nativité” a vu le jour à Kamphaengphet, pour la plus grande joie du pasteur et des brebis ; ce fut une période de douce euphorie : granit bleu, marbre rose, sculptures sur teck, vitraux d’Amérique, cloche Paccard, symboles multiples et bizarres ; “le ciel sur la terre”, en pleine harmonie !
« Et puis la vie poussant toujours, il fallut bien penser au “havre de paix”, et c’est ainsi que naquit l’idée, puis la réalisation, avec permission de Mgr Banchong, de la maison de “Béthanie”, entre 1995 et 1997. Maison de repos pour le Père et le personnel de l’église, quand ce sera nécessaire, selon l’état de santé des intéressés.
« Pour récapituler les résultats apportés par ces cinq années de petits travaux, il faut noter :
— Pour moi, enfin du temps libre, pour lire, me recycler, me reposer et prier davantage.
— Pour tous, enfin une église bien aimée, bien “bichonnée” ; excellent, autant pour la piété personnelle que pour celle du groupe de chrétiens en légère progression, malgré le sol ingrat.
Enfin l’assurance “d’habiter la maison du Seigneur, tous les jours de notre vie”, sans gêner les successeurs. »

• Tasung : Robert Billot
À 50 km au sud de Nakhon Sawan, se trouve le petit poste de Tasung, où réside Robert Billot.
« La petite église de Tasung n’est autre que l’ancienne église flottante de Manorom du temps du Père Vernier, reconstruite sur la terre ferme il y a une trentaine d’années. En trente ans, la communauté catholique ne s’est pas, hélas, développée ; il y a trente ans on pouvait compter une trentaine d’enfants ; actuellement, la majorité de la communauté a presque atteint le troisième âge ; les jeunes sont presque tous partis travailler ailleurs et ne reviennent chez les parents qu’une ou deux fois l’an. Le dimanche, de vingt à trente personnes, ce qui représente une participation de 80 % de la communauté ; en outre chaque matin, trois ou quatre voisins participent régulièrement à l’Eucharistie. La petite église est littéralement entourée de pagodes dont l’une très célèbre qui draine des milliers de pèlerins plusieurs fois dans l’année ; en fin de semaine, des fidèles viennent y faire une sorte de retraite... Notre petite communauté est vraiment la goutte d’eau dans l’océan. Puisse-t-elle être, malgré le petit nombre, le levain dans la pâte, grâce surtout à la célébration quotidienne de l’Eucharistie en petite communauté ; “L’Eucharistie ne fait-elle pas l’Église” ? »

• Takli : Pierre Laborie
Avec joie, Pierre Laborie a retrouvé Takli, à son retour de Montbeton ; il est heureux, malgré quelques ennuis du cœur et des poumons.
« Le district de Takli s’étend sur toute la province de Chaïnat et quatre sous-préfectures dans la province de Nakhon Sawan ; grand par son étendue, il est petit par le nombre de chrétiens, pas plus d’une centaine. Leur grande dispersion, leur métier (commerçants pour la plupart), ne facilitent pas la pratique religieuse ; il y a une moyenne de vingt personnes à la messe du dimanche, une cinquantaine les jours de grande fête (Noël, Pâques). Le gros problème est la catéchèse des enfants... Leur assistance hebdomadaire à la messe du dimanche étant très irrégulière, on en est réduit à les réunir pour des sessions catéchétiques, pendant les vacances ; le résultat est plutôt faible !
« En plus de l’office du dimanche à Takli, j’assure une messe par mois pour les chrétiens du barrage de Chaïnat, une autre messe mensuelle dans la sous-préfecture de Thatako et de temps à autre dans la ville de Chaïnat. Les prêtres MEP sont en majorité “ad gentes”. Dans le centre de la Thaïlande, la population semble indifférente ou allergique à la religion chrétienne : je n’ai donné que cinq baptêmes en dix ans. Mais notre témoignage silencieux et notre prière germeront sans doute un jour. Dieu seul sait quand viendra le temps de la moisson. Au niveau diocésain, je m’efforce de rendre service à ceux qui me le demandent, par des causeries bibliques. »

• Lopburi : Michel Coutand
À une centaine de km plus au sud, on arrive à Lopburi, appelé Lavo ou Louvo dans les anciens documents du XVIIe siècle. Michel Coutand trouve que la chapelle provisoire commence à être trop petite :
« Six ans n’ont pas vraiment apporté de grands changements à Lopburi, situé à 150 km au nord de Bangkok ; cependant il faut signaler un certain développement économique autour de la ville ; malheureusement la crise économique actuelle risque d’être un obstacle, comme partout ailleurs. La population aurait tendance à augmenter avec 256 000 habitants au dernier recensement.
« Le nombre des chrétiens est presque stationnaire ; les uns partent, d’autres arrivent pour une période plus ou moins longue ; en général, ils se fixent aussi près que possible de la ville, si bien que la présence aux offices augmente en nombre. La communauté comprend une cinquantaine de familles dispersées, dont une vingtaine dans un périmètre de 10km ; de 40 à 70 personnes se rassemblent le dimanche pour l’Eucharistie.
« Il reste à signaler l’implantation d’une école des sœurs de Saint-Paul de Chartres à Lamnaraï, à 70 km de Lopburi ; en mai 1998, elle ouvrira les classes du primaire et du secondaire. Espérons que son influence sera positive et permettra à plusieurs familles chrétiennes de se fixer dans la région. »

• Saraburi : Jean Jacquemin, Edmond Verdière.
Jean Jacquemin est le plus proche de Bangkok ; Saraburi n’est qu’à 100 km de la capitale, ce qui lui permet de s’y rendre chaque semaine, pour participer aux réunions des groupes charismatiques qu’il suit de près. Après le décès des pères Garrel et Deschamps, il n’est pas resté sans voisin très longtemps : Edmond Verdière qui, pour des raisons de santé, a dû quitter, avec beaucoup de regret, son monastère de Nongri, occupe maintenant la maison des anciens à Saraburi.
« Arrivé à Saraburi il y a 5 ans, à l’âge de 70 ans, j’avais quitté le circuit pastoral ordinaire depuis 38 ans. Le dernier curé résident, Mgr Langer, était mort depuis trois ans et trois prêtres, y compris l’évêque, avaient assuré l’intérim. Non loin du presbytère, il y avait, et il y a toujours, une maison des anciens. »
Constructions :
« Dès mon arrivée, je me suis trouvé les pieds dans l’eau... Lorsque l’eau s’est enfin retirée, j’ai commencé à faire remblayer le terrain et à rehausser le sol des maisons et de l’église ; en reliant le système d’évacuation de l’eau à de grands égouts installés récemment par la municipalité, on a réussi à solutionner le problème ; ainsi nous sommes au sec depuis deux ans.
« D’après les chrétiens, l’église était restée inachevée depuis sa construction par le Père Rapin ; le chœur en particulier attendait autre chose ; grâce à de nombreux bienfaiteurs, un ensemble qui plaît aux fidèles donne un nouveau sens aux cérémonies. La construction d’une grotte de Notre-Dame de Lourdes, financée en partie par le Père Garrel avant son décès, permet à un groupe de chrétiens de se réunir pour réciter le chapelet.
« Enfin la maison des anciens a été restaurée après le décès du Père Deschamps. Le Père Verdière y continue sa vie monastique, autant que ses forces le lui permettent, dans sa chambre et dans le petit oratoire aménagé près de celle-ci. »
Vie pastorale :
« La pastorale fait partie des tâches plus difficiles que celles qui concernent le matériel... La première chose qui m’a frappé en arrivant, c’est l’absence de catéchisme pour les enfants. J’ai demandé à l’ancienne catéchiste du Père Rapin de revenir reprendre sa place laissée vacante. Ainsi il y a maintenant un enseignement catéchétique pour les enfants tous les samedis matin et un embryon de catéchuménat pour les adultes le vendredi soir... quand il y a des catéchumènes.
« De plus, nous avons la chance d’avoir un organiste, qui, au cours des cérémonies, entraîne toute la communauté qui est, et se sent, vivante. La mise à jour des registres paroissiaux et l’établissement du « Status animarum », a été l’occasion de nombreuses rencontres et maintenant nous nous connaissons tous comme de vieux amis. Le travail est virtuellement terminé et nous savons ainsi qu’il y a 101 familles, 321 chrétiens baptisés répartis dans une douzaine de villes et villages, dans la province de Saraburi. Nous n’avons pas pu compter les migrants ni ceux qui se cachent parce qu’ils ne sont pas en règle avec l’Église. La plupart des chrétiens sont d’origine chinoise ou vietnamienne ; ils ont émigré des vieilles communautés un peu ghetto, pour trouver du travail et vivre convenablement.
« Ils retournent régulièrement à la source, lors des fêtes de famille ou quand ils rencontrent des difficultés. À Kengkhoï, par contre, le groupe de nouveaux chrétiens est de la même ethnie que les gens baptisés par Mgr Prodhomme, il y a cent ans, mais on ne trouve parmi eux, aucun de leurs descendants. De même, je n’ai retrouvé aucune trace de certaines communautés installées dans des villages au siècle dernier... Il n’en reste aucune trace ; le constat de l’impossibilité où se sont trouvés les prêtres de suivre les nouveaux convertis est difficile à supporter.
« Un autre sujet d’angoisse : le vieillissement de nos communautés. Nous n’avons pas d’enfants de chœur et les adolescents sont peu nombreux à la messe du dimanche. Une première raison est que les familles ont peu d’enfants ; les bonnes familles en ont deux et les familles nombreuses arrivent à trois. Une deuxième raison est que les familles envoient souvent les enfants en âge d’aller à l’école chez des grand-mères ou des tantes pour profiter de l’enseignement d’une école qu’ils jugent meilleure. Enfin les parents, trop occupés par leur travail, confient leurs enfants à d’autres. Les jeunes bénéficiaires de bourses d’étude, paroissiales ou autres, étudient ailleurs et ne reviennent qu’aux vacances. Les jeunes de la paroisse ne sont pas trop touchés par les misères actuelles que sont la drogue ou le sida, parce qu’ils sont, en fait, relativement étrangers au milieu non chrétien dans lequel ils vivent.
« Ce milieu nous échappe presque complètement. Une fois cependant j’ai eu l’occasion de prêcher dans une pagode. Un vieux monsieur non chrétien que nous connaissions bien et qui nous fréquentait depuis des lustres, a demandé le baptême avant de mourir ; après le décès de leur père, les enfants ont conduit le corps à la pagode pour l’incinérer. Ils nous ont invités à venir prier à la manière des chrétiens. Avant de commencer, le fils aîné m’a demandé de redire cette Foi qui est la nôtre et qui était devenue celle de son père ; plus de karma, plus de renaissance, quel espoir magnifique ! Cependant, il n’y a pas eu de suite ; l’Évangile semble si contraignant ! Par la suite la même demande d’annonce de cet espoir m’a été faite dans des circonstances analogues. Serait-ce là une partie de la mission ?
« Après 38 ans d’absence, à l’âge de 70 ans, j’ai renoué avec la forme d’apostolat à laquelle je me croyais appelé depuis toujours et j’en suis tout heureux ! Je ne regrette cependant pas l’autre forme d’apostolat que l’Église m’avait confiée et qui a fait ma joie pendant de nombreuses années. »

• Du Silom à Montbeton : Père René Meunier.
En octobre 1997, notre doyen, le Père Meunier, 90 ans, prenait la décision de se retirer à Montbeton, « pour ne pas trop importuner le diocèse et la maison régionale du Silom ». C’est une marque supplémentaire de la sainte délicatesse de notre doyen ; aux dernières nouvelles, le Père Meunier, heureux de l’accueil et de la bonne ambiance de la maison, est en bonne forme ; le médecin qui l’a examiné a déclaré qu’il serait heureux de jouir d’une telle santé. S’il arrive à 90 ans !


III. RELIGIEUX DANS LE DIOCÈSE

Les religieuses, au nombre de 24, viennent de trois instituts différents. Des religieuses de Chanthaburi continuent à travailler à Phitsanulok, les sœurs du Sacré-Cœur de Klongtœi (Bangkok) ont une école à Sawankhalok et travaillent dans les paroisses de Banpeng et Bangkham. Quant aux sœurs de Saint-Paul de Chartres, elles ont fondé dans le diocèse trois écoles de la Congrégation (Nakhon Sawan, Petchaboon et Maeramat) ; cette dernière fondation assez récente, non loin de la frontière birmane, sert également de pied-à-terre au Père Thawat qui fait fonction d’aumônier.
Enfin une quatrième école va ouvrir ses portes à la rentrée de mai 1998 ; il s’agit de l’école de Lamnaraï dans la province de Lopburi ; terrain et bâtiments ont, semble-t-il, été offerts gracieusement aux sœurs ; on croit rêver ! En outre, à Maesod, au centre karen, les sœurs sont plus ou moins en charge de l’école paroissiale sous la haute direction du curé, et quelques religieuses sont détachées pour 1’apostolat en milieu karen ; elles ont leur pied-à-terre à Poupae, ancien district de Joseph Guillou.
Les frères de La Salle continuent leur activité éducatrice dans leur collège Chotirawi de Nakhon Sawan.


IV. LES LAÏCS

Les religieuses paroissiales sont loin d’être partout. Dans les petits postes où nous travaillons, des laïcs, aides au prêtre ou catéchistes, ou même simples maîtresses de maison, « font beaucoup du peu que nous faisons ». En général bien acceptées par la population, elles font souvent preuve d’un dévouement admirable.
Les catéchistes, surtout en milieu montagnard, restent un élément moteur de la mission. Quant aux professeurs catholiques des écoles, on en rencontre une grande partie dans les divers mouvements d’Action catholique ou Associations pieuses, et Dieu sait s’il y en a, par contre, ils ont peu d’influence dans la pastorale au niveau diocésain.


V. QUELQUES RÉFLEXIONS

En six ans, l’ordination de 6 nouveaux prêtres est un grand signe d’espérance, même si, hélas, l’un d’eux n’a pas tenu le coup très longtemps ; en outre, après le diaconat, un autre n’a pas demandé l’ordination à la prêtrise ; il est quelque part à Bangkok et reste en contact avec l’évêque. S’il y a déjà deux prêtres karens, par contre les Hmongs n’en ont pas encore produit. Le célibat en serait-il une des principales raisons ? C’est possible. Avec l’arrivée de jeunes MEP, le groupe sera revivifié et les prêtres karens sécurisés.
Deux prêtres diocésains sont actuellement à l’étranger : le Père Sririchan en est à sa troisième année à Rome, pour se préparer, en principe, à prendre en charge le foyer-petit séminaire toujours en projet, et le Père Prasert est quelque part en Grande-Bretagne, après avoir passé deux ans en Amérique.
Le presbytérium s’est étoffé, ce qui ne veut pas dire qu’automatiquement la mission va tambour battant. Excepté chez les Karens, il n’y a pas eu d’ouverture de nouveaux postes au cours des six dernières années ; on planche depuis des lustres sur la mise en place des structures, et ce n’est pas encore terminé ; il est en effet difficile de faire tenir un grand chapeau sur une petite tête. Les réunions mensuelles, de plus en plus encombrées par les réunions des commissions et sous-commissions, vont dans le même sens ; le Père Phaïthoon, vicaire général, est vraiment heureux en réunion ; les autres prêtres un peu moins. Le Père Laborie est toujours prêt à donner un coup de main pour la formation biblique et catéchétique, mais on le lui demande de moins en moins.
En résumé, les MEP de Nakhon Sawan continuent humblement leur tâche, là où ils ont été envoyés, en espérant que les jeunes prêtres du diocèse sauront faire la différence entre travail apostolique et simple administration d’un poste ou d’une école, et que l’Évangile, en pratique et pas seulement en théorie, sera le centre de leur vie sacerdotale. Puissent l’Esprit Saint les éclairer et l’évêque les encourager.

R. P. Robert Billot

C. GROUPE MISSIONNAIRE D’UBON
Diocèse d’Ubon Ratchathani

Superficie 53 917 km2
7 Provinces
Population 7,5 millions
Catholiques 22 117
Clergé 37 prêtres,
dont 12 MEP.
Religieux 3 Frères St-Gabriel
Religieuses 119
4 Congrégations
Séminaristes 16 Grands
47 Petits
Écoles 5 Primaires
6 Secondaires


I. SITUATION DES MISSIONNAIRES MEP DANS LE DIOCÈSE

La collaboration entre prêtres locaux et MEP semble apparemment bonne, compte tenu des différences de mentalité. Nous avons laissé les grosses paroisses à la charge du clergé local et reçu en échange des postes « ad gentes », avec souvent de nombreuses dessertes éloignées. Nous sommes actuellement 12 MEP encore présents dans le diocèse pour 25 prêtres thaïs ; ces derniers ont vu, en quelques années, leur nombre décroître : 4 ont quitté le sacerdoce et, dernièrement, un jeune de 36 ans est décédé.
Le Père Trébaol réside à Bangkok, réélu au poste de Supérieur régional pour un deuxième mandat. Le Père Le Bézu, quant à lui, remplit très efficacement son travail d’économe au Silom.
Le Père Jacquemin, détaché auprès du diocèse de Nakhon Sawan, est curé de Saraburi à environ 100 km de la capitale, il s’occupe de la maison des anciens tout en étant aumônier des « groupes de prière » dans la mouvance charismatique.
Le Père Van Nédervelde (73 ans) a jugé qu’il était temps, pour lui, de quitter la mission pour la continuer en France où il exerce maintenant son ministère.
Le Père Franchineau (74) a trouvé refuge à Klang Dong dans le diocèse de Khorat, en milieu exclusivement bouddhiste. Il ne fait pas de prosélytisme, mais sa seule présence est un témoignage. Il est connu de tous les gens du quartier qui l’apprécient ; il participe à leur vie, n’ignore rien de leurs problèmes ni de leur mentalité. Il a d’ailleurs consigné ses observations et ses réflexions dans plusieurs écrits.
Le Père Tenaud (59) a été chargé du poste de Yasothon fondé par Mgr Berthold. Sa paroisse empiète sur le territoire de 3 provinces : Yasothon, Roi Et, Sisaket, avec quelque 280 chrétiens à qui il essaie de redonner du souffle. Près d’une centaine pratique plus ou moins régulièrement. La majorité de ces baptisés n’ont que 20 ans de christianisme et il faut reconnaître que leur formation religieuse laisse à désirer... aussi un nombre non négligeable est retourné au bouddhisme.
Le Père est un grand avaleur de kilomètres et, pour économiser de l’essence, il s’efforce, à regret, de réduire la vitesse. Le centre de Yasothon possède une « nursery » d’une centaine de gamins et gamines ; elle a bonne renommée, mais le Père affirme ne pas croire à l’efficacité missionnaire de cette institution. Le but avoué de l’entreprise est d’aider les finances de la Mission.
Le Père Aballain (65) s’occupe d’un vaste territoire d’environ 60 km de rayon. Il a commencé à Khemmarat, sur le bord du Mékong, d’où il peut voir et contempler le Laos, son ancienne mission où il a laissé une grosse moitié de son cœur. Khemmarat et ses sept dessertes réunissent environ 300 chrétiens plus ou moins fidèles. L’usure du temps entraîne des relâchements, la croyance vivace aux mauvais génies à qui on attribue les déboires et les malheurs de la famille, suscite des défections. Depuis le départ du Père Van Nédervelde, il doit s’occuper de Ban-Dong qui, avec ses 473 chrétiens, demande plus de temps et de soins. L’ambiance de ce village est sympathique et des conversions pourraient même y être envisagées.
Le Père Léon (74) est chargé du village de Sithan (650h) et contacte aux alentours huit autres villages où vivent des chrétiens isolés. Sithan a fêté, l’an dernier, le centième anniversaire de sa fondation. Sithan a donné à l’Église 4 prêtres et 21 religieuses. Beaucoup de jeunes poursuivent leurs études secondaires. Le Père Léon doit, en outre, s’occuper de Sisaket, préfecture de moyenne importance ; on y recense environ 160 chrétiens dont la plupart ne pratiquent qu’occasionnellement. Quelques sœurs « Amantes de la Croix d’Ubon » dirigent une école secondaire d’environ 1 000 élèves, dont 90 % sont bouddhistes.
Le Père Maurice Brisson (72) réside dans la ville de Surin, à 180 km d’Ubon. Ce poste, fondé par le Père Albandos qui est à l’origine d’un « jardin d’enfants » dont, selon le curé, l’impact sur l’évangélisation est négligeable. La caractéristique du poste est la « diaspora »: en dehors de la ville, on trouve des chrétiens dans presque tous les districts, venus de toute la Thaïlande, souvent en situation irrégulière, mais heureux de recevoir la visite du Père. Certains se disent même « christo-bouddhistes ». En ville, la population chrétienne est instable et ne forme pas une communauté ; il est difficile d’avoir une pastorale suivie. En deux ans de présence, le Père Brisson a baptisé 1 enfant et 1 adulte. Trois religieuses japonaises font un travail remarquable auprès des enfants pauvres des rues. Elles sont entrées en contact avec plus de cent familles. La région frontalière avec le Cambodge fait partie de la paroisse, particulièrement deux villages où résident quelques familles chrétiennes. Il est à noter qu’un prêtre thaï ainsi que deux religieuses « Amantes de la Croix d’Ubon » avaient choisi Surin pour y apprendre le khmer avant de partir en mission au Cambodge où leur travail semble être apprécié. Ce furent les trois premiers membres de la nouvelle Société des Missions Étrangères de Thaïlande envoyés à l’étranger.
Le Père Pasek (67) est toujours retiré dans la forêt, en bordure de l’église de Bungmaï. Il reçoit de temps en temps des religieux, religieuses et séminaristes pour un temps de méditation selon les techniques bouddhistes de concentration et de respiration, mais pour aboutir, bien sûr, à la rencontre avec le Christ. De plus, notre « gourou » va parfois rendre visite à ses amis des pagodes et en profite pour dire sa foi, sans pourtant faire de prosélytisme. En « écolo » convaincu, il laisse venir dans sa chambre la faune des environs : les serpents font peau neuve derrière sa bibliothèque où ils trouvent une nourriture suffisante en fait de souris, margouillats et grenouilles.
Il aimerait que des confrères aillent de temps en temps se retremper dans le silence des pagodes, comme il le fit jadis, mais cela exige beaucoup de courage et d’abnégation. Toutes les fins de semaine, il s’occupe d’une paroisse d’une centaine de fidèles. L’an dernier, une belle chapelle dédiée à Saint-Antoine y a été bénite par Mgr Bunluen Mansap. Enfin, en guise de cerise sur le gâteau, notre ami, après des années d’attente, d’incertitude, de doute et de découragement, a vu enfin la fin de son problème d’identité. D’apatride et de citoyen du monde, il est devenu « polonais », selon la nationalité de ses parents. Il pourra ainsi quitter le Royaume de Thaïlande et visiter sa famille en France sans problème.
Le Père Costet (69) a cédé sa place de Vicaire général mais continue son travail d’aumônier auprès des « Amantes de la Croix d’Ubon ». Une bibliothèque abondante veille sur sa solitude. Il a élaboré un catéchisme pour les catéchumènes de même qu’une étude très fouillée sur « L’Évangélisation en Thaïlande ». Il est très souvent appelé pour des retraites ou des conférences sur l’histoire de la Mission en Thaïlande.
Le Père Laouénan (64), après plusieurs années au service du diocèse comme secrétaire de l’évêque, est devenu l’aumônier des « Sœurs de Saint-Joseph de l’Apparition ». Tous les matins, il va à pied dire la messe pour cette communauté, où il enseigne le catéchisme aux jeunes qui s’y préparent à la vie religieuse, et donne une causerie hebdomadaire. Homme d’ordre et de synthèse, il possède des archives bien tenues qui ont aidé le rédacteur à composer le compte rendu présent.
Le Père Droval (67) revenu récemment de son congé en France, a repris ses fonctions de procureur. Le travail ne lui manque pas ; en plus de la marche de la maison, des comptes et du ravitaillement, il est souvent mis à contribution pour conduire ici ou là les Pères qui ont besoin de se déplacer ; même ceux du Laos comptent sur son aide et sa serviabilité pour les ravitailler, les accueillir ou les reconduire à la frontière lors de leur passage à Ubon.
Le Père Guillemin (68) est chargé de Varin, ville jumelle d’Ubon, située de l’autre côté du fleuve Moun, avec une population chrétienne de 200 personnes fondues dans la masse. La pratique dominicale ne mobilise qu’une vingtaine de fidèles. Le Père est également chargé de la pastorale diocésaine de la famille, ce qui est loin de le réduire au chômage : sessions de préparation au mariage, formation des « couples pour le Christ » etc. Les résultats paraissent encourageants.
Les Pères Ragazzi (80) et Brillant (74) résident à la maison de Société d’Ubon. La vie y est douce et sereine, la maison accueillante avec son parc à la paix bucolique. Ils vont ensemble, tous les mercredis, entendre les confessions et faire de la direction spirituelle au petit séminaire, qu’il faudrait plutôt appeler Probatorium. Le supérieur ne se fait guère d’illusions sur les motifs des entrées ni sur les résultats. On fait souvent appel au Père Ragazzi pour des remplacements. Il ne les refuse pas, convaincu que cela lui donne une raison de vivre et lui évite peut-être de devenir trop grincheux avec l’âge.

Conclusion

Beaucoup se posent la question : que seront nos communautés au prochain millénaire ? Pessimistes et optimistes se partagent à ce sujet. Pour les uns : éclatement des familles, raréfaction des naissances, pratique religieuse en baisse dans la population adulte et presque inexistante chez les jeunes, catéchèse déficiente. Pour les autres : foi plus adulte, engagement et responsabilité dans l’Église, connaissance de la Parole de Dieu, et puis il y a l’Esprit Saint qui, avec le concours du Peuple de Dieu, saura bien débrouiller l’écheveau. Il convient de l’espérer.
Roger RAGAZZI

II. LA PASTORALE DU DIOCÈSE

La base théorique de la Pastorale au diocèse d’Ubon est la visée missionnaire de la conférence épiscopale de Thaïlande : l’Église, Peuple de Dieu, témoigne de Jésus-Christ dans la société thaïe par l’approfondissement de la vie spirituelle de tout un chacun et l’humble service des pauvres. Cela est monnayé au quotidien par les résolutions du Conseil pastoral diocésain qui a mis l’accent ces dernières années sur la vie chrétienne de chaque fidèle, de chaque famille, de chaque mouvement, avec une insistance toute particulière, pour les uns et les autres, sur l’étude, la méditation et la prière de la Bible.
C’est ce que chaque groupe, chaque mouvement s’est efforcé de faire, que ce soit le Centre catéchétique et pastoral par la formation des catéchistes et des enfants catholiques de la diaspora, le Centre d’Action sociale par ses projets d’aide mutuelle basée sur les valeurs évangéliques, le séminaire par la formation des jeunes candidats au sacerdoce, ou encore le Centre de coordination de la Pastorale des Jeunes avec un intérêt particulier pour les migrants et les étudiants, ou le Centre de promotion de la vie de famille et les Couples pour le Christ.

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