| Année: |
1872 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin méridional |
| Rédacteur: | Mgr Gauthier |
Mission du Tong-King méridional.
A la date du milieu de décembre 1869, Mgr Gauthier nous écrivait, qu’il s’occupait activement à réparer les désastres causés, par la persécution des lettrés, dans l’année 1868. Les 32 villages chrétiens, pillés et brûlés à cette date, étaient presque tous reconstruits tant bien que mal. Toutefois, les garanties données au libre exercice de la religion étaient encore fort précaires, comme l’affirment des lettres reçues au commencement du mois d’août 1870, et dont nous citerons quelques extraits : « Dans le cours de ma dernière visite pastorale, écrit « Mgr Gauthier, je pouvais, chaque jour, prêcher devant un auditoire qui comptait « ordinairement bon nombre de païens, J’ai eu de longs et fréquents entretiens avec des « lettrés, des chefs de canton, des assesseurs ou des greffiers de mandarins ; or, tous « convenaient du ridicule et de l’absurdité de leurs nombreuses pratiques superstitieuses….
« En faisant l’administration de plusieurs villages, qui ont été victimes des attentats « commis par les lettrés, j’ai été grandement édifié des bonnes dispositions que j’ai trouvées « chez ces pauvres chrétiens, qui venaient d’être si horriblement maltraités dans leurs « personnes et dans leurs biens. Le jour de la Toussaint, j’ai célébré la messe solennelle sur « l’emplacement même de l’église brûlée par les lettrés. Il se trouvait là réunis plusieurs « milliers de chrétiens et de païens…»
Cette tolérance toutefois n’est point partout la même ; et Mgr Gauthier, dans une autre lettre, cite un fait récent, qui prouve combien la haine des lettrés, contre les chrétiens, est encore vive en certaines localités.
Le curé de la paroisse de Thanh-Xuyen devait passer quqtre jours dans le village chrétien de Trung-Lam. Les fidèles, pour se conformer aux usages de la localité, préviennent le maire aussitôt. Celui-ci réunit les principaux personnages de la commune, et tous, s’étant constitués en tribunal, font comparaître les chefs des chrétiens et leur signifient: que jamais ils ne tolèreraient l’exercice du culte chrétien, ni la présence d’aucun prêtre sur le territoire de leur commune ; et que, s’ils s’obstinaient à garder leur religion, ils n’avaient qu’un parti à prendre : celui de s’expatrier.
Après cette déclaration, les chefs des chrétiens ont été garottés, couchés à terre, et rudement fustigés : puis leurs maisons furent livrées au pillage. Ces magistrats improvisés ont ajouté même : que, si un Européen avait l’audace de se présenter dans leur village, il serait immédiatement massacré, et le village mis à feu et à sang.
Malgré cela, les germes de conversions ne sont point entièrement étouffés. Dans cette même paroisse de Thanh-Xuyen, dont aucune des 20 chrétientés n’a échappé, en 1868, à la fureur des lettrés, un personnage important est venu, de lui-même, demander à se faire chrétien, avec toute sa parenté (environ 15 à 20 personnes); et comme, par suite des attentats réitérés des ennemis de la religion, il ne reste plus église, ni presbytère, dans toute l’étendue de la paroisse, il a offert de construire, à ses frais, un oratoire et un presbytère sur son terrain. Beaucoup d’autres païens témoignent le même désir, mais la crainte d’un massacre général des chrétiens, que les lettrés cherchent à susciter de nouveau, pourrait bien entraver ce mouvement de conversions.
Les lettres reçues de différents points de cette même mission, en 1871, constatent l’heureux résultat et les fruits de salut sortis du dernier jubilé. « Si les chrétiens de quelques « villages, incendiés l’année précédente, n’étaient pas encore à la merci de leur persécuteurs, « il est à croire, qu’à très-peu d’exceptions près, tous les chrétiens auraient profité de la « faveur insigne, que Pie IX vient d’accorder à l’univers catholique. » Mrg Gauthier confirme ces bonnes nouvelles, en écrivant, dans une de ses lettres, ce mot significatif: « Depuis la « publication du fubilé, il y a, vers la religion, un retour qui tient du merveilleux. Nous « jouissons de la paix, et nos chrétiens s’évertuent à bâtir des églises. »
Les catalogues d’administration donnent les résultats suivants:
Année 1869 1870 1871
Baptêmes d'adultes 126 171 161
Baptêmes d'enfants de chrétiens 3.282 3.045 3.568
Baptêmes d'enfants de païens 4.546 3.478
Confessions 50.443 81.367 66.724
Communions 46.061 74.807 62.874
Confirmations 1.805 4.710 512
Mariages 658 863 719
Saints viatiques 569 526 517
Extrêmes onctions 769 1.107 1.119
La population chrétienne de ce vicariat compte de 60,000 à 70,000 âmes, formant 25 paroisses. Le personnel de la mission comprend 2 évêques (dont un vicaire apostolique et son coadjuteur), 8 missionnaires européens, 41 prêtres indigènes (dont 5 infirmes et 1 retenu par le roi, à la capitale, pour y enseigner le français), 6 diacres, 4 clercs, 84 latinistes, et 83 catéchistes.
<< Retour page précédente
|