| Année: |
1874 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Sohier |
Cochinchine septentrionale .
1874
Tous les détails que nous avons au sujet de ce Vicariat , sont extraits de diverses correspondances de Mgr Sohier . Sa Mission a passé plusieurs mois dans des alarmes continuelles , mais en somme n’a pas trop à souffrir des malheureux événements du Tong-King , et l’administration a généralement pu s’y faire sans troubles .
« J’ai ordonné trois nouveaux prêtres indigènes , nous écrit Mgr Sohier à la date du 14 janvier 1874 . Dans plusieurs localités de mon Vicariat , les chrétiens ont encore eu à souffrir de longues et cruelles vexations à cause du Thâp-dieu (dix commandements publiés par Minh-Mang et renouvelés par Tu-Duc ) dont on voulait les forcer à écouter la lecture . En juin , six élèves venant de Pinang sont arrivés à Hué porteurs d’un passeport délivré par l’amiral de Saïgon . Malgré ce titre , ou plutôt à cause de ce titre , ils ont été arrêtés en route et conduits comme des prisonniers à la capitale , où on les a injuriés et condamnés à recevoir chacun 80 coups de bâton ; pour avoir eu recours à la protection française . Nous n’avons pu leur éviter ce supplice qu’en le rachetant par 108 ligatures . »
« Malgré ces vexations , nous avons , comme à l’ordinaire , donné des retraites ecclésiastiques à tous nos prêtres , célébré avec solennité les fêtes de Pâques , fait avec beaucoup de pompe les processions du Très-Saint-Sacrement , qui est maintenenat conservé dans huit de nos églises . Ma dernière visite pastorale a duré trois mois . Partout j’ai été accueilli avec de grandes démonstrations de joie . Un lettré , maire de village , nous a seul insultés . Mais le sous-préfet de ce département , instruit de sa conduite , l’a dégradé de sa dignité et fait battre de verges en plein tribunal . Cet acte de justice a grandement consolé les chrétiens et tenu les païens en respect . »
Le fait le plus mémorable qu’il y ait à signaler dans ce Vicariat , est le voyage fait par Mgr Sohier au Tong-King , comme envoyé du roi de Cochinchine . Lorsqu’on connut à Hué la prise de Ha-noi par les Français , le roi et son gouvernement furent dans la consternation . Ce prince pria Mgr Sohier et son Provicaire qu’il avait précédemment persécutés , de se rendre au Tong-King en qualité d’intermédiaires pour arranger les affaires avec M. Garnier .
Sa Grandeur , pour éviter de nouveaux malheurs à ses chrétiens et peut-être à tous ceux de l’empire annamite , consentit à se charger de cette mission difficile , à condition que le roi donnerait de pleins pouvoirs aux ambassadeurs qu’il avait depuis longtemps à Saïgon , pour y conclure un traité de paix avec la France , et qu’il enverrait avec lui au Tong-King un grand mandarin autorisé à traîter avec M. Garnier la question commerciale . Le roi accorda le tout et le voyage se fit immédiatement et avec grande pompe . Mgr Sohier parti de Hué le 1er décembre , arriva le 16 à Ha-noi .
Les événements s’étant précipités , le résultat ne fut atteint que par une nouvelle ambassade et après de grands malheurs . Mgr Sohier rentra dans sa Mission quelque temps après. L’esprit public était loin d’être calmé , et les lettrés , satisfaits en apprenant les massacres du Tong-King , étaient bien désireux de les renouveler en Cochinchine . Néanmoins , depuis lors , l’ordre y a été maintenu . Nos dernières nouvelles de la Cochinchine septentrionale sont du 20 du mois d’août , et à ce moment tout paraissait rentré dans le calme ordinaire , grâce à l’apparition d’un navire de guerre français et aux mesures prises par le gouvernement annamite contre les lettrés et leurs bandes . On fondait pour l’avenir les plus belles espérances sur la ratification du traité de paix conclu avec la France .
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