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Rapport annuel des évêques

Année: 1875
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine septentrionale
Rédacteur:Mgr Sohier

Cochinchine septentrionale
1875

Mgr Sohier nous donne de consolantes nouvelles sur l’amélioration sensible qui se manifeste dans l’ensemble de l’état de sa Mission, et d’intéressants détails sur l’organisation intérieure que cet état de choses plus favorable lui a permis d’établir.
Depuis plusieurs années déjà, la Cochinchine septentrionale était, sans aucun doute, de toutes les missions du territoire soumis au roi d’Annam, celle qui jouissait de la plus grande liberté, ou, si l’on veut, celle qui était la moins tracassée. Cet avantage résultait, sans doute, de ce que les autorités annamites en rapport plus direct avec le gouvernement de Saïgon, craignaient davantage de se compromettre vis-à-vis de lui, à l’occasion de tracasseries suscitées aux missionnaires ou aux chrétiens, à la porte même du palais du roi. Dans ces derniers temps, ce privilége a été encore incontestablement celui de la Mission de Mgr Sohier. Sa Grandeur nous dit, dans la lettre qui accompagne son compte rendu : « L’année dernière, j’ai fait, dans une partie de ma Mission, une visite pastorale qui a duré trois mois et qui s’est accomplie fort heureusement. Dans chaque district, j’ai fait de magnifiques processions, exposé le T .-S. Sacrement, béni des églises et des cimetières, donné des retraites à nos prêtres et à nos religieuses, fait subir, dans chaque paroisse, des examens sur le catéchisme, administré le sacrement de confirmation, etc. Ces cérémonies, qui vous sont familières, sont pour nous, dans un pays qui naguère était le foyer de la persécution, un grand sujet de joie et d’étonnement. »
Mgr Sohier parle aussi avec grand éloge du résident français établi à Hué, M. Rheinart. Ses dispositions bienveillantes pour les missionnaires et leurs chrétiens, et sa fermeté en face des mandarins annamites font espérer un très heureux résultat de la mission qu’il remplit à la capitale. En particulier, il presse énergiquement la publication, dans tout le royaume, de l’article du traité relatif à la religion chrétienne. Ce point, s’il est fidèlement exécuté, sera de plus haute importance pour la propagation de l’Évangile : car le grand obstacle aux conversions, dans ce pays, paraît être l’opposition qu’y a toujours apportée le gouvernement.
Sur l’organisation et les travaux de la Mission, nous extrayons ce qui suit des notes qui accompagnaient le compte rendu de Mgr Sohier : « Ma Mission comprend à peu près trois provinces, savoir : celle de Thua-Thien, ou province royale, où se trouve la capitale du royaume ; celle de Quang-Tri, et les deux tiers de celle de Quang-Binh. Un missionnaire a la surintendance d’une province, ou d’une partie de province, et en est comme l’archiprêtre, ainsi : 1°M. Pontvianne est supérieur de la province de Quang-Binh ; il est chargé de la direction de 6 prêtres indigènes, de deux couvents de religieuses et de l’inspection de 4845 chrétiens, dont 741 sont spécialement confiés à son administration ;_2°M. Pineau est supérieur de deux vastes districts, chargé de la direction de 8 prêtres indigènes, d’un couvent considérable de religieuses, et a l’inspection sur 7255 chrétiens, dont 500 sont spécialement confiés à son administration ; _3°M. Bonin est aussi supérieur de deux grands districts et chargé de la direction de 8 prêtres indigènes, de deux couvents de religieuses, et a l’inspection sur 7424 chrétiens, dont 1022 sont spécialement confiés à son administration ; _ 4° M. Dangelzer professe la théologie, administre une paroisse de 614 chrétiens, confesse les religieuses de deux couvents et celles de l’orphelinat de Kim-Long, et s’occupe avec moi, autant que ses autres travaux le lui permettent, de la direction de 14 prêtres indigènes et de l’inspection de 6041 chrétiens de la province royale ; _ 5°M. Renauld est chargé de la direction de nos fermes, où se trouvent les principaux établissements de la Sainte-Enfance (j’en dirai un mot plus bas) ; _ 6° enfin j’ai mis M. Mathey à la tête de notre collége. Pour moi, je m’occupe de l’administration générale de toute la Mission, de la correspondance à l’intérieur et à l’extérieur, des comptes de la procure, car je n’ai aucun missionnaire disponible, à qui je puisse confier cette charge, qui est pour moi un grand surcroit d’embarras.
« Si l’on excepte quelques petites stations, toutes les chrétientés ont une chapelle plus ou moins convenable ; mais on peut dire de toutes qu’elles sont dans le plus grand dénûment. Maintenant que nous avons la paix et que notre clergé indigène est nombreux, si nous avions des moyens suffisants pour aider nos chrétiens, qui rivalisent de zèle et s’imposent les plus grands sacrifices pour bâtir des chapelles, nous pourrions conserver le T.-S. Sacrement dans chaque district, ce qui ne manquerait pas d’attirer les plus abondantes bénédictions sur notre Mission, d’augmenter la ferveur de nos chrétiens et d’obtenir des grâces spéciales pour la conversion des païens.
« Cette année, la mort nous a enlevé trois prêtres indigènes ; mais je vais prochainement en ordonner sept, ce qui me permettra d’en placer dans quelques chrétientés qui en manquaient encore ; de sorte que, désormais, tous nos chrétiens pourront assister à la messe le dimanche, et approcher des sacrements aussi souvent qu’ils le voudront.
« Nous n’avons que deux catéchistes proprement dits, mais nos clercs en remplissent les fonctions au besoin : de plus, il y a, dans notre orphelinat, une quinzaine de jeunes gens qui auront bientôt terminé leurs études pour le diplôme de catéchiste, et qui seront d’un grand secours pour les prêtres indigènes.
« Le chiffre des baptêmes d’adultes est encore bien minime : cela tient à plusieurs causes qui, nous l’espérons, vont peu-à-peu disparaître, dans les conditions plus favorables auxquelles nous croyons être enfin parvenus.
« Nous avons, dans la mission, deux fermes pour la Sainte-Enfance ; l’une fondée il y a six ans, est déjà très florissante, l’autre, trois fois grande comme la première, a été entreprise cette année. Nous avons encore, pour la Mission, une autre ferme qui n’est aussi qu’en formation, quoique commencée il y a trois ans. Comme celle-ci est très bien située, et qu’on peut s’y procurer tout ce qui est nécessaire à la vie, j’ai résolu, avec le consentement de tous mes confrères, d’y transporter notre collége, d’y bâtir une belle église, d’y construire un couvent de religieuses, etc. Ce pourra être aussi un sanatorium pour notre Mission, un lieu de retraite pour nos prêtres et nos chers invalides, et un refuge pour les catéchumènes qui seraient exposés à la perversion, s’ils retournaient au milieu des villages païens d’où ils sont sortis. J’ai placé M. Renauld à la tête de toutes ces entreprises, qui sont de la plus haute importance. »
Nous prions Dieu, de tout notre cœur, de bénir de plus en plus toutes ces œuvres, et, par leur développement, de dédommager cette chère Mission des longues années de persécution dont elle ne fait que sortir.


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