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Rapport annuel des évêques

Année: 1876
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine orientale
Rédacteur:Mgr Charbonnier

Cochinchine orientale. 1876


La Mission de la Cochinchine orientale a été particulièrement éprouvée dans le courant de 1876. La mort de M. Perrot la prive d’un Missionnaire capable et zélé. Le début en mission de ce regretté confrère faisait concevoir à son évêque les plus belles espérances. Dieu l’a trouvé mûr pour le ciel. Plusieurs autres Missionnaires, dont la santé a été gravement éprouvée, ont dû aller chercher en dehors de la Mission les soins que réclamait leur état. Le choléra a fait des ravages dans plusieurs districrs, et , sur plusieurs points du vicariat, nos confrères ont vécu dans des alarmes continuelles.
Les consolations n’ont pas cependant manqué aux Missionnaires de la Cochinchine orientale. Dans quelques localités, en particulier dans le district de M. Geffroy, il s’est produit un mouvement de conversions, qui, s’il n’a pas encore donné tous les résultats désirables, inspire toutefois les plus belles espérances pour l’avenir. N’étaient ces craintes continuelles dans lequelles vivent les néophytes , les conversions auraient été partout plus nombreuses. Le démon lui-même se met ouvertement de la partie . M. Geffroy, dans une lettre à Mgr Charbonnier, cite un trait que l’on nous permettra de reproduire . « Le démon , écrivait ce cher confrère, a voulu empêcher un catéchumène d’être baptisé. C’est un homme de 30 ans. Tout le temps qu’il mit à apprendre les prières et à écouter les instructions, il fut en butte aux vexations du malin esprit. Néanmoins , il ne se découragea point, et grande fut sa joie, lorsqu’il apprit que j’avais admis à recevoir le baptême. Au jour fixé, il se disposait à se rendre de bonne heure à l’église avec sa jeune femme et son enfant encore à la mamelle. Mais, au sortir de sa maison, éloignée d’un kilomètre à peine de l’église, le démon s’empare de lui et l’égare dans la campagne. Sa femme, fatiguée de courir à sa poursuite, le quitte de peur de manquer elle-même à la cérémonie du baptême. Après mille détours, notre homme se trouve enfin à la porte d’un chrétien de sa connaissance. En ce moment, l’infortuné éprouve des douleurs atroces, le chrétien lui administre quelque médecine et, le trouvant plus calme, le conduit à l’église. Malheureusement la cérémonie du baptême allait finir. En l’apprenant, le catéchumène se met à pleurer , tant était ardent son désir de recevoir le baptême. Quand j’appris ces particularités, je lui fis dire que, le soir même, je lui administrerai le sacrement de la régénération. Il s’y prépara aussitôt avec joie. Tout alla bien jusqu’à l’onction de l’huile des catéchumènes . Mais alors, soudain, il est pris d’épouvante, il ouvre de grands yeux, sa respiration est bruyante et il essaye de fuir. Néanmoins , après l’onction, il devint plus calme. Il répondait aux questions d’une voix assurée et avec l’expression de la foi. A la dernière interrogation, il avait à peine répondu que, de nouveau, le démon s’empare de lui et le jette par terre. Il tremble de tous ses membres, ses mouvements sont rapides et saccadés. Il essaye encore de fuir. Sa tête éprouve une agitation fébrile, naturellement impossible ; une sueur abondante et fumante s’échappe de tout son corps. Je tremblais moi-même d’émotion : « Tenez-lui la tête, criai-je, pour que je puisse verser l’eau du baptême. » Enfin, l’eau sainte coula sur son front, je prononçai la formule et, instantanément, le calme se rétablit. Je lui ordonnai de se lever, ce qu’il fit avec autant d’aisance que si rien d’extraordinaire ne se fût passé, et, depuis ce jour, sa tranquillité et sa santé n’ont pas cessé d’être parfaites.
« La construction des églises , nous écrit Mgr Charbonnier, continue toujours dans toute la Mission avec beaucoup d’entrain. C’est une véritable bénédiction du bon Dieu, qui ne peut manquer d’avoir de grands résultats sur les chrétiens , et aussi sur les païens. Vous allez en juger par cet extrait d’une lettre de M. Fourmond ; « Je ne saurais trop prier Votre Grandeur de s’unir à moi pour remercier le bon Dieu et sa sainte Mère de nous avoir protégés dans l’érection de l’église de Phû-Hoâ. Tout s’est passé sans le moindre accident et le moindre désordre. Une affluence considérable de chrétiens et de païens encombrait le jardin de l’église, et cependant pas une injure, pas une dispute, pas un coup de rotin. Quant à ceux qui sont venus faire leur offrande à l’église, à considérer le nombre, les païens étaient plus nombreux que les chrétiens . Mais les chrétiens les ont surpassés en générosité, cela devait être. Malgré leur pauvreté, ils m’ont cependant apporté 3,000 ligatures qui auront été, j’en suis sûr, bien agréables à la sainte Vierge. 15 porcs, 9 bœufs , 4 buffles, voilà la carte du dîner auquel ont pris part tous les assistants. » Vous avez là, continue Mgr le Vicaire Apostolique , un spécimen de ce qui a lieu à chaque érection d’église. Les chrétiens jubilent alors et les païens sont dans l’admiration. N’était la crainte des mandarins, un bon nombre, sans aucun doute, se convertiraient. Ils disent tout haut que notre Religion est beaucoup plus belle, plus consolante, plus rationnelle que leur boudhisme. »
Que Dieu bénisse ces bonnes dispositions, et accorde à nos confrères une moisson encore plus abondante !



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