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Rapport annuel des évêques

Année: 1876
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine septentrionale
Rédacteur:Mgr Sohier

Cochinchine septentrionale.
1876

Mgr Sohier nous écrivait le 14 janvier 1876 : « Le 24 octobre 1875, Sa Majesté Tu-Duc, sur les instances réitérées de M. le Résident Rheinart, a fait paraître un édit, où il promulgue l’article 3 du traité de paix. Le dimanche suivant, 31 octobre, j’ai publié solennellement cet édit dans l’église de Kim-Long, après la messe à laquelle assistaient ces MM. de la légation et tous les chrétiens des environs. Ensuite, nous avons chanté un Te Deum de toute la force de nos poumons. J’ai aussi adressé une circulaire pour ordonner d‘en chanter un dans toutes les paroisses de ma Mission , après la lecture de cet édit de liberté.
« Mais les mandarins ne se sont pas autant pressés que moi de le publier. Jusqu’à présent, il est resté dans les cartons des préfets et sous-préfets. On comprend facilement cette répugnance de leur part ; il leur en coûte, en effet, de brûler ce qu’ils ont adoré et d’adorer ce qu’ils ont brûlé. Cependant ces jours-ci, on me rapporte de tous côtés qu’ils invitent les maires des villages à venir en prendre des copies dans leurs bureaux. Nous voilà donc entrés dans une ère nouvelle, après laquelle les pauvres chrétiens annamites soupiraient depuis près de 50 ans. »
La mort, hélas ! ne permettra pas à Sa Grandeur de voir les heureux résultats qu’Elle attendait et que nous attendons de cet édit de liberté. Mgr de Gadara a rendu sa belle âme à Dieu, le 3 septembre 1876, à Kê-Sen, dans la province de Quâng-Binh. M. Dangelzer, provicaire de la Mission, nous donne les détails suivants sur les derniers moments du regretté prélat : « Depuis 2 ans, Mgr Sohier était sujet à de fréquentes attaques de dyssenterie. Cet état nous inspirait des craintes sérieuses, et, maintes fois, nous avions engagé Sa Grandeur à aller rétablir sa santé sous un climat moins meurtrier. Malheureusement , nous n’avons pu réussir et jamais Sa Grandeur n’a voulu se résoudre à quitter sa chère Mission.
« Vers la fin de juin, Monseigneur a commencé sa visite pastorale par la province de Quâng-Binh. Sur l’invitation de Mgr Croc, Sa Grandeur alla jusqu’à Huong-Phuang bénir la nouvelle église de cette localité. De là, Elle revint à Kê-Sen célébrer la fête de l’Assomption. Les fatigues éprouvées en cette circonstance ont déterminé une nouvelle attaque de la terrible maladie. Cette attaque fut plus violente que toutes les autres. Aussi, le 16 août, Monseigneur, se sentant frappé à mort, ne pensa plus dès lors qu’à se préparer saintement à ce dernier acte. A cette nouvelle, tout le monde dans la Mission, clergé et fidèles, se mit en prières pour détourner le malheur qui nous menaçait. Les missionnaires et les prêtres indigènes accoururent auprès de Sa Grandeur ; les médecins les plus en réputation dans le pays furent appelés. Mais tout fut inutile. Le bon Dieu voulait récompenser son fidèle serviteur. La maladie suivit son cours, de jour en jour Monseigneur allait s’affaiblissant. Dès les premiers jours, le prélat avait reçu les derniers sacrements. On lui appliqua toutes les indulgences que l’Église accorde en ce moment suprême. Jusqu’à la fin, Monseigneur conserva toute sa connaissance, dicta ses dernières volontés et régla tout pour ses funérailles. Enfin, le 3 septembre, un peu après midi, Sa Grandeur rendit paisiblement son âme à Dieu. Cette perte a plongé tous les chrétiens dans la désolation ; les prêtres indigènes pleurent le meilleur des pères ; la douleur des missionnaires est encore plus vive, car ils perdent tout à la fois un père et un ami dévoué. Le chargé d’affaires de France, qui a pu apprécier le caractère conciliant et la bonté d’âme de Monseigneur, partage notre douleur ; les ministres de Tu-Duc ont eux-mêmes déclaré qu’ils s’associaient à tous nos regrets. »
Mgr Sohier avait quitté la France en 1842 et, durant sa carrière apostolique, avait été témoin de toutes les persécutions qui ont dévasté l’Annam jusqu’en 1860. Nous partageons la douleur et les regrets que sa mort cause à cette Mission , et nous prions Dieu de récompenser les mérites et les travaux du vénéré Vicaire Apostolique de la Cochinchine septentrionale.


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