| Année: |
1876 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin méridional |
| Rédacteur: | Mgr Gauthier |
Tong-King méridional. 1876
Le Tong-King méridional se relève lentement des ruines que les désastres de 1874 y ont accumulées. Grand nombre de néophytes restent encore à la charge de la Mission. Nos confrères et leurs chrétiens ont vécu en de continuelles alarmes, dans l’attente de nouveaux massacres. Pour surcroît de malheur, les inondations, le choléra, la petite vérole et les pirates ont encore ajouté à la détresse. Néanmoins le nombre des conversions a été, en 1876, plus considérables que celui des années précédentes. Ces conversions eussent été plus nombreuses encore si la Mission avait eu les ressources nécessaires pour profiter des circonstances . M. Montrouziés écrivait à M. Lesserteur le 1er août : « Les conversions de païens ne cessent pas autour de Xa-Doaï. Cette fois c’est la population encore infidèle de La-Nham qui vient d’embrasser la foi. D’abord le sous-chef de canton, qui habitait ce village, a reçu le baptême avec toute sa famille composée de 15 personnes. Le premier motif qui le détermina à se faire chrétien fut un sentiment d’admiration à la vue du dévouement des Missionnaires envers les néophytes persécutés. « A l’époque des massacres, disait-il, la communauté de la Mission a « protégé les chrétiens , elle les a nourris et abrités ; maintenant elle fait tous ses efforts pour « leur obtenir des indemnités. La religion qui inspire un tel dévouement est la seule véritable, « et je veux l’embrasser. » La conversion de ce sous-chef de canton et de sa famille fut bientôt suivie de celle de 40 autres païens . L’ensemble de tout bien, effrayé de ce mouvement de conversions, voulut y mettre obstacle. Un arrêté du sous-préfet de Hung-Nguyen ordonna le dénombrement des habitants de La-Nham. Mgr Gauthier écrivit aussitôt au gouverneur de la province et lui demanda si le sous-préfet agissait par ses ordres ; dans ce cas Sa Grandeur priait le gouverneur de lui faire promptement réponse. Celui-ci, pris de cette manière en flagrant délit de violation du nouveau traité conclu avec la France, pouvait prévoir que sa conduite serait blâmée à Hué. Il ne répondit pas. Mais il fit mieux il ordonna au sous-préfet de publier dans tout l’arrondissement l’article 9 dudit traité, lequel garantit aux chrétiens le libre exercice de notre sainte religion dans tout l’empire d’Annam. Tout aussitôt ce qui restait de païens à La-Nham a demandé à se convertir, et actuellement sept catéchistes sont occupés à les instruire.
« Dans les autres villages où des conversions ont eu lieu, le nombre des néophytes augmente chaque semaine. Cet heureux mouvement ne peut que s’accroître et s’étendre, grâce à l’heureuse issue de l’affaire de La-Nham. »
M. Frichot, provicaire de la Mission confirme ces bonnes nouvelles : « Il y a, écrivait-il le 11 août, un grand mouvement de conversions sur plusieurs points de la Mission. Au village de Phuong-Loê les païens ont détruit leur pagode. Mais quand il fallut abattre un arbre séculaire qui, au dire des gens, était la résidence de l’esprit, grande fut leur épouvante. Néanmoins la grâce triompha de leurs craintes et le colosse tomba sous les coups de la hache. Sur l’emplacement de la pagode, déjà s’élève une modeste Église avec un presbytère. Cette pagode était renommée dans tout le pays, et servait de lieu de pèlerinage aux populations du voisinage. Aussi, m’assure-t-on, sa destruction est un coup terrible pour celles qui l’environnent.
« Il y a 3 semaines , je fus délégué par Mgr Gauthier pour administrer la Confirmation aux nouveaux baptisés de La-Nham au nombre de 98. Inutile de vous dire toute la joie de ces nouveaux convertis. Nos catéchistes ont été admirables de zèle en cette circonstance. Trouvant la meilleure volonté chez leurs catéchumènes , ils n’hésitèrent pas à passer à les instruire une partie de la nuit et cela pendant des semaines entières. »
Mgr Gauthier, dans sa lettre du 16 juin, annonçait à M. Lesserteur que la question des indemnités, accordées aux chrétiens pour les dédommager des pertes immenses qu’ils ont faites en 1874, se réglait heureusement et à la grande satisfaction de tous.
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