| Année: |
1876 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin occidental |
| Rédacteur: | Mgr Puginier |
Tong-King occidental. 1876
Peu de temps après l’envoi de notre lettre commune de l’année dernière, nous recevions de Mgr Puginier son compte rendu pour l’année 1875. Malgré la crise terrible par laquelle sa Mission avait passé récemment, les baptêmes d’adultes avaient atteint le chiffre de 982.
Pendant cette même année , Sa Grandeur s’était spécialement appliquée à relever le mieux possible, selon ses ressources, tant de ruines que la dernière persécution avait laissée après elle. Son premier soin avait été de pourvoir aux nécessités d’un certain nombre de prêtres indigènes, qui partageaient toute la misère de leurs chrétientés dévastées, endurant souvent la faim et trouvant à peine, un abri dans de pauvres cabanes malsaines. Après leurs pasteurs, les chrétientés elles-mêmes avaient reçu tous les secours qu’il avait été possible de leur procurer.
Outre ce travail de restauration, Mgr Puginier s’était occupé d’un plan tendant, à la fois, à améliorer la situation d’une paroisse de sauvages perdue au milieu des montagnes, du côté de l’ouest, et à diminuer les durs sacrifices que l’administration de ce district imposait annuellement à la Mission. La station de Lac-Tho , dont il s’agit, comprend une quinzaine de chrétientés, dont la population s’élève à 2,000 âmes environ. Elle est située dans les montagnes , à deux journées de la plaine. Le pays est si malsain que, de tout temps, le Vicaire Apostolique du Tong-King a dû se borner à envoyer une petite caravane de prêtres et de catéchistes faire l’administration de cette paroisse pendant les quatre mois des saisons d’automne et d’hiver qui sont les moins meurtriers. Durant les huit autres mois de l’année, les pauvres chrétiens se trouvaient privés de tout secours religieux . Et encore, malgré cet état de choses , la Mission perdait tous les ans un certain nombre de ceux qui avaient fait partie de l’expédition . En 1871, sur 2 missionnaires, 2 prêtres indigènes, 1 diacre et une quinzaine de catéchistes, qui étaient allés faire cette administration , les 2 missionnaires , le diacre et 4 catéchistes y perdirent la vie.
Pour procurer à ces néophytes , sans trop exposer la vie et la santé des Missionnaires, les secours et les consolations de notre sainte Religion, Mgr le Vicaire Apostolique dut songer à un nouveau plan, Elever, dans l’endroit réputé le moins malsain, une maison pour les prêtres chargés de l’administration de cette chrétienté ; y établir à poste fixe deux prêtres et plusieurs catéchistes qui, sans passer d’une station à une autre, y admettront les néophytes désireux de recevoir les sacrements, et confier, dans chaque station, à un homme et à une femme de la localité le soin d’instruire les enfants, tel était le projet de Sa Grandeur.
Le compte rendu de l’année 1876 nous est également parvenu et bien qu’il ne comprenne que 10 mois de travail, les résultats qu’il accuse nous ont grandement réjouis dans le Seigneur. C’est, en effet, au lendemain de désastres épouvantables que les populations chrétiennes et la Mission n’ont encore pas réparés ; c’est au lendemain de ces désastres que l’Esprit de Dieu a soufflé sur ces populations et les a rendues à la vie. Nous ne pouvons que résumer le rapport de Mgr de Mauricastre. Dans le district de Kim-son, M. Thoral a eu la consolation d’administrer le baptême à 367 catéchumènes . Dans celui de Nam-Dinh, M. Cadro a eu 224 baptêmes . Outre ces premiers résultats , l’avenir se montre plein d’espérances. « Le mouvement de conversions d’infidèles, écrit Sa Grandeur, continue à se manifester sur plusieurs points de la Mission ; ici, ce sont des familles ; là, des villages ou des hameaux qui demandent en masse à embrasser notre sainte Religion. Dernièrement, 8 villages sont venus me manifester le désir de se convertir… J’y ai envoyé une véritable caravane apostolique : un diacre et dix catéchistes. Leur arrivée a été saluée avec bonheur. Les vieilles femmes qui, jusque-là, avaient été les plus assidues à la pagode, ne pouvant contenir leur joie, se vantaient , pour montrer leurs bonnes dispositions, de n’y avoir plus mis les pieds depuis 8 mois. Hier, le diacre est venu me rendre compte de l’état des choses : dans un seul village, il y a en tout 278 catéchumènes . Leur instruction a commencé, il y a quinze jours, et marche avec entrain. Lorsqu’elle sera terminée, j’irai, accompagné de plusieurs missionnaires, de prêtres indigènes et de catéchistes, administrer moi-même solennellement le baptême et la confirmation à ces nombreux catéchumènes .
« Aujourd’hui, nouvelle expédition de catéchistes pour un gros village de plus de 4,000 âmes, où la religion fut implantée il y a 5 ans. Il y eut alors un premier noyau de 30 néophytes ; ils ont persévéré, et le bon Dieu vient d’augmenter leur nombre d’une quarantaine de catéchumènes que vont instruire 3 catéchistes. Dans quelques jours, ce sera un nouvel envoi de catéchistes. Plus de 30 infidèles, qui habitent un village chrétien, attendent avec inpatience le moment d’étudier la Religion.
« Ce mouvement de conversions n’existe pas seulement aux environs de notre communauté ; des lettres de missionnaires et de prêtres indigènes me le signalent comme se manifestant sur plusieurs points de la Mission, en particulier dans le district de M. Thoral. Ce district, formé d’une seule sous-préfecture, compte déjà près de 25,0000 chrétiens , agglomérés dans un espace de 4 lieues de long sur 2 lieues de large. »
Ces espérances toutefois ne laissent pas de préoccuper, à un autre point de vue, Mgr le Vicaire Apostolique du Tong-King occidental. L’envoi et l’entretien de ces catéchistes, la nécessité de créer de nouveaux postes, d’édifier des lieux de prières, des écoles pour les néophytes , etc…, tout cela exige des ressources considérables et ne peut, en conséquence, se faire qu’au détriment des autres Œuvres vitales de la Mission, à moins , et c’est le vœu que nous formons, à moins que Dieu , dont la grâce répand ainsi au milieu de ces populations du Tong-King le bienfait de la foi, ne procure aux Missionnaire les moyens de recueillir cette abondante moisson.
L’administration des chrétiens , surtout à l’occasion du Jubilé, n’a pas été moins consolante… Pour préparer les populations chrétiennes à cette grâce, les missionnaires ont donné, dans les 10 districts du Vicariat, les exercices de la mission. En général, ces exercices duraient de un mois et demi à deux mois, suivant l’importance des paroisses. « De toutes les parties du Vicariat, nous écrit encore Mgr Puginier, les missionnaires et les prêtres indigènes m’ont signalé les heureux effets qu’a produits la grâce dans les âmes. Nous avons remarqué un grand nombre de conversions de pécheurs endurcis, surtout parmi les hommes influents des chrétientés. Notre cœur a été également consolé par le retour à Dieu de quelques villages qui avaient abandonné la Religion dans les anciennes persécutions. »
Le compte rendu de 1876 nous signale pareillement la réalisation du projet de Mgr Puginier, relatif à la Mission des sauvages . Grâce à Dieu, le succès a couronné l’entreprise.
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