| Année: |
1877 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine orientale |
| Rédacteur: | Mgr Charbonnier |
Cochinchine orientale.
1877
« L’année dernière, nous écrit Mgr Charbonnier à la date du 25 mai, a été marquée par les ravages de deux fléaux fréquents en ce pays : la disette et le choléra… Les six provinces dont se compose notre Mission en ont plus ou moins souffert. Nos établissements ont été pourtant épargnés par le choléra, mais nos religieuses ont payé leur tribut à la terrible maladie.
« A part quelques tracasseries locales, la paix n’a pas été sérieusement compromise, et on dirait que les mandarins veulent enfin nous laisser tranquilles. C’est sans doute un des résultats du nouveau traité, qui semble avoir enlevé à la cour la possibilité de mille petites vexations, et aux lettrés l’espoir d’anéantir notre sainte religion. »
Mgr de Domitiopolis constate avec bonheur les heureux effets que le jubilé et les missions données à son occasion ont produits dans son Vicariat. « J’ai profité de cette circonstance, écrit encore Sa Grandeur , pour consacrer la Cochinchine orientale au Sacré-Cœur de Jésus, ce qui a fait grand plaisir à tous nos chrétiens et contribué à ranimer grandement leur piété. Une prière avait été composée dans ce but : c’était une consécration en même temps qu’une amende honorable. Imprimée et distribuée à tous, elle a été et est encore récitée par tous avec beaucoup de ferveur… »
Au Khang-hoâ, M. Geoffroy réalise les espérances qu’il nous faisait entrevoir l’année dernière . « Avec la seule ressource des ouvriers indigènes , et sur les plans qu’il a donnés lui-même, notre confrère a construit une belle église. De plus, il a instruit et amélioré ses anciens néophytes et a baptisé près de 300 païens . Si les mandarins ne lui suscitaient pas de difficultés , il espérerait en baptiser bientôt le double. Mais l’ennemi de tout bien a été jaloux de tant de succès. S’autorisant d’un décret de la cour qui défend aux Missionnaires de s’occuper des affaires matérielles des chrétiens , les mandarins se sont mis à tracasser surtout les nouveaux convertis et les catéchumènes . Néanmoins , assure M. Geoffroy, les païens viennent toujours en grand nombre et demandent à se convertir.
M. Galibert signale de son côté les petites persécutions auxquelles ses chrétiens de Tra-kiên ont été en butte, et constate les abus de pouvoir auxquels donne lieu le décret dont il est parlé plus haut. Lui-même n’est pas à l’abri de toutes vexations, et, en vertu d’ordres transmis à tous les villages de son district , il est soumis à une surveillance continuelle.
M.Vivier, tout en prodiguant à ses chrétiens les secours de son ministère, travaille à subvenir à leur pauvreté et dirige avec zèle et succès les plantations de thé qu’il a commencées, sur plusieurs points de son district, avec l’aide de ses néophytes . Les projets de colonisation de notre confrère ont été adoptés avec enthousiasme par les chrétiens , et tous se sont mis à l’œuvre avec un louable empressement. « Des montagnes presque entières, écrit M. Vivier, ont cédé sous la pioche de nos montagnards. Et là où, l’an dernier, on n’apercevait que de stériles buissons, aujourd’hui l’œil découvre d’immenses plantations de thé. Chaque paroisse a maintenant son jardin… Si donc le bon Dieu me prête vie, j’espère qu’au bout de quelques années les conditions matérielles de cette contrée seront notablement améliorées… »
« Nos confrères qui évangélisent le pays des sauvages, écrit encore Mgr Charbonnier, n’ont pas eu à supporter, du moins à ma connaissance, d’attaque sérieuse de la part des tribus hostiles ; mais les petites vexations ne leur ont pas fait défaut. Une ou deux fois ils ont eu de grandes craintes, et toute l’année , ou à peu près, ils ont été sur le qui-vive. Position rude, pénible et toujours bien précaire. » La Mission des sauvages a perdu un de ses meilleurs ouvriers . M. Hugon vient d’ajouter son nom au nécrologe de l’apostolat chez les Bah-nards. Il meurt, lui aussi, victime de son zèle et de son dévouement pour l’œuvre si difficile à laquelle la divine Providence l’avait destiné. Pour lui aussi, les splendeurs de la céleste Sion ont remplacé la hutte perdue au milieu des forêts qui fut, pendant 6 ans, le théâtre de ses souffrances.
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