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Rapport annuel des évêques

Année: 1878
Pays: Vietnam
Mission: Yunnan
Rédacteur:Mgr Ponsot

Yun-nan. 1878

Le mouvement , en faveur de notre sainte Religion, que nous constations dans notre compte-rendu de l’année dernière, continue heureusement au Yun-nan. Le nombre des adorateurs s’accroît chaque jour et tout laisse présager, pour un avenir prochain , une abondante moisson.
M. Le Guilcher, définitivement établi à Taly-fou, continue d’y jouir de l’estime publique et entrevoit le moment où il pourra donner libre cours à son zèle. « Gloire à Dieu seul, écrivait-il dernièrement, il y a quelques mois seulement, le nom chrétien était inconnu dans ce pays, nous n’y avions qu’une seule famille de néophytes , et voilà qu’aujourd’hui on commence à parler de nous dans les meilleurs termes, on proclame la sainteté de notre religion, on nous assure que nous sommes ici en parfaite sécurité et que personne ne songe à nous nuire… Et puis les conversions s’opèrent, timidement encore, il est vrai, mais d’une manière continue. Actuellement nous comptons une centaine d’adorateurs dans la ville de Ta-ly. Il faut ajouter que dans les premiers temps nous avons dû, par prudence, négliger l’œuvre des conversions ; il fallait d’abord prendre pied dans une ville qui nous avait toujours été fermée et hostile. Aujourd’hui notre situation est faite, et nous pouvons , sans grand danger, favoriser le mouvement qui se produit en faveur de notre sainte Religion.
« La ville de Ta-ly n’a pas été la seule à entendre la bonne nouvelle. Yong-tchang-foù l’a reçue à son tour , et voici à quelle occasion : Il y a quelque temps j’envoyai un chrétien dans cette ville dans le but de sonder le terrain et de voir ce que l’on pourrait tenter. Quatre mois après, le courrier était de retour il apportait les meilleures nouvelles et me faisait concevoir les plus belles espérances. Mais pour les réaliser, il fallait un Missionnaire . M. Terrasse partit au mois d’Octobre (1877) ; il était porteur d’un édit du grand-mandarin de Ta-ly qui ordonnait officiellement à tous ses subalternes : de veiller soigneusement à ce que rien de fâcheux n’arrive au Missionnaire catholique, envoyé à Yong-tchang par ses supérieurs ecclésiastiques, avec l’approbation et la protection des autorités civiles. L’ordre du mandarin fut partout proclamé sur le passage de M. Terrasse, et notre cher Confrère, arrivé heureusement au terme de son voyage, put se mettre de suite à l’œuvre . Nos espérances se sont vite réalisées et aujourd’hui à Yong-tchang on peut compter 200 adorateurs… Nous ne sommes qu’au début, Tên-Ynê-Tchéou n’est qu’à 4 journées de Yông-Tchang, et à quelques jours seulement de la frontière birmane. Encore un effort et, Dieu aidant, nous pourrons tendre la main à nos Confrères de la Birmanie.
Dans le dsitrict de Kiu-tsin-fou, les succès ne sont pas moins consolants et les espérances moins grandes. Les Y-jên ou Nassepou y sont en grand nombre, et se montrent disposés à embrasser la religion chrétienne. On compte déjà parmi eux 2,000 adorateurs dispersés dans 35 villages. M. Bourgeois, chargé par Mgr Ponsot de visiter les divers postes du Vicariat, écrivait à Sa Grandeur que, malgré les privations et la pénurie auxquelles il est condamné, le Missionnaire chargé d’évangéliser ces excellentes populations, « M. Oster est le plus heureux des hommes, il voit ces peuples païens tomber à ses pieds , demandant la grâce du baptême : tous le respectent comme l’Ange du Seigneur, tous se montrent avides de l’entendre et de connaître leur Créateur… Ceux qui sont déjà instruits s’empressent d’annoncer la religion à ceux qui l’ignorent. Avant peu, je crois qu’il n’y aura plus un seul village païen dans tout ce pays. C’est par centaines qu’ils se convertissent. Que Notre-Seigneur multiplie ses apôtres et nous verrons des merveilles de conversion. »
En dehors du pays habité par les Y-jên, dans la partie chinoise du district, les dispositions des habitants en faveur de notre sainte Religion sont également excellentes. Les Missionnaires ne peuvent suffire à enseigner la doctrine à leurs nombreux catéchumènes . A l’insuffisance du personnel se joint celle des ressources. Dans ce pays nouvellement ouvert à l’Évangile, tout est à créer à la fois, et pour satisfaire aux nécessités les plus pressantes, nos Confrères se condamnent au dénûment le plus complet. Si du moins leurs œuvres ne devaient pas s’en ressentir , leur misère serait bien vite oubliée ! Hélas ! tous les jours ils doivent , faute de ressources, renoncer au bonheur d’ouvrir leurs orphelinats à de pauvres enfants abandonnés qui leur demandent tout à la fois la vie de l’âme et du corps, et remettre à des temps meilleurs des entreprises dont leur zèle a conçu le dessein et dont les résultats leur paraissent devoir être aussi consolants que certains.



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