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Rapport annuel des évêques

Année: 1879
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine orientale
Rédacteur:Mgr Van Camelbeke

Cochinchine orientale .
1879

M. Van-Camelbeke, alors Supérieur par interim de la Mission , nous a adressé , à la date du 1er mars de cette année , le tableau suivant de la situation dans la Cochinchine orientale :
« L‘année 1878 a été , pour cette pauvre Mission , comme une longue suite d ‘épreuves et de catastrophes presque sans précédents . Au moment même où nous avions la douleur de perdre notre vénérable Vicaire apostolique (Mgr Charbonnier) , nous commencions à ressentir les premières atteintes d’une terrible famine qui , encore aujourdh’ui , continue ses ravages . Une sécheresse qui a duré plus de huit mois consécutifs a causé la perte totale de la moisson . A ce premier fléau a succédé une autre calamité non moins désastreuse . Des inondations terribles et de furieuses tempêtes ont porté partout la désolation et la ruine . Des villages entiers ont disparu . Outre cela , des maladies , suite ordinaire de ces désastres , ont multiplié le nombre des victimes que l’on comptait déjà par milliers .
« Nos établissements n’ont pas été épargnés ; dans un de nos collèges , l’épidémie nous a enlevé plusieurs de nos meilleurs élèves et nous a forcés de congédier les autres .. »
D’après des nouvelles plus récentes , l’épreuve ne semble pas toucher à son terme . Mgr Galibert , à qui le Saint-Siège vient de confier la succession du vénérable Évêque de Domitiopolis , nous fait , dans une lettre du 22 août , un tableau navrant des calamités qui désolent son Vicariat . « La famine qui , depuis bientôt deux ans , sévit dans la moitié de cette Mission , va toujours en augmentant . La moisson du troisième mois a été presque en entier ; une nouvelle sécheresse n’a pas permis d’ensemencer les champs , de sorte que la récolte du dixième mois est déjà anéantie à l’avance .
« Le nombre des affamés est incalculable , surtout dans la province du Quang-Nam . Des villages entiers sont réduits à la mendicité . L’année dernière , les victimes de la famine avaient été nombreuses ; mais , cette année , c’est un spectacle bien autrement lamentable . Il y a des villages dont la population a été réduite d’un tiers ; d’autres , de la moitié ; et d’autres plus encore . »
« Il n’est guère de jours , écrit M. Garin , que je ne rencontre quelques cadavres ; j’en compte quatre ou cinq tous les jours . Païens et chrétiens , tous ont également à souffrir ; je crois ne pas exagérer en disant que la population du Tu-Ngai , cette année-ci (1879) , a été , de janvier à septembre , diminuée de près de moitié . Pour donner une idée exacte des ravages causés par le fléau , je citerai quelques chiffres . Dans un seul canton , 400 affamés sont morts en l’espace de trois semaines . Dans la chrétienté de Phuoc-tho , qui compte 400 néophytes , 15 ont succombé en 6 ou 7 jours . Dans la chrétienté de Khang-mi , déjà réduite précédemment de 200 à une centaine de fidèles , 4 ont péri en un jour . Dans un autre poste de 150 chrétiens , 16 ont dû recevoir les derniers Sacrements le même jour .
« La famine est la cause d’une multitude de crimes : continuellement des bandes d’incendiaires parcourent le pays , brûlant tout sur leur passage et profitant des troubles causés par l’incendie pour pénétrer dans les maisons et les livrer au pillage . »
« Nous avons fait notre possible , continue Mgr d’Enos , pour secourir tous ces malheureux affamés ; M. le Consul de France à Qui-Nhon a montré une générosité au-dessus de tout éloge . Outre les grandes aumônes qu’il a distribuées , de ses propres mains , aux infortunés qui se pressaient continuellement à sa porte , plusieurs fois il a envoyé des sommes considérables à ceux de nos Confrères qui se trouvaient en pays de famine . Mais tous ces secours n’ont pas suffi à empêcher la mort de beaucoup de ces pauvres gens .
« Nos orphelinats regorgent d’enfants ; en moins d’un an , nous en avons reçu plus de 3,000. Les catéchumènes seraient nombreux , mais il faut les nourrir pendant qu’on les instruit ; et le manque de ressources nous a mis dans l’impossibilité de recevoir tous ceux qui se présentaient . Nous en avons même refusé beaucoup plus que nous n’en avons pu accepter . Cependant , voulant commencer mon administration par un acte de confiance en Dieu , je viens d’ordonner aux Confrères qui sont dans les localités où sévit la famine , de recevoir au nombre des catéchumènes tous les païens qui voudraient se convertir . »
Espérons que Dieu aura pour agréable cette confiance du digne Prélat , qu’il adoucira les rigueurs de l’épreuve et donnera aux Missionnaires les moyens de favoriser les bonnes dispositions des païens en faveur de notre sainte Religion !


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