Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1879
Pays: Vietnam
Mission: Tonkin occidental
Rédacteur:Mgr Puginier

Tong-King occidental.
1879

« Le mouvement des conversions , nous écrit Mgr Puginier , est allé progressant cette année . Malgré notre état de gêne , résultant de l’insuffisance de nos ressources pécuniaires , nous avons continué à seconder ce mouvement , espérant d’ailleurs que le Seigneur , qui répandait sa grâce avec une si grande abondance , nous procurerait les moyens de travailler à son œuvre .
« Mais , vers la fin du carême , nous trouvant à bout de ressources et les demandes d’admissions dans les catéchuménats devenant de plus en plus nombreuses , je fus effrayé . Nous traversions d’ailleurs une crise terrible , occasionnée par la famine , et nos établissements n’avaient presque plus de riz . Nous Nous vîmes donc dans la pénible nécessité de nous arrêter et d’ajourner l’admission des nouveaux catéchumènes . Tous nous avons d’autant plus regretté l’obligation où nous nous sommes trouvés d’adopter cette mesure , qu’en ce moment-là même le mouvement devenait général ; il y avait alors , parmi les païens, comme une sorte de fièvre religieuse qui les poussait vers le Christianisme . Nous devions , en conséquence , craindre que cet arrêt subit ne refroidît les cœurs et n’arrêtât l’élan donné par la grâce .
« Notre compte-rendu , pour ce qui regarde l’oeuvre de la conversion des païens , ne comprend donc , en réalité , que neuf mois et demi de travail . Si nous avions pu favoriser le mouvement , nous aurions facilemnt atteint et dépassé le chiffre de 7,000 baptêmes d’adultes.» (Le compte-rendu porte à 5,388 le nombre des baptêmes d’adultes , et à 77,178 celui des enfants régénérés à l’article de la mort .)
Ces magnifiques résultats n’ont pas été obtenus sans peine . Au Tong-King comme ailleurs, le démon sème des obstacles sur la route des messages de la bonne nouvelle . Ici , c’est un chef de canton « influent et rusé qui , aidé de plusieurs satellites hostiles et méchants , a réussi à faire un grand mal . Encouragé secrètement par un sous-préfet habile , mais ennemi des chrétiens , il a , par ses sourdes menées , empêché la conversion de plus de 200 personnes.» Ailleurs , c’est un sous-préfet qui , avec la connivence de ses subalternes et des notables de la localité , persécute ouvertement les néophytes et ceux qui se disposent à le devenir . Mais , grâce aux réclamations énergiques du consul de France à Ha-noi , justice enfin a été rendue aux persécutés et la paix est rétablie . Dans d’autres localités , où les tracasseries et les calomnies ont libre cours , les chrétiens et les Missionnaires sont moins heureux dans la revendication de leurs droits . « La haine et l’argent , dit Mgr de Mauricastre, ferment bien souvent les yeux à la vérité et les cœurs à la justice .
« Tout cela , continue Sa Grandeur , nous a occasionné bien des sollicitudes et des ennuies, mais nous savons que ces épreuves nous sont venues par la permission de Dieu et qu’elles entrent dans les desseins de sa divine Providence . D’ailleurs , nous comprenons que le bien ne se fait pas sans peine , et qu’acheté au prix de la souffrance et de l’humiliation , il est plus solide et plus durable. »
La famine a fait aussi obstacle à l’action des Missionnaires, dont elle a absorbé les ressources . « Dans une lettre précédente , écrit encore Mgr Puginier , j’ai donné des détails sur le fléau qui a désolé la plus grande partie du Tong-King , depuis la fin de l’annés 1878 jusqu’au mois de juin de cette année ; je me contenterai de dire aujourdh’ui que le nombre des victimes est encore plus considérable que je ne l’avais pensé tout d’abord ; dans le seul endroit de ma résidence , nous avons enterré plus de 250 personnes mortes de misère . La mortalité a continué même après la récolte .
« Au moment de la famine , nos prêtres indigènes se sont trouvés dans une grande pénurie. Je les ai secourus autant qu’il m’a été possible de le faire , mais bientôt je n’ai plus rien eu à leur donner . Alors ils ont dû emprunter , le plus grand nombre chez les païens et souvent même à gros intérêts . N’ayant pas le moyen de suffire à leur entretien , comment feront-ils pour payer leurs dettes ? C’est encore la Mission qui devra s’en charger .
« Nous allons nous trouver en face d’une nouvelle crise , d’une seconde famine qui menace d’être plus générale , plus longue et plus terrible que la précédente . » La récolte de juin n’a pas répondu aux espérances , et celle d’automne est perdue par suite des inondations qui viennent de ravager le pays . « Il faut donc attendre la récolte de juin 1880 , et les greniers sont vides ! Tout le monde est effrayé. Nos prêtres indigènes , en grand nombre , sont à bout de ressources .»
A tant d’épreuves , il faut ajouter la perte de trois Missionnaires et de plusieurs prêtres indigènes , morts dans la force de l’âge , au moment même où le besoin d’ouvriers se fait le plus vivement sentir .
Toutefois , tant de travaux et d’épreuves n’ont pas fait oublier à Mgr Puginier ses projets de porter l’Évangile au milieu des nombreuses tribus laociennes qui dépendent de son Vicariat, et d’étendre jusque sur les bords du Mei-Kong le règne de Jésus-Christ . Ces projets sont aujourd’hui en cours d’exécution . « Si nous n’avions considéré les choses qu’à un point de vue restreint , écrit Sa Grandeur , nous n’aurions pas osé entreprendre cette œuvre considérable . Les nombreuses conversions de païens que nous avons la consolation de voir s’augmenter de jour en jour , la famine qui désole le Tong-King suffisent bien à absorber nos ressources . Mais , comment exclure de notre sollicitude ces pauvres sauvages qui , pendant tant de siècles , n’ont encore fourni aucun élu à la Jérusalem céleste ?
« J’avais appris , d’une manière toute fortuite , qu’il y avait dans ce pays un chrétien nommé Tchong-Tu , qui s’y était réfugié pendant la persécution , et qu’il en parlait la langue . Je réussis à le faire venir et à avoir quelques renseignements sur ces peuplades sauvages demeurées jusqu’à ce jour dans les ténèbres de l’idolâtrie . Aucun apôtre , en effet , Missionnaire ou prêtre indigène , n’y a jamais porté la lumière de l’Évangile .
« Au mois de janvier 1878 , j’envoyai un minoré et deux catéchistes explorer cette contrée, et leur donnai le chrétien dont je viens de parler , pour leur servir de guide et d’interprète . Ils revinrent au bout de trois mois , m’apportant d’assez bonnes nouvelles touchant les dispositions des esprits .
« Enfin , au mois de septembre dernier (1878) , après en avoir conféré avec mon conseil , je me décidai à poursuivre l’entreprise . J’acceptai en conséquence les offres que me fit M. Fiot et chargeai ce courageux Confrère d’aller implanter la Foi dans ces régions lointaines et inconnues . Je lui adjoignis , pour compagnons de route , un prêtre indigène et une vingtaine de catéchistes ou servants .
« L’expédition apostolique se mit en route le 3 novembre suivant et arriva à Luc-Canh le 8 décembre , après un voyage pénible , mais sans accidents sérieux . Ce hameau est très avancé dans la chaîne de montagnes qui longe le Tong-King à l’Ouest ; il fait encore partie du royaume annamite , mais il n’est qu’à une journée de chemin du premier village laocien . C’est là que M. Fiot a établi son premier poste . L’endroit d’ailleurs est bien choisi ; situé sur les bords d’un fleuve , les communications avec les peuplades sauvages y sont faciles ; au point de vue de la salubrité , il laisse moins à désirer que les environs .
« Les principaux chefs du village virent de mauvais œil arriver les apôtres de la Religion ; ils essayèrent même de mettre des entraves à leur établissement , en défendant aux habitants de leur vendre des vivres et du bois , et de leur fournir des ouvriers . Mais le Missionnaire , par sa prudence et sa fermeté , sut vaincre les premières difficultés , et réussit à faire comprendre aux populations qu’elles n’avaient rien à craindre des nouveaux venus . Les gens qui , par méfiance , les avaient d’abord évités , se rapprochèrent d’eux . Des villages environnants , on vint les visiter ; puis les peuplades laociennes envoyèrent à leur tour des députations auprès de ces personnages extraordinaires , pour s’enquérir du but de leur voyage. .
« Les commencements de cette chrétienté naissante ont été pénibles . Je dis chrétienté , parce que notre Confrère a déjà baptisé un catéchumène , et , aux dernières nouvelles , il en avait deux autres qui étudiaient la doctrine . Le Missionnaire et tous ses gens ont été grandement éprouvés par la maladie ; mais grâce à Dieu , personne n’a succombé . Bien que le travail d’acclimatement ne soit pas terminé , néanmoins j’espère que le bon Dieu protègera ses serviteurs et leur donnera les forces suffisantes pour remplir l’œuvre pénible à laquelle ils se sont dévoués .
« Cette Mission a été mise sous la protection spéciale de saint Josept , et c’est le jour de la fête de ce grand Patriarche que le premier catéchumène a été baptisé .
« Les habitants de la localité où M. Fiot a dressé sa tente , les hommes du moins , parlent l’annamite ; c’est un grand avantage qui a permis au Missionnaire et à ses gens de se mettre de suite en relation avec eux et de prendre les renseignements nécessaires sur les mœurs et les coutumes du pays . Mais , plus avant dans l’intérieur , on ne parle que la langue laocienne . Notre Confrère s’est livré avec courage à l’étude de cette langue , et il travaille actuellement à rédiger un catéchisme pour l’instruction des catéchumènes .
« Nous ne nous faisons pas illusion sur les difficultés nombreuses que nous rencontrerons dans notre entreprise . Il s’agit , en effet , de prêcher la Religion à de pauvres sauvages adonnés à toutes sortes de superstitions et esclaves de leurs chefs . Ceux-ci , étant habitués à pressurer les populations , ont , humainement parlant , tout intérêt à repousser les étrangers . Le Missionnaire a déjà pu se rendre compte de la grandeur des obstacles ; mais nous mettons notre confiance en Dieu et nous nous abandonnons entièrement à sa divine Providence . »


<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam