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Rapport annuel des évêques

Année: 1880
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine septentrionale
Rédacteur:Mgr Dangelzer

Cochinchine septentrionale.

Les épreuves n’ont pas manqué dans la Cochinchine septentrionale. La famine qui, depuis deux ans, désole l’empire d’Annam, y a fait de cruels ravages. « Les mendiants, nous écrivait M. Dangelzer à la date du 2 janvier, sont ici en très grand nombre. La plupart d’entre eux sont presque complètement nus ; ils endurent non seulement le tourment de la faim, mais, dans cette saison froide et pluvieuse, ils restent exposés à toutes les intempéries de l’air.
« En octobre dernier, un affreux typhon a bouleversé la moitié de notre Mission. Beaucoup de maisons ont été renversées ; plusieurs églises, bien que couvertes en tuiles, ont perdu leur toiture : un grand nombre de personnes ont été noyées ou étouffées sous les ruines. Pour comble de malheur, la récolte a été presque complètement anéantie.
« Vous savez que dans ces provinces du centre, il n’y a absolument aucun commerce avec les pays voisins. Le gouvernement ne peut et ne veut rien faire pour soulager tant d’infortunes. Pour nous, et c’est là un grand sujet de douleur, nous sommes impuissants à secourir, comme nous le voudrions, toutes ces misères. Nous faisons l’aumône à ceux qui viennent demander, mais qu’est-ce que cela en comparaison du bien qu’il y aurait à faire !
« Jusqu’ici cependant, nous n’avons pas eu la douleur d’apprendre qu’aucune de nos ouailles soit morte de faim ; cependant, beaucoup ont succombé par suite des privations ou de la mauvaise qualité de la nourriture.
« Un surcroît de peine pour nous, c’est que nous n’avons pu favoriser les bonnes dispositions de tous ceux qui demandaient à s’instruire et à embrasser le christianisme. Il est vrai que, dans ce moment, c’est le désir d’être secourus qui nous amène le plus grand nombre de ces pauvres gens ; mais le bon Dieu se sert de ce moyen pour les tirer de leur apathie. D’ailleurs, une fois instruits et baptisés, la plupart deviennent de bons chrétiens. La modicité de nos ressources nous a forcés de renvoyer à des temps meilleurs l’instruction des catéchumènes, et il est à craindre que les bonnes dispositions ne persévèrent pas chez tous. »
A la famine ont succédé les maladies ; le choléra et la petite vérole ont fait de nombreuses victimes, au milieu des population réduites à la misère et épuisées de souffrances.
« Joignez à toutes ces calamités, écrit. Dangelzer le 2 septembre, une dernière épreuve, encore bien plus douloureuse. Nous avons perdu notre guide, notre père (1), et nous sommes restés orphelins, sans avoir personne pour nous consoler et nous encourager. Mais enfin, le bon Dieu a eu pitié de nous ; notre nouvel Évêque (2), est sacré et attend avec la plus vive empatience le jour où il pourra aborder dans cette Mission à laquelle il s’est dévoué sans réserve.
« Même l’an passé, nos malheurs n’ont pas été sans mélange de joies et de consolations. Tout d’abord, le Jubilé a produit chez nous les fruits les plus abondants de grâces et de conversions. Je crois que tous nos chrétiens , sans exception, ont fait leur possible pour gagner cette indulgence plénière. Il s’en est suive une amélioration générale dans l’accomplissement des devoirs de la religion, et nous avons la confiance que les néophytes tombés victimes des fléaux qui nous ont désolés, sont tous morts dans de bonnes conditions pour le salut.
« Vous remarquerez dans le compte-rendu du Vicariat que le chiffre des baptême d’adultes est plus faible que l’année précedente ; nous en avons tous le plus grand regret. Car, avec un peu plus de confiance en la Providence, nous aurions probablement obtenu un chiffre plus élevé. Comme notre Mission n’a d’autres revenus que les allocations des Œuvres de la Propagation de la Foi et de la Sainte-Enfance, nous n’avons pu faire le bien que dans la mesure des ressources que ces Œuvres nous fournissent.
« Il est vrai qu’il y a encore un autre obstacle à vaincre pour pouvoir convertir les païens. Chaque fois que nous commençons à prêcher dans quelque village, nous avons toujours à compter avec les mandarins, dont l’hostilité ouverte ou occulte ne fait jamais défaut. Les fonctionnaires qui semblent vouloir tenir la balance égale entre les chrétiens et les infidèles, sont bien vite révoqués. Il y a donc toujours des vexations et des procès à craidre, et peu de païens ont assez d’attachement à notre sainte Religion, qu’il ne connaissent pas encore assez pour affronter tant de misères. C’est une guerre à mort que le démon semble nous avoir déclarée ; pour nous, nous n’avons confiance que dans le secours d’En-haut. »

(1) Mgr Pontvianne.
(2) Mgr Caspar, ancien Missionnaire de la Cochinchine occidentale, nommé évêque de Canathe et vicaire apostolique de la Cochinchine septentrionale.


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