| Année: |
1880 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tong-King méridional |
| Rédacteur: | Mgr Croc |
Tong-King méridional.
« Je viens, comme d’habitude, nous écrit Mgr Croc, vous présenter le compte-rendu de nos travaux. Le tableau d’administration n’exige pas de longues remarques. Chacun de nos Confrères et des prêtres indigènes a rempli son devoir et a fait de son mieux. Comme nous n’avons pas pu obtenir de prorogation pour le jubilé, le nombre des confessions et des communions est simplement celui d’une année moyenne.
« Le chiffre des conversions et des baptêmes d’infidèles (I) vous paraîtra peu élevé ; il l’est en effet, eu égard à nos désirs et à nos espérances. Cependant, je ne puis que louer le zèle de ceux qui ont travaillé à cette œuvre ; il faut, vous le savez, pour y réussir, tant de patience et de charité !
« Nos néophytes de l’année dernière, baptisés à la hâte, ont dû recevoir, cette année, le complément d’instruction qui leur était nécessaire. Plusieurs avaient oublié même leurs prière, ils se tous confessés et la plupart ont pu faire leur première communion. J’ai donc la consolation de vous annoncer que plus de 4,000 nouveaux chrétiens sont définitivement assurés à la Mission. Environ 200 restent encore en souffrance, par suite d’évènements qui ne nous ont pas permis de nous occuper d’eux d’une manière suffisante. Une cinquantaine seulement nous ont abandonnés. Finalement, le résultat est satisfaisant. »
Outre les soins spirituels que les Missionnaires du Tong-King méridional ont dû donner à leurs néophytes, il leur a encore fallu s’occuper de leur intérêts matériels. En retournant dans leurs villages, au milieu de leurs proches et de leurs amis païens, ces nouveaux chrétiens auraient rencontré bien des séductions et se seraient trouvés exposés à de continuelles persécution. La plupart, d’ailleurs, avaient été réduits à la dernière misère pendant la famine et, pour ne pas mourir de faim, ils avaient dû vendre tout ce qu’ils possédaient et contracter de grosses dettes.
Afin de leur venir en aide et de préserver leur foi du péril, Mgr Croc a acheté des terres sur lesquelles il a établi des familles chrétiennes, que, de cette manière, il a mises à même de gagner leur vie.
« Jusqu’au mois de mai, écrit le prélat, la détresse a été grande dans le pays, et la Mission a dû s’imposer de nouveaux sacrifices. Mais, depuis le conquième mois, la famine n’a plus fait de victimes. Les pêcheurs seuls n’ont encore pu sortir de la misère, la maison ayant été défavorable pour la pêche. Toutefois, ils ne meurent pas de faim, mais beaucoup sont réduits à la mendicité…
« L’Œuvre de la Sainte-Enfance reste en souffrance, par suite du déficit de l’année dernière. Si notre allocation n’est pas augmentée, force nous sera d’abandonner notre grand orphelinat. C’est là, cependant, que nous gardons les enfants viables, en attendant de pouvoir les placer chez les chrétiens. Cette année, plus de 1,300 orphelins y ont passé ; aussi, l’abandon de cet établissement, qui donne tant de relief à la Mission, serait-elle véritable désastre.
« J’ai écrit dernièrement à M. le Chargé d’affaires de France à Hué, afin d’obtenir, par son entremise, du gouvernement siamois des passe-ports pour les Missionnaires que je me propose d’envoyer, dans le courant de l’année prochaine, évangéliser les régions qui nous séparent du Mei-Kong. Je prévois de grandes difficultés pour l’établissement de ce poste ; néanmoins, il faut agir en se confiant à la Providence. »
Nous félicitions le vénérable prélat de ce dessein et nous faisons les meilleurs vœux pour le succès de son entreprise. Les résultats déjà obtenus dans la partie du Laos qui dépend du Tong-King occidental, sont bien de nature à encourager les efforts qui seront tentés pour implanter notre sainte Religion dans ces contrées immenses et jusqu’à présent inexplorées.
(I) Le chiffre des baptême d’adultes au Tong-King méridional est de 591.
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