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Rapport annuel des évêques

Année: 1881
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine occidentale
Rédacteur:Mgr Colombert

Cochinchine occidentale .


Le chiffre des baptêmes dans la Cochinchine francaise n’est point inférieur à celui des années précédentes. « Par ce mauvais temps, écrit Mgr Colombert, quand le vent souffle debout et violent, c’est peut-être quelque chose que le bateau n’ait point reculé, mais qu’il ait pu suivre, comme d’habitude, sa marche progressive.
« Les obstacles ne lui font pas défaut cependant : la crainte de se compromettre arrête plus d’une conversion... » Les chrétiens ne peuvent, en effet, compter sur la bienveillance de l’administration et sont abandonnés sans défense aux tracasseries des païens, dont l’hostilité persévère d’autant mieux qu’elle n’a plus rien à craindre. Trois chapelles appartenant à trois nouvelles chrétientés sont devenues, dernièrement, par le fait de la malveillance, la proie des flammes.
« D’autre part, l’isolement du nouveau converti est encore un obstacle sérieux . S’il demeure dans un centre païen, avec quelques autres néophytes pauvres comme lui, tout appui lui manque, à partir du jour où il a embrassé la Religion des Occidentaux ; il ne trouve plus qui lui prête, il loue plus difficilement son travail ; il se trouve à peu près au ban de la société. Il faut une foi bien vive et un courage bien rare chez nos Annamites, pour triompher de ces obstacles.
« Cependant, nous avons encore fait quelque chose : à Mi-tho, à Cai-mong, à Vinh-long, à Cho-quan et dans les hôpitaux indigènes, la moisson a été bonne. Elle eût été meilleure encore, si les travaux du Jubilé et la mala-die n’avaient pas retardé l’œuvre des moissonneurs dans quelques autres localités.

« Les écoles de la Mission sont à peu près dans la même situation que l’an dernier. Cette situation est bonne ; puissions-nous la maintenir ! Malheureusement, il est facile de prévoir une épreuve prochaine.
« A l’exemple de la métropole, la jeune colonie entre-prend de laïciser l’enseignement . Elle a , pour atteindre ce but, un budget de deux millions au Chapitre de l’Instruction publique; elle construit des écoles qui sont des palais ; elle recrute en France une armée d’institu-teurs auxquels elle assigne, pour commencer, un traite-ment supérieur à 4,000 fr. Leur mission est de civiliser le pays, d’assimiler l’Annamite, de le délivrer de la supers-tition et de l’ignorance...»
Par contre, plusieurs écoles tenues par les Frères des Ecoles chrétiennes sont fermées ou ne tarderont pas à l’être, et les écoles des paroisses sont menacées de perdre la subvention qui leur était allouée. A côté des orphe-linats où, depuis de longues années, la charité chrétienne recueille, nourrit et élève les pauvres petits abandonnés, il est question de fonder des orphelinats laïques pour les enfants des deux sexes.

Actuellement toutes ces menaces sont en cours d’exé-cution ; d’après les nouvelles les plus récentes, le conseil colonial vient de supprimer la subvention que la colonie accordait aux Missionnaires pour leur entretien et pour leurs œuvres . C’est ainsi qu’est récompensé le dévouement avec lequel les Missionnaires n’ont cessé de travailler à faire de ce pays, en le christianisant, une terre vraiment française. Grâce à ce secours annuel, nos Confrères avaient pu élever partout des églises, fonder et entretenir des écoles, des orphelinats et des hôpitaux. Le dénûment auquel on les condamne ne les empêchera pas de tra-vailler, selon la mesure de leurs moyens, à préserver leurs ouailles de la contagion de l’athéisme et de l’irré-ligion dont elles sont menacées. Les œuvres souffriront forcément ; espérons toutefois que, dans cette situation critique, les chrétiens de la Cochinchine occidentale sauront faire leur devoir et. préserver leur foi .
Au milieu de ces tristesses et de ces craintes, nos Confrères ont eu aussi leurs consolations. « Vous savez , écrit Mgr de Samosate, que nous avons ab antiquo des catéchistes mariés, qui sont d’utiles auxiliaires dans l’ad-ministration des chrétientés. Nous avons eu la pensée de réunir, pendant les vacances, au petit Séminaire de Caï-nhum, ceux des provinces de Mi-tho et de Vinh-long, et de leur donner une retraite spirituelle comme à des séminaristes. Cette distinction les a touchés, ils ont répondu à notre appel avec empressement, et ont suivi tous les exercices avec une assiduité et un recueillement exemplaires. Le prédicateur a pris un soin spécial d’ex-citer en eux le zèle pour le salut des âmes. Cet essai a obtenu un très beau succès, nous le renouvellerons le plus souvent possible.
« Les exercices du Jubilé se font successivement dans toutes les paroisses. La plupart des chrétiens montrent un louable empressement à profiter de cette grâce extra-ordinaire. C’est, du reste, une excellente occasion pour nous, en renouvelant les instructions sur les vérités fondamentales et en purifiant les cœurs , de christianiser peu à peu ces intelligences encore imprégnées de paganisme.
« La situation des deux Séminaires diffère peu de celle des années précédentes. Il n’en est pas de même du principal établissement, fondé à Saïgon en 1863 par le Père Wibaux . Les fourmis blanches avaient dévoré une partie des bois entrant dans la construction, qui menaçait d’écraser ses habitants sous ses ruines. Il a fallu faire une réparation sérieuse et presque fondamentale. Le fer a remplacé le bois dans les planchers. On a profité de l’expérience acquise pour modifier le genre de construc-tion, et aujourd’hui la Mission possède un établissement dont la disposition et la solidité ne laissent rien à désirer.
« Je viens de bénir la nouvelle et belle église de Cau--Kho, à 3 kilomètres de Saïgon . Les chrétiens de cette paroisse, assez à l’aise, ont montré le plus louable em-pressement et une générosité remarquable pour élever la maison de Dieu. Sans compter plus de 3,000 journées de corvées volontaires, ils ont fourni de leur bourse environ 60,000 francs. L’un d’eux a vendu une partie de ses rizières ; d’autres ont contracté des dettes pour concourir à l’œuvre commune. Si toutes les paroisses avaient les moyens matériels et la bonne volonté de Cau-Kho, bientôt de jolis clochers s’élèveraient sur tous les points de la Cochinchine.
« La santé de plusieurs Confrères a été gravement atteinte cette année. Quatre d’entre eux ont dû nous quitter momentanément. Quelques autres sont très faibles, et celui qui devrait marcher vaillamment à la tête du bataillon, ne bat lui-même que d’une aile. Nous devons toutefois bénir la bonne Providence de n’avoir rappelé personne d’entre nous cette année. »




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