| Année: |
1881 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin méridional |
| Rédacteur: | Mgr Croc |
Tong-King méridional.
1881
Le nombre des baptêmes d’adultes au Tong-King méri-dional a été de 595. Ce chiffre, nous écrit Mgr Croc, est celui des années ordinaires. Mais, ajoute le prélat, « ce qui m’a surtout causé une bien vive joie, c’est le grand nombre des confessions, 75,000 , c’est-à-dire au moins 15,000 de plus que les années précédentes, et le Jubilé n’est pas encore commencé. J’ai été heureux d’en témoi-gner ma grande satisfaction à nos Confrères et à nos prêtres indigènes : tous ont rivalisé de zèle pour administrer les postes les plus éloignés et les plus difficiles. »
L’événement le plus important de l’année a été la fondation de la Mission Laocienne. Mgr de Laranda a pu enfin commencer la mise à exécution du projet que Sa Grandeur avait formé, dans le but d’évangéliser la partie considérable de son Vicariat, qui est située en dehors du territoire annamite proprement dit. Nous repro-duisons les détails que Mgr Croc nous a transmis sur les débuts de cette entreprise dont nous souhaitons vivement et demandons à Dieu le succès.
« Les trois Missionnaires (envoyés par Sa Grandeur) m’annoncent qu’ils ont enfin pu s’établir assez convena-blement à Na-huong; mais, avant d’arriver à cet heureux résultat, ils ont dû faire bien des marches et contre-marches. La voie du Ngan-ca, certainement la plus praticable, est entièrement au pouvoir des Xas, pillards venus des frontières de Thanh-hoa, que les Annamites ne peuvent réduire. C’est, croit-on, un détachement de ces bandes qui a saccagé les établissements de Mgr Puginier.
« Nos Confrères, suivant d’abord le Ngan-ca, sont montés au delà de Cua-rào, et là ils ont rencontré 7 à 800 réfugiés de Tran-ninh, et, parmi eux, plusieurs chefs qui ont pris la fuite, épouvantés des atrocités commises par les Xas. Sur l’avis de ces chefs, ils ont cru devoir prendre un affluent de la rivière Hoï, plus au sud et indiqué dans la carte sous le nom de Ngan-phô. Ils sont montés en barque jusqu’à Hà-traï. Après d’assez longs pourparlers, les mandarins de Ha-tinh ont donné des ordres pour laisser passer la frontière.
« Le Père Blanck a le premier franchi la grande ligne, après deux jours d’une marche pénible, et s’est arrêté à Na-chia, premier village sauvage de l’autre versant. Quelques jours plus tard, ayant fait visiter les villages voisins, il a jugé qu’un premier établissement serait mieux placé à Na--huong, plus avant dans la plaine et arrosé par un ruis-seau d’une eau excellente. Il y a acheté une maison et un jardin. Le 17 mai, le Père Sâtre est allé le rejoindre avec les bagages; le Père Cudrey a suivi de près avec tous les servants. Aujourd’hui la petite colonie est installée. Les deux sous-préfectures voisines sont en paix, les Xas n’ont pas porté leurs déprédations de ce côté. La population ne paraît pas aussi sympathique que du côté de Ngan-ca ; quelques chefs, particulièrement un ba-hô (titre qu’il tient du roi d’Annam), ont fait des difficultés pour l’installation de nos Confrères qui n’ont cependant rien à craindre pour leurs jours.
« Un bonze assez influent a voulu faire leur connais-sance dès leur arrivée. Il leur a fourni des vivres, les a aidés à installer leur maison, leur petite chapelle provi-soire, et, sachant qu’ils font maigre le vendredi et le samedi, il envoie la veille chercher au loin quelques petits poissons qu’il leur offre avec une bienveillance vraiment extraordinaire. Nos Confrères ne s’expliquent pas encore bien les motifs de tant d’attentions, ils louent cependant la Providence de cette bonne aventure. Le bonze est aussi leur maître de langue, et les bonzillons sont les habitués de la maison.
« Le Père Blanck et deux catéchistes ont déjà payé leur tribut à la fièvre des bois; mais, grâce à Dieu, ils sont hors de danger pour cette fois. Les Pères Sâtre et Cudrey et le reste du personnel se portent bien. Na-huong est regardé comme un pays assez sain, c’est donc un poste à conserver. En octobre ou novembre, nos Confrères, habitués déjà à la langue et aux usages, pousseront en avant.
« Nous sommes heureux de leur première étape; elle donne lieu d’espérer que, cette fois, l’évangélisation du Laos annamite ne sera plus abandonnée: là encore les pêcheurs d’hommes trouveront de nombreux élus pour le ciel. »
Les effets de la famine qui a ravagé le Tong-King méri-dional, il y a deux ans, se font encore sentir et imposent de lourdes charges à la Mission. Avec une partie des aumônes que la charité chrétienne avait à cette occasion mises à sa disposition, Mgr Croc avait pu recueillir un grand nombre d’affamés, les empêcher de mourir, et plus tard les établir sur des terrains incultes que la Mission avait achetés dans ce but . Deux villages avaient été fondés de cette manière . Mais cette colonie ne peut encore se suffire , « et , écrit Mgr Croc , nous devons toujours subvenir à ses besoins : ce qui nous oblige à de grands sacrifices et nous crée un surcroît de charges , alors que nos ressources n’augmentent pas . J’espère de la miséricorde divine que cet état de choses ne durera pas longtemps ; dans le cas contraire , nous nous verrions dans la nécessité d’abandonner ces pauvres malheureux .
« Nous avons déjà dû susprendre les travaux de la construction de notre église de Notre-Dame du Tong-King . Et pourtant , que nous aurions besoin d’un sanctuaire au moins convenable ! Le provisoire menace ruine et ne nous rappelle que trop , hélas ! l’étable de Bethléem . J’appelle du plus ardent de mes vœux le jour où j’aurai le bonheur d’inaugurer cette nouvelle église et où pourrons faire nos cérémonies saintes avec la décence qui convient. Le peuple annamite , avide de fêtes , viendra en foule voir nos solennités chrétiennes , et qui sait si aux pieds de la Mère des miséricordes quelques âmes ne trouveront pas la grâce du salut ? »
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