| Année: |
1882 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine occidentale |
| Rédacteur: | Mgr Mgr Colombert |
Cochinchine occidentale.
La Mission de la Cochinhine occidentale est sous le coup d’une épreuve d’autant plus douloureuse qu’elle lui a été infligée par des catholiques et des Français qui n’ignorent pas, cependant, les titres que les Missionnaires ont aux sympathies de leur pays . Embrassant un territoire devenu colonie, cette Mission a pris de grands développements depuis plusieurs années, les œuvres y sont nombreuses et prospères, grâce à la part , relativement modeste, que le gouvernement colonial lui avait accordée au budget ; d’ailleurs, en travaillant à grossir dans la Cochinchine francaise le nombre des chrétiens, nos Confrères peuvent se rendre le témoignage d’avoir donné à la France des citoyens dont la fidélité et le dévouement n’ont jamais été en défaut . Or ; sans que rien d’extraordinaire fût survenu dans les relations entre l’administration civile et celle de la Mission , quelques jours seulement avant la fin de l’année (1881), de manière à ce que l’exécution suivît immédiatement la décision, le budget des cultes fut supprimé par le conseil colonial .
« Cette grave mesure, nous écrit Mgr Colombert, divulguée dans toute la colonie par le journal officiel annamite, a été aussi nuisible à notre influence qu’à nos œuvres . Le peuple annamite, en effet, n’apprécie les choses que par leur côté matériel : pour les païens, nous avons été jetés à l’eau, et la Religion n’est plus utile à rien ; plus d’un néophyte a été troublé dans sa foi : le mot de persécution a été prononcé, et les administrateurs des provinces ayant fait, par ordre supérieur, un recensement des chrétiens, il a été perfidement insinué que c’était dans le but de leur imposer un tribut spécial pour l’entretien des prêtres catholiques. Les vieux chrétiens eux-mêmes ne se sont pas montrés aussi courageux qu’on aurait pu l’espérer. Vingt ans de liberté et, jusqu’à un certain point, de faveurs administratives, les avaient mal préparés à cette épreuve imprévue.
« Cependant, l’élan donné à la Mission ne s’est pas arrêté tout d’un coup. Les Missionnaires et les prêtres indigènes, acceptant l’épreuve, comme il convient à des ouvriers dont les espérances et la récompense ne sont pas de ce monde, ont expliqué de leur mieux, dans leur entourage, la cause, et les conséquences de la mesure qui atteignait la Religion. Finalement, s’il y a eu défection dans quelques chrétientés, il y a eu progrès inattendu en d’autres, et j’ai la joie d’enregistrer un plus grand nombre de baptêmes d’adultes que l’année dernière.
« Cette consolation nous est venue principalement du pays situé sur la rive du Dong-nai, stérile jusqu’à présent et où, cette année, la semence évangélique a produit une excellente récolte dans les districts de Tan-Trieu, Bien-hoa, Mi-hai et Xam-chien . Dans l’ouest, les districts de Mi-tho, Vinh-long , Cai-mong et Mac-Bac ont également fourni un bon nombre de baptêmes d’adultes. Je dois aussi citer les hôpitaux indigènes qui augmentent peu le chiffre des chrétiens de la Mission, mais envoient au ciel beaucoup de chrétiens régénérés in articulo mortis.
« Toutefois, le nombre des chrétiens ne s’accroît pas en proportion du chiffre des baptêmes.» Mgr Colombert attribue ce fait à deux causes : beaucoup d’Annamites, chrétiens comme païens, pressés par la misère et surchargés d’impôts, vont chercher au Cambodge fortune et liberté. Le choléra a fait cette année de grands ravages en Cochinchine et, quoique plus épargnés que les païens, les chrétiens ont, cependant, payé leur tribut au redoutable fléau. «Mais, du moins, reprend le Prélat, ils ont admirablement entendu la voix de la justice divine: partout la crainte de la mort a amené les foules au tribunal de la pénitence, les retardataires étaient en premier rang . Aucun prédicateur, ni aucun jubilé, n’ont jamais produit autant d’effet que la grande voix du choléra . Pauvres chrétiens ! s’ils sont fragiles, ils ont du moins une foi vive, la crainte des jugements de Dièu et de l’enfer. Pourquoi, hélas ne m’est-il pas donné de pouvoir rendre le même témoignage aux Européens de la Cochinchine ! »
Après cet aperçu sur l’état général du Vicariat, Mgr de Samosate passe en revue les œuvres particulières de la Mission . Toutes, on le comprend, ont eu à souffrir et souffrir et davantage encore à l’avenir, de la situation actuelle . Au séminaire, il a fallu diminuer le nombre des élèves. Pour la première année, on a dû en congédier plus de 50; il est à craindre que le manque de ressources n’oblige encore à diminuer le personnel de ce précieux établissement. Néanmoins, le 30 novembre dernier, Sa Grandeur a eu la joie de conférer les saints ordres à 4 prêtres, 3 diacres, 5 sous-diacres, 11 minorés et 5 tonsurés. Il ne s’est pas encore fait d’ordination aussi nombreuse depuis l’origine de la Mission .
L’école Taberd , fondée en faveur des métis de la colonie, marche bien , mais elle était grandement menacée aux dernières nouvelles et le conseil colonial semblait avoir juré su ruine.
Les écoles primaires et paroissiales se soutiennent , grâce aux pénibles sacrifices que la Mission s’est imposés à cette fin . La seule école qui reste confiée aux Frères de la doctrine chrétienne dépend de l’administration coloniale : c’est dire que son existence ne tient qu’à un fil .
Les communautés religieuses, Carmélites, Sœurs de Saint-Paul de Chartres, religieuses indigènes, continuent comme par le passé, chacune suivant sa vocation, leur vie de prière et de travail, et contribuent au succès de l’évangélisation et du progrès de la foi dans le pays.
« Je n’ai point à vous entretenir, cette année, de la construction des églises. C’est un chapitre entièrement supprimé. Non seulement nous ne construisons plus, mais encore nous n’entretenons pas ce qui est debout ; et, sacrifice plus amer, nous ne pouvons rien faire pour la fondation de nouvelles chrétientés et l’œuvre des catéchumènes. Si cette situation se prolonge dans un pays où rien n’est durable, où le gouvernement français a déjà refait trois fois la même maison, nous verrons bientôt nos églises tomber successivement en ruines. »
Pour aviser à une situation aussi grave, il faudrait des ressources que notre pauvreté ne nous permet pas de fournir aussi abondantes que nous le voudrions. Nous avons fait le possible cette année pour atténuer les conséquences de cette situation, et nous prions Dieu de nous mettre à même de secourir plus efficacement un Mission qui nous est chère et qui se recommande par tant de titres à la charité des fidèles et de la France chrétienne.
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