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Rapport annuel des évêques

Année: 1883
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine septentrionale
Rédacteur:Mgr Caspar

Cochinchine Septentrionale.
1883

Les détails concernant l’administration des différents districts de cette Mission nous font complétement défaut.
L’état de trouble et de surexcitation causé à la cour et chez les mandarins par les événements politiques, et le ma-laise qu’en ont ressenti les populations, ont dû contribuer pour beaucoup à arrêter les conversions des païens. De là vient sans doute que les baptêmes d’adultes ont été assez peu nombreux cette année-ci, (93).
Dès le mois de février, Mgr Caspar nous signalait de la part de la cour un déni de justice assez criant, à l’égard d’un pauvre petit hameau chrétien, dont le mandarin compétent avait pourtant reconnu le bon droit.
Néanmoins cette hostilité n’alla point aux extrémités, comme à d’autres époques, et la crainte d’attirer de nouvelles complications empêcha les mandarins de se porter envers les Missionnaires et les chrétiens à des vexations directes et positives.
Bien plus, la crainte des armes françaises opéra un rapprochement inespéré entre la cour et la Mission. Quelques jours après le départ de M. Reinhart, le préfet fut chargé par le roi Tu-Duc d’aller, en compagnie de l’évêque, constater l’intégrité des scellés apposés sur la porte de la Légation. Peu de temps auparavant, le Ministère des Rites avait fait paraître, contrairement au traité signé avec la France en 1874, une circulaire prescrivant à tous les maires de village de signaler, tous les trois mois, la présence en même temps que les faits et gestes des Missionnaires qui se trouveraient dans leurs circonscriptions. Mgr Caspar profita de la démarche du préfet, pour lui faire comprendre qu’il était au moins étrange de réclamer de sa part un ser-vice, alors qu’on le traitait lui et ses Missionnaires comme des gens suspects. Le préfet fit part de cette observation au roi, et celui-ci se hâta d’y donner satisfaction, en répriman-dant sévèrement le ministre coupable, en l’obligeant à retirer sa circulaire, et en punissant tous les employés de son ministère de la retenue de leur solde pendant une année.
Après la mort de Tu-Duc, lorsque nos troupes vinrent au mois d’août dernier bombarder les forts de Thuân-An, la cour de Hué donna à Mgr Caspar une nouvelle marque de confiance , que nous ne pouvons passer sous silence.
Le jour même de la prise des forts (20 août), le nouveau roi, affolé de terreur, fit inviter Mgr Caspar à accompagner le ministre des Affaires Etrangères, qui devait se rendre à Thuân-An, pour traiter de la paix avec les Français. Mgr de Canathe saisit avec empressement cette nouvelle occasion de rendre service au gouvernement annamite, et de faciliter, autant qu’il serait en son pouvoir, les négociations avec notre pays. On arriva au milieu de la nuit à Thuân-An, et, grâce au soin de Sa Grandeur d’arborer un drapeau blanc éclairé au moyen de torches, on réussit à se faire admettre auprès du Commissaire général installé dans le fort. Une suspension d’armes fut accordée, à condition que les autres forts seraient évacués, et le matériel de guerre détruit. Les conditions furent acceptées, et le ministre consentit en outre à se rendre le lendemain à l’hôtel de la Légation à Hué, pour entendre les propositions auxquelles la cour aurait à se soumettre, sous peine de voir reprendre aussitôt les hostilités.
Par suite de ces négociations, aussi heureuses qu’habile-ment menées, la cour signait, le 25 août, le protocole accor-dant à la France tous les avantages réclamés par le Commissaire général de la République.
Pendant la durée du règne de Hiep-Hoa, qui ne fut que de trois mois, rien de saillant à signaler dans cette Mission.
Mais, au moment où eut lieu la révolution de palais qui renversa Hiep-Hoa, la résidence de l’évêque fut tout à coup cernée par des soldats, sans toutefois que l’on se portât à aucune violence. Les chefs du complot avaient seulement ai en vue d’empêcher les Missionnaires de communiquer avec la Légation. Lorsque l’élection du nouveau roi fut connue, les soldats se retirèrent.
Dans les jours qui suivirent, jusqu’au 17 décembre, quatre chrétientés furent détruites dans les environs de la capitale, et plus de cinquante chrétiens massacrés. Heu-reusement, le représentant de la France, M. de Champeaux, réclama immédiatement avec énergie l’arrestation des coupables, et de plus grands malheurs furent ainsi pré-venus.



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