| Année: |
1883 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin méridional |
| Rédacteur: | Mgr Croc |
Tong-King Méridional.
1883
Le compte-rendu de cette Mission ne contient guère qu’une triste énumération d’épreuves et de tribulations, qui expliquent le chiffre relativement peu considérable de 233 baptêmes d’adultes obtenus pendant cette année.
Sans parler du P. Munier, qui a succombé, et dont nous donnerons en son lieu la notice biographique, Mgr Croc et presque tous ses Missionnaires ont eu à lutter, pendant un temps plus ou moins considérable, contre des maladies ou des infirmités d’une ténacité vraiment extraordinaire.
La guerre entre la France et l’Annam a tenu ensuite tous les esprits dans des inquiétudes continuelles. Plu-sieurs villages, qui avaient promis précédemment d’étu-dier la religion, ont remis à des temps plus favorables l’exécution de leur dessein, alléguant qu’ils savaient de source certaine qu’on allait massacrer les chrétiens.
La province de Nghé-An a été en outre dévastée par une affreuse tempête, qui s’est déchaînée sur elle dans la journée du 21 mai. Vers midi, le vent commença à fraîchir du côté du nord-est, et, à 3 heures, il renversait les maisons et déracinait les arbres. Il tourna peu à peu à l’est, et enfin au sud, en continuant ses ravages. La tem-pète ne s’apaisa que vers 11 heures du soir. En même temps, les eaux de la mer se soulevèrent et envahirent les terres jusqu’à des distances considérables. La moisson fut complétement perdue, et presque toutes les cases des ha-bitants renversées. Beaucoup de barques, même de celles qui étaient dans le port, furent détruites, et le nombre des victimes fut incalculable.
Par surcroît d’infortune, les mandarins de la province défendirent alors tout commerce avec le nord, à cause de la présence des troupes françaises dans le delta du Fleuve Rouge. C’était décréter la ruine de tous les mar-chands de sel, de saumure, de poisson, d’arec, de coton, de bois de construction, etc., etc., qui ne trouvent qu’à Nam--Dinh l’écoulement de ces diverses marchandises.
De plus, il faut ajouter que tous les soldats de la pro-vince ayant été envoyés guerroyer contre les Français, les travaux de fortifications, sans compter les transports de munitions et de vivres pour les troupes, ont pesé d’une manière inaccoutumée sur la population valide.
Et, quoique le commerce fût nul, les récoltes perdues, et les corvées triplées, cela n’a pas empêché les mandarins d’exiger les impôts avec la plus grande rigueur.
Aussi, la misère la plus affreuse a-t-elle régné en ce pays pendant la plus grande partie de l’année.
Mais l’épreuve de beaucoup la plus douloureuse, pour le Tong-King Méridional, a été la ruine de la Mission éta-blie chez les Laociens, à Muong-Ngan, près du Mékong. Nous allons résumer les diverses phases de cette glorieuse tentative, qui ne manquera pas de porter un jour, bientôt peut-être, des fruits abondants de salut.
Dans notre lettre commune de 1881, nous annoncions l’établissement des P.P. Blanck, Cudrey et Sâtre à Na--Huong, village situé à l’ouest de la Mission, assez près du territoire annamite.
Après avoir exploré tout le pays environnant et en avoir reconnu l’insalubrité, nos confrères, constatant que les sauvages de cette contrée, d’ailleurs peu nombreux, n’étaient pas encore disposés à recevoir la bonne nouvelle, se décidèrent, en 1882, à remonter vers le Trân-Ninh, au nord-ouest, où tout leur faisait présager d’heureux résul-tats.
Leur voyage fut des plus pénibles et dura vingt-deux jours, mais le bon Dieu permit qu’ils arrivassent sans encombre à Muong-Ngan, résidence du grand chef de cette contrée, qui avait eu autrefois des rapports avec Mgr Gauthier et la Mission.
Par malheur, toute cette région était ravagée depuis une dizaine d’années par des pillards chinois, auxquels se joignaient de temps en temps des bandes de Sas, sauvages de la pire espèce.
La population accueillit les Missionnaires avec enthou-siasme, non pas tant à cause de la religion qu’ils venaient prêcher qu’en raison des secours qu’ils en attendaient contre les brigands. Ces premières dispositions, quelque imparfaites qu’elles fussent, n’en facilitèrent pas moins le ministère pacifique des Missionnaires. Quelques familles demandèrent même bientôt à s’instruire.
Pendant le mois de Marie, la petite chapelle improvisée était toujours pleine de monde, qui venait entendre les chants et les prières. Après le repas du soir, ces braves gens, hommes et femmes, apportaient même des fleurs pour orner l’autel ; puis, ils se mettaient à causer avec les Pères, qui leur faisaient connaître tout ce que notre religion a de consolant. Tous paraissaient prendre le plus grand intérêt à ces entretiens.
Mais les brigands ne devaient pas laisser à ces germes le temps de se développer. Pendant l’année 1882, ils dévas-tèrent de nouveau toute la contrée, et massacrèrent un grand nombre d’habitants.
Muong-Ngan, situé sur le sommet d’une montagne, et d’ailleurs bien fortifié pour le pays, résista assez longtemps ; mais au commencement de 1883, il finit par tomber aussi au pouvoir des bandits.
C’est ainsi que nos confrères, n’ayant plus de lieu où ils pussent se réfugier avec sécurité, ont été forcés de revenir au territoire annamite, pour attendre des jours meilleurs.
Aux dernières nouvelles, un prêtre indigène le P. Hué, et quelques servants, se trouvaient encore à Canh-Trap, sur le Ngan-Ca, poste intermédiaire entre Muong-Ngan et le centre de la Mission, et plusieurs centaines de sau-vages ou Laociens en fuite s’y trouvaient réunis. Le P. Blanck devait bientôt aller les rejoindre, et continuer autant que possible les relations avec les tribus de l’inté-rieur. Les brigands restaient cependant encore maîtres du pays et ne paraissaient pas vouloir se retirer.
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