| Année: |
1884 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine occidentale |
| Rédacteur: | Mgr Colombert |
Cochinchine occidentale .
1884
Placée sous l’administration française, la Cochinchine occidentale jouit de la paix . Mais si elle n’a pas été sous le coup des menaces qui ont troublé les autres missions annamites ses voisines, elle a rencontré, comme nous l’avons déjà dit, des obstacles d’une autre nature qui ne laissent pas de nuire à son développement .
« Toutefois, nous écrit Mgr Colombert, les résultats de nos travaux diffèrent peu de ceux de l’année dernière. Le nombre des adultes baptisés est le même ; fourni, en grande partie, par les mêmes districts, entre lesquels je remarque Vinh-long , Cai-mong , Mi-tho et Xam-chieu . Les hôpitaux indigènes ont également donné leur contin-gent habituel .
« Partout où, à un travail persévérant se joignent la santé des ouvriers et quelques ressources matérielles, nous parvenons toujours à glaner quelques âmes, malgré les obstacles de jour en jour plus grands, qui arrêtent la propagation de l’Évangile.
« Cette œuvre , du reste, s’accomplit prudemment, dans l’ombre et au fond des campagnes, sans bruit et sans éclat, comme sans aucun fait particulier digne d’être signalé.
« En comparant nos catalogues d’administration des dix dernières années, il est à remarquer que si nous pro-gressons lentement, nous avançons un peu , sans jamais reculer. Espérons qu’il en sera toujours ainsi, aussi long-temps du moins que l’autorité civile nous laissera en paix, comme elle a continué de le faire depuis notre exécution budgétaire.
« Le chiffre des communions et des confessions est toujours considérable, relativement au nombre de nos chrétiens adultes. Il dénote non seulement le travail des ouvriers, mais aussi l’abondance des secours spirituels et la fréquentation du Sacrement de vie.
« L’Œuvre de la Sainte-Enfance ne peut atteindre chez nous le chiffre des autres missions, malgré les efforts cons-tants des dernières années pour la développer. Cela provient du peu de densité de la population et de son aisance rela-tive. D’après les statistiques officielles, le nombre des décès d’enfants, âgés de moins d’un an, étant d’environ 12,000 par an dans cette mission, le tiers de ces enfants meurt régénéré par nous dans les eaux du saint baptême. Puissions-nous trouver le moyen d’atteindre aussi les deux autres tiers ! ce serait le bénéfice le plus solide et le plus consolant de notre ministère.
« Les Sœurs de Saint-Paul dans les centres européens et les religieuses annamites au fond des campagnes, tra-vaillent de leur mieux au baptême des petits moribonds. C’est partout la même industrie moyennant quelques remèdes gratuits, elles pénètrent dans les maisons, s’insinuent près des mères, et baptisent les enfants, le plus souvent au su et au vu de leurs parents, qui alors deman-dent que leur enfant soit enterré aux frais des chrétiens, ce qu’on ne manque jamais de faire avec toute la solennité possible.
« Cette année comme l’année dernière, nos chrétiens ont répondu avec empressement à l’appel du Saint-Père, exhortant l’univers catholique à recourir à Notre-Dame du Rosaire. — Cette pieuse coutume de la récitation du rosaire, instituée par les premiers apôtres de l’Annam, existe encore ici à peu près dans sa ferveur primitive. Nos chrétiens le disent en commun à l’église, les dimanches et les fêtes d’obligation, le matin, à midi et le soir. Pour répondre aux intentions du Souverain-Pontife, j’ai envoyé au commencement de cette année, un mandement spécial, afin d’exhorter les fidèles à ne pas se contenter du rosaire du dimanche, mais à ajouter chaque jour le chapelet récité en commun dans la famille. J’ai lieu de croire que moi appel a été entendu par un bon nombre .
« Du reste, le mauvais exemple et le scepticisme pratique de nos compatriotes, pénétrant de plus en plus chez tous ceux qui les fréquentent, nous sommes obligés d’entretenir la ferveur et de combattre l’indifférence religieuse par tous les moyens employés en Occident. Outre la confrérie du rosaire, dont le règlement a été revu et adapté aux circons-tances actuelles, nous sommes en train d’établir la confrérie du Saint-Sacrement et l’adoration dominicale , en attendant qu’il nous soit donné d’ériger l’adoration quotidienne et perpétuelle. Puis viendra la confrérie de la bonne mort et des âmes du purgatoire, qui offre un attrait tout particulier aux Annamites dont les traditions nationales ont largement développé le culte des morts.
« Nos chrétiens sont assez bien disposés pour tout ce qui est nouveau ou extraordinaire, surtout de prime abord . Nous tâcherons, par une bonne règlementation et par les exhortations souvent renouvelées des directeurs des con-fréries, de faire que la ferveur primitive ne s’éteigne pas et que ces institutions soient durables.
« Grâce à un secours exceptionnel de la Sainte-Enfance, nos écoles primaires n’ont pas trop diminué. Mais nous avons l’amer chagrin de voir plus de 400 enfants chrétiens, internés dans les écoles laïques, où ils reçoivent l’éducation que vous savez . Afin de remédier à cet état de choses, nous avons fait une démarche pour rappeler les Frères des écoles chrétiennes : nous avons un certain espoir d’en obtenir ; mais leur présence à l’école Taberd ne fera qu’atténuer le mal, elle ne le supprimera pas. — Le moyen de le supprimer ? Nous sommes absolument impuissants dans notre situation présente, en face du gouvernement qui a tout pour lui, l’autorité, les hommes et des ressources inépuisables.
« Ce n’est qu’avec tristesse que je vous parle des sémi-naires. Les professeurs y succombent successivement à la peine. De plus, sur 40 séminaristes qui sont dans les ordre sacrés ou inférieurs, quatre ou six sont condamnés à mourir à bref délai . Tous ces jeunes gens s’en vont de la poitrine.
« D’un autre côté je suis obligé de diminuer de 50 bourses la subvention des séminaires ; il n’en restera plus que100, c’est un chiffre trop faible pour deux établissements ; je serai obligé de fermer Cai-nhum au mois de janvier, et abandonnerai ce bel établissement aux rats, aux fourmis blanches et à la destruction . Si j’avais prévu l’avenir, il y a quelques années, je ne l’aurais pas commencé. »
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