| Année: |
1884 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin occidental |
| Rédacteur: | Mgr Puginier |
Tong-King occidental .
1884
Nous avons rappelé au commencement de cette lettre les malheurs qui ont frappé la mission du Tong-King occidental . Les lettres que Mgr Puginier nous a envoyées et que la presse a reproduites, ont fait connaître d’une manière suffisante la situation pleine d’incertitudes et de périls, où se trouvent les missionnaires et les chrétiens. Nous nous contenterons de reproduire ici les quelques lignes dont Mgr de Mauricastre accompagnait le tableau de l’administration de son Vicariat .
« L’année 1884, nous écrit le prélat, a été une année d’épreuves incessantes, tantôt pour la mission tout entière, tantôt pour différents districts ; aussi, comme vous avez dû vous en apercevoir, notre compte-rendu d’administra-tion des sacrements est-il en tous points inférieur à celui des années précédentes. Ce n’est pas que nous ayons eu moins de travail, moins de fatigues que de coutume, mais vous savez bien que les Apôtres s’étaient donné beaucoup de peine pendant toute une nuit et ils n’avaient rien pris. Puissions-nous, après nos malheurs , obtenir aussi une pêche miraculeuse , des conversions nombreuses et sin-cères, et l’établissement solide de la foi dans ce pays, qui, en passant par de grandes tribulations, a donné de nombreux exemples de vertus héroïques!
« Déjà nous entrevoyons des grâces de salut ; une seule paroisse du district de M. Ramond compte plus de 1,500 catéchumènes, dont 400, au moins, sont prêts à recevoir le baptême, sans parler de plus de 200 que le Père a déjà baptisés au mois de novembre dernier. Si ce n’était un de ces forts rhumes que le bon Dieu m’envoie souvent dans cette saison humide et froide, j’irais moi-même parcourir ces chrétientés naissantes, car la visite de l’Évêque contribue puissamment à remuer les cœurs et à augmenter le mouvement des conversions. Je ne sais pas s’il me sera possible d’entreprendre cette tournée, qui menace d’être pénible. Je consulterai mes forces après la retraite que je suis en train de donner aux prêtres indigènes et après l’ordination très nombreuse qui la clôturera. Dans huit jours j’aurai, grâces à Dieu, cinq prêtres indigènes de plus, et même avec ce renfort, je ne comblerai pas encore les vides faits par la mort.
« La mauvaise situation du Laos ne m’a pas permis d’envoyer à la fin de l’année des missionnaires et des catéchistes porter secours à ces néophytes si éprouvés. Aucune répression n’a encore été faite, aucune justice n’a été rendue ; les ennemis de la religion et de la France qui ont massacré des missionnaires , des prêtres, des caté-chistes et des chrétiens, et qui ont incendié ou pillé plus de cent villages, sont toujours fiers de leurs exploits et de leur impunité. Envoyer dans les circonstances actuelles des missionnaires et des catéchistes au Laos, ce serait les vouer à une mort certaine, sans profit pour les âmes.
« Demandez bien pour nous la foi et la patience, le courage et la force, et par-dessus tout l’amour pour ce vrai Dieu auquel nous avons consacré notre vie et notre mort . »
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