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Rapport annuel des évêques

Année: 1885
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine occidentale
Rédacteur:Mgr Colombert

Cochinchine Occidentale

Population catholique 55.000
Baptêmes de païens 1.357
Baptêmes d’enfants de païens 3.227

La guerre du Tong-King et les troubles du Cambodge ont eu leur contre-coup dans la Cochinchine Occidentale. Là comme partout, les lettrés ont essayé d’exciter le peuple à la rébellion. A Gocong et à Binh.-Hoa, deux tentatives d’insurrection ont dû être réprimées. A Saïgon, un complot, heureusement découvert le soir du 8 février, aumnoment où il allait être exécuté, pouvait avoir les suites les plus graves.
Dans un grand nombre de villages, des bandes avaient été organisées ; le signal convenu leur manqua, et elles se dispersèrent le lundi 9 février au point du jour. Mais à Hoc-Mon, à 18 kilomètres de Saïgon, un chef plus audacieux lança ses hommes, les assurant que Saïgon était pris.
Les rebelles incendièrent d’abord le village de Ba-Diem et se précipitèrent ensuite vers la demeure du Phu-Ca, excellent chrétien, chevalier de la légion d’honneur et préfet d’Hoc-Mon. Après une courte résistance, le Phu-Ca fut égorgé, ses matas mis en fuite, son prétoire brûlé;sa femme périt dans les flammes.
Ensuite, avec des tiges d’arachides sèches et imbibées de pétrole, les révoltés brûlèrent l’église, le presbytère, les maisons particulières du Phu-Ca et 13 maisons chrétiennes du marché. Pas une seule demeure païenne ne fut endom-magée. L’opération était conduite avec ordre, et une mai-son chrétienne fut réduite en cendres entre deux maisons païennes restées intactes.
Un jeune séminariste qui était en vacances à Hoc-Mon, parvint à consommer à temps la sainte réserve, prit les vases sacrés et s’enfuit à Saïgon.
Un pauvre petit enfant de la Sainte-Enfance, qui était dans les dépendances du presbytère, fut brûlé vif.
Les chrétiens épouvantés se sauvèrent chez les païens leurs voisins. Ceux-ci les repoussèrent et leur refusèrent l’asile, le boire et le manger. Dans cette révolte, la mission a perdu plus de 5.000 piastres ; heureusement, la répression fut vigoureuse et rapide ; en quelques jours, on fit 900 ar-restations ; 14 rebelles furent condamnés à mort, et 28 au bagne. Grâce à cette action énergique, la tranquillité s’est presque aussitôt rétablie ; il est cependant résulté de cette échauffourée un malaise général qui a beaucoup contribué à entraver le zèle de nos confrères.
Dans ces derniers mois, la mission de Saïgon a donné asile à 3.600 chrétiens de la Cochinchine Orientale ; après avoir freté plusieurs bateaux pour aller recueillir ces malheureux sur les côtes du Binh-Thuan et du Phu-Yen, Mgr Colombert n’a pas hésité à faire appel à la générosité de la colonie. Français et Annamites, riches et pauvres, chrétiens et païens, tous ont répondu à cet appel avec le plus grand empressement. Une quête faite d’abord dans les paroisses de la mission a produit 3.801 piastres. Les sous criptions recueillies dans les arrondissements par les soins de MM. les administrateurs, se sont élevées à 3.815 pias-tres. D’autres dons venus des particuliers ou des colonies voisines : Singapore, Pinang, Batavia, Shang-Hay, ont porté le chiffre des recettes faites par Mgr Colombert à 21.050 piastres. Le vénérable évêque s’est aussitôt hâté de faire parve-nir du riz aux chrétiens réfugiés à Qui-Nhon et à Tou-rane ; en même temps, il s’occupait des fidèles venus à Saïgon et pouvait, grâce à la bonne volonté des mission-naires, des chrétiens indigènes et des Français, leur procurer un abri et du travail. Aussi, en exprimant sa reconnaissance pour tant de bienfaits, Mgr Van Camelbeke pouvait-il dire en toute vérité : « Saïgon est l’asile de la générosité et du dévouement. » Malgré ces troubles et ce surcroît de travaux et de dépenses, nos confrères ont obtenu des résultats bien consolants, et quelques-unes de leurs œuvres ont fait de véritables progrès.
Nous allons en donner un rapide aperçu.

ÉVANGÉLISAT1ON. _ « Le nombre des baptêmes d’adultes, écrit Mgr de Samosate, est un peu inférieur à celui de l’an dernier ; puisse-t-il cependant ne pas diminuer encore à l’avenir ! Les circonstances ne sont point favorables pour prêcher l’Évangile. La commotion éprouvée en février l’an dernier, les désastres trop connus des missions voisines ont étouffé chez les païens les premiers germes de la foi. A tout le moins, ils veulent attendre, on le comprend, et il leur faudrait de prime abord une conviction bien robuste pour embrasser sans hésiter une religion qui les expose au pil-lage, à l’incendie et à une mort cruelle.
« La petite moisson de cette année a été recueillie à peu près dans les mêmes champs que précédemment : Vinh--Long compte 267 baptêmes d’adultes ; Mi-Tho, 206 ; Thi--Ngé, 175 ; Cai-Mong, 165 ; Cho-Lon, 105, etc.; en tout : 1.357. »

ŒUVRE DE LA SAINTE-ENFANCE._ Le chiffre des baptêmes d’enfants de païens a dépassé de 300 celui de l’année dernière ; il s’élève à 3.227.
« L’Œuvre de la Sainte-Enfance, continue Mgr de Sa-mosate, ne fournit point ici d’aussi gros chiffres qu’ailleurs ; cela tient à plusieurs causes, principalement au peu de den-sité de la population et à l’aisance relative dont elle jouit. De plus, il nous est très difficile d’établir l’Œuvre en dehors du voisinage des centres chrétiens, et un bon nombre de païens ne permettent plus qu’on approche de leurs enfants malades : ils ont entendu parler du baptême clandestin.
« Je dois faire remarquer que nos chrétiens contribuent largement à cette œuvre, en élevant près de 800 enfants de païens à leurs frais, sans aucune dépense pour la Sainte-Enfance.

ENSEIGNEMENT. _ La pauvreté a obligé la mission a fermer, le Petit-Séminaire de Cai-Nhum et à réduire le Grand-Séminaire, qui ne renferme plus que 165 élèves, soit une diminution de 50 élèves sur l’année dernière. Dans le cou-rant de l’année, 23 séminaristes ont été promus aux ordres et à la tonsure.
Les écoles primaires sont maintenues par les mission-naires au prix de sacrifices inouïs ; elles comptent cette année 4.008 élèves. A partir du 1er janvier prochain, l’école Taberd sera remise aux Frères de la Doctrine chré-tienne qui y donneront l’enseignement secondaire ou supérieur.
L’imprimerie de la mission vient de terminer l’édition, à 5.000 exemplaires, d’un dictionnaire français-annamite dont le besoin se faisait vivement sentir depuis longtemps. Les livres et opuscules qu’elle édite en langue annamite contribuent à la diffusion de la vérité évangélique, à la per-fection de la vie chrétienne et à l’éducation intellectuelle de tous.

ŒUVRES DE FOI ET DE PRIÈRE. _ L’année dernière, la confrérie du Saint-Rosaire a été établie dans la mission. « J’ai la confiance, dit Mgr Colombert, que cette Œuvre durera, et je suis heureux de constater la ferveur avec la quelle se célèbre partout le mois du Rosaire.
« A partir du 1er janvier 1886, l’adoration dominicale du Saint-Sacrement sera établie dans la mission. Elle aura lieu une fois par an dans chaque chrétienté avec toute la solennité possible. »

COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES. _ La pieuse communauté des Carmélites, éprouvée cette année par la perte de deux religieuses françaises, continue de travailler à la porte du tabernacle, sans aucun bruit extérieur. Elle compte 3 pro-fesses françaises, 24 professes annamites, 7 novices et pos-tulantes. « C’est bien dans les prières des filles de sainte Thérèse, ajoute Mgr Colombert, que nous plaçons notre meilleur espoir. »
L’Institut des Religieuses Annamites se multiplie chaque année. C’est avec joie que nous le constatons, parce qu’il est un très bon élément pour christianiser les mœurs, en christianisant tout d’abord la jeune fille, dont l’influence ultérieure est toujours considérable au sein de la famille. Dans les quatre monastères on compte 336 religieuses ; 130 à Cai-Mong, 82 à Cai-Nhum, 63 à Thu-Thiem, 53 à Cho-Quan.
Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres qui possèdent dans la mission 12 établissements, sont au nombre de 57 Européennes et de 79 Asiatiques. Elles dinnent leurs soins 10 dans le Pensionnat européen de Saïgon, à 115 élèves ; 20 dans leurs différentes écoles à 600 élèves annamites internes, et à 586 externes ; 30 au Refuge, à 98 femmes ; 40 dans 2 hôpitaux militaires à 386 malades en moyenne ; 50 dans 5 hôpitaux indigènes à 687 malades.
Ce tableau suffit pour signaler l’importance des travaux des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. « Elles excellent dans les soins à donner aux malades dans les hôpitaux libres où les païens affluent en grande majorité et où ils trouvent la vie de l’âme qu’ils ne cherchaient pas en entrant, en même temps que la santé du corps. Le ministère des religieuses n’est pas moins utile dans les hôpitaux militaires de la colonie où leur piété prépare heureusement les moribonds à la visite trop souvent redoutée de l’aumônier et aux der-niers sacrements. »


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