Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1885
Pays: Vietnam
Mission: Tonkin méridional
Rédacteur:Mgr Frichot prov.

Tong-King Méridiona1. 1885

Population catholique 73.483
Baptêmes de païens 1.013
Baptêmes d’enfants de païens 4.974

La mort de Mgr Croc et les malheurs qui affligent en ce moment la mission du Tong-King Méridional n’ont pas permis à M. Frichot de nous envoyer un compte-rendu détaillé des travaux de nos confrères.
Nous le regrettons d’autant plus vivement, que cette année le nombre des baptêmes d’adultes est beaucoup plus considérabe que celui de l’année dernière. En 1884 il n’avait été que de 318, et cette année il est de 1013.
Ces nouveaux chrétiens qu’enregistre la mission sont ainsi répartis : 157 dans le district de Ha-Tinh, 185 dans celui de Ngam-Sau, 460 dans le Laos et 211 dans les autres paroisses.
Au séminaire, Mgr Croc avant de quitter sa mission avait eu le bonheur d’ordonner quatre prêtres, cinq diacres, quatre sous-diacres et dix acolytes.
Malgré les événements, la situation du Tong-King Méri-dional était donc satisfaisante, lorsqu’au mois d’octobre dernier les craintes que nos confrères concevaient depuis longtemps se réalisèrent.
La série des malheurs de cette mission commença par la mort du vénérable Vicaire apostolique, Mgr Croc, évêque de Laranda. « Quel coup de foudre, s’écrie M. Fri-chot, et quel malheur pour nous de perdre notre supérieur dans des circonstances aussi pénibles ! C’est le moment de courber la tête avec amour devant les décrets de la divine Providence dont les coups sont parfois bien ter-ribles, mais partent toujours d’une main infiniment aimable. » Ensuite ce furent les désastres infligés par les rebelles à une partie du Tong-King Méridional.
Jusqu’au mois d’octobre, même après la prise de la Ha-Tinh, les lettrés avaient déclaré de vive voix et par écrit qu’ils n’en voulaient qu’aux Français ; lorsqu’ils eu-rent recruté des bandes assez nombreuses, ils se jetèrent immédiatement sur les villages catholiques.
L’épouvante régna bientôt dans toute la mission, la plupart des chrétiens voulaient fuir dans les montagnes ou dans les forêts ; mais fuir c’était assurément s’exposer à mourir à bref délai, de faim, de misère ou sous la dent des bêtes féroces. Les missionnaires essayèrent d’organiser la résistance, comme ils l’avaient fait on 1874.
La mission parvint à réunir un millier d’hommes dont la direction fut confiée à M. Klingler.
Dans la province de Nghê-An, à Nghê-Yên et à Tho-Ky, les PP. Pédémon, Gallon, Arsac et Magat soutinrent plusieurs assauts. « Ces chers confrères, racontait M. Tes-sier dans sa dernière lettre, sont assiégés par 5,000 ou 6,000 rebelles ; s’ils ne sont promptement secourus ils suc-comberont certainement, et ce n’est plus qu’une affaire de jours, car les assiégeants sont bien phus nombreux et ont des moyens d’attaque supérieurs aux moyens de défense des assiégés. »
Heureusement, le 15 novembre au matin, une colonne française se porta au secours de nos confrères et de leurs chrétiens, les délivra et infligea des pertes sérieuses aux rebelles.
A Bac-nham, le village a été incendié, mais les chrétiens ont pu être sauvés. Sous la conduite de deux prêtres indi-gènes, ils se réfugièrent au nombre de 1600 dans les vastes grottes d’un énorme rocher, et construisirent à la hâte un rempart en terre ; à peine avaient-ils valides ; ils se défendirent pendant deux jours et perdirent 30 hommes. Alors les lettrés amoncelèrent autour du rocher une grande quantité de paille et de bois et y minent le feu. Au bout de cinq jours, les chrétiens étaient à moitié asphyxiés ; huit hommes se décidèrent à parlementer avec les assiégeants, ils furent immédiatement massacrés. Une chrétienne mourant de soif osa s’aventurer vers la rivière avec son enfant âgé de dix ans ; elle fut arrêtée, décapitée, et son enfant frappé d’un coup de sabre. Les chrétiens se résignaient à mourir, lorsque arriva le P. Kingler, qui, après un combat de plusieurs heures, parvint à les délivrer.
Dans la province de Ha-Tinh, les lettrés, après s’être emparés de la citadelle, firent proclamer partout qu’ils en voulaient seulement au premier mandarin, au sous-préfet, et au prêtre européen. Le premier mandarin et le sous-préfet furent pris et tués ; le prêtre européen était le P. Aguesse, il fut moins facile à prendre.
Après avoir organisé la résistance à Trung-Nghia, et armé de quelques fusils à mèche, de lances, de bambous, une petite troupe de 250 hommes, il attendit de pied ferme les ennemis et pendant une quinzaine de jours, leur infligea autant d’échecs qu’il leur livra de combats. Enfin, le 21 oc-tobre, arriva de la part du roi, l’ordre de massacrer tous les chrétiens ; aussitôt l’armée des lettrés, forte d’environ 6,000 hommes, vint attaquer le village de Trung-Nghia. Le récit que M. Aguesse fait de ce combat est trop intéressant pour que nous le passions sous silence. « Je divise alors mes forces, dit notre cher confrère, 50 hommes du côté sud-ouest sur la rive du fleuve, 100 sur le bord de la mer et 100 au nord-ouest. A 10 heures et demie j’apprends que les ennemis se portent surtout de ce dernier côté, c’est là qu’ils ont leur artillerie et leurs meilleurs soldats. « Nous sommes perdus, me disent mes gens, il faut que vous alliez vous-même. » Au même instant un courrier arrive et annonce que nos soldats hésitent et vont être tournés par les ennemis. Aussitôt je saisis mon fusil avec une quarantaine de cartouches, et on route. Arrivé sur le champ de bataille, j’aperçois devant moi au moins 1500 lettrés accourant, de tous les points, sur la montagne ; à droite il y en avait au moins 500 qui attendaient que nous avancions quelque peu pour nous attaquer par derrière. Je fais agenouiller mes soldats et leur donne une absolution générale au son du canon. Puis je me place en avant de mes hommes et fais man œuvrer mon fusil. J’avais beau tirer, le canon ennemi tonnait toujours et personne ne reculait. Après avoir tiré une trentaine de coups, j’aperçois sur la gauche, une coin-pagnie de lettrés qui paraissaient plus audacieux que les autres et brandissaient plusieurs drapeaux. Je laisse une compagnie sur la droite et me porte de leur côté, avec cin-quante hommes. Je tire encore six ou sept coups de fusil ; il ne me restait que deux cartouches : Il n’y avait plus à balancer : Je crie : on avant ! et au pas de course je me lance du côté des drapeaux. Mes soldats me suivent, nous fran-chissons l’espace avec entrain, mais les ennemis ne cèdent pas. Ce n’est que quand ils nous voient à cinquante mètres d’eux qu’ils ont le frisson. Ils hésitent, ils tremblent, et enfin nous tournent le dos.
« Tout ceci est l’affaire d’une seconde. En un clin d’œil la déroute est complète et mes cent hommes se précipitent sur les traces des- lettrés. Les pauvres malheureux qui avaient grimpé sur la montagne pour nous tourner, roulent, se culbutent, passent les uns par dessus les autres et tous luttent de vitesse avec un entrain intéressant pour le vainqueur. »
Après cotte victoire signalée, que M. Aguesse déclare devoir certainement à la sainte Vierge, les chrétiens de la province de Ha-Tinh jouirent de quelque sécurité ; nous ne savons s’il on est encore de même aujourd’hui.
La mission du Laos déjà si fortement éprouvée par la mort de M. Blanck son premier supérieur, a été complètement ruinée.
M. Satre, blessé le 3 décembre dans une sortie, est mort deux jours après. Tous ceux qui étaient avec lui : 1 prêtre indigène, 1 clerc minoré, 17 catéchistes et 1000 chrétiens environ ont été tués et coupés on morceaux.
« Comme conséquence de tous ces désastres, conclut M. Frichot, nous avons actuellement autour de notre rési-dence plus de 6,000 affamés, auxquels il faut distribuer chaque jour un peu de riz. De plus il est nécessaire de leur construire des paillottes et de procurer quelques médica-ments aux blessés et aux malades. Nos chrétiens, harcelés et traqués de tous côtés, n’ont pu ensemencer leurs champs, en sorte qu’il est impossible de compter sur les récoltes prochaines. »
Aux dernières nouvelles datées de la fin du mois de décembre, la mission du Tong-King Méridional comptait 1600 chrétiens massacrés et une centaine de villages brûlés.
Puisse Dieu dans sa miséricordieuse et infinie bonté mettre un terme à tant de maux et récompenser tant de souffrances supportées pour l’amour de lui.





<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam