| Année: |
1886 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine Orientale |
| Rédacteur: | Mgr Van Camelbeke |
I. - Cochinchine Orientale.
Population catholique.................. 15,000
Baptêmes de païens................... 216
« L'année à la fin de laquelle nous touchons, écrit Mgr Van Camelbeke, a été pour la mission de Cochinchine Orientale la continuation de l'état douloureux où elle se trouvait, comme vous le savez, à l'époque du dernier compte rendu. Les massacres en masse n'ont pas eu lieu, sans doute, comme dans le courant de l'année dernière; parce que les victimes à immoler manquaient dès lors aux assassins, et que les chrétiens survivants, s'étant enfuis à temps, sont demeurés jusqu'à ce jour éloignés du théâtre de la persécution. Mais la haine de nos ennemis ne s'est nullement refroidie, et notre situation actuelle est encore aussi lamentable qu'aux premiers jours.
« C'est pour cela que' mon malheureux troupeau si cruellement décimé a dû être dispersé de trois côtés différents. Une première portion, déjà évacuée sur Saïgon, y est demeurée jusqu'à ce jour, sans qu'on puisse calculer encore à quelle époque ces chers exilés pourront revoir leur sol natal. Une deuxième portion est campée, avec quelques missionnaires et moi, sur cette étroite presqu'île de Qui-Nhon, d'où personne ne peut sortir sans être immédiatement pris et massacré. Le reste enfin, se trouve encore dans la province de Quang-Nam, au-dessus de Touranne, et continue toujours sa lutte héroïque contre, les bandes de rebelles de plus en plus nombreux et terribles. Quant au poste établi chez les sauvages Bahnars, il a dû, depuis le commencement de la persécution, cesser toute relation avec l'Annam. Malgré toutes les tentatives faites sur plusieurs points, je n'ai pu encore établir aucune communication avec les trois missionnaires qui y travaillaient et dont je n'ai plus reçu de nouvelles depuis le mois de juin 1885 (1).
« Dans des conditions si difficiles, nos travaux apostoliques n'ont pu assurément suivre le cours habituel des années précédentes, alors que nous jouissions de la plus entière liberté et de la paix la plus profonde. Nous avons donc dû forcément restreindre notre action, en ne nous occupant guère que de nos chrétiens survivants, sans pouvoir travailler efficacement à la conversion des idolâtres et au baptême de leurs enfants. Cependant, Dieu a permis que, malgré les temps de troubles où nous vivons, nous puissions encore glaner quelques rares épis, en baptisant 216 adultes que la grâce divine a éclairés et conduits jusqu'à nous. Nous sommes assurément bien loin aujourd'hui de l'abondante moisson que nous avions pu recueillir pendant 5 ou 6 années consécutives; mais cette première semence, qui a germé sur un sol encore tout humide du sang de nos martyrs, nous porte à espérer qu'au retour d'une ère de paix sérieuse, nous obtiendrons encore de nombreuses conversions. Sanguins martyrium semen Christianorum.
« Parmi les 6 provinces qui composent ce Vicariat apostolique, les d'eux qui sont situées dans la partie du sud viennent d'être pacifiées parla colonie de Saïgon qui avait tout intérêt à étouffer la révolte à proximité de ses frontières. Se puis donc dès aujourd'hui commencer à réorganiser les choses dans toute l'étendue de ce territoire, et déjà je m'occupe activement du rapatriement des chrétiens que j'avais réussi à faire transporter en Cochinchine française, à l'époque des massacres. Ce commencement de résurrection partielle nous apporte une véritable consolation,
(1) 8 mars 1887. Une dépêche de Saigon nous rassure enfin sur le sort de ces confrères, qui sont restés tous trois sains et saufs à leur poste.
au milieu des croix et des tribulations qui, depuis de longs mois, sont devenues notre partage. Là, au moins, nous allons pouvoir travailler à relever tant de ruines et à jeter une nouvelle semence qui, espérons-le, produira un jour de nouveaux fruits de salut.
« Quant à ce qui concerne les 4 autres provinces (Phu-Yen, Binh-Dinh, Quang-Ngai et Quang-Nam), elles sont toujours, hélas! en proie à la plus grande anarchie et travaillées par la guerre civile. Les rebelles sont restés, jusqu'à ce jour, maîtres du pays, cherchant en toute occasion à attaquer les troupes françaises et les chrétiens, qu'ils confondent dans un même sentiment de haine. Il m'est donc impossible de prévoir quand nous verrons la fin de nos maux, et quand il nous sera donné de quitter ce lieu d'exil si étroit où tout manque excepté la misère et les maladies. »
L'entreprise de pacification des deux provinces de Thanh-Hoa et de Binh-Thuan, a été menée par des hommes capables; aussi, a-t-elle en peu de jours parfaitement réussi. Les troupes françaises ont pris les citadelles par surprise, puis on a lancé les milices indigènes à la chasse des chefs des lettrés, qui ont été exécutés sans merci. La tranquillité et la confiance n'ont pas tardé à renaître et déjà 2,000 chrétiens survivants de ces deux provinces ont pu être rapatriés.
Encouragé par ce succès, le gouvernement de la colonie demande aujourd'hui à pacifier aussi le Phu-Yen et le Binh-Dinh. Nul doute que par ces mêmes moyens, aussi sages qu'énergiques, on n'arrive promptement à ce résultat si désirable (1).
(1) Mars 1887. Cette pacification est à peu près complètement terminée aujourd'hui.
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