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Rapport annuel des évêques

Année: 1886
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine Septentrionale
Rédacteur:Mgr Caspar

III. - Cochinchine Septentrionale.

Population catholique..............18,700
Baptêmes de païens.................... 92
Baptêmes d'enfants de païens.....2,306


« Pour notre compte rendu de cette année, nous écrit Mgr Caspar, nous n'avons que des morts et des ruines à enregistrer là où nous comptions voir augmenter le nombre des églises et des fidèles. »
La dernière lettre commune relatait en détail les désastres de la province de Quang-Tri. En moins d'un mois, on y comptait plus de 8,000 chrétiens et dix prêtres indigènes massacrés, toutes lés chrétientés étaient anéanties, les églises brûlées. Il ne restait debout que le Petit Séminaire d'An-Ninh devenu le refuge des chrétiens échappés aux massacres.
Au mois de janvier de cette année, les rebelles excités sans doute par le roi fugitif et son conseiller Thuyet, se ruaient sur le Quang-Binh épargné jusque-là. 442 chrétiens et un prêtre indigène massacrés, 10 chrétientés incendiées et 1,800 chrétiens réduits à la dernière misère, tel est le bilan de ces journées terribles dont les Missions catholiques et les Annales ont donné les navrants détails.
Dans l'impossibilité de rentrer cher eux, dénués de tout, les survivants s'étaient réfugiés dans trois villages à proximité de la citadelle, Sao Bun, Sao-Cat-Tren et Sao-Cat-Duoi. Là, mettant en commun le peu qu'ils avaient pu sauver, ils vivaient dans l'attente de jours meilleurs, et cet espoir les soutenait au milieu de l'épreuve. Hélas! c'était compter sans la haine implacable de leurs ennemis.
Dans la nuit du 24 au 25 juin les rebelles reviennent à la charge. Ils s'approchent à l'improviste de la haie servant de rempart au village de Sao-Bun. Les veilleurs ont à peine le temps de donner le signal d'alarme, que des fusées incendiaires, pleuvant sur les toits de chacune des maisons, changent en un instant tout le village en un immense brasier. Une cinquantaine de chrétiens, déterminés à soutenir l'assaut jusqu'à l'arrivée du secours promis par la citadelle, se retranchent dans l'église, mais ils tombent victimes de leur courage avant de pouvoir être secourus. Tous les autres vont demander refuge à Dong-Hoï; ils y trouvent déjà réunis leurs frères des villages voisins, prévenus, à temps pour s'enfuir, du danger qu'ils allaient courir à leur tour. C'en était fait de tout le Quang-Binh sud. Dans le nord, les deux chrétientés de Ke-Sen et de Ke-Bang ont aussi été attaquées dans la nuit du 3 au 4 juillet, mais l'ennemi a été repoussé; les chrétiens ont pu soutenir le premier choc, et le poste militaire le plus voisin les a ensuite débloqués. Ces deux stations sont confiées, aux soins des PP. Bonin et Bonnand qui visitent également les réfugiés de Dong-Hoï.
«Au Quang-Tri, écrit M. Girard, nos chrétiens commençaient à sortir du collège et s'établissaient petit à petit, sur les ruines de leurs maisons brûlées, quand l'insurrection de la province de Quang-Binh vint de nouveau jeter la panique dans le troupeau dispersé. Tous aussitôt de rallier le collège; déjà les rebelles s'apprêtaient à fondre sur nous, jurant cette fois de tout détruire. Heureusement des colonnes de zouaves et de chasseurs, parties de Hué pour Quang-Binh, ont refoulé à temps ces bandes de brigands. »
Au milieu même de ces épreuves, sans cesse renaissantes, Dieu a donné à nos confrères quelques instants de consolation, presque de joie. Dans le but d'aider à la pacification du pays, le nouveau roi a entrepris la visite de ses provinces du nord de Hué. Partout Sa Majesté a témoigné aux chrétiens persécutés une bienveillante sympathie. A la citadelle de Quang-Tri, Elle a donné. l'argent nécessaire pour la sépulture des nombreux ossements qui gisaient encore abandonnés sur le théâtre des massacres. Elle a daigné visiter, à la tête de sa nombreuse escorte, le collège d'An-Ninh, et distribuer, de sa main royale, des aumônes aux malheureux réfugiés. Enfin, par ses soins, un édit a été publié accordant à tout chrétien, victime de la persécution des lettrés, une quantité de riz qui lui permette de subsister pendant un mois. Puissent ces dispositions bienveillantes être l'aurore des jours de pais si ardemment désirés! Heureusement, la province de Hué est encore à peu près intacte; à part les chrétientés situées sur la côte entre la capitale et Touranne et qui ont été détruites en 1883, les autres postes n'ont pas été inquiétés. Aussi cette province est-elle pour 78 dans les 92 baptêmes de l'année


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