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Rapport annuel des évêques

Année: 1887
Pays: Vietnam
Mission: COCHINCHINE ET CAMBODGE
Rédacteur:Mgr Van Camelbeke

CHAPITRE V
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GROUPE DES MISSIONS

DE COCHINCHINE ET CAMBODGE

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Actuellement, la tranquillité et la sécurité semblent rétablies dans tout l’Annam et le Cambodge. Commencée à la fin de l’année dernière par les deux provinces de Khanh-hoa et de Binh-thuan, la pacification a été opérée au Phu-yen et au Binh-dinh, dans les premiers mois de 1887. C’est à la colonie de Saïgon qu’en revient la part la plus glorieuse. Une expédition de 1,500 hommes, dont 200 Français, partie de Saïgon à la fin de janvier, a ramené l’ordre au Phu-yen en moins de 15 jours. Pendant ce temps, le Binh-dinh opérait de son côté pour nettoyer le plateau de An-khé, centre principal des lettrés. Mais les forces dont on disposait étant insuffisantes, la besogne ne fut d’abord faite qu’à moitié. Il fallut appeler le renfort des contingents de Saïgon ; grâce à l’audace du Tong-doc-loc, le héros de cette campagne, qui excelle dans la guerre des broussailles et des montagnes, la pacification s’effectua rapidement.
Plusieurs des principaux rebelles ont reçu le châtiment dû à leurs forfaits ; si quelques-uns ont été épargnés, c’est qu’on a voulu ne pas paraître user de représailles. Tous ont fait la soumission qu’on exigeait d’eux. Aussi, presque partout, les chrétiens ont-ils pu regagner leurs villages, où ils commencent a s’établir. Ils avaient espéré qu’on leur tiendrait compte des dommages immenses qu’ils ont subis, mais, jusqu’à ce jour, aucune indemnité ne leur a été payée ; heureux encore, quand ils peuvent rentrer en possession des terres que les païens ont accaparées.


I. — Cochinchine Orientale.

Population catholique 17,000
Baptêmes de païens 397
Baptêmes d’enfants de païens 250

« Vous ne serez pas surpris, nous écrit Mgr Van Camelbeke, de trouver les résultats du dernier exercice sans grande importance apparente, et bien éloignés de ce qu’ils étaient autrefois, avant la persécution dont nous avons été victimes. Il faut s’en prendre en partie à la position nouvelle, qui nous a été faite par les, événements, et à la situation anormale, où nous nous sommes trouvés pendant une grande partie de l’année. Cependant, si je compare ces résultats nouveaux avec l’exposé de nos travaux de l’année précédente, je ne puis m’empêcher d’y remarquer un progrès sensible, dont il y a lieu de rendre grâces à Dieu. Cette amélioration toute récente prouve clairement que notre pauvre mission a déjà commencé son mouvement de résurrection ; elle fait même espérer que peu à peu, avec l’assistance divine elle pourra renaître de ses cendres. Assurément, la tâche est rude, ingrate et entourée de difficultés de toutes sortes. Mais les excellentes dispositions des confrères, qui m’apportent le concours de leurs lumières et de leur zèle apostolique, me portent à avoir confiance, et à marcher de l’avant avec patience et courage. Enfin, la pensée des prières que tant d’âmes pieuses, et dévouées aux missions, adressent sans cesse au Ciel pour le salut de ces malheureuses populations, est également pour moi un encouragement d’un grand poids.
« C’est pendant les mois de juillet et août de l’année dernière, que notre mission, jusqu’alors désolée, du nord au sud, dans toutes les directions, par la persécution et la guerre, commença à reprendre un peu d’espoir et de vie, grâce à l’expédition envoyée de Saïgon au Thuan-Khanh (1). Quelques semaines, en effet, suffirent à ses chefs et à l’intrépide Tong-doc-loc pour réprimer la révolte, punir les plus coupables parmi les révoltés, et ramener la paix dans ces contrées du Sud. Nous pûmes peu de temps après, en octobre et novembre, faire rentrer les chrétiens de ces deux provinces, qui avaient évité la mort en fuyant vers Saïgon. Le P. Villaume, accompagné d’un prêtre indigène que je lui avais envoyé de Qui-nhon, commença le mouvement de rapatriement de ses chrétiens au Binh-thuan, pendant que de son côté, le P. Auger, également assisté d’un prêtre indigène, conduisait les siens au Khanh-hoa. L’attitude bienveillante de M. le Résident du Thuan-Khanh, ne contribua pas peu à faciliter à ces deux confrères la réinstallation de leurs chrétiens dans leurs anciennes propriétés. Ils reçurent même de lui des secours, qui ont été depuis refusés aux autres provinces du Nord. Au commencement de décembre, comme nous ne pouvions encore travailler que dans cette partie du sud de la mission, je crus sage d’en augmenter le personnel, en envoyant le P. Lacassagne au Binh-thuan, et le P. Gagnaire au Khanh-hoa, où ils purent l’un et l’autre donner libre essor à leur zèle. Nous retrouvâmes une population chrétienne de 1,300 habitants pour le Binh-thuan, et de 1,210 pour le Khanh-hoa.
« Pendant que ces événements se passaient dans le Sud, les autres provinces de la mission étaient plus agitées que jamais par la guerre à outrance, au point que nous dûmes nous demander si la prolongation indéfinie de cette situation critique, ne nous forcerait pas à nous retirer tous vers le Thuan-Khanh pacifié.


(1) Expression qui sert à désigner par abréviation les deux provinces de Binh-thuan et de
Khanh-hoa.


« Dieu permit heureusement que, quelques mois plus tard, l’expédition de la Cochinchine française poursuivît ses exploits dans les deux provinces voisines de Phu-yen et deBinh-dinh, qui peu à peu durent également cesser la lutte et rentrer dans le devoir. Mais nous dûmes encore patienter, et attendre assez longtemps à Qui-nhon, avant d’obtenir l’autorisation de ramener nos chrétiens dans le territoire de leurs anciens villages. Enfin, le 23 mai, je pus envoyer au Phu-yen le P. Guitton et deux prêtres indigènes, pour y reconduire les chrétiens de cette province, réfugiés depuis si longtemps, soit à Qui-nhon ,soit à Saïgon, et qui, joints à quelques centaines demeurés cachés dans le pays, pendant la durée de la tourmente, donnèrent
un effectif de 1,109 survivants.
« Quelques jours plus tard, le 26 du mois de Marie, j’obtins officiellement la permission de faire également rentrer les chrétiens du Binh-dinh. J’envoyai donc sans retard le P. Vivier rétablir l’important district de Go-thi et environs, pendant que nous réinstallions d’autre part des habitations à Lang-Song pour notre collège, la procure, l’orphelinat de garçons et l’évêché. Nos nouvelles constructions, improvisées à la hâte, sont loin de valoir les anciennes ; mais elles offrent cependant un logement suffisant, propre et assez bien disposé. Déjà tout y fonctionne régulièrement, comme avant les événements. Pendant que nous accomplissions ces premiers travaux, je faisais revenir peu à peu les chrétiens réfugiés.à Saïgon. Le P. Hamon nous revint donc avec tout son monde, et partit dès son arrivée ici, pour rétablir les chrétientés du centre de la province (Huyen-Phu-cat et Phu-mi). Presque en même temps, le P. Geffroy nous quittait lui aussi, pour retourner au district de Bong-son, situé plus au nord. Je lui ai adjoint un prêtre indigène. J’ai, de plus, confié trois autres districts moins importants de cette province à trois prêtres indigènes. Voilà donc le Binh-dinh en train de se reconstituer sous le rapport religieux, dans les différentes directions. Chacun y travaille de son mieux, malgré de nombreuses difficultés et la pénurie de nos ressources. Tout porte à croire que si nous jouissons désormais d’une paix sérieuse, cette province reprendra non pas tout son ancien éclat, mais le rang naturel qui lui revient dans la mission. J’estime à environ 6,000 le nombre des chrétiens survivants au Binh-dinh.
« Si nous nous transportons maintenant à l’extrémité nord de la mission, c’est-à-dire au Quang-nam, nous trouvons encore les deux grandes chrétientés des PP. Bruyère et Maillard, Tra-kieu et Phu-thuong, toujours plus ou moins sur la défensive. Cependant, de récentes nouvelles m’annoncent là aussi une amélioration sensible, qui permet de conjecturer qu’avant peu, les chrétiens seront libres de circuler, et de retourner dans le territoire de leurs paroisses respectives, qu’il faudra refaire complètement, là comme ailleurs. Le Quang-nam compte encore 4,579 chrétiens, car les massacres y ont été moins considérables, grâce à l’héroïque résistance de ces deux braves missionnaires.
« Enfin, la province intermédiaire de Tu-ngai où commença tout d’abord la persécution, en juillet 1885, se trouve bien en retard sur les autres, parce qu’on n’y a fait aucune expédition militaire, et qu’il n’y a pas de fonctionnaires français. Là, il n’y a pas eu, à proprement parler, de guerre, mais seulement massacre général des chrétiens. Depuis cette époque fatale, le calme s’y est fait comme naturellement, mais ce n’est pas la paix rétablie, comme ailleurs, par des répressions et des châtiments. Cependant, un certain nombre de chrétiens, qui avaient pu se soustraire à la mort et rester dans le pays, n’ont plus été cruellement poursuivis comme autrefois. On évalue leur nombre à plusieurs centaines, qui, ajoutés aux 750, encore réfugiés au Quang-nam, pourront donner probablement un millier de chrétiens pour cette province. Je ne pouvais oublier ce malheureux pays, arrosé des sueurs et du sang des PP. Poirier, Garin et Guégan ; mais, il n’eût pas été sage d’y envoyer de suite un missionnaire. Je me suis donc décidé à y députer tout dernièrement deux prêtres indigènes : l’un par la voie du sud, l’autre par la voie du nord. J’aurai ainsi sous peu des renseignements exacts, et je verrai alors ce qu’il est bon de tenter, pour que cette infortunée province ne reste pas trop en retard vis-à~vis des autres.
« Pendant que les terribles événements que vous connaissez se passaient en Annam, le poste des sauvages Ba-hnars demeurait intact comme j’ai eu la satisfaction de vous le télégraphier et de vous l’écrire, dans le courant du mois de mars. Nos trois chers confrères, au milieu des plus cruelles angoisses et de la plus vive anxiété, continuaient alors la série de leurs travaux, toujours si pénibles ét si méritoires devant Dieu. Enfin, le long blocus qui leur enlevait toute espèce de communications prit fin, et nous pûmes renouer ensemble ces relations toujours si douces et si consolantes de part et d’autre. Plus d’une centaine d’Annamites chrétiens purent trouver là-haut un refuge assuré. Beaucoup d’autres fugitifs n’ont pu arriver jusqu’à l’endroit des Pères, et ont été pris, puis vendus par les sauvages des diverses tribus qu’ils durent traverser. Le poste des Ba-hnars compte aujourd’hui 1,580 chrétiens, dont 1,094 sauvages et 486 annamites.
« Telle est la situation actuelle de la mission de Cochinchine orientale. Il y a certainement une légère amélioration, que vous avez pu constater vous-mêmes d’après les détails contenus dans cette lettre, et dont il est juste de rendre grâces à Dieu. Mais, hélas ! qu’il y a encore à faire pour tout remettre sur un pied passable, et lancer nos œuvres vers un progrès nouveau ! Pour cela, je réclame avec instance le secours de vos ferventes prières, afin qu’aidés de la grâce du divin Maître, nous puissions voir nos efforts couronnés de succès. Vous ne manquerez pas non plus, j’en ai la douce confiance, de vous intéresser particulièrement à cette malheureuse mission, en nous procurant d’abondantes aumônes, qui puissent nous fournir les moyens nécessaires pour relever ses ruines, et lui rendre peu à peu sa prospérité d’autrefois. »




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