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Rapport annuel des évêques

Année: 1887
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine Occidentale
Rédacteur:Mgr Colombert

II. — Cochinchine Occidentale.

Population catholique 55.000
Baptêmes de païens 1.012
Baptêmes d’enfants de païens 3.211


« Il ne m’est pas donné, nous écrit Mgr Colombert, en vous transmettant le tableau du compte rendu annuel, de le compléter par des détails bien longs ou des faits bien intéressants. Nous avons, cette année, continué notre œuvre dans la paix, sans bruit, sinon sans épreuves.

ÉVANGÉLISATION. — « Le résultat n’a pas été en rapport avec nos désirs, mais il n’a pas surpris nos prévisions. Pour que l’ouvrage soit bien fait et fructueux, il faut que l’ouvrier puisse travailler avec assiduité, de bon cœur et sans découragements extérieurs. Le bon cœur n’a pas manqué sans doute, mais la maladie et la mort ont dérangé la besogne. »
La mission a en effet perdu deux de ses meilleurs ouvriers, les PP. Lizé et Prodhomme ; deux prêtres indigènes sont morts aussi dans l’année, et la maladie a forcé plusieurs missionnaires à interrompre momentanément leur travail.
« La cause d’une si lamentable situation, continue Mgr de Samosate, c’est que nous sommes au 10º degré de latitude, en Cochinchine, avec son soleil, ses marécages, ses fièvres et son anémie. Une deuxième cause, c’est qu’un grand nombre de missionnaires sont employés dans l’enseignement, et que l’enseignement en Cochinchine est bien plus pénible qu’en France. » Le chiffre de 1,012 baptêmes d’adultes obtenu malgré toutes ces difficultés, témoigne assez du zèle qui a été déployé.
« Et cependant, le nombre de nos chrétiens n’augmente pas. C’est que plusieurs sortent du bercail après y être entrés, parce qu’il n’y a pas assez de pasteurs pour les garder et les nourrir. D’autres, en grand nombre, passent dans l’autre monde. Il est vrai que mourant, pour la plupart, peu de temps après le baptême, s’ils ne font pas nombre dans l’Église militante, ils ont l’avantage d’entrer dans l’ÉgIise triomphante. »

BAPTÊMES D’ENFANTS DE PAÏENS. — Le chiffre de ces baptêmes augmente d’année en année . Beaucoup des enfants régénérés in articulo mortis ne tardent pas à monter au Ciel. Ceux qui survivent sont entretenus, soit aux frais de la Sainte-Enfance, soit par des familles chrétiennes qui les adoptent sans aucun frais pour l’Œuvre. Le nombre de ces enfants ainsi adoptés est actuellement de 730. Leur éducation dans les familles chrétiennes, surtout à la campagne, les initie mieux au genre de vie du pays ; leur avenir et leur établissement ultérieur sont ainsi plus facilement assurés .
« Nous encourageons donc, dit Mgr Colombert, l’œuvre des enfants adoptés, tout en la dirigeant et en la surveillant. »

ŒUVRES DE FOI ET DE PRIÈRE. — « Je me plais à noter le nombre de 127,399 confessions et de 154,340 communions. Il est la preuve d’un travail considérable et digne d’attention. Il dit aussi qu’il y a quelque piété chez nos chrétiens, grâce particulièrement aux confréries du Saint-Sacrement, du Saint-Rosaire et à l’Adoration dominicale, qui fonctionnent très bien. Je l’ai dit, et je le répète volontiers, nos Annamites ont une dévotion remarquable envers la sainte Vierge ; ils ont aussi répondu avec empressement et générosité à mon appel, pour établir l’adoration solennelle du Saint-Sacrement. »

SÉMINAIRE ET ÉCOLES. — « Au séminaire, la situation sanitaire est toujours la même ; il faut s’y résigner, en cherchant tous les moyens de l’améliorer. L’installation matérielle de ce bel et vaste établissement s’est complétée par des travaux considérables, l’adjonction de deux collatéraux à sa jolie chapelle gothique. On va de plus commencer la construction d’une infirmerie.
« L’école Taberd a pris son élan et va bien. La faveur du public et de l’administration ne lui font pas défaut. Des bourses ont été, sur la demande spontanée des parents, transférées de l’école municipale à l’école cléricale. Nombre d’enfants ne seront pas admis faute de places et de professeurs. Notez bien que chez nous, tout élève paie sa pension ou ses mois d’école, et que les collèges du gouvernement sont gratuits. Mais, l’enseignement laïque a si pitoyablement échoué, que tous ses tenants se tournent contre lui et se retournent forcément vers nous.
« Les nouvelles constructions de l’école Taberd sont très belles et très solides. Le public saïgonnais en est étonné et satisfait. La dépense a été considérable, mais la bourse de la mission n’a pas fourni un sou pour cette œuvre. Depuis longtemps, on capitalisait chaque année le reliquat des bourses ; on a recueilli des dons en Cochinchine ; il est venu des aumônes de France ; et quand le capital en a été assez rond, on a creusé les fondations sur l’emplacement de l’ancien palais du gouverneur. A la fin de cette année, les constructions seront terminées, toutes les dépenses soldées ; il ne restera ni débit ni crédit dans la bourse de l’établissement, mais il y a quelque chose d’assis au soleil. C’est donc une bonne situation matérielle. Le seul point noir et inquiétant à l’horizon, c’est la question du personnel enseignant.
« Le nombre des élèves dans les écoles primaires des paroisses est en progrès notable, et arrive à 5,000. Il est presque incroyable, quand on compare ce chiffre et nos ressources, avec le nombre des élèves et les dépenses fabuleuses de l’enseignement officiel et laïque : son budget, en 1887, arrive à 1,500,000 francs dont 1,028,000 francs pour le personnel. » Ce fait n’a point échappé à l’attention de l’administration de la colonie. Elle a donné un gage non équivoque de sa bienveillance, en accordant aux écoles de la mission une subvention de 50,000 francs. Ce secours a été réparti, selon l’intention manifestée par l’administration, entre les établissements et les écoles où l’on enseigne la langue française.



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