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Rapport annuel des évêques

Année: 1887
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine Septentrionale
Rédacteur:Mgr Caspar

III.— Cochinchine Septentrionale.

Population catholique 18.700
Baptêmes de païens 150
Baptêmes d’enfants de païens 2.493


Si la mission a retrouvé le calme après la tempête, les désastres subis par lés chrétiens sont pourtant loin d’être réparés. « Les païens, écrit Mgr Caspar, ont trouvé, dans le mandarin chargé de hâter la pacification, un ardent protecteur. Il a reçu de nombreuses soumissions de rebelles, surtout quand on a su avec quelle générosité il amnistiait les plus grands coupables. Son zèle de pardon est allé jusqu’à dispenser de restitution, ceux même qui détenaient encore les biens ravis aux chrétiens, ou les objets que ceux-ci leur avaient confiés, avant de prendre la fuite. Ce mandarin voulut même obtenir de l’autorité militaire la suppression de la presque totalité des postes, mais la Providence ne permit pas que cette mesure fut agréée. C’eût été, en effet, fournir aux rebelles l’occasion de reprendre et d’achever leur œuvre de destruction. »
D’indemnités pour les pertes subies par les chrétiens, il n’est pas davantage question. Aussi nos confrères sont-ils réduits à ne compter que sur leurs faibles ressources, pour relever tant de ruines amoncelées.
Il ne reste, en effet, que des ruines, dans tout le pays qui s’étend entre Hué et la limite méridionale de la mission. Aucune chrétienté n’a pu encore y être rétablie. Le reste du district, à peu près intact, comprend 22 chrétientés, et compte 6,600 chrétiens. Il est administré par M. Allys, aidé de deux missionnaires et de huit prêtres indigènes. Cette année encore, c’est ce district qui a donné le plus grand nombre des baptêmes d’adultes, environ une centaine. Les missionnaires cherchent le moyen de s’établir dans les centres populeux de la ville de Hué, dont ils n’occupaient jusqu’ici que les faubourgs. Ils s’en promettent des conversions plus nombreuses ; l’œuvre de la Sainte-Enfance en bénéficierait aussi, maintenant surtout que les villages païens sont devenus presque inabordables aux baptiseurs et baptiseuses.
La province de Quang-tri comprend deux districts, Dat-do et Dinh-cat. Le premier est administré par le le P. Dangelzer, assisté de cinq prêtres indigènes. Les 4,130 chrétiens qui le composent, luttent toujours contre la famine, qu’ils ont trouvée au lendemain des désastres. Leurs églises ne sont que des paillotes, leurs habitations, de pauvres abris que la moindre bourrasque peut renverser. C’est donc à consoler et à instruire ses chrétiens, à réorganiser son district, que le missionnaire dépense son zèle, occupé qu’il est déjà par la confection du procès des Martyrs. Même situation au district de Dinh-cat. Avant les massacres, on y comptait 7,776 chrétiens répartis en 36 paroisses, aujourd’hui, il ne reste plus que 3,787 chrétiens, administrés par les PP. Patinier et Bonnand et deux prêtres indigènes. Il y aurait vingt-deux églises à construire, et on n’a pu élever encore que cinq paillotes où les chrétiens sont entassés jusque sur les marches de l’autel. Les païens de cette contrée continuent à proférer des menaces, et, n’était la proximité des postes militaires qui les tiennent en respect, de nouveaux malheurs seraient imminents.
Ces malheurs n’ont pu être entièrement conjurés au Quang-binh. Les rebelles ont livré un dernier assaut aux populations réfugiées à Sao-bun, et toutes les chrétientés du nord de la province ont été dispersées. Sen-bang et Dong-hoi ont offert un asile aux chrétiens que le fer et l’incendie n’ont pu atteindre, et c’est encore là qu’ils se trouvent actuellement réunis. Sen-bang a dû soutenir contre les rebelles un siège assez long ; sans le poste militaire qui y a été établi, cette chrétienté aurait eu le sort de toutes les autres. Après la guerre, la famine ; chassés de leurs villages, les chrétiens n’ont pu ni récolter ce qu’ils avaient semé, ni ensemencer leurs champs. Aussi la disette s’est-elle fait sentir cruellement dans toute cette province. Ce n’est pas le moindre crève-cœur du missionnaire, de voir ses enfants aux prises avec la faim. Le P. Bonin, chargé de ce district, était chaque jour entouré d’une foule d’indigents qui venaient solliciter des secours qu’il était impuissant à leur procurer.
Malgré tant de travaux qui retiennent les missionnaires dans la plaine, Mgr Caspar espère pouvoir bientôt établir une mission chez les sauvages. La ferme agricole de la mission, située à une demi-journée du premier village sauvage, servirait de poste initial à cet établissement. De plus, un entrepôt, fondé à proximité par des chrétiens, attire une foule de gens venant de différentes tribus. Gagnés par les procédés plus bienveillants des chrétiens, ces sauvages entretiendront avec eux des relations de plus en plus fréquentes, et par là, seront aussi mieux disposés à recevoir la bonne nouvelle.
«Le Petit-Séminaire d’An-ninh, continue Mgr Caspar, a pu reprendre ses cours depuis le mois de septembre 1886, et terminer son année scolaire sans subir de nouveaux retards. Les lacunes que les troubles ont produites dans cet établissement seront comblées par la nouvelle rentrée, qui s’annonce consolante. De tous les bâtiments qui abritent cette jeunesse, il n’y a que la chapelle en voie de construction qui vaille la peine d’être mentionnée. Les autres habitations porteront encore quelque temps le cachet de notre situation précaire.
« Depuis six ans qu’il existe, le Grand-Séminaire a vu six de ses élèves promus à la prêtrise. Un prêtre par an, ce n’est pas suffisant pour remplir les nombreux vides que la persécution a faits dans les rangs de notre clergé indigène. Ici encore, nous n’avons que des constructions provisoires, sans qu’on puisse prévoir le jour de l’installation définitive. Mais, le nombre des élèves, et la persévérance de nos jeunes élus dans leur sainte vocation sont choses qui nous préoccupent plus vivement que les toits de chaume qui encadrent la cour du séminaire.
« Les deux hôpitaux militaires de Hué et de Thuan-an sont desservis par les PP. Barthélemy et Dezalay. Nos soldats français y reçoivent les secours de la religion, qu’ils acceptent presque toujours à leurs derniers moments. En dehors de cette occasion suprême, le respect humain laisse peu de prise à l’action du prêtre.
« L’hôpital indigène a reçu cette année 54 malades. Des 30 païens qui y sont entrés, 23 ont été baptisés. Avec les moyens précaires dont nous disposons, ces résultats sont consolants, et nul doute qu’ils ne soient plus sensibles encore, quand les installations par trop provisoires auront été remplacées par des habitations plus vastes et mieux aménagées, et quand le personnel dirigeant aura acquis une plus grande expérience des soins à donner aux malades. »



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