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Rapport annuel des évêques

Année: 1887
Pays: Vietnam
Mission: Tonkin Occidental
Rédacteur:Mgr Puginier

CHAPITRE IV
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GROUPE DES MISSIONS DU TONKIN

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L’œuvre de la pacification du Tonkin et de la délimitation des frontières limitrophes de la Chine a été, on peut le dire, achevée pendant cette année. On se tromperait toutefois, si on croyait la paix et le calme revenus définitivement. Il faudra, sans doute, bien des années encore, avant que les causes de malaise aient totalement disparu. Toutefois, nous avons la ferme confiance que, par sa prudence et son énergie, l’administration saura tenir tête à la position, et conjurer les dangers qui pourraient se produire.
Au fléau de la guerre, ont succédé au Tonkin les calamités qui en sont la suite naturelle, les maladies et la famine. Cette dernière s’est fait surtout vivement sentir parmi les chrétiens ; beaucoup, en effet, avaient été forcément éloignés de leurs champs, ou mis dans l’impossibilité de les ensemencer en temps utile ; ils se sont trouvés dénués de tout moyen de subsistance, et en butte à la plus affreuse misère.


I. — Tonkin Occidental.


Population catholique 180.000
Baptêmes de païens 3.269
Baptêmes d’enfnts de païens 36.142


La grande joie de l’année pour le Tonkin occidental a été le sacre de Mgr Gendreau. Chargé d’une administration considérable, que les derniers événements politiques sont encore venus compliquer et augmenter, Mgr Puginier avait demandé au Saint-Siège de pouvoir en partager le fardeau avec un coadjuteur. Le Saint-Père daigna accéder au désir du vénérable prélat, et, par bref du 26 avril 1887, il désignait pour cette charge Mgr Gendreau, nommé en même temps évêque titulaire de Chrysopolis. Le sacre eut lieu à la cathédrale de Ke-so, le 16 octobre. Le prélat consécrateur, Mgr Puginier, était assisté de Mgr Onate, vicaire apostolique du Tonkin central et Mgr Pineau, du Tonkin méridional. Mgr Colomer, aussi présent à la cérémonie et Mgr Terrès empêché, qui y avait délégué son provicaire, avaient voulu témoigner leur fraternelle sympathie au vicaire apostolique du Tonkin occidental et à son nouveau coadjuteur. Toutes les autorités civiles et militaires françaises avaient tenu à honneur de prendre part à la fête. Le roi d’Annam s’était aussi fait représenter, et avait envoyé des présents. Plusieurs missionnaires des vicariats voisins et presque tous ceux du Tonkin occidental y étaient accourus avec un nombreux personnel de prêtres indigènes et de catéchistes, et plus de 20,000 chrétiens. Les détails, de cette fête magnifique ont été publiés dans les Missions catholiques. En rappelant ce fait, sans précédent dans l’histoire de nos missions ; qu’il nous soit permis de joindre nos félicitations à celles de cette assistance si sympathique, et de répéter au nouvel élu, et au vicaire apostolique du Tonkin occidental le vœu, de la consécration : Ad multos annos !
Cet événement a été une heureuse diversion aux préoccupations de toute l’année. On se souvient des ravages exercés par les rebelles dans la province de Thanh-hoa en 1886. C’est le poste fortifié de Ba-dinh qui était le véritable repaire de l’insurrection. « Au mois d’octobre, écrit Mgr Puginier, une reconnaissance de troupes françaises avait déjà remarqué un commencement d’installation de défenses qui avançaient rapidement ; mais on n’avait pas sous la main des troupes suffisantes pour un coup de main sérieux. Il fallut faire des préparatifs et combiner une attaque simultanée, afin de mieux réussir. Cette attaque eut lieu ie 26 décembre 1886 ; mais nos troupes se trouvèrent en face d’un système de défenses très bien combinées, et ne purent s’en emparer. Nous subîmes là un échec sérieux qui donna de l’inquiétude. Il ne fallait pas rester sous la mauvaise impression d’une défaite, et une revanche était nécessaire. On fit des préparatifs plus considérables ; on amena de nouvelles troupes et des moyens d’action plus puissants. Une nouvelle attaque fut décidée pour le 6 janvier ; tout le monde était plein de confiance et sûr de la réussite. Malheureusement, on put constater que Ba-dinh était encore beaucoup plus fort qu’on ne le pensait, et nous eûmes un nouvel échec, bien plus grave que le précédent. A partir de ce moment, il fallut commencer un siège en règle, faire des tranchées, employer de grosses pièces de canon, et ce n’est qu’après beaucoup de travaux et de peine, qu’on parvint à se rendre maître de cette terrible position.
« Ba-dinh est situé à trois kilomètres environ de Ké-dua, chef-lieu de la paroisse qui porte ce nom ; mais Ké-dua avait été détruit au mois d’août, et il n’était resté personne pour faire connaître ce qui se passait à l’intérieur du pays. Si cette paroisse n’avait pas été ravagée, jamais l’ennemi n’aurait pu installer les lignes de Ba-dinh, parce que les chrétiens auraient prévenu de suite, et on aurait pu empêcher à temps les travaux de fortification. La révolte avait plusieurs points de refuge et de résistance. Ba-dinh, qui était le principal, une fois rasé, les autres furent pris successivement en quelques jours, mais non sans pertes.
« Il était temps que Ba-dinh tombât. L’insurrection qui combattait pour le parti du roi Ham-nghi déchu et des régents, ennemis de la France, était maîtresse de la province de Thanh-hoa, et elle travaillait activement à se répandre dans toutes les provinces du Tonkin. De nombreux émissaires avaient été envoyés pour travailler en secret les populations. Par le moyen des lettrés, qui sont et seront toujours hostiles à la cause française, ils agissaient avec la plus grande activité, et des soulèvements commençaient déjà à se produire.
« A Ninh-binh et à Nam-dinh, grâce à la chute de Ba-Dinh et à l’énergie des autorités supérieures des provinces, le mal fut prévenu et la révolte échoua.
« Le district nord, formé par les provinces de Son-tay, de Hung-hoa et de Tuyen-quang, n’était pas encore entièrement pacifié. Pendant les années 1886 et 1887, le parti des rebelles, représenté par un ancien mandarin nommé Bo-giap, agissant de concert avec les lettrés de Thanh-hoa, faisait de son côté de grands efforts pour soulever les populations et lutter contre les troupes françaises. Les rebelles avaient pour eux des positions stratégiques très fortes, et avec cela la connaissance du pays. Souvent nos soldats ont eu de vraies difficultés à surmonter, et parfois les pertes ont été sérieuses. Mais, peu à peu, l’ennemi s’est affaibli, et il a été refoulé plus loin par l’établissement de nombreux postes, qui ont préservé ces provinces d’une insurrection générale.
Pendant ce temps, les populations du Tonkin souffraient de la famine. Quelques provinces comme Nghe-an, Thanh-hoa, en proie à l’insurrection, n’avaient pu planter leurs champs, et dans celles de Nam-dinh, Ninh-binh, Ha-noi, Hai-duong et d’autres, qui sont le grenier du pays, les deux récoltes précédentes avaient été en général très médiocres. Voyant cette situation pénible, ainsi que je l’ai dit dans une lettre précédente, je m’entendis avec deux fortes maisons du Tonkin, M. Roque armateur français, et M. Grandjean, représentant de la banque de l’Indo-Chine, qui firent venir dix mille piculs de riz, pour le prêter aux chrétiens. Ce service sauva la vie à plus d’un malheureux, et produisit un effet très salutaire, en montrant que les Français s’intéressent aux Annamites.
« Au milieu de tous ces malheurs de Thanh-hoa, en face des événements qui se passaient dans le reste de la Mission et de la famine qui était générale, notre sollicitude était grande, et parfois nous éprouvions des craintes très sérieuses de voir le mal se généraliser. Cependant, nous ne restions pas inactifs. Les missionnaires et les prêtres indigènes, habitués aux difficultés, continuaient à travailler avec ardeur au jour le jour, tout en se confiant à la divine Providence.
« Dans les districts du centre, qui jouissaient d’une tranquillité satisfaisante, le mouvement des conversions de païens continuait à se manifester. Les paroisses de Ha-noi, de Bai-vang, de Ke-so, de Dong-chua, surtout celles de Ke-sai et de Son-mieng, et en particulier celle de Nam-xang fournissaient de nombreux catéchumènes. La foi continuait à se propager dans les villages récemment convertis, tandis qu’en même temps, elle pénétrait dans d’autres, restés païens jusqu’alors.
« Mais le démon, jaloux de voir les âmes lui échapper, suscitait des embarras continuels qui nous occasionnaient souvent de bien vives peines. Lorsqu’on voyait les habitants d’un village païen demander à se convertir, leurs concitoyens se mettaient à leur reprocher des faits passés depuis de longues années et complètement oubliés. On exagérait, on calomniait, afin de faire jeter en prison les catéchumènes pour les décourager et empêcher les conversions. Un grand nombre ont été incarcérés pendant de longs mois, et plusieurs sont morts en prison, par suite des mauvais traitements qu’on leur faisait subir. Malgré ces persécutions que les autorités annamites favorisaient, au lieu de les empêcher, l’œuvre de Dieu a continué sa marche, et nous avons pu réaliser, le chiffre de 3,269 baptêmes d’infidèles. Dans le courant de l’année, la religion a pris possession d’une trentaine de villages qui, auparavant, ne comptaient pas un seul chrétien. »
A ces résultats si consolants, il faut ajouter encore le commencement de réorganisation de la mission des Chau et Laos. Deux missionnaires, MM. Beaumont et Idatte, sont partis à la tête d’un personnel de catéchistes, pour essayer de relever les deux districts si prospères avant la persécution. Ils devaient s’établir d’abord à proximité du poste militaire de Phu-le, et de là, diriger la réinstallation des néophytes dans leurs anciens foyers, et peu à peu rétablir la mission détruite.
Mgr de Mauricastre annonce aussi que son intention est de créer prochainement un ou deux nouveaux postes à Laokai, frontière chinoise, et sur la route qui y conduit.




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