| Année: |
1888 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine Septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Caspar |
III. – Cochinchine Septentrionale.
Population catholique 19.932
Baptêmes de païens 490
Baptêmes d'enfants de païens 3.339
« Notre mission se relève de ses ruines, écrit Mgr Caspar, les anciennes chrétientés se referment et les œuvres recommencent à prospérer. Le zèle des ouvriers, encouragé par cette résurrection, redouble d’activité, et nous avons espoir qu’il sera couronné de résultats consolants.
« Le relevé de la population chrétienne montait, l’année dernière , à 18.600 âmes ; celui de cette année donne le chiffre de 19.900, soit une augmentation de 1.300 chrétiens . Un tel progrès dépasse toute prévision. Nous pouvions craindre en effet qu’à la suite des misères occasionnées par les troubles et la guerre, les naissances et les décès demeureraient dans la proportion anormale des années dernières (moins de 7 naissances pour 9 décès) ; la conversion des païens , surtout en grand nombre, ne semblait pas devoir se produire si prochainement. Grâce à Dieu, les craintes ont été illusoires, et les espérances largement dépassées.
Le zèle des prêtres s’est traduit durant cet exercice par la somme totale de 42.000 confessions tant annuelles que répétées, qui ont donné 57.300 communions. Le nombre des païens qui demandent à se convertir était au 1er mai de 318, celui des adultes baptisés de 490. »
Dans la province de Quang-binh, un nouveau district est en formation à l’extrême limite de la mission. Le noyau en sera formé par les anciennes chrétientés, auxquelles deux nouvelles stations se sont adjointes. Dès avant la guerre, le village païen de Phu-kinh avait demandé à se convertir ; la persécution le fit faiblir un instant, mais non abandonner la religion. Aujourd’hui, il demande un missionnaire . Cu-lac est aussi une chrétienté naissante de 200 néophytes qui se rattachera à ce district. Il comprendra 11 chrétientés et une population de 900 fidèles environ. Deux ou trois villages païens de cette région demanderaient aussi à entrer dans le giron de l’Église.
Ke-bang, Ke-san et Da-mai comptent encore plus de 2.000 chrétiens disséminés en 6 stations principales. Ce sont les seules chrétientés du Quang-binh qui aient échappé aux massacres. Les autres, décimées ou démembrées, dépendent aujourd’hui de la paroisse de Tam-toa de formation récente. Pendant la guerre, les fuyards vinrent se réfugier sous les murs de la citadelle de Dong-hoi ; on leur permit ensuite de s’y établir, le long d’un camp retranché dont les murs tombent en ruines. Telle est l’origine de Tam-toa qui compte en tout 1.380 chrétiens.
« C’est surtout dans la paroisse de Phu-viet et la chrétienté de Mi-phuoc que la désolation est profonde et le spectacle navrant. Tout le sol de l’église, encadré par des restes de murs, est jonché de débris d’ossements calcinés. Il faudra le couvrir comme un autre Colisée d’une couche de terre, pour conserver respectueusement ces vestiges glorieux de la foi. Phu-viet a été décimé, et, de son église, il ne reste plus que le portail qui apparaît comme un monument funèbre ; mais aux yeux de la foi c’est un arc de triomphe. C’est là que sont tombés les martyrs ! Déjà on a recommencé à y prier à haute voix, à y dire la sainte messe, à y prêcher ; de pauvres paillotes abritent aujourd’hui les disciples du Christ, mais avec le temps et la bénédiction de Dieu, ces paillotes redeviendront des églises . »
Le sang des martyrs porte ses fruits ; déjà dans les environs de Phu-viet des païens demandent à se convertir, et le P. Bonin, chargé de ce district, nourrit l’espoir fondé que peu à peu ces nouvelles recrues viendront reformer les rangs des chrétiens , éclaircis par la persécution .
Dans le district de Dat-do, nombre de paroises n’ont pu être reconstituées encore. On signale pourtant dix conversions de païens à Gia-binh et à An-ninh où un village s’est déjà converti , et un autre a fait les premières démarches pour obtenir un catéchiste.
Dinh-cat réduit de moitié compte aussi quelques nouvelles recrues. Co-vuu n’a plus qu’un pauvre hangar pour église. « Et cependant, dit Mgr Caspar, des païens ont demandé à se convertir dans les deux villages les plus rapprochés de cette pauvre étable, pardonnez le mot, car c’est peut-être l’étable de Bethléem au-dessus de laquelle les infidèles ont vu briller l’étoile de la foi. »
Luong-mai, chrétienté de récente formation dans les montagnes, semble comme le chemin ouvert par la Providence pour l’évangélisation des tribus sauvages. Quelques familles chassées de l’intérieur des bois par une tribu hostile, sont venues former un hameau à proximité de Luong-mai. Ces sauvages sont d’un abord facile, mais pétris de craintes superstitieuses qui les retiennent éloignés du salut. A la proposition qu’on leur fait de se convertir, ils répondent invariablement que « le génie le leur défend. »
De la province de Hué, toute la partie méridionale est encore déserte. Cependant une centaine de païens ont demandé à reformer la chrétienté de Cao-hai en donnant leurs noms pour l’instruction et le baptême.
« Phu-cam, pauvre des biens de la terre, mais riche de sentiments chrétiens , veut porter jusqu’aux nues et vis-à-vis du palais royal , le témoignage de sa foi, en élevant haut vers le firmament les tours qui flanquent la belle façade de son église.
« Thuan-an, qui est aussi de fondation récente, vient d’inaugurer sa petite église. Le missionnaire qui la dessert sait l’orner avec goût, et les jours de fête il a le bonheur de voir les soldats du fort venir en grand nombre assister à la sainte messe. Ce témoignage de la foi chrétienne, donné par les Européens , produit une impression salutaire sur les Annamites, tant chrétiens que païens . » Ce sont des chrétiens fugitifs venus de différents endroits qui ont formé cette paroisse. Vis-à-vis de Thuan-an, et de l’autre côté de la lagune se trouve aussi la chrétienté de Tan-hung formée de la même manière. Une petite chapelle sert de lieu de réunion à ses 230 chrétiens .
Le petit séminaire d’An-ninh a eu cette année une rentrée assez nombreuse qui porte à 43 le nombre de ses élèves ; le grand séminaire a donné 1 prêtre, 2 sous-diacres, 1 minoré et 5 tonsurés.
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