| Année: |
1889 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine Septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Mgr Caspar |
III. – Cochinchine Septentrionale.
Population catholique 22.202
Baptêmes de païens 1.341
Baptêmes d’enfants de païens 6.181
« Les résultats obtenus, pendant cet exercice, dans notre mission sont très consolants, écrit Mgr Caspar. La population chrétienne s’est accrue d’une façon remarquable, les baptêmes d’adultes ont été plus nombreux que jamais, et l’œuvre de la Sainte-Enfance a donné des résultats inespérés. Trois paroisses ont pu être rétablies, et huit nouvelles chrétientés ont été fondées. Avec l’œuvre des catéchumènes, celle des écoles progresse aussi, dans la mesure de nos moyens d’action. Le zèle que déploient les missionnaires et les prêtres indigènes à entretenir la vie chrétienne, s’est traduit cette année par 51.853 confessions ; mais, où ce zèle s’est manifesté d’une façon spéciale, c’est dans le concours apporté à l’œuvre du baptême des enfants païens. De 3.000 enfants régénérés, pendant l’exercice précédent, nous sommes arrivés, cette année, à 6.000. Je ne puis taire, non plus, la part qu’ils ont prise au recrutement du clergé indigène, en procurant au petit séminaire des rentrées nombreuses de nouveaux élèves. Cet établissement va compter plus de 70 aspirants au sacerdoce. Le grand séminaire aura aussi, prochainement, sa rentrée augmentée de quelques élèves.
QUANG-BINH. – 7 paroisses, 31 chrétientés, 5,009 catholiques, 107 conversions de païens, 311 baptêmes d’enfants de païens. « Le mouvement de conversions se continue dans mon district, dit le P. Bonin. Le village païen de Ben-moc persévère, et nous avons , à Mi-huong, toute la partie païenne qui vient à nous. J’ai aussi la joie de signaler la conversion d’un nouveau Paul, le fameux De-en, celui-là même qui a incendié Sao-bun. Il est du village de Daï-phong, et sa conversion sera suivie de plusieurs autres.
« A Cu-lac, il ne reste plus que cinquante catéchumènes à instruire, pour faire de ce village unum ovile et unus pastor. Mais, la misère temporelle pèse sur ces pauvres gens, d’une façon lamentable. Ils vont être obligés de s’éparpiller dans les villages voisins, pour trouver de quoi sustenter leur pénurie extrême.
« Les chrétientés de Tam-toa, Sao-cat, Sao-bun sont méconnaissables. Au mois d’octobre, un typhon des plus violents s’est déchaîné sur ces pauvres hameaux. Je suis allé voir les ruines, que je présumais être grandes, mais pas aussi grandes que je les ai trouvées. A Tam-toa, 3 maisons ont disparu, 25 sont renversées, et la plupart des autres, endommagées et fortement ébranlées. L’orphelinat a été complètement envahi par l’eau.
« A Sao-cat, outre l’ouragan que tout le monde a dû essuyer, outre les flots qui sont allés frapper contre les habitations situées à une grande hauteur, un raz de marée a franchi la dune à plusieurs endroits, et a pris à dos ces pauvres gens, déjà si malheureux. Une seule maison a résisté, quatre ou cinq sont plus ou moins debout, et le reste, ou a disparu dans les flots, ou se trouve pêle-mêle avec le sable accumulé en cet endroit, de façon à le rendre méconnaissable. La mer s’est aussi frayé un chemin, et, en ce moment, passe encore à travers la dune. L’église de Tam-toa a été maltraitée, mais celle de Sao-cat a bien plus souffert ; néanmoins, elle n’est pas tout à fait à terre.
« A Sao-bun, sept maisons ont disparu, ainsi que la moitié de la chapelle ; l’autre moitié est là, gisant au milieu des pierres, car les murs de cette chapelle provisoire et ceux de l’ancienne église, ont été abattus par l’ouragan. L’eau avait atteint là l’élévation de près d’un mètre. Deux personnes ont été noyées, l’une , malade, que le flot avait emportée avec la case où elle se trouvait, l’autre était dans une pêcherie. Je ne sais encore rien des dégâts causés dans le reste du district. La chrétienté de Daï-phong avait élevé une jolie petite église. Que sera-t-elle devenue ? De mémoire d’homme, on n’avait vu une semblable tempête. ».
DAT-DO. – « 5 paroisses, 22 chrétientés, 2,955 catholiques, 371 baptêmes d’adultes, 463 d’enfants de païens. Ce district se relève aussi peu à peu de ses ruines. « Une bonne, excellente nouvelle à vous annoncer, m’écrit le P. Barthélemy : tous le païens du village de Van-thien, mon ancienne chrétienté, demandent à se convertir en masse. Les objets superstitieux sont déjà détruits, les petites pagodes vont l’être, et le diplôme du génie protecteur sera rendu au chef-lieu de province, la semaine prochaine. Ces païens se sont substitués aux chrétiens, qu’ils ont massacrés en 1885. Ils vont eux-mêmes réparer les désastres qu’ils ont causés. Une nouvelle chapelle, élevé de leurs propres mains, va remplacer celle qu’ils ont livrée aux flammes, et les accents de prière retentiront, là où des menaces de mort ont été vociférées.
« Les païens de Cao-xa ont imité ceux de Van-thien, et ainsi, se trouvent reconstituées deux chrétientés anéanties par les rebelles. Un nouveau poste a été fondé dans un centre païen, et 62 personnes sont déjà baptisées. Ce chiffre est en voie de s’augmenter ; et, dans peu de temps, il nous sera donné d’avoir une chrétienté importante à desservir.
DINH-CAT – « 6 paroisses, 38 chrétientés, 5,095 catholiques, 441 baptêmes d’aldultes, et 1,034 d’enfants de païens. Le compte rendu général du district donne, sur l’exercice précédent, une augmentation de 1,100 chrétiens. La bonne nouvelle a été annoncée dans huit nouveaux centres, le bon grain a germé et poussé, non sans que l’ennemi ait cherché à l’étouffer, et à semer de l’ivraie. A la première nouvelle que quelques familles allaient donner leurs noms au missionnaire, les notables des villages s’ingéniaient à mettre toutes sortes d’entraves à leur conversion, et à leur susciter des procès auprès de l’autorité civile, toujours complaisante en pareil cas pour la partie plaignante, quelque calomnieux que fussent les griefs allégués. C’était donc, à chaque fois, des tracas et des soucis à essuyer pour le prêtre, auquel échéait la tâche d’instruire les catéchumènes incriminés. Combien de fois le P. Patinier n’a-t-il pas dû se présenter au prétoire, pour forcer le mandarin à reconnaître l’inanité des plaintes, pour ne pas le motif haineux qui les faisait forger !
« Quoi qu’il en soit, le district compte cinq nouveaux postes de fondés, qui sont autant de citadelles prises sur l’ennemi. Le paganisme se sent entamé résolument par la religion chrétienne, et il fait des efforts suprêmes pour résister à influence qui l’envahit. N’est-ce-pas d’ailleurs justice qu’il nous dédommage des pertes qu’il nous a fait subir ? C’est dix mille adorateurs qu’il doit d’abord substituer à ceux qu’il nous a enlevés. Ensuite, viendront les dommages et intérêts. Que le sang des martyrs continue à fructifier, et à transformer les persécuteurs en fidèles procélytes ! Nous aurons ainsi bientôt atteint le chiffre passé de la population chrétienne dans ce vicariat.
« Le P. Bonnand, en quittant son poste précédent, avait légué à son successeur, après un exercice de six mois, un acquit de 240 enfants de païens, baptisés en danger de mort, et deux ou trois chrétientés en voie de formation, dans les centres de païens. A peine placé dans son nouveau poste, son zèle ne s’est pas démenti un instant, et voici ce qu’il m’écrit, presque au lendemain de son arrivée : « Mes chrétiens se mettent déjà à rechercher les enfants de païens, que l’Œuvre de la Sainte-Enfance se fera un plaisir d’enregistrer. Il faut les tenir en haleine, et, la grâce de Dieu aidant, j’aurai sous peu de consolants résultats à vous annoncer. J’ai fait aussi plusieurs visites aux villages des bords de la mer, et j’en fait encore, parce qu’elles me paraissent n’être pas sans fruits. En parlant de conversion, j’ai été écouté, et, avec le temps, j’espère être sollicité de faire luire la foi dans ces ombres de la mort,»
« En prenant possession du poste que lui léguait son confère, le P. Grosjean a trouvé bien établi le mouvement de conversions, qui se continue encore aujoud’hui. « J’envoie à Votre Grandeur, m’écrit-t-il, la lettre que vient de me remettre le village de Cau-hoan, et par laquelle il demande à embrasser la foi. Cette lettre ne porte que les signatures des personnes les plus marquantes, et faire présumer que le chiffre des catéchumènes sera doublé, et triplé. Les résultats de cette démarche décideront probablement les villages de Truong-don, Phuoc-dien et Kim-long, à faire la même demande.»
« Les signataires de la lettre mettent tout leur zèle à recruter de nombreux adeptes, quelque hostile que paraisse être l’attitude des autres chefs païens du village, et malgré les perfides insinuations qu’on cherche à répandre. C’est ainsi qu’on prêterait au sous-préfet, une ordonnance conçue en ces termes : « Tout annamite, chrétien depuis trois générations ne sera « point inquiété, mais, s’il ne pouvait se réclamer de cette exception, il serait considéré « comme réfractaire, et tenu de venir à résipiscence. A combien plus forte raison, serait « regardé comme coupable, celui qui oserait quitter sa religion pour suivre celle des « chrétiens.»
« Ces insinuations ont malheureusement porté leur fruit. Le premier enthousiasme des catéchumènes de Cau-hoan s’est ralenti. Les lettrés païens ont occasionné quelques défections ; mais, n’importe, la chapelle est construite, et , n’y aurait-il que deux ou trois familles converties pour l’inaugurer, ce serait une prise de possession définitive, et qui amènerait peu à peu les conversions retardées.
« Peu de temps après, le P. Grosjean avait la consolation de baptiser 48 personnes. Ce premier noyau est en train de s’agrandir, car déjà vingt autres personnes ont donné leur nom, pour se faire instruire.
« A une demi-lieue de là, une autre nouvelle chrétienté vient aussi d’être fondée. Le village païen dont elle fait partie, avait suscité bien des tracas au P. Bonnand, pour l’empêcher d’avoir un pied-à-terre, et d’annoncer la bonne nouvelle. Mais, le zèle persévérant de ce cher confrère a cette personne, et d’inviter le prêtre indigène le plus rapproché de l’endroit à aller la baptiser. Le baptême fut conféré, et, un quart d’heure après, l’âme, dégagée de ses liens terrestres, alla jouir du bonheur des élus, même de la dernière heure. Restaient les quatres enfants, persévérant dans leurs errements, jusqu’au point de vouloir faire des obsèques païennes à leur mère. Le père, déjà chrétien, s’y opposa, malgré leurs pleurs abondants et leurs vives récriminations. Cette femme fut donc enterrée comme chrétienne, et, puisque les circonstances y avaient prêté occasion, je fis l’enterrement avec une solennité plus qu’ordinaire. Mais tout cela, loin de déterminer les enfants de la défunte à concevoir des soupçons sur le danger où ils se trouvaient eux-mêmes de perdre leur âme, ne fit qu’accroître leurs inquiétudes au sujet du sort échu à leur mère dans l’autre monde. Ils allèrent donc consulter le devin, qui leur fit cette réponse : « Vous me croirez si vous voulez, mais voici ce « que votre mère me charge de vous dire : Je me moque de vore papier-monnaie d’or et « d’argent (les enfants avaient fait provision de ce papier pour l’offrir, selon les coutumes « païennes, aux mânes de leur mère), je me moque de vos offrandes de mets. Je suis bien « heureuse. Si vous suivez votre père et moi, vous partagerez mon bonheur ; sinon, c’est un « malheur éternel qui vous attend. ». La grâce attendait là ces pauvres enfants. L’impression « que leur causèrent ces paroles, leur fit prendre la résolution immédiate de se faire inscrire au « nombre des catéchumènes. Voilà le père, premier converti de la famille, arrivé au comble de « ses voeux. »
THUA-THIEN. – 9 paroisses, 31 chrétientés, 7,486 catholiques, 422 baptêmes d’adultes, 4,373 d’enfants de païens. « Le P. Allys, à qui est confiée la direction de ce district, donne sur le dernier exercice les détails suivants :
« A Nuoc-ngot, où le sang chrétien a été versé en abondance, en 1882, dix-neuf personnes ont eu le bonheur de recevoir le baptême, et ainsi, avant peu, cette chrétienté aura le chiffre qu’elle avait avant les massacres. A Chau-moi, dévasté aussi en 1883, il y a quelque progrès parmi les chrétiens qui avaient plus ou moins abandonné la religion. Le prêtre indigène, auquel j’ai confié le soin de visiter ces parages, est, pour le moment, à Cao-hai, où il va chercher et instruire les catéchumènes que le bon Dieu lui a destinés. Ce prêtre montre beaucoup de générosité dans l’accomplissement de l’œuvre qu’il a entreprise ; j’avoue qu’il en a besoin, car sa besogne est souvent ingrate, et presque toujours difficile. Heureusement qu’on travaille pour le bon Dieu. La maison de Cao-hai est finie. J’ai fait élever une paillotte à Nuoc-ngot, et, lorsqu’il y aura dans cet endroit une centaine de chrétiens, je m’occuperai de construire une église. L’œuvre de la Sainte-Enfance continue à porter ses fruits.
« A Long-ho, village païen près de Hué, un chef de famille semble vraiment décidé à se convertir. Il est venu me voir avec l’ancien maire de ce village, qui paraît également bien disposé. Ils étaient accompagnés du maître d’école de Ngoc-ho, qui, pour le moment, loge chez ce chef de famille, à qui il apprend les prières. Le prêtre indigène dessert la paroisse de Ngoc-ho, pourra instruire le catéchumème et toute sa famille.
« Tous ces mouvements de conversion ne sont pas sans être contrariés, comme le prouve la relation suivante, que le P. Allys m’adressait au mois de mars dernier : « Il y a environ deux mois, plusieurs familles appartenant aux villages de Diem-tu, An-luu, Dung-mong et Ha-nhuan, avaient demandé à se convertir ; comme à ce moment j’étais très occupé, je renvoyai ces braves gens avec de bonnes paroles, après leur avoir recommandé de garder le secret sur la démarche qu’ils venaient de faire. Mais les païens de ce village, mis en éveil par les allées et venues des néophytes, furent bientôt au courant de leurs desseins, et aussitôt les menacèrent de toutes sortes d’avanies, s’ils continuaient à vouloir se convertir et avoir des rapports avec les Européens.
« Il y a trois semaines, ayant eu un moment de libre, je partis, accompagné du P. Rault et d’un prêtre annamite pour aller visiter ces villages, et voir quelles dispositions il faudrait prendre pour instruire les personnes qui demanderaient à se convertir. J’ai visité beaucoup de villages annamites, j’ai eu des rapports avec une foule de païens ; mais, jamais je n’ai rencontré des gens aussi hostiles que dans ces parages.
« Ayant été insulté, à plusieurs reprises, dans le village du Dung-mong, je voulus me faire conduire chez le maire ; mais personne ne consentit à m’indiquer sa demeure ; on me mena chez un individu, dont j’ignorais les fonctions. Comme, ce soir là, je devais coucher tout près de ce village, je fis dire au maire que je désirais lui parler, et qu’il me ferait plaisir en venant me trouver ; ce fonctionnaire se garda bien de se rendre à mon invitation, il se contenta de m’envoyer un des individus qui m’avaient insulté, en me disant de lui donner du rotin. Je me refusai à cette besogne, et répondis que je n’étais pas venu pour donner du rotin ; que mon désir était de voir le maire, afin de le prier de dire aux gens, qu’ils devaient se montrer plus polis envers les étrangers ; que, puisque le maire ne voulait ni me recevoir ni venir me trouver, je lui ferais faire mes observations par le sous-préfet. Je ne sais si le Huyen a averti ce maire de se montrer plus convenable ; ce qui est certain, c’est que ces villages sont de plus en plus hostiles envers les gens qui demandent à se convertir ; ils leur reprochent d’avoir des rapports avec les Français, de les attirer dans leurs villages.
« Enfin, l’autre jour, ayant annoncé que j’enverrais un prêtre indigène s’établir dans un de ces villages, pour instruire ceux qui désireraient l’entendre, les dignitaires, chef de canton, maires et autres personnes influentes, ne mirent plus de bornes à leur fureur, et, au milieu de la nuit de vendredi à samedi (1 à 2 mars) , ils vinrent en grand nombre cerner une maison, où un chrétien de Phu-cam, de passage dans cet endroit, avait réuni un certain nombre de personnes pour leur apprendre quelques prières. Ils ont lié, frappé, mis à la cangue le maître de la maison nommé Nam, son beau-père nommé Kim, ainsi que le chrétien de Phu-cam, à qui on a pris la somme de 54 ligatures. Les autres personnes, effrayées, se sont enfuies de tous les côtés. Après quelques applications, le chrétien de Phu-cam a été relâché, et les deux autres ont été conduits chez le préfet.
« Samedi, les fuyards étant venus me raconter cette affaire, j’envoyai un homme à la préfecture voir ce qu’il en était. Le préfet, dont les soldats s’étaient joints aux gens qui avaient lié et frappé les deux prisonniers, n’a reproché aucun crime à ces individus ; il a seulement dit que c’étaient des gens terribles (hung-lam),et qu’en se convertissant, ils avaient l’intention d’opprimer leurs concitoyens ; d’ailleurs, a-t-il ajouté, on est en train de faire saisir encore d’autres personnes ayant des relations avec eux.
« J’avoue franchement que le langage du préfet m’a grandement surpris, d’autant plus qu’il a affirmé que, ces gens étant annamites et pas encore chrétiens, le résident de France n’avait rien à voir dans cette affaire. Quand à l’accusation portée contre ces néophytes, qu’ils sont terribles, à redouter, qu’ils veulent s’appuyer sur nous pour opprimer leurs concitoyens, elles est complètement fausse, car, la plupart des personnes qui demandent à se convertir, vivent au jour le jour de leur travail, et sont loin de paraître redoutables. »
« Malgré les sourdes menées des ennemis de la religion, la foi a pu être implantée dans les villages de Ha-uc, Ha-sinh, Cao-hai , Diem-tu. Ce sont nos nouvelles et premières conquêtes, dans cette partie méridionale, restée désolée depuis 1883. »
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