Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1889
Pays: Vietnam
Mission: Tonkin Occidental
Rédacteur:Mgr Mgr Puginier

CHAPITRE IV
____


GROUPE DES MISSIONS DU TONKIN



I.  Tonkin Occidental.

Population catholique 200.000
Baptêmes de païens 6.797
Baptêmes d’enfants de païens 30.057

« Cette année, écrit Mgr Puginier dans son rapport au cardinal préfet de la Propagande, mon coadjuteur, mon clergé et moi, nous avons continué à travailler activement à réparer le mal que les désastres avaient fait à nos chrétiens. Aujourd’hui, à peu près toutes les chrétientés qui avaient été dispersées, sont rétablies, à exception de celles des districts Chau- Laos, dont je parlerai à part.
« Mgr Gendreau a visité cinq districts, qui comprennent vingt paroisses ayant en tout 90,000 âmes. Il a baptisé 300 catéchumènes qui avaient été préparés par le missionnaire de l’endroit. Cette tournée pastorale a donné d’excellents résultats, et a puissamment contribué à ranimer la foi dans les cœurs.
« De mon côté, dans diverses tournées, j’ai aussi baptisé plus de 500 païens, que les missionnaires et les prêtres avaient préparés d’avance.
« Le district de Thanh-hoa, formé de six paroisses qui avaient été si cruellement ravagées par les lettrés, au commencement de 1884 et en 1886, a reçu des soins tout particuliers. Le missionnaire, M. Idiart, et les prêtres indigènes ont rétabli dans leurs anciens villages les chrétiens survivants qui avaient été dispersés. Ils les ont visités à diverses reprises, et leur ont procuré les secours de la religion. Là, un mouvement de conversions de païens s’est manifesté en trois endroits; il est encore moins accentué que dans le centre de la mission, mais il donne bon espoir pour l’avenir.
« Le district Nord, formé de six amples paroisses disséminées dans les provinces de Son- tay, de Hung-hoa et de Tuyen-quang, a pareillement été l’objet d’une sollicitude toute particulière de la part du missionnaire, M. Girod, auquel il est confié. Ce missionnaire a travaillé au péril de sa vie, car trois fois il a failli tomber entre les mains des rebelles. Les prêtres indigènes se sont aussi donné beaucoup de peines, pour réparer le mal occasionné par les bandes de Pavillons noirs et les autres bandes de rebelles, qui ont sillonné cette région pendant plusieurs années. Elles y ont occasionné de très grands malheurs, par des massacres d’hommes et par l’enlèvement de femmes et d’enfants. Là aussi, le mouvement de conversions au christianisme s’est manifesté dans six communes païennes, et a donné des résultats consolants.
« Les districts et les paroisses du centre ont pu être administrés régulièrement, comme de coutume. D’ailleurs, dans les années de bouleversement, les chrétientés y avaient moins souffert que dans les endroits éloignés.
« La paroisse de Lac-tho, située au milieu de montagnes malsaines, et composée exclusivement de Muongs, tribus dites sauvages, a joui d’une assez grande tranquillité. Elle comprend environ 1,800 âmes, qui sont dirigées par un missionnaire et un prêtre indigène.
« Le mouvement de conversion de païens, qui s’est déclaré surtout depuis une douzaine d’années, s’est maintenu et s’est accentué particulièrement dans le courant de l’année 1888. L’élan continue et grandit de plus en plus. Dans l’exercice annuel du 15 juin 1887 au 15 juin 1888, nous avons baptisé 4,602 païens, et 6,797 dans l’exercice dernier du 15 juin 1888 au juin 1889. Cette augmentation de plus de 2,000 baptêmes d’infidèles, de la dernière année sur la précédente, montre le progrès ascendant du mouvement de conversions, et prouve l’action évidente de la grâce sur des cœurs qui, auparavant, paraissaient bien éloignés du christianisme. Ce ne sont pas des conversions éparses dans des villages déjà mixtes, c’est le plus souvent l’implantation de la foi dans des communes païennes. Dans les dernières années, plus de 23 d’entre elles ont ouvert leurs portes à la vraie religion.
« Les commencements sont toujours pénibles; les difficultés, même les persécutions les plus criantes, sont sans nombre, et nous trouvons rarement, auprès des autorités locales, la protection et la justice que nous avons droit d’attendre. Mais nous n’ignorons pas que l’œuvre de Dieu s’accomplit surtout au milieu des épreuves; elles la rendent plus forte et plus solide, tout en augmentant l’humilité, la foi et la confiance dans les cœurs.
« Une fois la religion implantée dans un village, elle y prend racine et s’y développe. D’abord, ce sont 50 ou 100 catéchumènes qui ouvrent la voie, et au bout de trois ou quatre ans, ce chiffre se trouve porté à 500 néophytes et plus.
« C’est surtout dans les districts du centre que le mouvement de conversions a prospéré; dans les commencements, il était restreint à quelques paroisses, mais il s’est étendu peu à peu, et aujourd’hui il est déjà répandu dans quinze sous-préfectures. L’augmentation du nombre des néophytes est naturellement pour nous un surcroît de travail; il faut non seulement instruire les catéchumènes, mais, une fois baptisés, il faut encore en prendre des soins tout particuliers pendant plusieurs années, afin de les former sérieusement à la pratique des préceptes religieux.
« Nos deux séminaires de latin et l’école de catéchistes ne suffisent plus à nous fournir le personnel nécessaire à l’enseignement de la religion. J’ai fondé cette année une nouvelle école préparatoire, qui nous donnera tous les ans de 30 à 40 catéchistes. Le personnel des missionnaires et des prêtres indigènes doit être nécessairement augmenté en proportion du surcroît de travail. Mais, pour obtenir un chiffre plus considérable de prêtres indigènes, il faudrait renforcer nos collèges de latin. Tout cela est possible, et, grâce à Dieu, nous trouvons dans la mission un élément qui nous permettrai de développer nos œuvres. Mais, malheureusement, les ressources nous manquent. Dans les année de désastres, nous avons subi des pertes très grandes, qui n;ont pas été réparées, et les sources de nos dépenses se sont considérablement accrues.
« Si nous avons eu plus de ressources, au lieu de 6,797 baptêmes d’infidèles du dernier exercice, nous aurions pu en avoir 12,000. Cette année, il ne nous sera pas possible non plus de faire face à toutes les dépenses qu’occasionnerait le mouvement de conversions, si nous voulions le seconder dans toute l’étendue qu’il est capable d’obtenir. Il y a, dans toute la mission, certainement plus de 12,000 personnes qui ont demandé à embrasser notre sainte religion, et qui ne sont pas encore baptisées. Le nombre des demandes de conversions augmente tous les jours. C’est à peine si nous pouvons faire instruire 5,000 personnes en même temps, parce que, outre les catéchumènes, nous avons encore à compléter l’instruction et la formation des néophytes des années précédentes, disséminés dans des centaines de villages. Nous serons encore forcés, comme l’année dernière, d’ajourner les autres à plus tard, faute de personnel suffisant, et cette insuffisance du personnel vient du manque des moyens nécessaires pour le former et pour l’entretenir. Tout en marchant en avant, nous avons à achever le travail qui n’est qu’à moitié fait. Un zèle peu éclairé et trop emporté nous exposerait à faire une besogne peu solide et peu durable, si la prudence et la persévérance ne nous guidaient pas.
« Si la situation reste telle que nous l’avons depuis plusieurs mois, il y a tout lieu d’espérer que, l’an prochain, nous obtiendrons encore le chiffre de baptêmes du dernier exercice. Mail il nous sera bien difficile de le dépasser, car l’horizon ne manque pas de points noirs. Les provinces du district du Nord, Son-tay, Hung-hoa, Tuyen-quang, sont fortement troublées par les rebelles qui, de plus en plus, occupent et dominent le pays. La province de Thanh-hoa, formant la district Sud, qui était tranquille depuis deux ans, vient de voir apparaître subitement plusieurs bandes de Chinois, d’Annamites hostiles, et de sauvages venant du côté du Laos. C’est le parti de la résistance à outrance contre le protectorat, et, par là même, contre la religion, qui poursuit toujours l’exécution de son plan, et entreprend une nouvelle campagne. Ces bandes cherchent en ce moment à s’établir et à se fortifier dans les endroits reculés et de difficile accès.
« En même temps, par le moyen de ses agents, les lettrés, ces ennemis irréconciliables, le parti de la résistance travaille sourdement les populations de la plaine, afin de préparer un soulèvement. Déjà les chefs des précédentes insurrections ont quitté leurs villages respectifs, et sont allés avec leurs contingents renforcer les bandes en question.
« Si la révolte éclatait de nouveau, elle s’attaquerait d’abord aux chrétientés sans défense, et nous aurions à déplorer encore une fois le massacre des catholiques, le pillage et la destruction de leurs villages. Mais, j’espère que le bon Dieu ne permettra pas le retour de pareils malheurs. Les autorités supérieures sont au courant des agissements de l’ennemi, elles ont pris leurs précaution, et sont en train de pourchasser les bandes. Si l’exécution du plan n’aboutit pas, ce sera la deuxième fois dans un an, car déjà l’année dernière à pareille époque, l’ennemi préparait activement un grand soulèvement. L’arrestation de Ham-nghi et l’heureux succès de quelques expéditions, préservèrent le pays de grands malheurs.
« Il me reste maintenant à parler des districts Chau-Laos. Dans mon rapport de l’année dernière, j’annonçais qu’après plusieurs années d’attente, il m’avait enfin été possible d’envoyer deux missionnaires et des catéchistes visiter les chrétientés des Chau-Laos. Cette région était encore alors occupée par des bandes chinoises qui ravageaient le pays. Les chrétientés étaient complètement dispersées. Les missionnaires, ne pouvant trouver asile nulle autre part, s’établirent à Phu-le, sous la protection d’un poste militaire français. Après un mois de séjour, l’un d’eux, le Supérieur, succomba à la fièvre. L’autre resta seul pendant neuf mois, la mauvaise saison ne me permettant pas de lui adjoindre un confrère, sans l’exposer à une mort certaine. Mais je pris des mesures pour que le missionnaire pût rencontrer un prêtre, au moins une fois tous les deux mois.
« Dans le courant de l’année, le missionnaire se mit en relation avec les chrétiens, et il en vit venir environ 200 se réfugier auprès de lui. Au mois de novembre, j’envoyai deux autres missionnaires et des catéchistes renforcer le poste religieux des Chau-Laos. Malheureusement, deux mois après, le survivant des deux missionnaires précédents, succombait aussi à la fièvre des bois.
« Au commencement de cette année, les bandes chinoises évacuèrent en grande partie les Chau, et ce n’est qu’alors qu’il fut possible aux quelques chrétiens qui restaient, de regagner leurs anciens villages. Les missionnaires durent nourrir pendant plusieurs mois ces néophytes malheureux, qui étaient réduits à une grande misère. Ils envoyèrent des catéchistes s’établir dans quelques chrétientés, et l’un d’eux alla les visiter. Ces nouveaux chrétiens étaient encore peu nombreux, 15 ou 20 par village; les autres avaient été massacrés par les Chinois ou étaient en fuite dans le Laos supérieur; ils avaient encore conservé la foi, mais la plupart, dispersés peu après leur baptême, avaient oublié en partie les prières et la doctrine, dans les cinq années, où, par la force des circonstances, ils étaient restés sans prêtres.
« Cependant, les choses s’annonçaient bien, et je me disposais à envoyer les missionnaires fixer leur demeure au milieu des néophytes. Malheureusement, à la fin d’août, la fièvre en emporta un troisième, encore le Supérieur, et le seul survivant était très gravement malade déjà depuis plusieurs mois. Au commencement d’octobre dernier, on vit de nouveau apparaître les bandes ennemies. Ce sont celles dont j’ai déjà parlé plus haut, qui ont été engagées par le partie de la résistance, pour révolutionner la province de Thanh-hoa. Je venais de désigner deux autres missionnaires pour les Chau-Laos, lorsque j’appris cette mauvaise nouvelle. Ils n’ont pas encore pu partir, et ils «attendent que le pays soit pacifié pour monter à Phu-le. Je profiterai, pour les envoyer, du premier convoi qui ira ravitailler le poste militaire. J’espère que l’expédition qu’on fait en ce moment contre les rebelles, rétablira promptement la tranquillité, et alors les missionnaires iront s’établir dans les chrétientés de l’intérieur, qui sont moins malsaines que le poste de Phu-le.
« Ce qui précède fait assez voir que la situation de cette Mission naissante, qui n’a connu que des épreuves, est encore bien incertaine. Malgré les sacrifices énormes qu’elle nous a coûtés en missionnaires, en catéchistes et en argent, la pensée ne m’est pas venue d’abandonner ces néophytes malheureux, si dignes d’intérêt.
« Quinze missionnaires, un prêtre indigène et environ 120 catéchistes ont été massacrés dans ces deux districts, ou y ont succombé à la fièvre. Je ne parle pas des pertes matérielles qui le Seigneur saura nous rendre en bénédictions. Plus d’une fois je souffre en pensant à tous ces malheurs, mais je comprends qu’il faut nous courber devant les desseins de Dieu, et les adorer. Si seulement nous pouvions rétablir cette Mission qui a énormément souffert, mais qui n’est pas encore perdue ! je le demande au Seigneur de toute l’ardeur de mon âme. »













<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam