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Rapport annuel des évêques

Année: 1903
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine orientale
Rédacteur:Mgr Grangeon

CHAPITRE VI
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GROUPE DES MISSIONS DE COCHINCHINE

ET DU CAMBODGE

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I. — Cochinchine orientale


Population catholique 78.482
Baptêmes d’adultes 4.635
Baptêmes d’enfants de païens 1.648
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« Les résultats du dernier exercice, écrit Mgr Grangeon, font le plus grand éloge du zèle des ouvriers apostoliques de la Cochinchine orientale et nous pénètrent de reconnaissance envers Dieu, qui a daigné féconder leurs travaux ; 4.635 baptêmes d’adultes, c’est presque le retour à la moyenne des meilleures années (1889-1898). Toutefois, pour consolant que soit ce chiffre, à ne considérer que le prix des âmes, si on le compare à la masse païenne qui reste à convertir, on est tenté de s’écrier avec l’apôtre : Quid hœc inter tantos ? En effet, il ne représente guère qu’un pour mille... Et puis, ce sont les pauvres qui se convertissent, en sorte que nos 78.482 néophytes, disséminés d’ailleurs un peu partout, sont encore moins la force que le nombre. Depuis une quinzaine d’années, ils jouissent d’une liberté religieuse à rendre jaloux bien des peuples catholiques ; mais, sauf dans quelques communes, ils ont peu d’influence, et la direction générale des affaires leur échappe complètement. En dehors de l’église et de la famille ils trouvent partout le paganisme dominant et leur conscience a trop souvent à choisir entre deux devoirs opposés : par exemple, entre l’assistance à la messe, un dimanche, et la présence, pour affaires pressantes, à la foire qui se tient juste à l’heure de la messe. Tout, en Annam, se meut en dehors de la religion, sinon contre elle. Et ce n’est certes pas la civilisation nouvelle qui fera pénétrer le catholicisme dans les institutions publiques.
« Il faudra donc des années et des années avant que l’Annam soit entièrement converti, malgré sa nombreuse armée de fidèles. Le champ ouvert à l’ardeur apostolique demeure immense, mais les ouvriers sont trop peu nombreux. L’Annamite, éminemment sociable et docile, naturellement bon, n’a cependant qu’un esprit superficiel et une volonté inconstante, sans initiative, faite pour obéir suivant les habitudes essentiellement traditionnelles. Il lève rarement les yeux au ciel ; il réfléchit peu et lit encore moins ; en toutes choses, il ne voit guère que l’intérêt du moment, intérêt matériel et privé. Tous les païens connaissent de nom la « religion du Seigneur du ciel » ou plus simplement « la religion » ; mais chez la plupart d’entre eux que d’ignorance, d’erreurs, de préjugés ! Il faudrait voir chacun sous sa paillote, réfuter ses préventions, lui aplanir les obstacles, et même, à cause de sa nature hésitante, user à propos du compelle intrare. Il faudrait l’apostolat direct, actif, conquérant, allant éclairer sur place les âmes droites, fortifier les faibles, subjuguer les rebelles. Pratiqué par des hommes expérimentés et zélés, ce système d’évangélisation aurait, j’en suis persuadé, les plus grandes chances de succès. Du rnoins il conviendrait d’en essayer, selon la recommandation formelle du Saint-Siège aux missions de l’Inde et de la Chine. Jusqu’ici, notre prédication aux païens a été plutôt passive. Installés dans nos centres chrétiens, fort nombreux d’ailleurs, nous appelons de tous nos vœux les âmes de bonne volonté, et nous les recevons avec allégresse : nous les attendons, nous n’allons pas les chercher ; semblables à ces pêcheurs qui laisseraient toujours leur filet à la même place. Hélas ! les nécessités multiples d’un ministère trop chargé
auprès des néophytes ne nous permettent pas de faire davantage.En effet, chacune de nos paroisses au moins 1.200 âmes ; or, vu les distances, l’insalubrité du climat et tant d’autres difficultés, c’est déjà beaucoup que le prêtre qui en est chargé suffise à la tâche.
« Et cependant il faudrait se hâter, car l’indifférence religieuse causée et entretenue par l’exemple venant de haut, par une condescendance ouverte pour les cultes soi-disant nationaux, par l’étourdissement des préoccupations et des jouissances matérielles, pourrait devenir, à bref délai, le principal obstacle à l’évangélisation des Annamites. Ce peuple, foncièrement religieux, pratique encore le culte si peu gênant des ancêtres et des esprits ; mais si on n’y avise, il finira comme tant d’autres peuples par n’avoir plus d’autre Dieu que son ventre. Ou catholique, ou grossièrement matérialiste, il n’y a point de milieu pour lui, pas plus que pour le reste de l’humanité, à l’heure actuelle. Un gros nuage qui monte de l’Occident nous menace, il est vrai, d’un danger plus immédiat et plus radical ; mais le cœur et le bon sens français se refusent à croire qu’il vienne porter jusqu’ici ses ravages. En ce moment du moins, les autorités du protectorat, et, à leur exemple, les fonctionnaires indigènes font preuve à notre égard d’un sympathique dévouement. Je suis heureux de leur en témoigner ici ma respectueuse gratitude.

« Après ce long préambule, qu’il me soit permis de donner d’abord un aperçu général sur la topographie de la mission. Nous parcourrons ensuite les stations principales du vicariat.
« La Cochinchine orientale touche au nord à la Cochinchine septentrional par le gros massif du « col des Nuages » ; à l’est et au sud, la côte, très découpée vers le centre, s’arrondit en arc de cercle assez prononcé ; à l’ouest, nous confinons aux missions du Laos, du Cambodge et de la Cochinchine occidentale, sans qu’il soit possible toutefois d’indiquer avec précision, dans ces régions encore peu explorées, les divers points de contact.
« Le territoire ainsi délimité comprend deux parties bien distinctes, tant au point de vue de la population et du régime politique, qu’à celui de l’aspect et de la constitution physique du sol. La région annamite, divisée en six provinces qui s’alignent entre le rivage de la mer et la chaîne parallèle des montagnes, est vraiment le jejunum de la besace, dont les plaines du Tonkin et de la Cochinchine française forment les deux vastes poches. En quatre ou cinq endroits et sur un assez long parcours, on ne voit ni habitation ni culture entre la mer et la montagne. La largeur moyenne de l’Annam dans nos six provinces n’atteint pas quarante kilomètres. Les vallées y sont étroites et les rivières courtes. Ces rivières deviennent des torrents impétueux d’octobre à janvier, mais elles sont à sec d’avril à septembre. La culture, malgré la fertilité native du sol, reste donc laborieuse, précaire et peu rémunératrice. Elle constitue cependant, avec le petit commerce local accaparé souvent par des Chinois, l’unique source d’alimentation des indigènes, car l’industrie proprement dite est encore dans l’enfance en Annam. Nous pouvons donc affirmer en toute vérité que nos chrétiens sont pauvres. Au surplus, la profession d’agriculteur, si morale en elle-même, et la nécessité de « faire son manger », selon l’énergique expression populaire, ne peuvent que favoriser l’évangélisation et la vie chrétienne.
« Le climat, qui est celui de la zone torride (du 110 au 160 de latitude nord) engendre la fièvre, la dysenterie, les affections du foie et l’anémie à tous ses degrés. Toutefois les pluies d’automne et d’hiver sont rafraîchissantes ; la brise marine du sud-est tempère les chaleurs du printemps et le grand vent d’ouest assainit celles de l’été. La température varie de 170 à 360 en Annam, et de 90 à 360 sur le plateau des Ba-hnars. Sous ce rapport, notre mission est mieux partagée que celle de Saïgon, et même, m’assure-t-on, que le delta du Tonkin.
« La seconde région, dix fois plus vaste que la première, s’étend à l’ouest de la chaîne annamitique jusqu’au Mekhong ; elle est aussi plus accidentée, surtout au nord. Les nombreuses tribus, différentes de nom, de langue, de mœurs, qui se partagent cet immense domaine, ne tirent guère du sol, en le disputant aux envahissements de la forêt, que la quantité de riz, de maïs et de millet strictement nécessaire à leur maigre subsistance. Le manque de voies de communication leur interdit d’ailleurs tout commerce actif. Les tribus du sud sont paisibles, laborieuses, presque prospères : celles du centre et du nord sont turbulentes et pillardes, et, la vaillante garde indigène échelonnée le long de la frontière suffit à peine à les contenir dans leurs forêts. Elles sont indépendantes les unes des autres, les villages eux-mêmes jouissent d’une complète autonomie. Nous parlerons plus loin des Ba-hnars qui sont pour nous la plus intéressante de ces peuplades sauvages.
« L’Annam a conservé l’ancien système d’administration emprunté à la Chine, sous le contrôle du Protectorat français, qui entretient dans chaque province un administrateur, chargé sinon de tout diriger, au moins de tout surveiller. Les pays sauvages déclarés colonie française sont soi-disant administrés par les agents du gouvernement, mais l’action de ces derniers est loin de s’exercer partout.

« Nous voilà maintenant orientés pour notre excursion à travers le vicariat. Gardons-nous de la commencer par le sud : ce serait manquer à toutes les convenances. L’Annamite a entamé par le nord la conquête de son pays. Aller du nord au sud, c’est la continuer, c’est entrer chez soi, di-vo ; mais aller du sud au nord, c’est reculer, c’est sortir de chez soi, di-ra. Aussi l’émigration, cet envahissement pacifique, se porte-t-elle toujours vers Saïgon, le Cambodge, jusqu’à la frontière du Siam ; aucun indigène de nos contrées ne s’avisera d’aller s’établir au Tonkin ou en Chine. Transportons-nous donc à Tourane, notre station la plus septentrionale. Par le vapeur qui passe à Qui-nhon tous les huit jours, c’est l’affaire de dix- huit heures ; par voie de terre, nous irons un peu moins vite, car le chemin de fer qui doit relier Saïgon à Hanoï est à peine commencé, et l’unique route qui traverse le pays n’est bonne, et à certaines époques seulement, que dans la plaine. Nous aurons du moins le plaisir de choisir nous-mêmes nos moyens de transport : cheval, chaise à porteurs ou palanquin, selon nos goûts et nos ressources. Quant aux voitures publiques, il n’en fut jamais question en Annam. Enfin, véritable consolation pour des gens civilisés, à peu près partout nous pourrons recevoir et donner des nouvelles. Depuis une dizaine d’années, en effet, le service des postes et télégraphes fonctionne chez nous d’une manière satisfaisante et facilite singulièrement l’administration spirituelle.

I.  « A Tourane, nous sommes dans le Quang-nam. S’il fallait en croire les habitants, cette province serait la plus peuplée, la plus riche, la plus vaste de la mission. Sans examiner chacune de ces assertions un peu risquées, constatons, en passant, que le Quang-nam possède des mines de houille, de zinc, de cuivre, voire même des mines d’or, et que les régions sauvages lui envoient beaucoup de cannelle de première qualité. Un canal intérieur traverse le pays dans toute sa longueur ; les fleuves y sont nombreux, mais leur encaissement ne permet guère de les utiliser pour l’irrigation. La population, très dense dans certaines régions, se fait remarquer par son industrieuse activité. On lui reproche d’être quelque peu vantarde et turbulente. Au début de l’évangélisation ,elle donna à l’Église d’Annam son premier martyr en la personne d’un jeune homme de dix-neuf ans nommé André (dont les RR. PP. Jésuites viennent d’introduire la cause) ; elle nous fournit aujourd’hui nos meilleurs élèves ecclésiastiques et au dire des confrères qui l’administrent, c’est chez elle que seraient nos meilleurs chrétiens. Toutefois, au point de vue du nombre des néophytes, elle ne vient qu’en second lieu avec 12.478 fidèles répartis en cinq districts.
« 1º La ville de Tourane, malgré certains développements, malgré les efforts et les aspirations de ses habitants, n’est encore que l’emplacement d’une future grande ville : son port est vaste et sûr, mais sans quais, sans docks, sans outillage d’aucune sorte ; sa rivière, large et profonde, la met en communication avec l’intérieur, mais on n’est pas encore arrivé à en dégager l’embouchure toujours ensablée par les vagues du port. Le tronçon de voie ferrée qui reliera bientôt Tourane à la capitale lui donnera sans doute une nouvelle vie. Les grands travaux dont elle est la base ont déjà presque doublé sa population catholique, européenne et indigène, mais les 720 fidèles que l’on y compte actuellement, ne sont pour la plupart que des oiseaux de passage, qui s’envoleront au retour prochain de la mauvaise saison. Évidemment, ce n’est point dans un pareil milieu qu’il faut s’attendre à trouver nos meilleurs chrétiens, bien que le pasteur, M. Laurent, s’emploie de tout son cœur à la sanctification de ses ouailles. Notre confrère a aussi le soin spirituel d’une ambulance, dirigée avec autant d’intelligence que de dévouement par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres, et d’une école de français ouverte récemment par les mêmes religieuses. Médecin expérimenté, M. Laurent donne des médicaments à tous les malades qui se présentent, et ils sont légion. Il place les plus malheureux dans un petit hospice voisin de sa résidence. Il faudrait développer cet embryon d’hôpital indigène. Il faudrait aussi à Tourane une église convenable pour les Européens, n’eût-elle d’autre avantage que d’enlever à la paresse et au respect humain leur plus spécieux prétexte pour négliger les pratiques religieuses.
« 2º En quatre heures de marche vers l’ouest nous arrivons dans le plus grand district de la province, celui de Phu-thuong. Déjà illustre par sa belle défense contre les lettrés en 1885, destiné à une célébrité universelle par son thé Lombard, justement estimé en France, ce district est encore plus intéressant pour nous par sa population chrétienne de 4.566 fidèles, répartis en trois communes et plusieurs hameaux à peu près complètement catholiques. Nulle part ailleurs, la vie chrétienne ne s’épanouit avec autant de liberté et de plénitude. La vaste église, en forme de croix latine, flanquée de deux gracieuses tours, le son des cloches repercuté par les échos des montagnes, la solennité des offices chantés avec accompagnement d’harmonium, la nombreuse et dévote assistance, tout fait croire que l’on se trouve dans une de nos vieilles paroisses de France. M. Maillard, secondé par deux jeunes prêtres indigènes, assisté, aux jours de fête, de deux vétérans du sacerdoce retirés dans leurs familles, est, depuis vingt ans, l’âme de tout le bien qui se fait à Phu-thuong. Il commence néanmoins à craindre que la fréquentation de Tourane et les longues absences pour gagner de l’argent dans les chantiers du chemin de fer, ne gâtent peu à peu l’esprit de ses paroissiens. Il attribue aux mêmes causes le petit nombre de catéchumènes inscrits dans l’année (41). « Malgré tout, « ajoute-t-il, j’ai été sur le point de fonder trois nouveaux postes et j’espère que les « circonstances me seront plus favorables l’année prochaine. » L’insalubrité causée par le voisinage des montagnes produit en cette région une mortalité lamentable : 92 morts sur 1.000 habitants, dans la chrétienté centrale, c’est énorme !
« 3º Le-son, district de fondation récente, composé presque entièrement de néophytes, a souffert beaucoup, depuis son origine, du changement trop fréquent de ses titulaires. Aujourd’hui, il reprend chaleur et vie sous la direction de M. Solvignon qui l’administre depuis un an ; 473 communions de dévotion, 51 baptêmes d’adultes et une trentaine de catéchumènes inscrits sont une douce consolation pour le présent, et donnent pour l’avenir un espoir qui, Dieu aidant, ne sera pas trompé. Le district de Le-son compte 1.153 fidèles répartis en 14 postes.
« 4º Tra-kieu est la chrétienté la plus nombreuse de notre mission (1.524). Nous avons là une belle église, un couvent et deux orphelinats prospères. Son héroïque résistance, pendant vingt et un jours, contre la population païenne de toute la province et les troupes régulières, lui a fait, depuis 1885, une légitime réputation de bravoure et lui a valu le respect de ses turbulents voisins. D’autre part, l’assistance visible de la très sainte Vierge, pendant les jours d’angoisse, a développé à un haut degré chez ces pieux fidèles la dévotion envers 1’auguste Reine du ciel qui aime d’être invoquée sous le titre de « Secours des chrétiens ». En témoignage de leur reconnaissance et de leur amour, ils lui ont élevé un gracieux sanctuaire au sommet d’une colline qui domine la plaine et sur laquelle l’ennemi avait une redoutable forteresse. Puisse la lumière de la grâce se répandre du haut de cette butte sur les villages voisins ! Daigne aussi la Mère du Bon Conseil ranimer le mouvement des conversions qui s’est ralenti depuis un an dans le district de Tra-kieu, où il n’y a eu que 27 baptêmes d’adultes et 390 d’enfants de païens in articulo mortis. Le district tout entier compte 3.289 chrétiens, groupes en 21 chrétientés. M. Bruyère, qui vit au milieu d’eux depuis vingt-cinq ans, connaît chaque famille comme il connaît la sienne, aime chaque chrétien comme un père aime son enfant. Un seul prêtre indigène, si zélé qu’il soit, ne suffit évidemment plus à seconder notre confrère dans les soins que réclame un si nombreux troupeau. Sept chapelles ont été ou construites ou restaurées au cours du dernier exercice.
« 5º An-son. Les principales chrétientés du district de ce nom datent déjà de loin, mais leur nombre a plus que triplé pendant ces dernières années. On en compte aujourd’hui 24. La population totale est de 2.750 fidèles dont 372 ont été baptisés depuis un an. La plupart de ces nouvelles conquêtes ont été faites dans le sud-ouest de la province, région qui n’avait pas été évangélisée jusqu’ici.
« Les catéchumènes y sont très nombreux. Leur simplicité et leur éloignement des grands centres donnent bon espoir de les voir persévérer. M. Seiller, qui a le bonheur de recueillir cette riche moisson, est puissamment aidé dans son travail par un chrétien, homme de savoir, d’expérience et de dévouement, qui ne craint pas de passer des mois entiers loin de sa famille, pour consacrer son temps à la fondation de chrétientés nouvelles. Daigne Notre-Seigneur bénir ce brave Can-thiep et susciter partout des imitateurs de son zèle et de sa générosité.

II.  « Le Quang-ngai est sans contredit la moins étendue de nos six provinces, elle en est aussi la plus pauvre. L’irrégularité des pluies, l’inégalité du sol et l’encaissement des rivières obligent de recourir à l’irrigation par la « noria », système très ingénieux, mais fort coûteux et d’ailleurs insuffisant. Les récoltes, toujours précaires, de canne à sucre, de patates, d’arachides, de maïs, ne compensent pas la disette de riz ; en sorte que la moitié à peine de la population peut faire son ordinaire de riz blanc et pur. Aussi mesure-t-on cette précieuse céréale par fractions de mesure, appelant les dizaines centaines, et les centaines milliers. Un propriétaire vous déclare à pleine bouche que sa récolte annuelle de riz se chiffre par 10.000 mesures (mot-muôn) ; faites le calcul et cette fortune se réduit à 400 des mesures usitées dans le commerce. La vantardise, la vanité, par suite la présomption, l’entêtement, l’inconstance sont le fond du caractère de ces paysans routiniers et trop infatués de leur science en littérature chinoise. Du moins, ont-ils le mérite de parler leur propre langue avec une remarquable clarté. A ce point de vue, le Quang-ngai est la Touraine de l’Annam. La révolte de 1885 éclata d’abord dans ce coin turbulent et isolé et y fit plus de ravages que partout ailleurs ; en outre, la répression fut nulle, et, par suite, l’ordre et la sécurité ont été plus lents à se rétablir. Aujourd’hui la paix règne partout, les vieilles chrétientés ont repris leur prospérité ancienne, et la fondation d’une vingtaine de postes nouveaux a porté le nombre des fidèles à 4.896, chiffre peu inférieur à celui d’autrefois.
« 1º Le premier et le plus au nord des quatre districts qui se partagent cette province est celui de Trung-son, qui comprend neuf chrétientés, dont trois de fondation récente (1.228 fidèles). C’est une contrée très ondulée, terrain classique des arachides, des patates et du maïs, mais tellement épuisée par une culture forcée que, depuis plusieurs années, la population, pourtant si peu dense, y meurt littéralement de faim. A la suite de la misère, la fièvre a fait son apparition dans cette région à l’air pur, au ciel bleu, que nous appelions volontiers le sanatorium de la mission. « On ne rencontre partout, écrit M. Tissier, que des gens affamés « ou en deuil. Mille actions de grâces soient rendues à Dieu qui n’a pas permis que la misère « et la fièvre fissent baisser, autant que je le craignais, le chiffre de la population chrétienne ! « Reconnaissance à ces messieurs de la résidence, qui m’ont donné une certaine quantité de « riz et d’argent pour distribuer aux malheureux païens et chrétiens. Reconnaissance aussi au « Protectorat, qui, grâce à la prime agricole qu’il m’accorde chaque année, me permet « d’occuper un bon nombre d’indigents sans travail. » M. Tissier fait allusion ici à une plantation de poivre, thé et cannelle qu’il a entreprise avec un admirable dévouement pour subvenir aux besoins si urgents de son pauvre district. Daigne la divine Providence bénir ses efforts et lui accorder, outre les biens de la terre, les fruits de la parole divine qu’il va semant partout autour de lui avec les bienfaits de son inépuisable charité. En 1885, les 900 chrétiens de ce district, après une dizaine de victorieux combats, furent sauvés par M. Maillard et le commandant de marine M. Le Gorrec.
« 2º Autant Trung-son, à cause du voisinage de la mer, souffre de la sécheresse, autant Cau-va, situé à l’ouest de la province, au pied d’un gros massif montagneux, reçoit en abondance la rosée du ciel. C’est vraiment un hortus irriguus, où il y a place pour de nouvelles cultures et qui peut nourrir un plus grand nombre d’habitants. Un travail de canalisation, exécuté sous la direction de M. Sudre, contribuera beaucoup à entretenir la prospérité dans cette région et à y attirer de nouveaux colons.
« On trouve à Cau-va une communauté de 38 religieuses et deux orphelinats qui donnent aux païens une éloquente leçon de charité. Les conversions y sont nombreuses qu’ailleurs (86 baptêmes d’adultes, 115 d’enfants de païens in articulo rnortis) mais, en revanche, elles sont très solides. Du reste l’avenir promet une plus abondante moisson d’âmes. Parmi les neuf chrétientés qui composent ce district (1.467 chrétiens), je dois signaler celle de Phuong-chuoi. Là, en 1885, M. Garin fut brûlé dans l’église avec plusieurs centaines de fidèles que, la croix à la main, debout devant l’autel, il exhorta jusqu’au dernier moment à la contrition et au martyre.
« 3º Phu-hoa, au centre de la province, à quatre kilomètres seulement de la résidence française, fut illustré à la même époque par le martyre de M. Guégan et de 1.700 fidèles traîtreusement égorgés sur l’ordre du mandarin venu pour les protéger. Le couvent et l’orphelinat n’ont pu être relevés. Malgré la fondation récente de trois postes nouveaux, ce district ne compte encore que 671 chrétiens, c’est-à-dire un peu plus du tiers de l’ancienne population. La belle église dont il ne reste que le soubassement flanqué de deux tourelles massives, semblables à deux cierges funéraires, n’a pas encore été rebâtie. Ce sera l’œuvre du missionnaire qu’il est urgent d’envoyer là, pour remplacer le jeune prêtre indigène, qui, sous la direction de M. Sudre, occupe provisoirement le poste, depuis le changement de M. Salomez.
« 4º Le district de Bau-goc s’est développé plus vite que les autres. Au lieu de six anciennes chrétientés qui furent presque anéanties en 1885, il y en a aujourd’hui dix-neuf, avec 1.530 fidèles. « C’est merveille, écrit M. Tardieu, qu’en deux ans nous ayons pu, M. « Perreaux mon prédécesseur et moi, baptiser 700 catéchumènes dans la préfecture de Mo-« duc, malgré l’esprit orgueilleux et querelleur de la population, malgré l’opposition des « lettrés et des mandarins, tous hypocritement hostiles à la religion catholique. » Il. semble qu’après leur conversion, ces natures entêtées mettent à persévérer dans la pratique du catholicisme l’amour-propre qui les retenait dans l’idolâtrie ; ou plutôt, la grâce les transforme et leur donne une énergie surhumaine. Ainsi, un jeune et riche « ba-ho » (noble, exempt de la milice et des corvées), chrétien depuis deux ans seulement, saisi chez lui à la suite d’une odieuse manœuvre savamment combinée, traîné la cangue au cou et longtemps retenu à la préfecture, dépouillé de son titre et de ses privilèges, a fait preuve récemment d’une invincible fermeté en dépit des sollicitations et des menaces de tout genre. « Apostasie et obtiens que ton « mari en fasse autant et tout sera fini par là », disait le frère aîné à la jeune femme restée seule sans soutien. « Mon mari connaît son devoir, répondit-elle ; pour moi, qu’on me tue, je « mourrai chrétienne. » Elle se déroba même un soir pour venir, à deux heures de son village, recevoir la confirmation. Aujourd’hui le jeune homme est rendu à la liberté, grâce à l’énergique intervention de M. le résident ; lui et sa femme sont heureux d’avoir souffert pour le nom de Jésus-Christ. Puissent-ils ne trouver partout que des imitateurs !  Il faut dans cette région plus qu’ailleurs une grande prudence avec les païens, beaucoup de patience et de fermeté avec les néophytes.  C’est à Bau-goc que le 16 juillet 1885 fut massacré M. Poirier. Le district a donné 400 baptêmes d’adultes.

II.  « Franchissons maintenant le long col de Ben-da, et nous débouchons dans le Binh-dinh. Là, se trouve le chef-lieu de la mission, avec l’évêché, 2 séminaires, 36.086 chrétiens, 12 districts, 42 missionnaires ou prêtres indigènes. Le Binh-dinh est le pays du riz, la patrie des hommes polis, cultivés, paisibles, fidèles, qui seuls, depuis des siècles, ont l’honneur de former la garde choisie de Sa Majesté impériale. Nos prêtres indigènes, ceux même qui sont originaires d’une autre province, n’ambitionnent rien tant qu’un poste au Binh-dinh. Nous ne saurions donc nous dispenser de faire une visite à chacun des principaux centres : nous sommes sûrs d’ailleurs d’être fort bien reçus par un monde si bien élevé.
« 1º Le premier district, situé au nord, est celui de Gia-huu, le plus populeux de la mission, avec 7.019 chrétiens et 40 stations. Il est administré, avec l’aide de M. Le Darré et de trois prêtres indigènes, par M. Geffroy, notre vénérable doyen d’âge, qui évangélise la contrée depuis vingt-cinq ans. Notre vaillant confrère a contribué plus que personne à relever les ruines de la persécution ; il a provoqué et secondé de toutes ses forces le mouvement des conversions. Aussi a-t-il bien mérité le titre qu’on lui donne de « patriarche de Bong-son ». Les affaires annamites, généralement si embrouillées, n’ont point de secret pour sa vieille expérience. Païens et chrétiens recourent à ses lumières et acceptent ses décisions comme des oracles. Il a enregistré, cette année, 433 baptêmes d’adultes et 485 d’enfants de païens. Bong-son possède un couvent et deux orphelinats, les plus nombreux de la mission, qui constituent une véritable ressource pour cette population généralement pauvre.
Le poste de Hoi-duc, centre de plusieurs nouvelles chrétientés qui forment comme une couronne aux 1.800 chrétiens massacrés en 1885 avec M. Dupont et un prêtre indigène, s’est enrichi d’une église convenable, bénite très solennellement le jour de la Fête-Dieu.
« 2º Thac-da (3.882 fidèles, 28 chrétientés). Ce district a fourni 242 baptêmes d’adultes et tout fait espérer qu’il en fournira un plus grand nombre l’année prochaine. La partie supérieure du district, destinée par sa configuration et le nombre de plus en plus grand de ses néophytes à former bientôt un district séparé, a été dotée d’une église centrale, vaste, solide, élégante, dont la bénédiction a eu lieu au mois de juin. Peu de temps après, M. Charles Vallet, chef de ce district, ayant été appelé au grand séminaire, a passé la direction de ses ouailles à M. Poyet qui n’en continue pas moins à administrer Dong-dai. Saluons, avant de quitter Thac-da, l’emplacement de l’église où fut brûlé, en compagnie d’un prêtre indigène, de cinquante religieuses, de nombreux orphelins et fidèles, l’aimable, pieux et très digne M. Barrat.
« 3º Dong-dai (1.765 fidèles, 21 chrétientés) occupe toute une vallée étroite, mais longue et fertile, confinant au pays des sauvages. Les progrès de la foi y ont été, à l’ouest et au nord, plus tardifs et plus lents que dans les vallées voisines, mais présentement, ils sont bien consolants ; 180 baptêmes d’adultes et 171 catéchumènes inscrits prouvent la marche en avant. Pour administrer Dong-dai et Thac-da, qui vient de lui être annexé, M. Poyet n’a comme auxiliaires que trois prêtres indigènes, dont un déjà avancé en âge. C’est trop peu, vu le nombre total des chrétiens qui est de 5.647 et les difficultés spéciales du ministère auprès des néophytes Convertis d’hier.
« 4º Dong-qua (champs de fleurs), autrement dit Kim-son (montagne d’or)  4.231 fidèles et 31 chrétientés  est une luxuriante vallée qui finit à l’ouest en ramifications multiples, sans communication directe les unes avec les autres. Là, vous ne trouvez pas un village qui ne soit déjà entamé. La droiture native des habitants, leur indépendance relative vis-à-vis du mandarin, leur éloignement des grands centres facilitent leur conversion et sont une garantie de leur persévérance ; 468 baptêmes, d’adultes avec plusieurs centaines de catéchumènes font concevoir les plus belles espérances pour l’avenir. M. Boivin, chef du district, demande du renfort, ne trouvant pas suffisant le concours que lui prêtent en ce moment M. Bonnal et un prêtre indigène.
« 5º Passons les montagnes de l’est et nous arrivons dans la plaine de Nuoc-nhi, largement ouverte du côté de la mer et découpée en tous sens par des dépressions que dissimulent les plantations de cocotiers ombrageant les hameaux. Vue dans son ensemble des hauteurs qui l’environnent, cette région forme un coup d’œil pittoresque, original, qu’on ne retrouve pas ailleurs ; malheureusement, le terrain sablonneux et mal entretenu nourrit à grand’peine sa population, pourtant assez clairsemée. Par contre, depuis quelques années, la moisson spirituelle y est devenue de plus en plus abondante : 207 baptêmes d’adultes, 84 d’enfants de païens et près de 400 catéchumènes, tels sont les résultats obtenus en 1902-1903. Le nombre des chrétiens est de 1.905 : celui des stations, de 19.
« M. Guéno constate l’augmentation sensible et progressive, dans les âmes de ses néophytes, de l’esprit et des pratiques chrétiennes ; en particulier, de la dévotion à la sainte Vierge. Un apostat de vingt ans, récemment converti, fait, chaque samedi, plus de trente kilomètres pour assister à la messe en expiation de ses péchés. Là encore, la besogne dépasse les forces de l’ouvrier. Nuoc-nhi posséda, pendant une dizaine d’années, le grand séminaire de la mission, mais l’éloignement et la difficulté des communications n’ont permis de le relever de ses ruines. C’est à Nuoc-nhi que fut brûlé, en 1885, le pieux et vaillant M. Macé.
« 6º A Truong-doc, nous nous retrouvons en pays d’anciens chrétiens, du moins en grande majorité ; aussi, nulle part ailleurs les pratiques de la vie chrétienne ne sont-elles entrées si avant dans l’esprit des fidèles. Au point de vue du catéchisme et des prières de toute sorte possédés par cœur, des confessions fréquentes, des retraites, des confréries, rien ne laisse à désirer ; tout marche avec un ensemble et une régularité remarquables. Peut-être l’apôtre saint Paul, s’il était témoin de ces multiples dévotions, répéterait-il : oportet sapere ad sobrietatem, mais il aurait de la peine à convaincre notre vénérable doyen d’apostolat, M. Hamon, qui est l’âme de cette belle chrétienté, et qui a en horreur le pernicieux système du moins possible. Qui oserait condamner notre confrère sous ce dernier rapport, dans un pays et un temps où, plus que jamais, une solide instruction et les pratiques pieuses sont la meilleure sauvegarde de la foi et des mœurs ? Toujours robuste, toujours jeune de cœur et d’esprit malgré ses, cinquante-huit ans, M. Hamon ne redoute ni les fatigues ni les privations. On le voit parcourir quatre ou cinq fois par an ses 23 chrétientés anciennes et nouvelles, pour instruire, confesser, administrer, pacifier et consoler ses 1.929 fidèles. Il se réjouit particulièrement d’avoir obtenu des parents qu’ils accompagnent leurs enfants à la sainte Table, aux grands jours de la première communion et du mariage ; 134 baptêmes d’adultes ont récompensé son zèle et son dévouement pour la conversion des païens, et l’inscription de 127 catéchumènes lui donne l’espoir de nouvelles conquêtes parmi les infidèles. Lui aussi demande un aide, qui sera le bâton de sa lointaine vieillesse.
« 7º Le district de Kieu-dong (1.712 fidèles groupés en 12 chrétientés rapprochées) n’offre aucune difficulté matérielle pour l’administration ; mais il se compose presque uniquement de néophytes et, par suite, exige des soins particuliers et une surveillance attentive pour protéger les âmes contre les incursions de l’homme ennemi. Au mois de mai dernier, un ancien maire et un ancien bonze, rebelle non soumis, ont réussi, par des menaces adroitement appuyées de soi-disant prophéties, à ébranler la persévérance d’un certain nombre de nouveaux chrétiens. Heureusement, les autorités, mises au courant de ces menées ténébreuses, non moins contraires à la paix publique qu’à la paix religieuse, ont infligé à leurs auteurs un prompt et salutaire châtiment qui a coupé le mal dans sa racine. Les égarés sont déjà revenus pour la plupart à la pratique de leurs devoirs, et tout fait espérer le retour des autres ; 50 baptêmes d’adultes, administrés pendant cette courte bourrasque, ont prouvé qu’elle n’a eu qu’une influence locale et passagère. Le prêtre indigène chargé du district a rebâti l’église du chef-lieu sur un plan plus vaste et plus élégant. Puisse-t-il la voir bientôt pour la troisième fois trop petite !
« 8º Dai-an (2.555 fidèles, 16 chrétientés) a donné 153 baptêmes d’adultes. MM. Blais et Gagnaire ont travaillé là, successivement, près de six ans chacun. M. Souverbielle qui demeure chargé du poste avec un prêtre indigène pour auxiliaire, depuis que M. Gagnaire, nommé provicaire, a pris la direction du séminaire de Lang-son, dit dans son rapport que « les chrétiens de Dai-an ont reçu une solide instruction et sont animés d’un excellent esprit ». Ils ne sont pas riches des biens de la terre, car ils habitent un pays de collines dénudées, tantôt brûlées par la sécheresse, tantôt ravagées par les torrents qui descendent de la montagne. Dai-an a le grand avantage de posséder le grand séminaire de la mission ; mais comme cet établissement est, de droit, exempt de la juridiction de M. le curé, nous en parlerons à part, en son lieu et place.
« 9º Avec ses six chrétientés, dont trois sont si rapprochées qu’elles pourraient sans peine battre le tambour à l’unisson, Xom-nam est certainement le district le moins étendu de toute la mission. Il n’en est pas pourtant le plus facile à diriger. Des lettrés païens, entichés de leur aisance relative et de leur science, assez bornée d’ailleurs, s’y conduiraient volontiers en véritables potentats. Les chrétiens eux-mêmes, descendants des premiers convertis et généralement à l’abri du besoin, croiraient facilement avoir droit à des égards particuliers. s’adonneraient au jeu se laisseraient, aller au relâchement. Les uns et les autres ont trouvé leur maître en M. Dubulle qui a le secret de découvrir et de déjouer toutes les intrigues, de secouer les paresseux et de maintenir les étourdis dans le droit chemin. La population totale du district est de 1.399. Malgré 62 baptêmes d’adultes, elle n’a pas beaucoup augmenté, car la mort a enlevé 55 grandes personnes et 30 enfants.

« 10º La mortalité n’a pas été moindre dans le district voisin de Go-thi, où l’on compte 170 morts sur une population de 2.908 fidèles. Une double épidémie de fièvre et de choléra ravage, depuis quelques années, la grande plaine de Tam-thuôc ; 71 baptêmes d’adultes et 96 naissances d’enfants de chrétiens n’ont pas suffi à combler les vides faits par la mort. Un couvent et deux orphelinats fort bien tenus donnent à ce district important un accroissement de vitalité. M. Mathey et son vicaire indigène font leur possible pour entretenir et développer partout la ferveur des néophytes. Go-thi, alors plus isolé et moins peuplé qu’aujourd’hui, fut pendant plus de vingt ans (1838-1861) la retraite habituelle du vénérable Mgr Cuénot. Du fond de cette cachette, la main du zélé pasteur, visible nulle part, se faisait sentir sur tous les points du vicariat, dirigeant les prêtres et les catéchistes, soutenant les chrétiens avec une sollicitude, une constance dignes de saint Paul, et préservant ainsi l’Église de la Cochinchine orientale d’une ruine complète. C’est là aussi que, en pleine persécution, le grand évêque eut la sainte audace de tenir un synode avec tous ses prêtres, pour poser les bases d’une discipline uniforme, contre laquelle devait se briser la rage du tyran (juillet 1841).
« 11º De l’ancien et glorieux centre de la mission, rentrons à l’évêché. Là nous ne sommes qu’à quelques centaines de mètres de l’église principale du district de Lang-song. Hélas ! cette église n’est une cathédrale ni par ses dimensions, ni par son architecture. La chapelle du collège est notre cathédrale provisoire, en attendant que la bonne Providence nous donne les ressources nécessaires à la construction d’une basilique.
« Depuis quatre ou cinq ans, le district de Lang-song reprenait une vie nouvelle sous la direction d’un prêtre indigène, actif, zélé, prudent, énergique, lettré, voire même un peu médecin. Il a plu à la Providence de nous priver de ses précieux services en l’appelant à la récompense éternelle, au commencement de septembre. Son successeur n’est pas encore désigné. Le cher défunt n’avait baptisé que 45 adultes, mais il comptait plus de 200 catéchumènes, la plupart dans des postes nouveaux. Le chiffre total des chrétiens du district est de 2.348. Dans ce nombre figurent près de 200 fidèles de la paroisse de Qui-nhon, desservie par M. L. Vallet, procureur de la mission. En Annam comme partout, aujourd’hui comme de tout temps, ce n’est point dans les marchés cosmopolites, dont la population flottante ne cherche que le lucre et les plaisirs, qu’il faut s’attendre à rencontrer des chrétiens fervents ; toutefois, on trouve encore, une fois ou l’autre, de véritables perles sous cette écume. Malheureusement les exemples des Européens ne sont pas de nature à relever le niveau moral des Asiatiques. Ici cependant, je me hâte de faire une très honorable exception, entre plusieurs autres, pour M. le baron de Goy, résident de la province, et Mme la baronne, sa digne compagne, qui sont l’un et l’autre d’une fidélité aussi simple qu’inviolable à tous leurs devoirs religieux.
« 12º En nous transportant de Lang-song dans le district de Kim-chau, nous passons du chef-lieu de la mission à la capitale de la province. Il serait à désirer que l’autorité ecclésiastique et l’autorité civile fussent réunies dans le même centre. Kim-chau est, en effet, à une faible distance de la citadelle où s’abrite encore l’autorité annamite, si déchue de son ancien prestige. C’est là qu’en 1861 Mgr Cuénot succomba dans sa cage à la fièvre et à la dysenterie et que plusieurs prêtres indigènes et catéchistes, avec une vingtaine de généreux chrétiens, moururent dans les supplices pour le nom de Jésus-Christ. Daigne le Roi des martyrs nous permettre de procurer à ces héros la glorification solennelle qu’ils ont si bien méritée !
« Le district de Kim-chau  4.367 fidèles, 33 chrétientés  comprend toute une préfecture, qui passe pour la plus riche contrée de la province : il a donné 361 baptêmes d’adultes et plusieurs centaines de catéchumènes. M. Blais l’administre avec le concours de M. Lalanne et d’un prêtre annamite. La chrétienté centrale vient de s’enrichir d’une église grande, solide, vraiment belle dans son genre, à laquelle il ne manque plus, pour recevoir la bénédiction solennelle, que l’ornementation intérieure.

IV.  « Le Phu-yen a une physionomie toute particulière, avec son enceinte de hautes montagnes, ses vallées profondes, ses cols escarpés, ses plateaux échelonnés qui s’étendent à perte de vue. Les voyages y sont pénibles, surtout à la saison des pluies : si La Fontaine avait connu ce pays, il y aurait sûrement placé son charretier embourbé. Néanmoins les confrères qui y travaillent ne croient pas que le vicaire apostolique, comme le destin, « adresse là les gens quand il veut qu’on enrage ». Les prêtres indigènes sont parfois d’un autre avis, car la fièvre qui sévit, surtout dans certaines plaines encombrées d’aréquiers, n’est pas faite pour augmenter les attraits du pays. Quoi qu’il en soit, l’aspect du Phu-yen est pittoresque ; les habitations qui couronnent le sommet des coteaux et les cultures variées qui en ornent le flanc rappellent le souvenir de nos belles campagnes de France.
« La population a aussi son cachet particulier. Elle est agreste, querelleuse, passant vite d’un extrême à l’autre. Peu dense dans les hautes régions, elle y devient facilement nomade à sa façon ; habitant par petits groupes, même par familles isolées, et transportant sa paillote d’ici là, selon les besoins de la culture ou de l’élevage des chevaux et des bœufs, ou bien encore par simple caprice.
« Les trois districts qui se partagent la province, outre les difficultés inhérentes à la nature du sol, ont encore à compter avec les distances et l’éparpillement des chrétientés.
« 1º Voyez-vous ce monument qui se détache sur le fond vert de la plaine ? C’est l’église de Mang-lang, œuvre du regretté M. Lacassagne. Son orientation vers la colline qui, de loin, en masque l’entrée, n’est pas heureuse, quoique rationnelle, vu la disposition des lieux ; mais ses deux tours sont élégantes, ses dimensions vastes, ses proportions harmonieuses. De l’avis des connaisseurs, elle sera un jour un solide et bel édifice. Malheureusement, les voûtes et l’ornementation intérieure sont encore à faire, et ce n’est pas le moins difficile. Mang-lang est la région la plus fertile, mais non la plus saine de toute la province. On y trouve un couvent prospère et deux orphelinats. Le district tout entier comprend 19 postes et 2.555 fidèles ; il a donné 51 baptêmes d’adultes. M. Wendling et son vicaire indigène estiment avec raison que, sans être parfaits, les néophytes de Mang-lang valent cependant mieux que leur réputation.
« 2º Si vous êtes pour la devise excelsius, sautons à cheval et, en sept heures, avec une première halte à mi-côte dans la bonne chrétienté de Dong-tré, et une autre à Cay-da, devant le tombeau de M. Châtelet massacré en 1885, nous serons au centre du plateau de Tra-ké, qui confine aux sauvages de l’ouest. Le district de Tra-ké compte seulement 2.055 fidèles, mais ils sont dispersés dans 20 chrétientés très distantes les unes des autres, et n’ayant guère comme voie de communication que le lit des torrents ou de véritables sentiers de chèvres à travers collines et ravins. Une autre difficulté vient de la différence d’altitude qui engendre celle de climat, et rend fort pénible, sinon malsain, le passage d’un endroit dans l’autre. L’éloignement des villages païens et chrétiens paralyse aussi, en partie du moins, le zèle du missionnaire pour la conversion des infidèles. Aussi le dernier exercice n’a-t-il donné que 45 baptêmes d’adultes malgré la bonne volonté de M. Porcher et de son vicaire indigène. Il faudrait là un confrère de plus, pour entretenir des relations avec la vice-résidence de Cung-son dans la partie méridionale du district.
« 3º En redescendant à l’est vers la mer, nous arrivons à Hoa-vong,  1.496 fidèles et 16 chrétientés. Ce district, moins peuplé mais plus étendu, est aussi difficile à desservir que le précédent, à cause de la largeur du fleuve qui le traverse. L’instruction et la ferveur des néophytes se ressentent nécessairement de l’irrégularité de l’assistance à la messe et de la rareté forcée des visites du missionnaire. Une augmentation du personnel s’impose à Hoa-vong, si l’on veut reprendre la marche en avant, car, en dépit du mal que se donnent M. Jean et son vicaire indigène, le chiffre des baptêmes d’adultes (25) a été inférieur à celui de l’année dernière. Il est vrai que cette diminution doit être aussi attribuée à une situation politique particulièrement difficile et à la faiblesse de santé du curé et de son vicaire.

V.  « Passons, pour nous dégourdir les jambes, le fameux Deo-ca (le col des cols), c’est l’affaire d’une petite journée, et nous voilà dans la province du Khanh-hoa. Elle est très longue, mais étroite et relativement fort peuplée. Deux vallons en composent toute la partie habitée : celle de Ninh-hoa, plus vaste, moins fertile, moins cultivée ; celle de Nha-trang, délicieuse d’aspect et de climat, bien arrosée et très productive. La population qui, eu égard à la fertilité du sol, vit presque sans travail, se fait remarquer par son indolence. Les chrétiens, surtout ceux de Nha-trang, sont fidèles à leurs devoirs religieux et vivent en bonne intelligence avec les païens ; mais ne leur demandez pas de prosélytisme ; on dirait qu’ils ont peur de perdre la foi en la communiquant aux autres. Aussi leur nombre reste-t-il à peu près stationnaire (3.290).
« 1º Le district septentrional Ninh-hoa (ou Go-mong), quoique beaucoup plus étendu que celui de Nha-trang, compte seulement 1.003 fidèles, répartis en 8 chrétientés, dont 3 sont situées à environ cinquante kilomètres du centre. Comme Le-son, Ninh-hoa a souffert, depuis quelques années, du changement trop fréquent de ses titulaires. M. Durand, qui en est chargé depuis un an, a eu la consolation et le mérite d’y établir l’ordre et la paix, grâce à la parfaite impartialité du résident de la province ; 46 conversions de païens prouvent que le mouvement de défection qui menaçait de se produire est définitivement enrayé. Un jeune prêtre indigène, d’une santé débile, seconde le missionnaire, beaucoup plus robuste lui-même d’âme que de corps.
« 2º La vallée de Nha-trang forme un district, dont le chef-lieu, Ha-dua, est proche de la citadelle. Cette paroisse vient de s’enrichir d’une belle église qui éclipse ses voisines, Binhcang et Cho-moi. Le nombre des fidèles est de 2.287, groupés en 10 chrétientés. Leur bon esprit, leur peu d’éloignement et la salubrité du pays facilitent beaucoup l’administration spirituelle, et M. Saulçoy, qui en est seul chargé, ne se plaint un peu que de son isolement. Binh-cang, paroisse la plus centrale, possède un couvent et un orphelinat de filles. Je l’ai déjà dit : ces fidèles ne brillent pas par leur prosélytisme. C’est la seule qualité qui leur manque, disent d’aucuns, pour être les meilleurs chrétiens de la mission. M. Saulçoy annonce 46 baptêmes d’adultes.

VI.  « Il y a environ vingt ans, le Binh-thuan était l’épouvantail des prêtres indigènes, avec ses trois cents kilomètres de long ; ses forêts peuplées d’éléphants, de buffles sauvages, de tigres ; sa population hybride de Chams corrompus, diaboliquement superstitieux, et d’immigrants annamites fort indisciplinés ; le petit nombre de ses chrétiens, 1.000 à peine, groupés en 3 petits centres de 3 minuscules chrétientés ; son climat, différent de celui des autres province et réputé fort malsain. Aujourd’hui, grâce à Dieu, la situation a changé sous presque tous les rapports. La région nord, Phan-rang, a vu doubler sa population et forme, à elle seule, une résidence commerçante et prospère. La région sud, Phan-thiet, possède aussi sa résidence. Seule la région centrale, Phan-ry, déchue de sa prérogative de capitale, est restée stationnaire. Enfin, ce qui vaut mieux et nous intéresse davantage, la population catholique s’est élevée au chiffre de 5.690 âmes.
1º « Le district de Phan-rang  2.878 fidèles et 10 chrétientés  a été particulièrement éprouvé par une mortalité extraordinaire et aussi par la maladie du titulaire, M. Nezeys, et d’un de ses deux vicaires indigènes ; 101 adultes ont été régénérés dans ce district, qui paraît appelé à un grand développement. Avant de le quitter, jetons un coup d’œil sur la magnifique église du chef-lieu, œuvre du regretté M. Vuillaume.
2º « De Phan-rang à Phan-thiet, la route est longue, ennuyeuse, presque déserte, se confondant parfois avec le rivage de la mer. Faisons halte à moitié chemin dans l’ancien poste de Phan-ry, qui a été réuni à celui de Phan-thiet depuis la translation de M. Durand à Ninh-hoa. Les six petites chrétientés qui le composaient ont beaucoup souffert de la faim cette année par suite de la sécheresse. Phang-thanh que nous rencontrons un peu plus loin, n’est pas encore complètement relevée de ses ruines. Tam-thung que nous laissons à gauche et Kim-ngoc que nous traversons comptent chacune plus de 400 chrétiens. Enfin, nous voici à la capitale, Phan-thiet, dont les 500 néophytes vivent du commerce ou de la pêche. Ils ne sont, au dire de M. Labiausse, leur pasteur, ni les plus dociles, ni les plus exemplaires du district qui compte 2.812 fidèles et 16 chrétientés ; 56 baptêmes d’adultes et plus de 100 catéchumènes inscrits prouvent que l’ère des conquêtes est encore ouverte dans ces régions moins fortunées. M. Labiausse est secondé par M. Sanctuaire et un excellent prêtre indigène.

VII.  De Phan-thiet, une bonne route mène bien jusqu’à la frontière des sauvages vers le nord ; mais, de là chez les Ba-hnars, le voyage durerait plusieurs semaines et ne serait pas sans danger. Passons plutôt par Lang-song, et, en six jours, nous serons au but... à condition toutefois que nous sachions choisir la saison propice ; car, de juillet à décembre, nous courrions le risque de bivouaquer sur le bord des torrents « en attendant que l’eau ait fini de couler ». Nous nous mettons donc en route à travers cols et vallons, plaines et forêts, et nous arrivons à Kon-tum. Cette localité commence à prendre un air de future capitale civilisée, avec son large boulevard, qui se prolonge presque en ligne droite jusqu’à Kon-meney, au nord, traverse Ro-hai et atteint Kon-hngo au sud-ouest. La belle église, dévorée par un incendie en 1897, n’a pas encore été rebâtie ; mais celle de la chrétienté voisine, presque achevée, sera magnifique et d’une solidité à toute épreuve. Les habitations des missionnaires, aux environs de Kon-tum, sont enfin devenues confortables, et n’ont de sauvage que leur élévation sur pilotis, comme celles des indigènes. Les Annamites qui ont suivi les missionnaires dans la contrée y donnent une heureuse impulsion à l’agriculture et au commerce. Les plaines d’ailleurs sont fertiles, et le pays lui-même serait riche, s’il possédait des routes ou des voies navigables pour l’écoulement de ses produits. Or, tout cela manque jusqu’ici aux indigènes, qui se contentent de cultiver la quantité de riz ou d’autres céréales strictement nécessaire à la subsistance de la famille. Le sel qui s’importe d’Annam est si précieux aux yeux des sauvages qu’ils en ont fait le principal objet d’échange entre eux, une espèce de monnaie nationale.
« Héroïque, mais peu fructueuse pendant les quarante premières années de son existence (1850-1890), la mission des Ba-hnars a fait de rapides progrès depuis quinze ans et paraît aujourd’hui définitivement fondée. Plus de 10.000 chrétiens dont 1.200 Annamites et plus de 5.000 catéchumènes, connaissant les points principaux de la doctrine et ne faisant plus de superstitions, assurent son développement à brève échéance. Déjà, dans un rayon d’environ trente kilomètres, on ne rencontre plus un seul païen. L’influence des missionnaires s’étend au loin sur les tribus même les plus belliqueuses. Des gens viennent de quatre et cinq journées de distance soumettre à M. Vialleton, provicaire, revêtu pour cela de pouvoirs spéciaux, qu’il tient de l’autorité civile, leurs querelles de toute sorte parfois vieilles de cent ans. Plusieurs villages, déjà chrétiens de cœur, demandent à chaque occasion au missionnaire : « Père, quand viendrez-vous nous instruire et nous baptiser ? » D’autres, décidés à se convertir, attendent qu’on vienne brûler ou jeter à la rivière leurs dieux de bois ou de pierre. Il n’est pas jusqu’aux Jarai, tribu fort nombreuse et jusqu’ici très hostile, qui ne disent bien haut : « Nous « sommes trop pervertis pour nous faire chrétiens, et cependant, il faudra bien que nous en « arrivions là. »
« Messi, multa, operarii pauci ! » Que peuvent douze missionnaires en face d’une si lourde besogne, dans un pays où ils doivent presque tout faire par eux-mêmes, malgré la fièvre et l’anémie qui les minent, et où le peu d’intelligence des néophytes rend leur instruction si longue et si pénible ? La fondation d’une école de catéchistes a bien été décidée, mais le manque du personnel nécessaire pour la diriger n’a pas permis de mettre cet utile projet à exécution. Et cependant l’ardeur qu’apportent les enfants sauvages et annamites du pays à étudier les éléments de la lecture et de l’écriture, et les aptitudes qu’ils manifestent prouvent que avec les moyens requis, on obtiendrait d’excellents résultats chez les Ba-hnars. On trouverait parmi les enfants annamites de Kon-tum d’abord, parmi les enfants sauvages ensuite, les éléments d’un clergé indigène qui ne serait pas inférieur à celui de l’Annam, si justement estimé.
« Bref, la mission des Ba-hnars est arrivée à l’âge adulte ; c’est, pour elle, le moment d’organiser sa vie et d’orienter sa voie. Elle aurait besoin, pour prospérer, d’un supérieur immédiat et indépendant, sachant la langue du pays et parfaitement au courant des us et coutumes des sauvages. Un supérieur local, à mon avis, n’a pas la liberté d’action voulue pour diriger utilement, désormais, la mission des Ba-hnars.
« En décembre et janvier, j’ai eu la joie de visiter les dix principaux centres de cette intéressante mission et de donner la confirmation à 993 néophytes. De la part de nos vaillants confrères, la réception a été joyeusement cordiale ; de la part des chrétiens, elle a été « sauvagement » superbe. Ils n’avaient pas vu leur évêque depuis vingt-deux ans, et à cette époque, ils étaient à peine 1 .800. Confirma hoc Deus, quod operatas es in nobis.

VIII.  « Qu’il me soit permis en terminant de dire un mot de nos séminaires. Le séminaire de Lang-son était, naguère encore, petit et grand séminaire tout à la fois. Il y avait à cet état de choses plusieurs inconvénients, dont le plus grand était la difficulté, pour les élèves, de garder le recueillement au milieu du va-et-vient continuel qu’attirent l’évêché et la procure. En outre, l’humidité du climat ruinait la santé de nos chers théologiens, et plus d’un passait à peine la moitié de l’année au séminaire. Je viens donc de décider que les latinistes resteraient à Lang-song, sous la direction de M. Gagnaire, mon provicaire, avec deux missionnaires et un prêtre indigène pour auxiliaires ; et j’ai transféré le grand séminaire à Dai-an, lieu sain et solitaire. L’école spéciale des catéchistes reste toujours annexée à ce dernier établissement. M. Jeanningros, professeur de théologie morale et de quibusdam aliis, est supérieur de toute la maison ; un missionnaire et un prêtre indigène lui prêtent leur concours.

« Daigne Notre-Seigneur bénir cette modification adoptée pour le plus grand bien de notre cher clergé indigène. Pater ! adveniat regnum tuum. »



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