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Rapport annuel des évêques

Année: 1903
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine septentrionale
Rédacteur:Mgr Caspar

III. — Cochinchine septentrionale


Population catholique 58.633
Baptêmes d’adultes 663
Baptêmes d’enfants de païens 2.803
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« Chaque année, écrit M. Caspar quand vient le moment de faire une relation sommaire du bien réalisé dans notre mission pendant l’exercice écoulé, je me sens pénétré d’un sentiment de profonde reconnaissance envers Dieu. A ce premier sentiment s’ajoute celui d’une sincère gratitude envers tous les bienfaiteurs qui, par leurs généreux secours nous donnent le moyen de répandre le bon grain tout autour de nous. Pour quiconque jette un regard sur le passé et examine la marche progressive des œuvres en Cochinchine septentrionale, il devient évident que la main de Dieu soutient les ouvriers apostoliques dans le labeur quotidien de l’évangélisation. En 1886, le chiffre de la population chrétienne était de 18.700. Nous étions alors au lendemain des horribles massacres dont le douloureux souvenir restera ineffaçable dans notre mémoire : 10.000 chrétiens avaient péri. Six ans plus tard, nos pertes étaient réparées et nous comptions 28.000 chrétiens : 10.000 chrétiens en six ans, quelle bénédiction ! Le paganisme nous avait déjà restitué ce qu’il nous avait pris. Depuis lors, le nombre de nos fidèles s’est accru graduellement et le règne de Dieu s’étend chaque jour dans les âmes. Nous n’avons plus, il est vrai, à compter sur des conversions en masse, et il est déjà loin le temps où nous nous plaisions à escompter de hautes influences administratives pour aplanir les difficultés que nous rencontrons dans notre ministère. Il ne nous reste, avec la grâce divine, que la force de la persuasion pure et simple, pour triompher de tous les obstacles qui nous séparent des âmes encore païennes. Cette force de persuasion, nous la cherchons dans le développement de la vie chrétienne parmi nos fidèles. Notre but est de faire rayonner autour de nos paroisses la salutaire influence de la religion catholique. Il sera donc agréable de nous entendre relater des faits qui montrent le progrès de nos œuvres, à la tête desquelles se trouve l’œuvre des séminaires.

« Depuis 1892, nous avons eu une moyenne de 100 élèves au petit séminaire et de 22 au grand. Depuis 1900, le nombre des élèves du grand séminaire est de 34. En douze ans, le grand séminaire nous a fourni 25 prêtres, dont 9 ont été ordonnés depuis trois ans. N’y a-t-il pas lieu de nous réjouir de ces excellents résultats ?
« Le personnel enseignant se compose de 7 professeurs dont 4 pour le petit séminaire et 3 pour le grand. Chaque professeur garde ses élèves pendant deux ans, de sorte que la formation intellectuelle et morale de nos prêtres indigènes ne prend pas moins de quatorze années.
« Les Frères des écoles chrétiennes ont accepté de fonder une école française à Hué, sur le modèle de l’école Taberd de Saïgon. Aujourd’hui toutes les difficullés sont aplanies, grâce à la haute bienveillance de M. le résident supérieur ; la construction des bâtiments est commencée et sera terminée pour l’époque de la rentrée des classes en 1904.
L’enseignement de nos chers Frères est appelé à produire dans notre vicariat les fruits admirables qu’il produit en Cochinchine occidentale.

« Nous avions 29 paroisses en 1892 ; nous en avons 59 aujourd’hui. Parmi les missionnaires qui dirigent ces paroisses, 13 sont secondés par des prêtres indigènes qui ont le titre de vicaires. C’est ce qui permet de préparer convenablement les enfants à la réception du sacrement de Pénitence. Les chiffres des confessions et des communions annuelles, comme ceux des confessions et des communions de dévotion, disent bien haut que les prêtres du vicariat s’appliquent assidûment à développer la vie chrétienne dans les âmes qui leur sont confiées. M. Bonin, chef d’un district qui comprend la moitié de la province de Quang-tri, m’écrit ce qui suit : « Nos chrétiens se sont confessés, cette année, très régulièrement. Quant « aux baptêmes d’adultes, nous en avons peu. L’autorité civile, sans être ouvertement hostile à « la religion, ne rend justice à nos chrétiens que quand elle ne peut pas faire autrement. Les « mandarins, par d’habiles menées, réussissent trop souvent à indisposer contre eux les « magistrats du Protectorat. Dans ces conditions, la tâche du missionnaire est très délicate. « Espérons toutefois que, Dieu aidant, la situation qui nous est faite s’améliorera, et que nos « brebis égarées reviendront toutes au bercail.
« Nous avons ondoyé un bon nombre d’enfants de païens. Les écoles vont leur petit train ; « celle que j’ai fondée dernièrement est en bonne voie. Hélas ! la pénurie de mes ressources « personnelles me réduit à piétiner sur place et m’interdit d’aller de l’avant. J’espère que cet « état de choses ne s’éternisera pas, et que bientôt tout ira mieux. »
« M. Bonnand, qui réside au chef-lieu de la province de Quang-binh, m’écrit de son côté :
« Avec la politique actuelle, la direction d’un district devient de plus en plus difficile. « Cependant, au point de vue de la fréquentation des sacrements, l’année qui vient de « s’écouler n’a pas été mauvaise. Hélas ! mille fois hélas ! de catéchumènes point. J’ai reçu « plusieurs demandes de conversion, qui me paraissaient sérieuses, mais dès que quelqu’un « manifeste le désir d’embrasser la religion chrétienne, toute la gent mandarine part en « campagne contre lui, car elle redoute de voir se renouveler le beau mouvement de 1897- « 1898. La gerbe de la Sainte-Enfance est bien belle encore, quoiqu’elle ne soit pas aussi « fournie que celle des années précédentes. L’année dernière, dans le Quang-binh, la moisson « a été bonne ; néanmoins, le riz s’est vendu très cher, parce que, durant trois grands mois, il y « a eu à Dong-hoi une moyenne de douze jonques, venues d’autres provinces voisines pour « s’approvisionner ici. Les impôts augmentent, tout renchérit rapidement, et cependant, nous « n’avons pas trop souffert de la famine. »
« Voici encore les détails que me donne M. Bouhours, qui administre le nord de la « province de Quang-binh : « La population de ma paroisse a augmenté grâce à un excédent « de 17 naissances sur les décès, et aussi grâce à quelques épaves recueillies çà et là. Je cesse « de faire figurer dans l’état de mon district plusieurs familles, parties pour Saïgon et autres « lieux sans espoir de retour. A Ke-bang même, je compte 3.140 confessions et 3.750 « communions tant pascales que renouvelées : voilà le plus clair des résultats obtenus. Le fruit « de l’évangélisation est loin de répondre à mes vœux : je compte seulement 3 baptêmes « d’adultes. L’un de ces ouvriers de la onzième heure était chef de famille. Sa première « demande de conversion datait de 1898 : mais parce que, à cette époque, beaucoup de « néophytes nous tournaient le dos et que, d’ailleurs, la famille refusait de suivre son chef, j’ai « douté longtemps de sa sincérité et de sa persévérance. Durant cette longue épreuve, le « postulant est venu régulièrement à la messe le dimanche. En janvier 1903, il tomba « gravement malade et me fit prier d’aller le baptiser chez lui. A mon arrivée, explosion de « colère de la part de sa femme ; néanmoins le malade me renouvela sa demande du baptême. « Je lui rappelai alors les principaux articles de la foi, et je versai ensuite l’eau sainte sur son « front. Quelques semaines plus tard, le brave homme rendait son âme à Dieu. La constance « dont il a fait preuve et le courage qu’il a montré au dernier moment ne permettent pas de « douter de son salut. »
« M. Neyer évangélise le sud de la province de Quang-binh.
« Vous pouvez constater, me dit-il, que le résultat de cet exercice ne diffère guère de celui « du précédent. J’ai le bonheur d’enregistrer quelques baptêmes de catéchumènes. Je ne « désespère pas de revoir les beaux jours d’autrefois, si Dieu daigne bénir mes efforts. »
« La ferveur de mes chrétiens va toujours en augmentant, écrit M. Guichard, mais, d’autre « part, les amertumes ne me manquent pas. J’ai vu une famille de néophytes apostasier tout « entière à la sollicitation de parents païens. J’ai fait tout pour la ramener au bercail, et elle est « restée sourde à mes exhortations. En fin de compte, je l’ai menacée des châtiments de Dieu. « Ma prédiction s’est accomplie. Moins d’un mois après, la maison où habitait cette famille « est devenue la proie des flammes, et la mère est morte subitement laissant à la charge du « père un enfant nouveau-né. Le malheureux est réduit à la dernière misère. Si du moins, « l’infortune pouvait le ramener dans la voie du salut, lui et ses enfants !
« A Phu-tai, mes chrétiens sont très simples. Ils viennent de se bâtir une petite église, « propre et solide. J’ai admiré l’ardeur qu’ils ont déployée à cette occasion. Hommes, « femmes, enfants, tous ont pris part aux travaux durant deux mois. Je me demande comment, « pendant ce temps, ils ont pu suffire à leur entretien, car ils sont loin d’être riches.
« Nhu-ly, où se trouve ma résidence, a été illustrée par le séjour du Vénérable Delamotte et « du Bienheureux Simon Hoa. La chrétienté possède aujourd’hui un four à briques qui occupe « nombre de familles. La gain qu’on retire de la vente des briques sera affecté à l’achèvement « de l’église.
« Le mouvement des conversions qui s’est arrêté en 1897, semble reprendre quelque peu. « Un catéchisre est allé instruire les néophytes d’An-eu et a ramené quelques apostats à la foi. « A Duong-xuan, j’ai l’espoir de ramener plusieurs brebis égarées. »

« Le P. Chanh, prêtre indigène, raconte un fait merveilleux qui prouve la confiance de nos néophytes en Marie, et la protection dont cette bonne Mère aime à les entourer.
« Un certain nombre de mes nouveaux chrétiens, dit-il, se voyaient continuellement « tracassés par les païens de leurs villages. Je leur conseillai de demander au gouvernement un « terrain neuf, pour y fonder un village tout chrétien. Ils suivirent mon conseil, obtinrent le « terrain, et eurent bientôt défriché cinq à six arpents. La première moisson s’annonçait belle « quand, un jour, au moment de la floraison, ils constatèrent avec douleur que leur récolte « était envahie par une nuée d’insectes qui allaient la dévorer en quelques jours. Dans cette « extrémité, ils eurent recours à la très sainte Vierge et firent brûler des cierges en son « honneur, pendant l’exercice que les chrétiens ont coutume de faire le samedi et qui consiste « à réciter le chapelet des Sept-Douleurs. Ils me demandèrent même la permission de faire cet « exercice tous les jours. J’hésitai un instant avant de les y autoriser, de crainte que le « découragement ne s’emparât d’eux, si Marie ne leur accordait pas la cessation du fléau. Je « donnai l’autorisation au moment où je devais partir pour la retraite annuelle. Trois jours « après, les insectes avaient disparu, la moisson était sauvée ; Marie avait fait le miracle « demandé. Depuis lors, la confiance de mes néophytes en la sainte Vierge est sans bornes, et « le chapelet des Sept- Douleurs est considéré par eux comme un moyen infaillible pour « écarter les malheurs temporels. »


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