| Année: |
1904 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Cochinchine septentrionale |
| Rédacteur: | Mgr Caspar |
III. — Cochinchine septentrionale
Population catholique 49.671
Baptêmes d’adultes 557
Baptêmes d’enfants de païens 1.346
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En commençant son rapport annuel, Mgr Caspar se félicite des résultats obtenus dans sa mission, où la grâce divine a fécondé, cette année encore, les sueurs des ouvriers apostoliques. Sa Grandeur est particulièrement satisfaite de la conduite des élèves du séminaire et des services que les prêtres indigènes rendent aux missionnaires, sous la direction desquels ils sont placés. Trois nouveaux prêtres sont sur le point d’être ordonnés, et six ou sept le seront en 1906.
« Avec de tels moyens d’administration paroissiale et d’évangélisation, continue le prélat, on peut croire que l’avenir nous réserve de grandes consolations.
« Le bel établissement des Frères de la Doctrine chrétienne a été inauguré à Hué, le jour de la fête de saint Jean-Baptiste de la Salle. Les Frères ont eu l’amabilité de lui donner le nom d’École Pellerin, en souvenir du premier vicaire apostolique de la Cochinchine septentrionale. On y compte déjà 50 élèves : 20 chrétiens et 30 païens. La nouvelle école contribuera à faire pénétrer dans la population les saines notions qui ouvrent aux âmes le chemin du salut.
« Une école du soir va réunir prochainement une vingtaine d’employés d’administration, désireux de parfaire leur instruction chez les savants et si dignes fils de saint Jean-Baptiste de la Salle.
« Je vais citer maintenant quelques extraits des rapports de mes missionnaires.
« L’état de ma chrétienté, écrit M. Allo, est à peu près le même que par le passé, et je suis « toujours content d’elle. Pendant le mois d’octobre, malgré la distance qui sépare de l’église « certains hameaux, les chrétiens viennent assister à la messe et à la prière du soir en grand « nombre. Puisse leur amour envers la bonne Mère se développer de plus en plus ! J’espère « que le chiffre des confessions et communions ne sera pas inférieur, l’an prochain, au chiffre, « cependant très beau, de l’annéc écoulée . Depuis le commencement de juin, c’est-à-dire en « quatre mois, jai entendu 850 confessions ; or, il n’y a que 424 chrétiens dans ma paroisse. »
« La paroisse confiée à M. Chapuis est assez étendue, puisqu’elle comprend cinq cantons. Voici le tableau qu’en trace M. Chapuis :
« Mes chrétiens sont pour la plupart des néophytes baptisés au cours des dernières années, « et dispersés dans une quinzaine de villages. A l’époque de la persécution de Tu-duc, il y a « quarante et quelques années, on ne comptait dans la région que trois ou quatre familles « chrétiennes, dont l’une était celle du Vénérable Ho-dinh-hy, plus connu ici sous son titre de « mandarin, « Thoi-hoc », décapité à An-hoa le 22 mai 1857. Tout le reste de la population « était païenne.
« Cette région était demeurée jusqu’ici rebelle à la grâce. Depuis mon arrivée, le nombre « des chrétiens s’est accru de 14 néophytes et, le jour de la Visitation de la sainte Vierge, j’ai « eu la joie de conférer le saint baptême à 11 catéchumènes dans l’église de Thach-hing. Ces « chers néophytes d’hier appartiennent à quatre villages différents. Bien d’autres païens « demandent à se convertir, mais il faut y aller prudemment et les éprouver, avant de les « admettre au catéchuménat.
« Je n’ai qu’à me louer de mes chrétiens, et je puis dire en toute vérité que ce sont de « braves gens. J’en ai pour preuve leur fidélité à assister à la sainte messe les dimanches et « fêtes, et à s’approcher des sacrements. De plus, quelques-uns d’entre eux se font apôtres « auprès de leurs frères païens. Bien souvent ils viennent me dire : « Père, nous prêchons « toujours, mais c’est presque en pure perte. — Patience, leur dis-je, et surtout ne vous « découragez pas ; continuez, le résultat viendra en son temps ; ne faut-il pas semer pour « récolter ? »
« Une chrétienne de soixante-quinze ans est pour moi un véritable sujet d’édification, « quand je la vois arriver le dimanche à la messe, après avoir fait à pied un trajet de plus d’une « heure, sous un soleil brûlant. D’ailleurs, tout le monde est présent. Je célèbre la messe tantôt « ici, tantôt là ; personne cependant ne manque au rendez-vous. Les néophytes montrent « autant de courage et de ferveur que les vieux chrétiens, qui portent sur la figure les « caractères « ta dao » , glorieux souvenir de la persécution de Tu-duc. Ces derniers se font de « plus en plus rares ; aussi n’en sont-ils que plus vénérables aux yeux de tous.
« L’un de mes chers néophytes me disait, l’autre jour, en pleurant : « Père, voilà huit ans « que j’ai été baptisé. Pendant tout ce temps, je suis demeuré seul chrétien dans mon village. « On m’a bien fait des misères ; ma maison a été incendiée deux fois. On voulait à tout prix « me faire apostasier ou du moins me chasser de chez moi. Actuellement encore, on me « persécute de bien des façons ; mais vous pouvez être sûr que je tiendrai bon, et que je « resterai fidèle aux promesses de mon baptême. »
« Cette hostilité des païens se manifeste là où les néophytes sont en petit nombre. « Quelqu’un me montrait dernièrement une maison païenne et me disait : « Père, il y a là toute « une famille qui désire se convertir, mais les gens du village ayant eu vent de la chose lui ont « fait dire : « Prends garde, si tu bouges... » et elle ne bouge pas, par crainte d’être inquiétée « pour un motif quelconque, autre que celui de sa conversion. »
« Quoi qu’il en soit de ces traverses, le bien se fait un peu partout. Il se fait lentement, c’est « vrai ; mais il est permis d’espérer que les résultats n’en seront que plus durables.
« M. Guichard me donne sur son district les renseignements que voici :
« Je compte 39 baptêmes de catéchumènes. Depuis trois ans, le nombre de mes chrétiens a « presque doublé. Les païens des environs de Nhu-ly avaient, en 1885, brûlé l’église et « emporté ce qui restait des matériaux pour les employer à la réparation de leurs pagodes. Or, « ils voient aujourdh’ui, non sans étonnement, une nouvelle église plus belle et plus grande, « s’élever à la place de celle qu’ils avaient détruite.
« L’année a été pour moi une année de luttes, à cause des vexations exercées par les païens « à l’égard de mes nouveaux chrétiens. Le premier mandarin de la province, ennemi juré de « notre sainte religion, ayant été dégradé à cause de sa conduite injuste envers nous, les « vexations ont pris fin comme par enchantement. On peut donc espérer, pour le prochain « exercice, une plus abondante moisson d’âmes. »
« Mes chrétiens sont tous des néophytes, sauf cinq familles, écrit de son côté M. « Maillebuau. Ce qui leur manque surtout, c’est l’instruction, car ils sont en général remplis « de bonne volonté. Les nombreuses journées de travail qu’ils ont fournies, l’an dernier, pour « bâtir l’église de Phuong-tay, et, cette année, pour bâtir celle de Ha-huc, en sont la preuve. « Leur esprit de foi se révèle dans leur assiduité aux offices du dimanche et la fréquentation « des sacrements. J’ai eu le bonheur de baptiser 29 païens et de ramener 39 pécheurs endurcis, « à la pratique des devoirs religieux. Il me reste 9 familles qui ont demandé à étudier la « doctrine, mais que je n’ai pu encore instruire. »
« M. Mendiboure, chargé récemment d’un poste de nouveaux chrétiens, raconte comme il suit les débuts de son ministère :
« J’ai eu la consolation de voir à peu près tout le monde s’approcher des sacrements, et je « ne doute pas que les confessions et communions ne soient plus fréquentes à l’avenir que par « le passé. Ma sollicitude se porte surtout vers la jeunesse et l’enfance. Je consacre deux jours « par semaine à faire apprendre le catéchisme aux adolescents et les prières aux petits. Nous « marchons à pas de tortue, mais avec les tortues, peut-on marcher autrement qu’elles ?
« L’année n’a pas été sans épreuve : il y a eu des ennuis à subir, des résistances à « surmonter, des abus à réprimer, des coutumes à introduire. Par contre, des cœurs revêches « sont revenus à de meilleurs sentiments, l’assistance à la messe, le dimanche, a été plus « nombreuse, les exercices du chemin de Croix, le vendredi, mieux suivis, et la prière du soir « faite plus régulièrement. J’ai inscrit 46 nouveaux catéchumènes. Ce sont là des progrès que « je suis heureux de constater. »
« La gerbe que je vous présente, écrit M. Neyer, n’est pas très fournie ; elle prouve « néanmoins que la grâce continue d’opérer dans les âmes bien disposées. D’autre part, les « confessions de dévotion ont notablement augmenté, surtout à Ho-cuoi. Il y a quelques mois, « un district a été cruellement éprouvé par la petite vérole, qui a fait des victimes dans toutes « mes stations. »
« A Thuy-duong, après de longs efforts, écrit M. Morineau, je pourrai inaugurer, le 8 « septembre prochain, une assez grande église. Je regrette que mes ressources ne m’aient « point permis de la couvrir en tuiles et de l’orner d’un clocher. Par suite des travaux du « chemin de fer, les matériaux et la main-d’œuvre sont hors de prix, et j’ai dû dépenser trois « fois plus que dans les circonstances ordinaires. Heureusement, j’ai rencontré chez mes « néophytes un véritable zèle pour la maison de Dieu. Tous, grands et petits, ont fait leur « possible pour aider au transport des matériaux. A Chau-moi, j’ai construit une petite « résidence à côté de l’église pour servir de presbytère. A Phu-hoi, j’ai inauguré un oratoire « par le baptême d’une trentaine de catéchumènes. Cette nouvelle chrétienté se développera, « je l’espère. J’ai baptisé 30 autres catéchumènes à Tho-son et à Phu-gia.
« En résumé, 66 de mes catéchumènes sont devenus enfants de Dieu et de l’Église. Il m’en « reste une centaine, dont l’instruction est plus ou moins avancée. »
Mgr de Canathe se réjouit, en terminant son rapport, de la prospérité de ses deux séminaires qui ont fourni à la mission 10 nouveaux prêtres indigènes en quinze mois. « L’avenir est au clergé indigène, ajoute Sa Grandeur, et du zèle qu’il déploiera sous la direction des missionnaires, naîtront les fruits abondants de salut que nous désirons voir se produire dans le vicariat. Grâce à eux, nos néophytes, fortement imprégnés de l’esprit chrétien, répandront la bonne odeur de Jésus-Christ au milieu des infidèles, et seront d’utiles instruments entre les mains de Dieu pour la propagation de l’Évangile. »
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