| Année: |
1904 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Haut Tonkin |
| Rédacteur: | Mgr Ramond |
III. Haut Tonkin
Population catholique 19.200
Baptêmes d’adultes 402
Conversion d’hérétique 1
Baptêmes d’enfants de païens 3.508
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« Je m’abstiens d’apprécier les événements politiques au point de vue religieux, écrit Mgr Ramond. Le Tonkin est une prolongation de la France et vit de sa vie ; par conséquent, les épreuves que le clergé subit en France, nous les subissons ici. Je me contenterai de glaner, au hasard et sans ordre, dans les rapports des missionnaires, quelques faits intéressants. Voici d’abord une légende que nous raconte M. Hue :
« Au pied du Ba-vi, la montagne sainte d’Annam, s’étend une vaste plaine, circonscrite par « le fleuve Rouge et la rivière Noire. C’est en cet endroit que l’histoire et la tradition placent « le berceau du royaume d’Annam. A l’ombre du mont sacré, eut lieu un fameux combat entre « le génie des eaux et le génie de la montagne. Tous les deux prétendaient à la main de Mi-« Châu, fille de Hung-Vuong. Le roi posa comme condition que celui qui la demanderait le « premier, le lendemain matin, l’obtiendrait en mariage. Le génie de la montagne arriva dès le « point du jour, et le prince, fidèle à sa parole, lui donna sa fille. Peu après, arrivait le Neptune « annamite : il était trop tard. Dans son courroux, il entraîna les esprits de l’élément humide à « l’assaut ; mais les satyres décochèrent contre l’envahisseur une nuée de flèches, et le « malheureux prétendant fut obligé de se retirer dans ses domaines. Néanmoins, chaque « année, comme preuve de son ressentiment, il submerge de ses eaux les campagnes qui « avoisinent le Ba-vi. Telle est l’explication de la crue annuelle du fleuve Rouge et de la « rivière Noire. L’imagination, comme on le voit, y a beaucoup plus de part que la science.
« Toutefois, si ces inondations sont sans effet sur le génie de la montagne, elles sont « précieuses pour la plaine, qui doit aux dépôts d’alluvion sa fertilité et sa richesse.
« Dans toute cette région de la province de Sontay, le catholicisme ne comptait aucun « adepte. Et cependant, le sang des martyrs avait coulé dans les prétoires du chef-lieu de la « province. C’est là qu’avaient cueilli la palme les BB. Cornay et Schœffler : l’un coupé en « morceaux, l’autre décapité. C’est là encore que les BB. Mì, Truât et Duông avaient été « étranglés en haine du Christ. Les confesseurs de la foi avaient traversé cette contrée, l’un « porté dans sa cage, les autres la cangue au cou, et, de Cô-dô à Sontay, le sol avait bu leur « sang avec leurs sueurs.
« La divine semence ne pouvait manquer de germer dans une terre ainsi arrosée. De « chaque côté de la route, à Phu-nghia et à Trach-mi, à Dong-phu et à Quang-ngoc, à Yen-bô « et à Tong-lenh, nous avons maintenant des chrétiens, et bon nombre d’autres villages en « auront bientôt. »
« A Hung-hoa, l’événement principal a été le baptême de deux cloches venues de France, qui a eu lieu le 26 juin. Mgr Gendreau, entouré de 22 confrères, de toute la colonie française et de nombreux chrétiens annamites, présidait la cérémonie. Si, du moins, nos cloches avaient le don de toucher le cœur des pauvres infidèles ! Malheureusement, il n’en est pas encore ainsi. « Depuis l’an dernier, écrit M. Gaillard, le nombre des familles chrétiennes s’est « augmenté de deux unités seulement ; et encore, ce ne sont pas des païens de Hung-hoa qui « se convertissent. J’ai beau distribuer des médicaments, faire bonne figure à tout le monde ; « rien n’ébranle ces cœurs endurcis. Quelques païens, toutefois, laissent baptiser leurs enfants « à l’article de la mort. Espérons que ces petits anges intercéderont au ciel pour leurs « malheureux parents. »
« Autour de Chieu-ung, dont la belle église garde précieusement les reliques du B. Cornay, quelques villages manifestent le désir d’embrasser notre sainte religion. Déjà M. Chatellier a administré 20 baptêmes d’adultes.
« A Tuyen-quang, la conversion d’un protestant est venue réjouir M. Gauja : « Un jeune « protestant de la légion étrangère, écrit ce cher confrère, était malade à l’ambulance. Il lut un « jour, comme par hasard, quelques passages de l’Évangile, entre autres cette parole de Notre-« Seigneur : « Demandez et vous recevrez. » Sachant que le protestantisme n’enseigne rien de « précis sur l’efficacité de la prière, pas plus que sur les autres dogmes, et pressé par la grâce, « il se sentit très fortement porté à embrasser le catholicisme. Il avait, en effet, à demander à « Dieu la paix de sa conscience, la certitude du pardon de ses fautes et le ferme espoir de « l’éternelle félicité. Le pecca fortiter et crede fortius de Luther révoltait cette âme « naturellement droite ; aussi se mit-il avec ardeur à l’étude du catéchisme, qu’il apprit par « cœur, avec les prières. Et quand il fut admis aux sacrements, loin d’éprouver de la « répugnance à faire une confession générale de toutes les fautes de sa vie, il s’y prêta de la « meilleure grâce du monde. Le jour de son abjuration, lundi de Pâques, 4 avril, il manifesta « une ferveur admirable. Depuis lors, on l’a revu souvent au confessionnal et à la sainte « table, preuve évidente de la sincérité de sa conversion. »
« Dans la région de Phu-yen-binh, M. Girod, notre cher doyen, se donne toujours beaucoup de mal pour faire entrer les infidèles dans le bercail de Jésus-Christ. Laissons-le nous raconter lui-même ses courses apostoliques : « Depuis que Votre Grandeur a daigné venir faire la « bénédiction de mon église, à la fin du mois de septembre dernier, écrit-il, j’ai eu le bonheur « d’y conserver le Saint-Sacrement, quand les circonstances m’ont permis de rester à la « maison. J’étais heureux de prier aux pieds de Notre-Seigneur, présent dans le tabernacle ; « néanmoins j’entendais souvent une voix qui me criait : « Marche, marche, mais marche « donc, pauvre mauvais soldat du Christ qui a dit à ses apôtres : Posui vos ut eatis. » Donc, il « m’a fallu marcher et, pendant trois ou quatre mois, j’ai fait des courses dans la région de « Luc-an-chau, dont le chef-lieu se trouve sur la rive gauche du Song-chay, à 47 kilomètres en « amont de Phu-yen-binh. Ce pays de hautes montagne est habité par des populations de « différentes races : Thô, Nung, Nhang et Man. Il y a aussi quelques marchands annamites et « chinois. Luc-an-chau, où l’on suppose l’existence de mines de toutes sortes, est surtout riche « en produits agricoles et forestiers. Parmi la faune des forêts : cerfs, sangliers, tigres et « éléphants, ces derniers assez rares, on trouve une foule d’anciens Pavillons noirs qui font la « contrebande de l’opium. Hélas ! pour tous ces malheureux infidèles, l’Évangile est resté « jusqu’ici lettre morte. Je voudrais pouvoir vous dire, Monseigneur, qu’enfin l’heure a sonné, « où ces pauvres gens vont entendre la bonne nouvelle, ouvrir les yeux à la vérité, et adorer la « Croix rédemptrice. Un instant j’en ai eu l’espoir fondé...
« Puis, le démon est venu se mettre en travers ; après tout, c’est son métier à ce monstre-« là... Le devoir du missionnaire est de lutter quand même in nomine Domini, pour lui « arracher au moins quelques âmes. Déjà, en récompense de mes peines et de mes ennuis, « deux enfants ont été régénérés in articulo mortis, et, blanches colombes, ont pris leur vol « vers le ciel.
« Faut-il maintenant vous crier misère, en vous contant, d’un ton lamentable, les affreux « débordements du Song-chay, et les dégâts considérables qu’il a causés ici ? Non ; puisque « l’église de Phu-yen-binh est encore solide sur ses bases, j’aurais mauvaise grâce à faire des « jérémiades pour les frais que me causent ces inondations, plus fortes que celles des années « précédentes. Hélas ! les pauvres missions de Corée et de Mandchourie subissent, en ce « moment, des calamités bien autrement terribles ; et en France donc !.. Cœur-Sacré de Jésus, « ayez pitié de nous ! »
« De Lao-kay, sur les frontières de Chine, M. Jacques m’écrit les lignes suivantes : « Cette « année 1903-1904, qui avait si mal commencé, se termine d’une manière plus heureuse. Au « mois de juin 1903, le choléra faisait des ravages parmi les troupes concentrées à Lao-kay en « vue d’une excursion au Yun-nan ; les décès ont été nombreux. L’ambulance indigène a payé « aussi son tribut à la mort ; j’y ai baptisé 34 adultes moribonds, et réconcilié avec Dieu « beaucoup de chrétiens malades. Les Annamites, quand ils se portent bien, n’offrent guère « d’espoir de conversion. Presque tous, venus du delta, sont fumeurs d’opium, voleurs, « recéleurs, etc. Les Chinois semblent montrer de meilleurs sentiments ; plusieurs familles de « Song-phong désirent se convertir : deux d’entre elles étudient la religion avec ardeur et « assistent tous les dimanches à la messe. »
« Dans notre modeste hôpital de Yen-bai, M. Méchet s’occupe avec zèle de ses nombreux malades qu’il panse et soigne lui-même : 44 d’entre eux lui ont demandé la grâce du baptême, heureux d’échanger leur misère, souvent affreuse, contre le séjour de la gloire. Combien de chrétiens, venus de tous les pays, ont retrouvé, auprès de notre cher confrère, la voie du salut !
« Une calamité d’un autre genre vient de fondre sur lui. Yen-bai est inondé, m’écrit-il à la « date du 13 août : environ deux mètres d’eau dans toute la partie basse de la ville. L’église, « construite sur une petite élévation, a été préservée ; aussi est-elle, avec le parloir et les « vérandas, remplie de pauvres malheureux, qui ont tout perdu. Les jonques sillonnent les « rues, transportant les inondés ; les paillotes sont emportées au courant de l’eau et les « maisons bâties s’effondrent. J’ai eu toutes les peines du monde à traverser le torrent qui « coule dans la rue, pour aller acheter le riz que je distribue. » Voici d’ailleurs le témoignage « que rend à M. Méchet le Courrier d’Haïphong, journal qui est loin d’être clérical : « Une « grande quantité d’Annamites, sans asile et mourant de faim, se sont réfugiés chez le P. « Méchet, qui les a tous reçus avec sa bienveillance et sa charité bien connues : l’église est « pleine, et c’est à 120 que l’on peut évaluer le nombre des familles réfugiées à la mission « catholique. »
« Le collège continue à nous donner satisfaction : « La santé des élèves, me dit dans son « rappport M. Bessière, a été généralement meilleure que l’an dernier ; cependant, vers la fin « de novembre, la mort nous a enlevé un élève de rhétorique. En octobre, ses pieds « commencèrent à enfler, et l’enflure, gagnant toujours, finit par l’étouffer. Serait-ce le « béribéri, qui, en juin, vient de faire tant de victimes dans les hôpitaux de Yen-bai et de « Tuyen-quang ? S’il en est ainsi, remercions Dieu de nous avoir délivrés si tôt de ce terrible « fléau.
« Après avoir fini les travaux du cimetière, nous avons ouvert une route circulaire, qui « aboutit au fond de la cour du sud. Cette route, où nous faisons les processions du Saint-« Sacrement et de la sainte Vierge, est l’œuvre de nos élèves. Les études ont suivi leur cours « régulier ; le bon esprit n’a pas cessé de régner ; aucune répression sérieuse n’a été « nécessaire.
« Il faut bien dire un mot de notre classe de français. Ouverte le 8 septembre 1903, avec 30 « élèves, elle en comptait 44, à la fin du même mois, et 56, après les premiers jours de l’année « annamite. On ne pouvait exiger de ces enfants une régularité parfaite et une présence « assidue ; plusieurs faisaient, de temps en temps, l’école buissonnière, mais il faut bien un « commencement à tout. »
« Je crois utile de mentionner ici un fait extraordinaire, qui s’est passé dans la paroisse de Ha-thach. Une pieuse femme de soixante-trois ans, Marthe Dong, de Cao-mai (chrétienté, qui avait recueilli, au plus fort de la persécution, les restes des BB. Duông et Truât) était devenue complètement aveugle et gémissait sur son infirmité qui l’empêchait d’assister à la messe. Pendant onze ans, elle récita chaque jour un rosaire en l’honneur de la sainte Vierge et des BB. Duông, Mi et Truât, avec un chapelet pour ses parents défunts et les âmes délaissées du purgatoire, demandant la grâce de recouvrer la vue, assez du moins pour se rendre à l’église. Sa persévérance méritait d’être récompensée. Dans trois songes successifs, il lui sembla voir clairement le prêtre à l’autel et l’image de Notre-Seigneur qui ornait le sanctuaire. A la fin de janvier 1903, après le troisième songe, elle éprouva un violent mal de tête et une douleur très vive dans les yeux. Le matin, au réveil, son œil droit commença à apercevoir différents objets. La guérison de cet œil, le seul qui lui ait été rendu, continua progressivement, et, dans l’espace de trois jours, sa vue était parfaite. Aujourd’hui, elle va où bon lui semble, sans l’aide de personne. Tous les chrétiens de Cao-mai ont pu constater cette faveur insigne, et six notables en ont rendu témoignage sous la foi du serment.
« Daigne Dieu ouvrir à la vérité les yeux de tant d’infidèles, si obstinément aveugles ! »
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