| Année: |
1904 |
| Pays: |
Vietnam |
| Mission: |
Tonkin maritime |
| Rédacteur: | Mgr Marcou |
IV. Tonkin maritime
Population catholique 81. 836
Baptêmes d’adultes 1.176
Baptêmes d’enfants de païens 5.684
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« Au cours du dernier exercice, écrit Mgr Marcou, le Tonkin maritime a été éprouvé de plusieurs manières.
« En septembre et en octobre 1903, une sécheresse continue avait beaucoup retardé la croissance du riz, lorsque, tout à coup, survinrent des pluies diluviennes, qui inondèrent le pays et causèrent aux rizières plus de mal encore que les sécheresses précédentes. La récolte suivante, celle de juin 1904, a été heureusement assez bonne, mais dans l’intervalle, bien des familles ont souffert de la disette.
« Une autre cause de grande gêne pour la population a été une mortalité extraordinaire du bétail. Malgré les efforts faits par l’autorité française pour en rayer les progrès de l’épizootie, buffles et bœufs ont péri en grand nombre ; et il y a lieu de craindre une nouvelle disette, en plusieurs endroits, par suite du manque d’animaux de labour.
« Comme cela arrive ordinairement, la disette a engendré le choléra. Pendant plusieurs mois, cette terrible maladie a promené ses ravages dans la contrée et fait un grand nombre de victimes. Nous avons perdu trois prêtres indigènes, dont l’un, encore tout jeune, avait été ordonné depuis trois ans à peine, et un autre, dans la force de l’âge, semblait appelé à rendre encore de longs services à la mission. Ce dernier avait contracté la maladie au chevet des cholériques ; il a été enlevé en moins de vingt-quatre heures.
« Nous avons eu aussi la douleur de perdre deux missionnaires, M. Rigouin et M. Thuet. M. Rigouin venait de célébrer le vingt-cinquième anniversaire de son ordination sacerdotale et était tout à la joie de voir un sérieux mouvement de conversions se dessiner dans son district, quand Dieu l’a rappelé à Lui. Quelques mois auparavant, M. Thuet, âgé de vingt-huit ans seulement, était emporté en trois jours, au moment où lui aussi se réjouissait de la conversion d’un village des environs de sa résidence. Nous n’avons qu’à nous incliner sous la main du souverain Maître de la vie et de la mort ; mais combien nous ressentons le vide qu’ont laissé ces deux bons missionnaires !
« La santé de plusieurs autres confrères a été très éprouvée. Sept d’entre eux ont dû quitter la mission, pendant un temps plus ou moins long, et aller chercher à Hong-kong, ou même en France, le rétablissement de leur santé.
« Pour ces diverses causes, le travail d’évangélisation des païens n’a pas donné tous les résultats que nous pouvions espérer.
« Nous devons cependant remercier Dieu des bénédictions qu’Il a bien voulu répandre sur les travaux des missionnaires et des prêtres indigènes, puisque, cette année, le chiffre des baptêmes d’adultes et d’enfants de païens a été notablement supérieur à celui de l’an dernier.
« Actuellement, c’est du côté de Chau-lao que nous avons le plus d’espoir de conversions ; mais l’évangélisation de ce pays est particulièrement pénible, tant à cause de l’insalubrité du climat et de la difficulté des communications, que de l’hostilité de quelques chefs de tribu. Dieu daigne conserver la santé à ceux de nos confrères qui sont appelés à exercer le saint ministère dans cette partie de la mission !
« La maladie chez les uns, de trop nombreuses occupations chez les autres, ont empêché plusieurs missionnaires de m’envoyer leur compte rendu annuel ; voici quelques extraits des rapports que j’ai reçus.
« Le petit hôpital de Phong-y, écrit M. Barbier, a fait merveille et a procuré, comme « précédemment, la vie de l’âme à nombre de ceux qui n’y venaient chercher que la santé du « corps. Cette année, le choléra a fait de grands ravages. Une excellente chrétienne, nommée « Ba-long-nhan, s’est dévouée pour soigner les malades atteints : malgré ses soixante-cinq « ans, elle parcourait bravement les quartiers contaminés ; on la rencontrait sur tous les « chemins, appuyée sur son bâton et coiffée d’un vaste chapeau. Chrétiens et païens avaient « pleine confiance dans ses bons soins ; aussi se multipliait-elle pour les visiter tous. Tous « n’étaient pas guéris, mais chacun recevait au moins un encouragement. Nul ne partait pour « le grand voyage sans la préparation voulue, s’il était chrétien, et sans le baptême, s’il était « païen.
« Modeste autant que dévouée, cette pauvre veuve ne comprend rien aux compliments « qu’on lui adresse. Elle fait tous ses exercices de piété à l’église avec une ferveur de « Carmélite. Que n’a-t-on, dans chaque district, une femme de cette trempe !
« Si nos ressources nous permettaient d’agrandir et de réparer l’hôpital de Phong-y, qui « menace ruine, que de bien on ferait encore ! »
« M. Degeorge qui, après un long séjour à Béthanie, est venu remplacer M. Barbier à « Phong-y, dit de son côté : « Je dois vous signaler le dévoûment de nos religieuses indigènes « de l’hôpital. Au plus fort de l’épidémie, elles ont accompli leur devoir avec un courage et « une simplicité vraiment dignes d’admiration. J’assistais dernièrement à l’ensevelissement « d’un malheureux indigène, qui s’était empalé en tombant d’un arbre et était mort après de « grandes souffrances. L’odeur qui se dégageait du cadavre était si insupportable qu’une des « deux religieuses, n’y tenant plus, se détourna pour vomir, puis revint aussitôt continuer son « travail ; l’autre eut un instant d’hésitation, mais elle fit un grand signe de croix et se remit à « la besogne. »
« M. Patuel écrit de Yen-khuong : « Grâce à Dieu nous prenons pied dans la région ; à la « défiance succède sinon l’intimité, du moins des relations assez cordiales. Malgré l’hostilité « persistante de certains chefs, quelques hameaux n’ont pas craint de demander ouvertement à « étudier les prières et le catéchisme. Un de ces villages a déjà commencé et nous donne de « grandes consolations. Bien qu’éloignés de l’église, les catéchumènes viennent régulièrement « assister à la messe, et je me sens ému à la pensée qu’ils doivent traverser six ou sept fois le « torrent, ayant de l’eau jusqu’à mi-corps. N’est-ce point le cas de dire : Regnum cœlorum vim « patitur ?
« Nous avons pu terminer l’installation de notre poste. La maison de Dieu occupe la place « d’honneur, à l’endroit même où fut massacré M. Verbier, mon prédécesseur. Les autres « habitations sont élégamment étagées sur les flanes de la colline et dominent toute la vallée. « Ces constructions, si modestes soient-elles, montrent aux passants que nous avons repris nos « positions et qu’avec le secours de Dieu, nous comptons les garder. »
« Dans le compte rendu de 1902-1903, je parlais de l’espoir qu’avaient nos confrères de rétablir les postes fondés, il y a plus de vingt ans, dans le Chau-hoa, et ruinés pendant les troubles qui ont accompagné et suivi la conquête du Tonkin.
« En dépit de l’hostilité de Ba-tho, chef de la contrée, devant les bonnes dispositions des habitants et leurs instances pour avoir des missionnaires au milieu d’eux, j’ai cru nécessaire d’augmenter le nombre de nos confrères dans cette région. En même temps j’ai nommé M. Blanchard supérieur de toute cette partie du vicariat, afin de donner plus d’unité partout, plus de succès, aux efforts de tous. Notre confrère s’est établi dans le village même où avait été installée autrefois la résidence principale des missionnaires, et où M. Gelot, provicaire, et MM. Rival et Manissol furent massacrés le 6 janvier 1884.
« Pendant que M. Blanchard se donnait tout entier à l’étude de la langue, Ba-tho ne perdait pas de temps et provoquait une nouvelle enquête administrative. Changeant ses batteries, il n’attaquait plus les missionnaires, mais s’en prenait à leurs catéchistes, les accusant de toutes sortes de méfaits.
« L’enquête, conduite loyalement par un fonctionnaire français, démontra l’inanité ou la fausseté de la plupart des plaintes de Ba-tho. Cependant elle releva sur le compte d’un catéchiste quelques légères imprudences qui, en égard aux circonstances de temps et de lieu, furent plus sévèrement appréciées par l’autorité française. Pour donner satisfaction au résident de la province, je rappelai ce catéchiste et lui retirai son diplôme.
« Ba-tho profita de cet incident, regrettable sans doute, mais isolé et fort exagéré, pour demander que les missionnaires reçussent défense d’envoyer leurs catéchistes annamites enseigner les catéchumènes « muongs ».
« Cette mesure n’aurait pas manqué de créer de sérieuses difficultés, parce que nos confrères n’ayant point encore eu le temps de former des catéchistes du pays, et se trouvant privés de leur personnel annamite, auraient été à la merci des nombreux petits chefs de tribu, la plupart à la discrétion de Ba-tho.
« Je dus faire plusieurs démarches, auprès des autorités françaises, pour obtenir l’adoption d’un modus vivendi, qui donnât quelque sécurité aux missionnaires et qui leur permît de vaquer aux travaux de leur ministère sans avoir à redouter des difficultés sans cesse renaissantes.
« A la suite de ces démarches, une convention amiable fut conclue à Hoi-xuan, résidence de Ba-tho, en présence d’un délégué du gouvernement français, entre Ba-tho, chef du Quan-hoa, et M. Blanchard, supérieur des missionnaires dans cette région.
« Voici le document in extenso :
« Pour éviter le retour des difficultés fâcheuses survenues entre le tri-chau de Quan-hoa et « ses sujets indigènes catholiques, il a été convenu d’un commun accord, et en présence du « délégué du gouvernement français à Hoi-xuan, des articles suivants :
ART. PREMIER. « L’article IX du traité du 15 mars 1874, signé entre la France et Sa « Majesté le roi d’Annam, est et reste la base des libertés religieuses des missionnaires et des « sujets du roi d’Annam.
ART. II. « Les missionnaires s’engagent à ne laisser à aucun catéchiste annamite la « direction d’un centre catholique, ni à les laisser s’installer dans un centre bouddhiste. Ils « pourront toutefois, en l’absence du missionnaire, garder la maison où le Père sera installé à « demeure.
ART.III. « Les missionnaires s’engagent à ne faire aucune installation dans un centre « en minorité catholique, mais ils pourront circuler librement dans le pays, prêcher la « religion, et le tri-chau s’engage à laisser libres les relations des habitants avec les « missionnaires et à ne mettre aucun obstacle ni directement, ni par ses agents, à leur « conversion au catholicisme.
ART. IV. « Le tri-chau s’engage à n’exiger des catholiques aucune coopération aux « cérémonies contraires à la religion catholique, ni aucune redevance en argent, en nature ou « en corvées, pour les dites cérémonies, conformément à l’article IX précité.
ART. V. « Les missionnaires ne mettent aucune objection à ce que les catholiques « soient réunis dans des villages distincts ; mais si, dans la suite, une ou plusieurs familles « d’un village non catholique demandaient à se convertir, elles ne seraient pas pour cela « obligées de quitter leurs villages, pourvu que le missionnaire lui-même puisse s’occuper « d’elles effectivement, c’est-à-dire ne soit pas éloigné de plus d’une demi-journée de marche. « Toutefois, si la présence de ces familles donnait lieu à des discussions, soit par rapport aux « relations avec les bouddhistes, soit par rapport aux redevances dues aux chefs du pays, « qu’elles se refuseraient à acquitter, soit par rapport aux corvées, elles devraient rallier le « centre chrétien le plus proche.
ART. VI. « Si une ou plusieurs familles, trop éloignées du centre catholique, « demandaient à se convertir, leur simple demande ou le seul fait d’étudier la religion ne « pourrait être considéré comme une raison suffisante de leur faire abandonner leur village « pour aller s’établir dans un centre catholique. Elles ne pourront être obligées à quitter leur « village, que du jour où le chef de famille aura fait adhésion définitive à la religion « catholique, par la réception du baptême.
ART. VII. « A l’avenir, aucune demande de conversion ne sera exigée par écrit des « catéchumènes.
ART. VIII. Les villages ou hameaux catholiques désigneront chacun un notable qui « sera responsable, vis-à-vis de l’administration, des ordres qui lui seront donnés par le « quan-chau » ou le « cai-tong ».
ART. IX. « Les catholiques seront astreints aux mêmes impôts que les autres habitants « du Chau et aux mêmes corvées, sauf celles comprises dans l’article IV ci-dessus.
ART. X. « En ce qui concerne les redevances dues, suivant la coutume, aux chefs « indigènes, le « quan-chau », pour éviter toute difficulté à l’avenir, les fixe à une piastre par « an et par famille présente dans les centres catholiques.
« Fait en quadruple expédition à Hoi-xuan, le 19 mars 1904, troisième jour du deuxième « mois de la seizième année de Thanh-thai. »
« Nous espérions que cet accord couperait court à toute difficulté ultérieure. De fait, depuis l’époque de la signature de cet acte jusqu’à aujourd’hui, nos confrères ont joui de la plus complète tranquillité, et leurs relations avec Ba-tho ont été des plus correctes.
« Malheureusement, l’administrateur-chef de la province de Thanh-hoa, de qui relève le Quan-hoa, ne croit pas devoir reconnaître cette convention. Que nous réserve l’avenir ? Dieu seul le sait. Nous redoublerons de prières afin d’attirer l’abondance des grâces divines sur ces populations si dignes d’intérêt.
« Au commencement de 1904, nous avons pu mettre à exécution un projet qui nous tenait à cœur depuis longtemps : la construction d’un hôpital indigène à Phat-diem. Si l’insuffisance des ressources ne nous a pas permis de faire aussi grand que nous aurions voulu, nous avons cependant élevé un bâtiment pouvant abriter 40 malades. Les Sœurs de Saint-Paul, qui ont bien voulu accepter la direction de cet établissement, en ont pris possession au mois de juin dernier. Dès leur arrivée, les malades sont venus en grand nombre. Le dévoûment de nos bonnes Sœurs a déjà été récompensé par quelques baptêmes, et, avec la grâce de Dieu, l’hôpital deviendra la porte du ciel pour un grand nombre d’âmes qui autrement n’auraient jamais connu le vrai Dieu.
« Comme les écoles de français se multiplient, et que nous sommes trop éloignés de la capitale pour que nos jeune chrétiens, désireux d’apprendre notre langue, puissent aller l’étudier dans l’établissement des Frères à Hanoi, nous avons établi ici une de ces écoles : elle compte déjà une quarantaine d’élèves.
« Les 192 élèves du petit séminaire de Phuc-nhac continuent, par leur bon esprit et leur ardeur au travail, donner toute satisfaction aux confrères qui sont chargés de la direction de cet établissement.
« Autrefois le gouvernement avait confié à un missionnaire la léproserie établie à Phuc-nhac ; mais le 1er février 1904 une lettre de l’Administration de la province m’avisait que désormais, le Résident se réservait la surveillance et l’administration des lépreux. Bien qu’à la suite de cette mesure, le gouvernement ait augmenté la subvention accordée aux malades, ceux-ci sont bien misérables et M. Corbel, qui est chargé de subvenir à leurs besoins spirituels, doit aussi soulager leurs souffrances corporelles.
« La léproserie établie à Thanh-hoa, sur un terrain de la mission, reste entièrement sous notre direction. M. Collomb s’est occupé des malades avec beaucoup de dévoûment ; il a terminé l’aménagement de la petite chapelle qui a été construite, l’an dernier, au centre de la léproserie, grâce à la libéralité d’un insigne bienfaiteur de nos missions.
« Malgré la guerre russo-japonaise et les raisons graves que nous avons de craindre des troubles, la plus grande tranquillité n’a pas cessé de régner jusqu’ici dans notre mission. Que Dieu daigne nous conserver longtemps cette paix si nécessaire aux progrès de l’apostolat ! »
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