Présentation Recherche Photothèque Liens Informations Formulaire de contacts Plan du site
 
Rapport annuel des évêques

Année: 1904
Pays: Vietnam
Mission: Tonkin méridional
Rédacteur:Mgr Pineau

II.  Tonkin méridional


Population catholique 129.544
Baptêmes d’adultes 742
Baptêmes d’enfants de païens 1.723
_____


« En comparant les résultats de cet exercice avec ceux de l’année précédente, écrit Mgr Pineau, vous remarquerez que s’il y a une légère augmentation dans le nombre des baptêmes d’adultes, il y a, par contre, une assez forte diminution des baptêmes d’enfants de païens in articulo mortis.
« Le zèle de nos baptiseurs est toujours le même, mais, depuis l’introduction du vaccin dans le pays, la mortalité est moindre parmi les enfants. Autrefois, pas un n’échappait à la petite vérole, et cette terrible maladie en emportait des milliers. D’un autre côté, les parents ont moins de peine à élever leurs enfants, et, par suite, nous les cèdent plus difficilement.

« Pendant les mois de février, de mars et d’avril, j’ai fait la visite de nos 45.000 chrétiens disséminés dans les districts du Quinh-luu, du Binh-chinh et du Bao-nham.
« J’ai commencé ma tournée par le district le plus au nord, celui du Quinh-luu. En y allant, j’ai traversé le district du Dong-thanh que dirige M. Cherrière, depuis un an. De toute la mission, ce district est celui qui a fourni, cette année, le plus de baptêmes d’adultes (418), et qui donne le plus d’espoir pour l’avenir. Cinq cent soixante catéchumènes étudient la doctrine, en ce moment.
« Les chrétiens du Quinh-luu ont été très éprouvés depuis quelques années. La pêche en mer, qui fait vivre la plupart d’entre eux, ne rapporte presque rien maintenant, et la piraterie chinoise, qui a repris en ces derniers temps, empêche tout le commerce annamite de se faire par jonques. D’autre part, l’industrie de la saumure, qui se pratiquait autrefois sur une grande échelle, est de plus en plus abandonnée, à cause des tracasseries auxquelles les marchands de saumure sont en butte.
« Ceux qui s’adonnent à la culture des champs ne sont guère mieux partagés. Les deux récoltes précédentes avaient séché sur pied ; la dernière, au contraire, vient d’être noyée par des pluies torrentielles.
« Aussi les églises des vingt-huit villages que j’ai visités laissent-elles grandement à désirer : les unes restent inachevées faute de ressources ; d’autres exigent des réparations que la pauvreté de nos chrétiens fait remettre d’année en année. L’église de Cam-truong, en particulier, construite peu de temps après la persécution de 1858, menace ruine. De plus, elle est basse, sombre, humide, et beaucoup trop petite pour une paroisse qui compte près de 8.000 chrétiens.
« Déjà, dans le compte rendu de l’année dernière, j’ai dit un mot du délabrement de l’église de Thuan-ngai. Les chrétiens avaient rassemblé quelques matériaux pour en construire une nouvelle, mais le feu ayant dévoré plus de 300 maisons, tout récemment, et la récolte ayant été perdue, ils n’ont pas même pu mettre leur église sur le chantier. Daigne la bonne Providence leur venir en aide ! Autrement, ils ne pourront jamais bâtir un temple digne d’abriter les restes du B. Khao, leur glorieux concitoyen.
« Quoique souffrant, M. Bayle avait bien voulu m’accompagner dans ma visite de la province du Quinh-luu.

« Le 22 février au matin, nous quittions le Quinh-luu pour nous rendre par mer au Binh-chinh. Après deux jours d’heureuse traversée, nous arrivâmes le 24 février, dans la soirée, à Huong-phuong, chef-lieu de l’important district confié au zèle de M. Abgrall, provicaire de la mission. M. Bayle me quitta alors pour regagner son poste de Phu-kinh, peuplé en majeure partie de nouveaux chrétiens. Je commençai donc, en compagnie de mon cher provicaire, ma tournée de confirmation dans son district, qui comprend 15 paroisses principales. J’en visitai 14.
« Bien que les néophytes du Binh-chinh passent, non sans quelque raison, pour être d’un caractère plus léger et plus versatile que d’autres, je fus néanmoins très édifié de l’empressement qu’ils mirent à s’approcher des sacrements.
« Leurs églises et oratoires sont en général mieux entretenus que ceux du Quinh-luu ; plusieurs églises cependant, endommagées par le raz de marée de l’an passé, n’ont pas encore été restaurées. Celle du chef-lieu entre autres menace ruine. Construite jadis par un confrère breton qui la plaça sous le vocable de sainte Anne, elle est desservie actuellement par un autre fils de l’Armorique. J’aime à croire que la puissante patronne de la chère Bretagne fournira à M. Abgrall les fonds dont il a besoin pour réparer son sanctuaire.
« Après cette tournée d’un mois qui m’a procuré de bien douces consolations, les fêtes de Pâques approchant, force me fut de revenir à Xa-doai pour la bénédiction des saintes huiles. Mon retour s’effectua par terre. Malgré une pluie torrentielle, je quittai le Binh-chinh, le 21 mars. Il était convenu d’avance que je ferais une halte chez M. Pallaget, qui avait préparé les jeunes gens de sa paroisse à la confirmation. J’arrivai à la tombée de la nuit, trempé jusqu’aux os et transi de froid.
« L’an dernier, je disais qu’une des grandes préoccupations de notre confrère était la construction d’une nouvelle église. J’ai été heureux, à mon passage, de voir que les travaux de bâtisse étaient en bonne voie. Dans trois ou quatre mois, les vœux de M. Pallaget seront comblés : il aura une église solide, spacieuse et pourra y conserver le Saint-Sacrement.
« Poursuivant ma route vers Xa-doai, je m’arrêtai une nuit à Van-hanh, chef-lieu du district que dirige M. Roux. Van-hanh possède la plus belle église de toute la mission : elle ne serait pas déplacée dans une paroisse de France. Notre regretté confrère, M. Magat, en fut l’architecte. Elle est dédiée au Sacré-Cœur.

« Après les fêtes de Pâques, je repris, le 11 avril, ma tournée de confirmation, en compagnie de M. Guignard, supérieur de la mission du Laos, et me rendis d’abord à Bao-nham. Ce district comprend quatre paroisses avec une population de 3.846 chrétiens. Je trouvai le village de Ke-tran, centre de la plus importante de ces quatre paroisses, dans un état vraiment lamentable. Un incendie, allumé par imprudence, en a fait un amas de cendres. La cure, l’église et les maisons des chrétiens, tout a péri.
« Peu de temps auparavant, un autre fléau, l’épizootie, qui parcourt l’Annam et le Tonkin depuis un certain temps, s’était abattu sur Ke-tran, et avait enlevé bœufs et buffles en quelques mois.
« Malgré tant et de si dures épreuves, nos pauvres chrétiens, logés maintenant dans de misérables paillotes, se montrent d’une admirable résignation et font preuve d’un attachement inviolable à notre sainte religion. Ceux qui n’avaient pas encore rempli le devoir pascal, profitèrent de notre passage pour s’approcher de la sainte table.
« Le 18 avril, nous prenons place dans les barques qui doivent nous conduire tout près du poste qu’occupe M. Guignard et dont, je dois bénir la jolie petite église. Le lendemain 19, à midi, nous arrivions à Lang, centre de la paroisse de même nom. Je ne pus me défendre d’une bien vive émotion quand je foulai cette terre de Lang, où 1.500 chrétiens ont été mis à mort pour la foi. Le 21, de grand matin, nous passons devant Khe-chai, premier poste fondé par nos missionnaires au Laos, endroit marécageux et malsain. C’est là que le regretté M. Vieu, un prêtre indigène et plusieurs catéchistes, contractèrent la maladie qui les a enlevés à la fleur de l’âge.
« A 10 heures, nous arrivons à Ke-chuang, où nous sommes reçus avec une franche cordialité par le chef de poste. Ici, le système de locomotion change. Nous quittons nos barques pour prendre la voie de terre. Plusieurs chevaux nous attendent au poste, et un mandarin, ami du missionnaire, me fait la gracieuseté de mettre sa chaise à porteurs à ma disposition. Vers 4 heures du soir, nous nous arrêtons à Bai-xa où nous passons la nuit.
« Le 22, à 5 heures du matin, nous quittons Bai-xa pour gagner Canh-trap, terme de notre voyage. Nous arrivons à midi, par une chaleur de 40 degrés.
« Ici, je laisse la parole à M. Leborgne, qui était descendu au-devant de nous, et avait fait tous les préparatifs pour la cérémonie de la bénédiction de l’église de Canh-trap :
« Le dimanche 24 avril 1904, fête du Patronage de saint Joseph, fut un jour de grande fête « pour le district du Laos, qui relève de la mission du Tonkin méridional. Ce district, qui « embrasse toute la région « muong », rattachée administrativement à la province de Vinh, ne « compte encore que quatre stations, situées dans les limites de la préfecture de Phu-tuong. Le « nombre des néophytes est d’environ 600.
« Le chef du district réside à Canh-trap. M. Guignard a bâti là une belle église qui « remplace avantageusement la pauvre paillote des premières années. Les Européens qui « passent à Canh-Trap, louent la simplicité et le bon goût de la façade et admirent « l’originalité du maître-autel. Dédié à saint Michel, chef de la milice céleste et patron de la « chrétienté, l’autel simule un château fort flanqué de tourelles, au-dessus duquel planera la « statue de l’archange. Il symbolise bien la force, la protection, la sécurité que le peuple « chrétien viendra demander à Notre-Seigneur et à saint Michel.
« Invité par M. Guignard, Mgr Pineau n’a pas craint d’affronter les fatigues d’un long « voyage, pour venir faire lui même la bénédiction de l’église, et donner par là un précieux « encouragement aux missionnaires et à leurs néophytes. C’était la première fois qu’un « évêque mettait le pied en pays « muong ».
« Sa Grandeur est arrivée à Canh-trap le vendredi 22 ; tous les chrétiens sont allés à sa « rencontre. Les hommes ont pris immédiatement la place des coolies, tenant à honneur de « porter la chaise de l’évêque. Les femmes et les enfants, agenouillés, se signent pieusement « sur son passage. Sa Grandeur pénètre dans l’église et donne la bénédiction aux fidèles.
« Le lendemain, le prélat reçoit la visite des chrétiens. Les chefs des stations de Sop-kien, « de Nhon-mai et de Na-hi sont venus à Canh-trap pour offrir, eux aussi, leurs hommages à « l’évêque. Les païens du voisinage, le sous-préfet, le chef de canton, voire même un jeune « bonze, ont tenu à saluer le grand chef des chrétiens.
« Vers le soir, les Français de la région et deux mandarins indigènes arrivent pour assister « à la fête du dimanche.
« Dès le point du jour, tambour et tamtam annoncent bruyamment la solennité. Après les « premières messes, Mgr Pineau se rend à l’église pour procéder à la bénédiction. Les prières « du rituel sont récitées et l’eau sainte est répandue sur les murs de l’édifice. Sa Grandeur « célèbre ensuite la sainte messe, à laquelle communient de nombreux fidèles.
« Au repas de midi, deux missionnaires, cinq Français de la région et deux mandarins se « trouvent réunis autour du vicaire apostolique. De leur côté, les chrétiens ont convié les « païens à une agape fraternelle, en reconnaissance des services qu’ils nous ont rendus, d’une « façon toute spontanée, pendant la construction de l’église.
« Pressé de rentrer à Xa-doai, Monseigneur quittait Canh-trap, le lundi matin, effectuant « son retour par barque. Les chrétiens l’accompagnèrent jusqu’à l’embarcadère, et, à genoux « sur le rivage, reçurent une dernière bénédiction. Puisse cette précieuse bénédiction affermir « nos néophytes du Laos dans la foi et augmenter leur nombre ! Déjà les baptêmes d’adultes « que M. Guignard a enregistrés cette année, sont un gage d’espérance pour l’avenir. De plus, « la présence réelle de Notre-Seigneur sons les voiles eucharistiques, dans l’église de Canh-« trap, sera une nouvelle source de grâce pour toute la contrée. Que Jésus daigne réaliser sa « parole et attirer tout le monde à lui !

« Je dois mentionner encore, ajoute Mgr Pineau, la belle église de Trang-nua, achevée pendant cet exercice. Là aussi, on conservera le Saint-Sacrement. Puissent toutes les paroisses du vicariat avoir bientôt le même bonheur !

« J’ai fait deux ordinations, cette année. La première, nous a donné 7 tonsurés, 5 minorés, 3 sous-diacres, 4 diacres, et 4 prêtres : la seconde, 2 sous-diacres et 3 diacres.
« A la rentrée dernière, les élèves du grand séminaire étaient au nombre de 37, et ceux du petit séminaire au nombre de 300. Parmi les enfants qui se sont présentés à l’examen pour entrer au petit séminaire, une soixantaine ont été remis à plus tard : certains, faute de préparation suffisante, mais la grande majorité, faute de place dans l’établissement.
« Les deux séminaires ont eu leur retraite annuelle.  La retraite des missionnaires s’est faite comme d’habitude, au commencement de janvier ; celle des prêtres indigènes, en février. Au mois de juillet, M. Bayle a prêché la retraite des catéchistes ; celle des religieuses Amantes de la Croix aura lieu prochainement.
« Le nombre de nos chrétiens qui était de 125.205, comme l’atteste le compte rendu de 1903, est, cette année, de 129.544. »



~~~~~~~



<< Retour page précédente



© Mepasie (missions étrangères de Paris en Asie) - Toutes les archives disponibles dans 15 pays : Birmanie, Cambodge, Chine, Corée du Nord, Corée du Sud, France, Inde, Indonésie, Japon, Laos, Malaisie, Singapour, Taiwan, Thaïlande, Vietnam