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Rapport annuel des évêques

Année: 1905
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine occidentale
Rédacteur:Mgr Lallement

II. — Cochinchine occidentale

Population catholique 63.640
Baptêmes d’adultes 1.546
Baptêmes d’enfants de païens 5.036
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« On dit qu’un malheur n’arrive jamais seul, écrit M. Lallement, provicaire de la mission. L’aphorisme s’est, hélas ! réalisé pour nous, dans le courant de l’année 1904. A peine, en effet, avions-nous relevé à la hâte les ruines amoncelées par le typhon du 1er mai — et combien ne le sont pas encore, même à l’heure actuelle ! — qu’un fléau d’une autre nature s’abattit sur notre pauvre Cochinchine ; je veux parler de l’inondation causée par un débordement du Mékong, tel qu’on n’en avait point vu de mémoire d’homme. Ce fleuve a, comme beaucoup d’autres, comme le Nil en particulier, sa crue périodique : elle provient de la fonte des neiges sur l’Himalaya où il prend sa source, et s’augmente du volume d’eau considérable, qui vient s’y déverser des mille ruisseaux, torrents et affluents qu’il rencontre sur son cours jusqu’à son entrée dans le Cambodge. Elle se fait généralement sentir en Cochinchine vers le mois de juillet, et s’étend progressivement sur nos basses rizières jusqu’en octobre, époque à laquelle elle atteint son maximum pour décroître ensuite. Nécessaire pour la mise en culture des rizières, fatale vu la constitution physique du pays, la crue annuelle du Mékong est capricieuse et fantastique, comme tous les phénomènes naturels, qui n’ont pas dévoilé à l’homme le dernier secret des causes qui les produisent. Les effets ne sont d’ailleurs que trop faciles à constater, et les pronostics qu’on en tire trompent rarement. Pline rappelle un mot qui circulait dans la vallée du Nil pour caractériser la crue du fleuve : Si duodecim cubita non excessit, fames certa est ; nec minus, si sexdecim exuperavit. « Si la crue ne dépasse pas douze coudées, la famine est inévitable ; mais elle n’est pas moins certaine, si la crue dépasse seize coudées. » Il n’y aurait que les chiffres à modifier pour adapter la formule à la crue du Mékong.
« Mais, en Cochinchine, toutes les rizières n’étant pas sur le même plan et la nature de leur sol exigeant ici plus, là moins d’apports alluviaux, il s’ensuit que les unes se contentent d’une crue ordinaire, que les autres en réclament une plus forte ; de telle façon que le niveau de la crue fait, chaque année, le bonheur et la richesse de celles-ci, et constitue le malheur et la pauvreté de celles-là. Comme les années se succèdent et ne se ressemblent pas, du fait de cette diversité chaque propriétaire reçoit, bien qu’à intervalles irréguliers, son tour de faveur. Mais une inondation extraordinaire comme hauteur d’eau, extraordinaire surtout comme durée, entraîne avec elle la ruine de toute récolte, et la misère pour tout le monde. C’est ce dont nous avons eu à souffrir cette année.
« Dès la fin du mois d’août, les eaux indiquaient à l’étiage un niveau très élevé ; elles séjournèrent sur nos plaines, avec quelques alternatives de hausse et de baisse, jusqu’à la fin de novembre. Devenues un lac immense, à la surface duquel n’émergaient que les arbres et les bambous, nos rizières n’ont pu être ensemencées ; et, comme le riz constitue la base de l’alimentation de l’Annamite, la disette s’est aussitôt fait sentir.
Enfin, pour comble d’infortune, le 2 novembre, au moment où l’on allait moissonner les quelques riz hâtifs qu’avait épargnés l’inondation dans les rizières hautes, quand les eaux se retiraient déjà sensiblement, un second typhon s’est abattu sur la partie des provinces de l’ouest, qui avait eu relativement moins à souffrir de celui du 1er mai ; et c’est ainsi que le malheur a passé le niveau sur toutes les têtes.

Certaine presse locale, se faisant l’écho de la politique du jour, ou se donnant comme le porte-voix de l’opinion égarée, s’est d’ici de là, dans le courant de l’année, vertueusement indignée contre nos richesses, d’autant plus fantastiques qu’elles sont plus imaginaires. Elle a, c’est la mode, osé jeter un soupçon odieux sur notre patriotisme, et travestir le but du voyage de Mgr Mossard en France en prêtant à Sa Grandeur des sentiments indignes. Une voix amie et indépendante s’est élevée pour faire justice de ces ineptes calomnies. Ce n’était pas difficile ; mais, par le temps qui court, c’était courageux. A des contes elle a répondu par des comptes, par des chiffres et par des raisons péremptoires. A-t-elle tué la légende ? Les légendes bercent tous les âges de l’humanité, elles ne mourront qu’avec elle...

« Les comptes rendus de nos confrères sont assez sobres de détails ; voici cependant quelques considérations et quelques faits susceptibles d’intéresser.
« Les chrétientés groupées autour de Saïgon, grâce au contact et aux relations faciles qu’elles ont les unes avec les autres ; grâce aussi à l’émulation que les progrès accomplis par celles-ci excitent toujours chez celles-là, ont réalisé trois choses qui font que la vie chrétienne semble circuler plus abondante aux environs de la ville. Les églises des paroisses sont admirablement tenues ; les offices, très suivis, se déroulent avec autant de régularité dans les cérémonies que de précision et de cadence dans le chant ; les œuvres paroissiales cadrent avec les principaux besoins de l’âme et du corps, et réunissent toutes les conditions sociales à l’ombre tutélaire du clocher.
« L’action de nos confrères sur les païens de ce quartier est entravée par une multitude d’obstacles, dont les moindres sont l’indifférence naturelle de l’Annamite au point de vue religieux, et la préoccupation, non moins naturelle, de tirer son existence matérielle des mille travaux et industries qui naissent d’une grande ville en voie de formation.
« Leur zèle obtient plus de succès près des nombreux chrétiens, qui, fascinés par l’espoir de trouver des emplois et des charges, y affluent de tous les points de la mission et même de toutes les provinces de l’Annam. Sortis de leur milieu, se cachant presque toujours afin de vivre plus librement, ces chrétiens abandonnent vite toute pratique religieuse. Nos confrères les recherchent, les encouragent lorsqu’ils les ont trouvés, les intruisent, et finissent par en ramener un certain nombre, en régularisant souvent des unions contractées au hasard des rencontres. Tout en signalant le nombre considérable de ces épaves qui font tache sur sa chrétienté de Tân-dinh, M. Génibrel mentionne la satisfaction qu’il a éprouvée à revalider, dans le cours de l’année, 17 mariages contractés en d’aussi déplorables conditions.
« A Cho-lon M. Colson et le P. Assou travaillent, l’un plus spécialement sur les Annamites, l’autre plus directement sur les Chinois. « Cho-lon, écrit M. Colson, est une terre « bien ingrate. Le plaisir et le lucre en sont les deux divinités. C’est la ville aux nombreuses « pagodes ; il y en a de 40 à 50, toutes très riches et très richement entretenues. Je me « demande bien souvent s’il n’y a pas, perdus en cet immense troupeau de l’erreur, quelque « Zachée, quelque Lévi, quelque Corneille. Hélas ! s’il y en a, qu’ils sont difficiles à « découvrir ! » Le P. Assou a eu la joie de baptiser, cette année, 801 enfants de païens in articulo mortis.
« A Thu-thiem, dit M. Montmayeur, voici le fait intéressant de l’année : tout l’honneur, il « est vrai, en revient à des étrangers, nos amis ; nos Annamites n’ont eu que le mérite d’avoir « su l’apprécier. L’équipage du croiseur russe Diana, ancré près de la chrétienté, à donné, « pendant cinq à six mois, à la population indigène un grand exemple de piété, devenu rare « aujourd’hui. Tous les jours, matin et soir, les marins récitaient à bord la prière en commun « et élevaient leurs voix pour glorifier quand même le Dieu des armées, qui, pourtant, leur « avait refusé la victoire. Les Annamites, chrétiens et païens, ont été profondément édifiés et « garderont longtemps ce souvenir.
« La conduite de ces mêmes marins, à terre sur la rive annamite, n’a pas démenti un seul « instant les sentiments religieux professés à bord. Toute la population du village n’a eu qu’à « se louer de leur tenue parfaite, et du respect absolu qu’ils ont gardé vis-à-vis des personnes, « de leurs propriétés et de leurs biens. Elle atteste unanimement qu’elle n’a eu à déplorer de « leur part aucun désordre de quelque nature que ce soit. Cette réserve, sans doute, leur avait « été commandée par leurs chefs ; mais c’est déjà beaucoup, pour des marins, d’avoir été « capables d’observer fidèlement une consigne de ce genre.
« Les ouvriers de Thu-thiem qui passent chaque jour la rivière pour travailler à l’arsenal de « Saïgon, racontent encore avec émotion un autre fait dont ils ont été les témoins étonnés et « ravis. Un jour, en revenant du travail, ils rencontrèrent sur le boulevard de la citadelle les « marins russes, survivants du Variag et du Korietz coulés à Chemulpo, qui débarquaient du « croiseur français le Pascal. Ils portaient processionnellement, officiers en tête, et tous en « chantant des cantiques, les deux statues de la sainte Vierge qui se trouvaient à bord des « navires coulés par les Japonais. Les matelots avaient eu à cœur de sauver ces deux icones « vénérées. Même spectacle lors du rembarquement pour la Russie ; les matelots n’ont pas « voulu laisser sur la terre étrangère les statues de Celle qui semblait les avoir un instant « délaissés. Ces spectacles provoquent chez les Annamites des rapprochements ; comme ils « sont douloureux pour nous !
« Autre constatation pénible à faire, à propos du vendredi saint. En ce jour, nombre de « navires marchands à équipage cosmopolite, en rade de Saïgon, se font un honneur d’abattre « leurs vergues et de mettre leur pavillon en berne, afin de s’associer à la manifestation du « deuil de toute la chrétienté, pendant que nos vaisseaux de guerre semblent ne pas connaître « le jour et ne pas comprendre la leçon. Et toujours sous les yeux des Annamites, qui « commentent ! »

« M. Delpech raconte comme il suit le retour à Dieu d’une de ses chrétiennes : « Les « ouvriers apostoliques qui travaillent aux environs de Saïgon, ressemblent un peu à saint « Pierre, lorsque, sur le lac de Génésareth, il peinait beaucoup pour ne prendre souvent rien du « tout. Une fois cependant, il fit une pêche miraculeuse à l’endroit même où, la nuit « précédente, il avait battu les flots sans résultat. L’Évangile raconte même qu’en la « circonstance, la quantité des poissons pris fut si prodigieuse que sa barque en faillit « sombrer. Il ne me sied pas de parler des pêches de mes confrères ; j’avoue simplement « n’avoir jamais, pour mon compte, couru le danger de faire un si glorieux naufrage. La « conversion que je vais raconter ne porte extérieurement aucun cachet miraculeux ; je la « considère néanmoins comme un événement extraordinaire, et comme la grande consolation « de mon année.
« A mon arrivée dans la chrétienté de Thi-nghé, en 1872, j’y trouvai une chrétienne de race « qui, faussant compagnie à toute sa famille, vivait au gré de ses passions. La chose me peina « d’autant plus vivement que le fait était plus rare et le scandale plus accentué, cette femme « étant la propre nièce du P. Loc, mis à mort en haine de la foi, quelques instants avant que la « citadelle de Saïgon ne tombât entre les mains des Français, et déclaré Vénérable par Léon « XIII. J’essayai de la ramener dans le chemin du devoir et de l’honneur, mais je ne fus pas « écouté. A l’époque de chaque jubilé, je renouvelai mes instances sans plus de succès ; elle « ne consentit ni à venir à l’église, ni même à accepter une image bénite. J’en étais arrivé à « penser que la malheureuse avait peut-être perdu la foi, et je priais pour qu’au moins elle ne « mourût pas dans l’impénitence finale. Quelle influence extérieure a agi sur elle ? Quelle « voix intérieure lui a parlé à l’âme ? Je l’ignore encore ; ce que j’ai constaté, c’est qu’au mois « de juillet dernier, cette bà Si (c’est le nom de ma paroissienne) a repris d’elle-même le « chemin de l’église, qu’elle a songé sérieusement à se convertir, et qu’après s’être approchée « plusieurs fois du tribunal de la pénitence, elle a communié, le jour de l’Assomption, avec « des sentiments de grande ferveur.
« Nous ne sommes donc souvent, dans l’œuvre de la conversion des âmes, que des « serviteurs inutiles. Que de satisfaction il y a pour un serviteur à constater le retour d’un « prodigue à la maison du Père de famille ! »

« Dans l’est, à Trum-lap, M. Masseron a fini par pouvoir baptiser quelques familles, catéchumènes depuis plus de cinq ans. « C’est peu, dit-il, après tout le travail que m’a coûté la « fondation de ce poste ; mais enfin c’est un commencement. Un village voisin a aussi « demandé que je m’occupe de lui. Comme signe de leurs bonnes dispositions, les futurs « catéchumènes ont d’eux-mêmes, et à leurs frais, construit une petite chapelle à côté d’un « banian consacré aux génies locaux. Hélas ! ils eussent mieux fait d’abattre l’arbre ; car, pour « qui les connaît, c’est moins au culte de leurs génies qu’ils entendent renoncer par cet acte, « que choisir un nouveau génie, qu’ils croient pouvoir leur associer. Les motifs de conversion « ne sont pas toujours surnaturels dès le début : qui pourrait le trouver étrange ?

« Il ne faut désespérer de personne, même chez les païens, écrit M. Bourgeois : la preuve « m’en a été donnée, cette année, par un notable du village de Phuoc-hau, nommé Dành, « polygame comme beaucoup de ses compatriotes. J’avais eu, un jour, l’occasion de lui dire « qu’un homme intelligent comme il l’était ne pouvait contenter son esprit en lui servant des « idoles de bois pour dieux, ni satisfaire son cœur en offrant aux mânes de ses ancêtres les « sacrifices traditionnels auxquels ils ne toucheraient certainement point. Je lui avais dit que, « raisonnablement parlant, le ciel et la terre réclamaient un Dieu créateur et conservateur, « comme l’enseigne la religion chrétienne ; et que l’âme, au lieu de s’élever bien haut, pour « répondre à ses instincts de félicité et de sagesse, descendait beaucoup trop bas dans le culte « qu’il professait. Il m’avait écouté et il m’avait compris, puisqu’il m’avait aussitôt répondu : « Vos paroles sont toutes de lumière ; malheureusement, entre votre théorie et sa pratique il y « a un fossé impossible à franchir pour les gens comme moi. — Dis seulement que ce fossé « est difficile à passer ; mais si tu le passes un jour, tu ne seras pas le premier, même de ton « espèce, à arriver sur l’autre bord. » Je lui avais alors cité l’exemple d’un richard de la « province de Trà-vinh, qui avait trois femmes, et qui était néanmoins devenu un fervent « catéchumène, en méditant les petits points de religion que je venais d’exposer devant lui.
« Dành m’est revenu depuis, et j’allais entamer à nouveau la conversation sur un sujet si « facile à aborder avec lui, lorsque je le vis me faire solennellement la grande prostration. Il « me dit, après s’être relevé, que son esprit et son cœur s’étaient tout à fait ouverts. Il avait « logé déjà dans sa mémoire le Pater, l’Ave, le Credo ; et il continue à y emmagasiner, chaque « jour, de nouvelles prières, avec l’espoir d’en savoir bientôt assez pour pouvoir être « baptisé. »
« Nous avons, l’an dernier, essayé de fonder quelques stations sur la plaine des Joncs, où beaucoup de nos chrétiens pauvres vont, au milieu des païens, tenter de faire des rizières. La fertilité du sol est reconnue ; mais, plus que partout ailleurs, la moisson est à la merci de la crue du Mékong. Combien de néophytes se retrouveraient là, qui ont disparu de leurs chrétientés, sans avoir jamais depuis donné de leurs nouvelles ? Plusieurs centaines certainement. Cette plaine est tellement vaste, ils y sont tellement éparpillés, que l’essai n’avait guère réussi, malgré tout le zèle déployé par M. Bourgeois.
« M. Demarcq reprend l’idée et recommence l’entreprise, en partant d’un autre point. A ses chrétiens de Ba-giông, qui vivent misérablement en tressant des nattes, il a conseillé un exode vers ces marécages, dont ils n’ont pas encore compris les richesses, et qui leur tendent les bras pour les inviter à s’y fixer ; 30 familles l’ont écouté, et sont allées s’installer à Song-xoài, sur des concessions qu’on leur a données.
« C’est le noyau dont M. Demarcq espère faire un centre de ralliement ; et afin de réussir plus sûrement, il a donné pour guide aux émigrants leur ancien curé, le P. Tu. Souhaitons que la petite colonie prospère et se développe.

« Il est passé le temps où, vivant d’une industrie primitive, d’un métier qui ne rapportait pas gros, du commerce de sa jonque, ou du revenu de son jardin d’aréquiers, de cocotiers et de bétel, l’Annamite ne connaissait pas la misère réelle ; tant il éprouvait peu de besoins, tant il avait aussi peu de désirs. L’occupation française a mis fin à cette idylle. Les conditions de l’existence se sont modifiées tout doucement d’abord ; puis, les besoins se sont multipliés, les désirs ont crû en proportion plus notable encore. On ne vit plus aujourd’hui du rien qui suffisait pour vivre autrefois ; et c’est partout qu’on se plaint de n’avoir même plus rien pour vivre.
« Nos confrères se préoccupent naturellement de cet état de choses qui a commencé à se dessiner dans les provinces de l’ouest, et qui s’étend maintenant sur le pays tout entier. Des quatre coins de la mission, c’est le même écho qui se fait entendre : « Bà-tra, dit M. Martin, « est un terrain sablonneux, où le tabac et les arachides, seules plantes qui y poussent, ne « produisent qu’à la condition que la terre soit fumée. Mais sans avances, impossible de se « procurer de l’engrais. Ne pouvant plus gagner leur vie en cultivant le sol, les chrétiens vont « chercher, sur la ligne en construction du chemin de fer de Biên-Hoà, quelques piastres, en se « louant comme coolies. Ils en reviennent presque tous enflés, malades, presque mourants.
« Un de mes soucis, écrit de son côté M. Frison, à l’autre bout de la mission, c’est de « pouvoir fixer les chrétiens au sol, et les empêcher d’aller courir partout à la recherche de « quelques arpents de rizières. »
« Ce mouvement de migration, aussi prononcé chez les païens que chez les chrétiens, « s’arrêtera un jour, il faut l’espérer ; mais il paralyse notre apostolat depuis quelques années.

« A Go-công, dit M. Abonnel, on chemine sans bruit ni tapage. Cependant il y a eu, à un « moment donné, au village de Yen-luôn-dông, grand émoi dans la population. Plus de vingt « cases ont pris feu de la façon la plus inexplicable. Des Français, après s’être rendus sur le « théâtre de l’événement, après avoir tout vu et tout examiné en détail, ont avoué qu’ils « s’étaient trouvés là en face d’une chose insolite ou d’un agent mystérieux. Quel était ce « perturbateur néfaste, cet incendiaire invisible ? — Nous n’en savons rien, disent les « intellectuels du pays. — C’est le diable, disent et affirment catégoriquement les Annamites. « Ces faits n’ayant aucune influence sur l’évangélisation du pays, je me suis contenté d’être « curieux comme tout le monde, et d’aller voir par moi-même, afin de me rendre bien compte « si la seconde explication, celle qui met le diable en jeu, ne valait pas autant au moins que la « première, celle qui ne s’aventurait pas en disant : Nous n’en savons rien.
« Au nombre des catéchumènes que j’ai baptisés, cette année, se trouve un homme de « trente-cinq ans, qui est venu de lui-même demander à se convertir. Bien qu’éloigné de Go-« công de plus de 12 kilomètres, il est venu régulièrement, pendant un mois et demi, se faire « instruire chaque jour. Jamais il ne m’a demandé l’aumône d’une sapèque ; jamais non plus il « ne m’a sollicité pour intervenir en sa faveur près de qui que ce soit. Sa conversion semble « bien être son affaire « personnelle », expression sous laquelle les Annamites désignent « l’affaire du salut. Il continue, depuis son baptême, à venir chaque dimanche à la messe. Que « Dieu me donne beaucoup d’âmes aussi simples et d’une pareille bonne volonté ! »
« Voici maintenant le résumé de notre administration pour l’exercice 1904-1905 :

Baptêmes d’adultes 1.546
dont 1.005 in articulo mortis
Baptêmes d’enfants de païens 5.036
Confessions 159.997
Communions pascales 26.520
Communions de dévotion 183.001
Élèves dans nos écoles 7.745
Instituteurs et institutrices 268
Écoles primaires 138

« Tel est le bilan de notre année ; il ne répond point à nos désirs ; peut-être ne répond-il pas non plus à nos efforts. Il en sera probablement ainsi, aussi longtemps que les conditions dans lesquelles nous exerçons notre apostolat ne se seront pas modifiées. Mais, si triste que soit le présent dans la vie chrétienne, l’avenir doit toujours se concevoir sous des couleurs riantes, parce qu’il se compose d’espérances. L’histoire de l’Église permet, au milieu des plus grandes épreuves, de fixer son triomphe à demain : Cras enim faciet Dominus inter vos mirabilia. » (Jos., III, 5.)


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