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Rapport annuel des évêques

Année: 1905
Pays: Vietnam
Mission: Cochinchine orientale
Rédacteur:Mgr Grangeon

CHAPITRE VI
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GROUPE DES MISSIONS DE COCHINCHINE
ET DU CAMBODGE



I. — Cochinchine orientale

Population catholique 81.752
Baptêmes d’adultes 2.776
Baptêmes d’enfants de païens 2.390
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« Le nombre de nos baptêmes d’adultes, écrit Mgr Grangeon, est sensiblement inférieur à celui du précédent exercice. La principale cause de cette diminution a été, sans contredit, le réveil de l’esprit d’indépendance nationale, à la suite des victoires japonaises. On a parlé dans tout l’Annam de la prochaine extermination des Français et des chrétiens, amis des Français. Ce mauvais bruit a suffi pour éteindre, même chez des âmes droites, tout désir de conversion.
« A cette première cause est venue s’adjoindre la maladie qui a paralysé le zèle de plusieurs confrères. Depuis un an, nous avons eu constamment une moyenne de quatre missionnaires au sanatorium de Béthanie.
« Quoi qu’il en soit, l’œuvre de l’évangélisation n’a pas subi d’arrêt ; elle a progressé d’une manière consolante, comme l’attestent les chiffres et les renseignements qui suivent :

I. Quang-nam (12.277 chrétiens). — 1o Tourane. — « M. Guerlach, à cause du délabrement de sa santé qui ne lui permettait pas de rester plus longtemps au milieu des sauvages ba-hnars, est, depuis un an, aumônier à l’hôpital et curé de la ville de Tourane. Notre confrère ne s’applaudit pas d’être rentré dans la vie civilisée. « Sur une population européenne « de 220 catholiques, augmentée d’une garnison de 130 hommes, c’est à peine, dit-il, si une « quarantaine assistent à la messe le dimanche, et si quelques dames, avec cinq ou six soldats, « font leurs pâques. A l’hôpital, peu de malades meurent sans confession ; mais quelles « précautions il faut prendre pour leur faire entrevoir la gravité de leur état, que chacun « cherche à leur dissimuler ! De plus, l’infirmier serait sévèrement puni, s’il appelait le prêtre « autrement que sur la demande du malade, faite devant deux témoins (circulaire « ministérielle). Oh ! combien mon ministère était plus facile et plus consolant chez les « sauvages ! »
« Il va sans dire qu’une ambulance militaire française n’a pu être si parfaitement laïcisée qu’après l’expulsion des religieuses. En effet, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres qui la dirigeaient depuis sa fondation (1887), durent la quitter en janvier dernier. Elles emportèrent la reconnaissance, l’admiration et les regrets de tous, dont le médecin-chef, quoique protestant, se fit l’interprète ému. Nous les avons recueillies, au nombre de sept, dans des bâtiments de la mission aménagés à la hâte. Elles y ont ouvert une école et un ouvroir, aujourd’hui très fréquentés.
« La chrétienté annamite ne compte que 169 fidèles à demeure fixe. Ce sont, pour la plupart, des employés de l’administration qui pratiquent fidèlement leurs devoirs de chrétiens.
2o Phu-thuong (4.470 chrétiens, 72 baptêmes d’adultes et 266 d’enfants de païens).
« Phu-thuong est toujours notre plus gros groupement chrétien, avec ses trois paroisses, dans lesquelles on chercherait vainement un seul païen. L’une d’elles, Tùng-son, s’est enrichie d’une vaste église due aux cotisations et au travail de ses habitants. « Matériellement, « écrit M. Maillard, notre coin de terre ne souffre pas trop de la faim, grâce au développement « des plantations de thé, mais les âmes ne peuvent que souffrir de l’air malsain qui leur arrive « de tous côtés. Les conversions sont rares, et cependant les païens des environs ne nous sont « point hostiles. »
3o Lê-son (1.114 chrétiens, 13 baptêmes d’adultes, 69 d’enfants de païens).
« Les néophytes de Lê-son font des progrès sérieux dans l’esprit et les pratiques de la vie chrétienne. « Ceux qui ne sont pas à une trop grande distance, dit M. Solvignon, viennent « avec empressement se confesser le samedi et la veille des fêtes, dès qu’ils ont pu ramasser « quelques poignées de riz. Quel bonheur pour moi de voir les communions de dévotion « augmenter d’année en année ! »
4o « Tra-kieu compte 3.353 chrétiens et a donné 31 baptêmes d’adultes et 435 d’enfants de païens.
« Ce dernier chiffre est dû surtout au zèle des religieuses indigènes du couvent. Deux ou trois d’entre elles parcourent sans cesse la campagne, en quête de petits anges pour le ciel. La perte successive de deux moissons de riz a occasionné une grande disette. « Je craignais fort, « dit M. Bruyère, que cette misère générale n’entravât l’administration des chrétientés. Grâce « à Dieu, il n’en a rien été. Par contre, les païens de bonne volonté ont reculé devant le pas « décisif, alléguant que pour le faire, ils préféraient attendre des temps meilleurs. »
5o « Devenu trop vaste, depuis la fondation de nombreuses chrétientés du sud-ouest, le district d’An-son a été diminué de toute la partie est, que j’ai érigée en district séparé. Il a gardé 13 chrétientés et 1.974 fidèles. C’est encore bien suffisant pour occuper le zèle et l’activité de M. Seiller, qui accuse 91 baptêmes d’adultes et 26 d’enfants de païens.
6o « Détachées d’An-son en mars dernier, les 12 chrétientés de Van-doa (877 chrétiens), dont 8 de fondation récente, avaient grand besoin d’un pasteur ferme et zélé. Tout fait espérer que M. Sanctuaire relèvera les ruines morales et matérielles. Un progrès notable se remarque déjà.

II. Quang-ngai (5.118 chrétiens). — « Je tiens à me faire ici l’interprète de la profonde gratitude de mes confrères envers M. Le Marchant de Trigon, résident français dans cette province. Que Dieu le récompense de sa vigilance pour maintenir l’ordre ; de sa générosité à l’égard des malheureux, et de la bienveillante impartialité dont il fait preuve dans toutes les affaires religieuses qui sont portées à son tribunal !
1o Trung-son (1.273 chrétiens, 51 baptêmes d’adultes, 65 d’enfants de païens). — « Trung-son est une région montagneuse, privée de pluies et de sources, épuisée par une culture uniforme. Les habitants se trouveraient heureux et fortunés, s’ils avaient toujours en abondance le maïs et les patates, qui sont l’unique nourriture du peuple pendant une bonne moitié de l’année.
2o Cau-va (1.546 chrétiens, 46 baptêmes d’adultes, 235 d’enfants de païens). — « Pays fertile par excellence, Caù-va ne connaît ni famine ni disette ; mais il n’échappe pas à l’insalubrité des montagnes ; et la mortalité y est plus grande qu’ailleurs. Les âmes aussi, assure-t-on, semblent y respirer un air un peu débilitant, quoiqu’elles soient très faciles à conduire.
3o Phu-hoa (706 chrétiens, 10 baptêmes d’adultes, 15 d’enfants de païens). — « Phu-hoa est encore bien loin de redevenir, au point de vue du chiffre de la population chrétienne, le principal centre de la province. Le soubassement de l’église brûlée en 1885 attend toujours une construction digne de l’ancienne, et capable de prouver à ceux qui n’ont que des yeux (ils sont légion en Annam), que la religion ne meurt pas. Les fidèles sont animés d’un excellent esprit, et récitent leurs belles prières avec un pieux ensemble qui ne se rencontre pas partout ailleurs.
4o « Bau-ngoc comprend, à lui seul, tout le sud ; c’est-à-dire, un bon tiers de la province. Aussi les distances sont-elles grandes entre les diverses chrétientés (22 stations, 1.593 fidèles, 88 baptêmes d’adultes, 35 d’enfants de païens). Deux prêtres ne suffisent pas à la besogne, surtout pendant la saison des pluies. Au surplus, le mouvement des conversions se continue. « La procession du Saint-Sacrement, écrit M. Souverbielle, annoncée longtemps à l’avance, « nous a amené des païens de très loin et en fort grand nombre. Tous ont admiré la pompe de « nos cérémonies, et une vingtaine, rentrés chez eux, ont demandé à se convertir. » Daigne Jésus-Eucharistie les attirer tous à Lui !

III. Binh-dinh. — Cette province se distingue toujours par l’accroissement soutenu de sa population chrétienne (38.536), et par le nombre de ses baptêmes d’adultes (1.279).
1o « M. Geffroy, vénérable patriarche de Già-huu, plus habile à opérer des conversions qu’à les raconter, s’est contenté de m’envoyer des chiffres (4.954 chrétiens, 143 baptêmes d’adultes, 531 d’enfants de païens) qui prouvent éloquemment que ni lui, ni ses trois vicaires ne sont restés les bras croisés. Il compte au nombre de ses néophytes un riche « bà-hô » (noble), le plus honnête homme de toute la région, comme on en voit rarement parmi les païens.
2o « Au début de l’exercice, la partie méridionale de Già-huu a été érigée en district autonome sous la direction de M. Le Darré, avec Hoî-duc pour centre, et 14 chrétientés annexes, formant une population de 2.809 fidèles (49 baptêmes d’adultes, 58 d’enfants de païens).
3o M. Saulçoy, placé à Thàc-da depuis un an, fait observer avec raison que ce district, avec ses 3.797 fidèles, disséminés dans 26 chrétientés et traversé par deux grands cours d’eau fort difficiles à passer, exige le concours d’un troisième prêtre, si l’on veut parfaire l’instruction de tous les néophytes et les former sérieusement aux pratiques de la vie chrétienne (41 baptêmes d’adultes et 18 d’enfants de païens).
4o « M. Poyet, titulaire de Dong-dai, a fondé un nouveau poste et baptisé 81 adultes et 28 enfants de païens. « C’est ma plus belle récolte, écrit-il, depuis sept ans que je suis ici. »
5o « Dong-qua (4.264 chrétiens, 234 baptêmes d’adultes et 13 d’enfants de païens) remporte le premier prix parmi les 43 districts de la mission, pour le nombre des païens baptisés. Trois nouvelles églises permettront aux néophytes de réciter les prières en commun, et faciliteront beaucoup l’administration spirituelle. Puissent-elles être bientôt trop étroites !
6o « Nuôc-nhi est, cette année encore, le district qui compte le plus grand nombre de catéchumènes ; mais le soin que M. Guéno apporte à leur instruction et la préparation des matériaux pour la future église de sa chrétienté centrale, ne lui ont pas permis de baptiser plus de 147 néophytes. (Population chrétienne, 2.376 ; 35 baptêmes d’enfants d’infidèles.) Notre confrère a travaillé aussi à consolider la foi dans la région neuve du sud-est. « Un groupe de « catéchumènes, écrit-il, reçoit l’instruction à Tan-thanh, gros village qui m’a d’abord, suscité « tant de difficultés. Les trois principaux notables, le maire en tête, ont été les premiers à se « faire inscrire avec leurs familles. Depuis lors, ils font régulièrement vingt kilomètres, « chaque dimanche, pour assister à la messe. Puissent tous leurs administrés imiter ce bon « exemple ! »
7o « Truông-doc demeure le district modèle pourle nombre des confessions et communions de dévotion, les retraites d’enfants et de dignitaires, les confréries et pieuses associations, la science du catéchisme et des prières ; en un mot, pour la pratique de la vie chrétienne. L’âme de toute cette dévotion, l’infatigable M. Hamon, se réjouit de voir allégé quelque peu son fardeau, par la cession récente à son voisin du nord, de la chrétienté de Gô-dong et de quatre annexes en voie de formation. Il lui reste encore 1.753 chrétiens (82 baptêmes d’adultes, 45 d’enfants d’infidèles in articulo mortis).
8o « A Kieu-dong, plusieurs brebis égarées sont rentrées au bercail. D’autres, en grand nombre, venues des maigres pâturages du paganisme, les ont accompagnées ou suivies : en sorte que la population catholique dépassera bientôt 2.000 (1.989 chrétiens, 63 baptêmes d’adultes, 16 d’enfants d’infidèles). Il n’est aucune des 14 stations du district qui ne compte quelques catéchumènes. Les autorités locales se montrent sympathiques. Ces heureux résultats sont dus au zèle, à l’esprit de conciliation et au savoir-faire du P. Thoan, prêtre indigène.
9o « M. Durand, titulaire de Dai-an, écrit en son style imagé : « Malgré les grâces spéciales « du Jubilé, le district n’a progressé que lentement, bien lentement. C’est à peine si le chiffre « des fidèles dépasse 2.600 (exactement 2.604). La terre serait-elle déjà épuisée, ou se « recueille-t-elle simplement ? Le laboureur n’aurait-il plus l’entrain et les forces des jeunes « années ? Est-ce le sol qui se durcit, ou le soc qui ne mord plus ? L’un et l’autre, sans doute. »
10o « Obligé de livrer ses comptes, un peu avant l’époque régulière, afin d’aller refaire sa santé au sanatorium de Béthanie. M. Dubulle, chef du district de Nam-binh (Xom-nam), n’a pas eu le temps de me donner des détails sur son administration. Mais je sais qu’il a fondé une nouvelle chrétienté (Nhô-lám) et baptisé 51 adultes ; ce qui porte le chiffre de ses ouailles à 1.498. Il a en outre jeté les fondements d’une église plus vaste et plus convenable à Nam-binh.
11o « Revenu rajeuni par deux ans de séjour au pays natal, M. Panis a repris la direction du district de Go-thi, qu’il avait administré déjà de 1878 à 1884. Les survivants de cette époque lointaine, et les nombreux néophytes baptisés dans l’intervalle, se sont rangés avec bonheur sous la houlette de ce sage représentant de la vieille discipline. A signaler la fondation de deux nouvelles chrétientés, Phung-son et An-hòa, et 75 baptêmes d’adultes ; ce qui donne un total de 2.989 chrétiens pour le district de Go-thi.
« M. Salomez, chargé de l’orphelinat des garçons à Go-thi même, s’y est bâti, de ses deniers, une habitation simple, solide et commode. Il a aussi (ce qui vaut mieux encore) « introduit la réforme » parmi cette jeunesse naturellement portée à l’indiscipline. C’est un plaisir de voir jusqu’aux plus petits s’ingénier à se rendre utiles, et s’exercer avec ordre et méthode à gagner plus tard leur vie. Quel dommage que nos ressources ne nous permettent pas de fonder, pour ceux de ces enfants qui sont doués d’aptitudes spéciales, une école industrielle, où ils apprendraient des métiers plus nobles et plus variés !
12o « Le district de Lang-song ne doit pas toute son importance à l’évêché et au petit séminaire ; il compte 16 chrétientés et 2.352 fidèles, même après que la paroisse de Quinhon en a été détachée. Le prêtre indigène qui en est titulaire est un homme prudent et zélé. Un moment, il a eu l’espoir d’entamer d’une manière sérieuse le grand village d’An-dinh. L’inconstance de celui qui était l’inspirateur du mouvement l’a empêché d’aboutir. Des conversions isolées ont néanmoins donné 77 baptêmes d’adultes. Cay-da, second centre du district, a été enrichi d’une église spacieuse, que j’ai eu la joie de bénir lors de ma tournée de confirmation.
13o « Quinhon, siège de la résidence de la province et port principal de la côte entre Saïgon et Tourane, est aussi le port de Lang-sông, dont il n’est éloigné que de 10 kilomètres. Les nécessités du service nous ayant obligés d’y établir notre procure, Quinhon est devenu le centre d’un petit district de 294 chrétiens, dont environ 50 Européens, qui, hélas ! ne donnent pas tous le bon exemple. M. Louis Vallet est chargé, à la fois, de la procure et de la paroisse. Malgré ses occupations multiples, le cher procureur a organisé, non loin de Quinhon, la gracieuse annexe de Qui-hoa, située sur le penchant des montagnes tout près de la mer.
14o « Kim-Châu continue sa marche en avant, sûre et rapide. M. Blais se plaint néanmoins de n’avoir obtenu que 202 baptêmes d’adultes et 15 d’enfants de païens. Il attribue cette infériorité sur les années précédentes à plusieurs injustices dont les chrétiens ont été victimes de la part du sous-préfet indigène, homme vindicatif et retors, qui se sent soutenu en haut lieu. Malgré cela, quatre villages des environs de la citadelle se sont laissé entamer. Dans trois autres villages, un mouvement significatif se manifeste déjà et promet d’aboutir à un heureux résultat.
« Notre zélé confrère fait observer, avec raison, que le soin spirituel de près de 5.000 fidèles (4.891), disséminés en 35 postes, dépasse les forces de trois prêtres, dont l’un est souvent visité par la maladie.

IV. Phu-yên (5.202 chrétiens). — « La population chrétienne de cette province va en décroissant. La cause en est surtout dans l’excédent des décès sur les naissances, qui doit être attribué à l’insalubrité du pays. Il y a eu, depuis un an, 364 décès contre 201 naissances : déficit énorme, inconnu dans les autres provinces de la mission.
1o « M. Wendling, chef du district de Man-lang, m’écrit au sujet de cette décroissance de la population : « Dans quatre de mes chrétientés, les ménages sans enfants sont nombreux, « parce que, à la grande désolation des parents, les enfants ne viennent pas à terme ou sont « enlevés en bas âge. C’est, dit-on, l’effet désastreux des plantations d’aréquiers, qui par leurs « racines, corrompent l’eau des puits, et, par leur densité, empêchent la circulation de l’air. A « cela viennent s’ajouter les ravages des fièvres endémiques, causées par l’inondation « annuelle. »
M. Wendling donne les chiffres suivants : 2.367 chrétiens, 40 baptêmes d’adultes, 39 d’enfants de païens.
2o « Grâce au vicaire que je viens de lui adjoindre, M. Porcher, curé de Tra-ké, n’aura plus à faire la navette de la plaine à la montagne ; ce qui équivaut, par suite de la différence d’altitude, à un vrai changement de climat, fort peu salutaire quand il se répète souvent. De leur côté, les fidèles des deux parties du district pourront entendre la messe le dimanche, sans faire un voyage de 48 heures et sans s’exposer à la dent du tigre, gardien du col unique qui relie la vallée au plateau. Le dernier rapport de M. Porcher accuse 68 baptêmes d’adultes et 9 d’enfants de païens. Population catholique : 1.430.
3o « Tinh-són, détaché depuis deux ans du district précédent, dont il formait la partie méridionale, ne compte que 514 chrétiens. Le prêtre indigène qui dessert ce district est un homme sage et actif, originaire du Phu-yen, habitué par conséquent aux usages et au climat. Son compte rendu signale 11 baptêmes d’adultes.
4o « Hoa-vông (1.391 chrétiens ; 51 baptêmes d’adultes et 36 d’enfants de païens) est le plus vaste et le plus difficile district du Phu-yen, dont il occupe la partie sud-est. Le P. Jean, qui le dirige, se lamente des ravages de la fièvre, qui décime les fidèles, épargne peu le vicaire indigène, natif du pays, et ose même attaquer le curé. Il va sans dire que M. Degas, récemment envoyé à Hoa-vong en qualité de premier vicaire, lui a déjà payé tribut.

V. Kanh-hoa (3.359 chrétiens). — 1o « M. Saulot, titulaire de Ninh-hoà depuis un an et demi, se désole de n’avoir pu encore ramener au bercail toutes les brebis égarées. Sa santé nous a donné un moment de vives inquiétudes. Grâce à Dieu, une médication intelligente a triomphé du mal, qui semble devoir sous peu disparaître complètement (971 chrétiens ; 23 baptêmes d’adultes et 5 d’enfants de païens).
2o « Les 2.388 chrétiens de Nha-trang ont mené la vie régulière et monotone, à laquelle ils nous ont habitués : ils sont désireux d’aller au ciel, mais ne s’inquiètent pas assez de leurs congénères païens qui marchent en aveugles sur le chemin de l’enfer. Le grand événement de l’année a été le remplacement de M. Saulçoy par M. Laurent. Le nouveau curé voudrait établir, au port même de Nha-trang, près de la résidence française, une petite chapelle et un pied-à-terre tant pour lui-même que pour les prêtres indigènes et catéchistes, qui, devant prendre le bateau, ne savent où s’abriter en l’attendant... On comprend l’embarras de M. Laurent ; mais il saura intéresser la Providence à l’œuvre qu’il a en vue.

VI. Binh-thuan (5.842 chrétiens). — « Cette province, naguère encore réputée la plus sauvage des six qui forment la mission, en sera bientôt la plus civilisée. La première, elle aura sa voie ferrée, avec embranchement sur le plateau de Lambiang, appelé à devenir le siège du sanatorium de l’Indo-Chine. Malheureusement, civilisation n’est plus synonyme de christianisation, ni même de moralisation ; et, si, malgré tout, les chrétiens de cette province augmentent en nombre, ils ne gagnent en qualité. C’est un peu l’effet du climat et du bien-être relatif, mais c’est surtout l’effet des mauvais exemples que les néophytes ont sous les yeux.
1o « M. Boivin, qui se trouve à la tête du district de Phan-rang depuis dix-huit mois, a souffert beaucoup du climat spécial de cette région. Il s’accommode moins encore du caractère des habitants. « Phan-rang, écrit-il, peut passer pour le pays classique des « vagabonds, des paresseux, des gens mal élevés, des joueurs de profession, et aussi, semble-« t-il, des libertins. La dépravation des mœurs tient à plusieurs causes, mais surtout au « manque de fermeté de la part des parents. Les réprimandes, les adjurations, ne réveillent pas « certains chrétiens de leur apathie, et ne les corrigent pas. N’importe, nous continuerons à « suivre le précepte de saint Paul Prœdica verbum.... argue, obsecra, increpa. Et, à la longue, « la grâce aura raison de cette obstination. » La population chrétienne est de 2.923 ; le chiffre des baptêmes a été de 55, et celui des enfants de païens, de 78.
2o « A Phan-thiêt, M. Labiausse est témoin attristé des mêmes misères. « Il faudrait un « curé d’Ars, écrit-il, pour lutter contre le démon du Binh-thuan. » Malgré tous ces obstacles, 77 adultes, longtemps éprouvés, ont été régénérés par le baptême, et le nombre des fidèles s’est élevé de 2.756 à 2.919.

« Comme on a pu le remarquer, ajoute Mgr Grangeon, les noms des chefs de districts figurent seuls dans ce compte rendu. Ce n’est pas que les autres ouvriers évangéliques n’aient aussi mérité une mention honorable ; mais ou bien ils travaillent dans les séminaires, et je me réserve de parler l’an prochain de leur œuvre non moins délicate qu’utile ; ou bien ils sont simples vicaires, et leur action s’identifie avec celle de leur curé. Pour les jeunes confrères la règle de la mission veut que, en dehors des cas de nécessité absolue, ils fassent, pendant trois ou quatre ans, l’apprentissage du ministère apostolique sous la sage direction d’un ancien ; et l’expérience prouve que les plus heureux, quand ils sont devenus maîtres, sont toujours ceux qui ont été le plus longtemps disciples.
« Les conjonctures actuelles m’obligent de prolonger beaucoup plus encore le stage de nos jeunes prêtres indigènes. Un chef de district devant se trouver en relation avec les fonctionnaires français dans maintes circonstances, il est bien peu de postes dont la direction puisse être confiée à un prêtre indigène, sans de graves inconvénients pour lui-même et pour la mission. Mais cette situation relativement modeste qui est faite à nos dévoués auxiliaires, n’enlève rien à leur mérite, et je me plais à constater l’excellent témoignage que rendent de leur zèle les missionnaires avec lesquels ils travaillent.
« Notre clergé indigène vient de perdre ses deux doyens d’âge : Joachim Quâ, fils aîné d’un des compagnons de martyre de Mgr Cuénot ; et Thaddée Triet, dernier représentant des temps héroïques. Ce dernier, ordonné prêtre par Mgr Cuénot en 1852, fit preuve d’un très grand courage, en portant les secours de la religion aux martyrs dans les prisons et même jusque sur le lieu de leur supplice.

VII. Ba-hnars. — Passer en revue chacun des douze districts ba-hnars, comme je viens de le faire pour ceux de l’Annam, nous entraînerait trop loin. Je me borne donc à dire qu’ils ont fourni 596 baptêmes d’adultes et comptent 10.610 chrétiens, répartis en 86 postes, avec 4.897 catéchumènes, qui tous ont brûlé ou noyé leurs fétiches et ne font plus de superstitions.
« Dans l’ordre matériel, je dois signaler un commencement de famine, causée par des pluies torrentielles qui ont empêché de semer en temps utile.
Comme je le disais l’an dernier, le gouvernement français a détaché du Laos toute la région qui avoisine l’Annam, et l’a placée sous l’autorité immédiate du résident supérieur de Hué. Cette région est divisée en trois provinces. Celle qu’habitent les tribus évangélisées par nos confrères a son centre provisoire a Poleï-tay, en plein pays des turbulents Jaraï, à quatre journées de Lang-son et à deux journées de Kontum. La route carrossable, qui bientôt y conduira, sera prolongée forcément à travers le pays ba-hnar, dans la direction d’Attopeu ; ouvrant ainsi au commerce un précieux débouché, et facilitant les voyages aux missionnaires. Les avantages de cette nouvelle organisation compenseront amplement, même au point de vue spirituel, les quelques inconvénients qu’elle peut avoir.
« L’école de catéchistes que dirigeait un chrétien instruit, va passer entre les mains d’un missionnaire. Nombreuses déjà sont les demandes d’admission. Combien sera facilitée l’instruction des catéchumènes, le jour où, grâce au concours des catéchistes, les missionnaires n’auront plus qu’à contrôler et parfaire l’enseignement de la doctrine ! Écoutons à ce sujet M. Hutinet :
« Quel travail que d’instruire des catéchumènes, surtout quand ces catéchumènes sont des « sauvages, et que le missionnaire doit tout faire par lui-même !... D’un sauvage superstitieux « à l’excès, à l’esprit fermé, matériel, ne comprenant rien que ce qui concerne son champ, son « riz, ses quelques marchandises, faire un chrétien convaincu, connaissant la religion : voilà « un prodige dont seule est capable la toute-puissante grâce de Dieu.
« Or, cette grâce de conversion, Dieu semble vouloir la prodiguer à nos sauvages, et j’ose « dire que personne n’en est plus digne qu’eux. Ils sont, en général, si bons et si fidèles à la loi « naturelle ! Un souffle extraordinaire de cette grâce vivifiante passe en ce moment sur les « villages païens qui avoisinent mon district. L’un vient de se convertir ; plusieurs autres ne « tarderont pas à nous livrer leurs fétiches pour adorer la Croix. »


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