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Rapport annuel des évêques

Année: 1905
Pays: Vietnam
Mission: Haut-Tonkin
Rédacteur:Mgr Ramond

III. — Haut-Tonkin

Population catholique 21.130
Baptêmes d’adultes 195
Baptêmes d’enfants de païens 4.024
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« La nouvelle année, écrit Mgr Ramond, n’a apporté aucun changement notable dans la mission. Nos chers Annamites, accablés d’impôts, sont naturellement enclins à s’occuper de leurs intérêts matériels et à négliger ceux de l’âme ; c’est ce qui explique comment nous devons nous résigner à glaner de rares épis, au lieu de recueillir une belle moisson. Seule, l’Œuvre de la Sainte-Enfance est en progrès, grâce au zèle de nos baptiseurs, prudemment dirigés par les missionnaires et les prêtres indigènes.
« Je dois signaler aussi la ferveur dont nos chrétiens ont fait preuve pour gagner le Jubilé et suivre les retraites données à cette occasion.

« La mission compte cinq ambulances militaires, dont trois étaient desservies par les Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Hélas ! nos religieuses ont été renvoyées, et remplacées par des infirmiers indigènes, incapables de donner la moindre parole de consolation aux malades qui ne comprennent pas l’annamite. Les soldats en souffrent, les civils aussi ; surtout les femmes et les enfants. Privés des exemples et des encouragements des Sœurs, les pauvres hospitalisés supportent leur mal avec moins de résignation et meurent parfois d’une façon bien triste.

« Laissons maintenant les missionnaires nous raconter eux-mêmes leurs difficultés, leurs succès et leurs espérances.
« A Tuyen-quang, écrit M. Gauja, au point de vue des pratiques religieuses, les Français « sont en baisse, mais les indigènes se maintiennent. En ce qui concerne la conversion des « païens, il y a un léger progrès. Pourquoi ce recul chez les Français ? Faut-il l’attribuer au « départ des Sœurs, aux dispositions hostiles d’un individu que je ne nomme pas, à « l’orientation antireligieuse du gouvernement, à l’augmentation du nombre des francs-« maçons au Tonkin, ou à tous ces motifs réunis ? Je ne sais trop ; mais il est certain que, cette « année, nos compatriotes ont été moins assidus aux offices à la chapelle de l’ambulance et à « la paroisse. Les Annamites, au contraire, montrent plus de ferveur ; 300 confessions « pascales et 600 de dévotion prouvent que nos 400 chrétiens indigènes n’ont pas oublié le « chemin de l’église. Ils aiment beaucoup à prier pour les âmes du purgatoire et demandent « souvent des messes à leur intention. »

« Le poste de Ha-giang est situé non loin des frontières de Chine, sur la rivière Claire, à 185 kilomètres de Tuyen-quang. Je laisse la parole à M. d’Abrigeon, chef de ce nouveau district : « Les soldats qui se trouvent ici, dit-il, sont des chrétiens à gros grain. Quelques-uns « assistent régulièrement à la messe ; très peu remplissent le devoir pascal, mais tous « conservent les sentiments que donne une éducation chrétienne. Pourquoi faut-il que ces « sentiments soient cachés dans un recoin si profond de leur cœur, et qu’ils ne réapparaissent « qu’à l’approche de la mort ? Aucun de nos bons petits soldats ne voudrait mourir sans « sacrements ; c’est déjà quelque chose.
« A côté des soldats, il y a les indigènes. J’ai baptisé 17 adultes et ondoyé 30 enfants de « païens. A cette heure, 3 familles se préparent à recevoir le sacrement de la régénération, « Mon grand souci, c’est l’achèvement de mon église. Je suis à bout de finances ! Je comptais « sur mon traitement d’aumônier : il m’a été supprimé presque en entier. Je remplis un devoir « en exprimant ici toute ma reconnaissance à l’Œuvre de l’Aumônerie coloniale, en particulier « à Mme Giraud, qui m’a toujours aidé de son généreux concours. »
« Le grand événement, à Yen-bai, a été l’installation des Sœurs dans l’hôpital de la mission, où leur présence était aussi désirée que nécessaire. Malgré son dévouement, M. Méchet ne pouvait soigner à lui seul un si grand nombre de malades, venus de partout, en particulier des chantiers du chemin de fer. A un moment, 10.000 ouvriers ont été réquisitionnés dans les provinces du Delta pour terminer la ligne de Yen-bai à Lao-kay. Les malades étaient très nombreux. Citons des chiffres, plus éloquents que les paroles : malades hospitalisés, 1.694 ; journées passées à l’hôpital, 30.443 ; en plus, 5.475 malheureux venus soit pour consulter les médecins, soit pour faire panser leurs affreuses plaies ; 61 païens adultes ont trouvé à l’hôpital le chemin du paradis, et 65 chrétiens y ont reçu les derniers sacrements.

« Les Sœurs de Saint-Paul de Chartres dirigent aussi l’hôpital de Son-tay. Là, même abnégation, même dévouement, mêmes résultats qu’à Yen-bai : 50 adultes et 73 enfants ondoyés in articulo mortis. « En dehors de mes nombreux malades (150 actuellement) je « m’occupe, dit M. Jordan, de l’ambulance militaire et de la paroisse de Bach-lôc, qui vient de « perdre son curé, prêtre indigène. Doux de caractère, aimant la solitude, plein de soumission « envers l’autorité, le P. Trung donnait l’exemple de toutes les vertus sacerdotales. Il a été « inhumé dans l’église qu’il venait de reconstruire. Il y eut 60 communions à la messe de son « enterrement.
« « J’ai eu le bonheur d’établir à Son-tay la communion du premier vendredi du mois, et « 50 personnes environ viennent ce jour-là donner à Notre-Seigneur le témoignage d’amour « qu’Il demandait à la bienheureuse Marguerite-Marie. »
« Au nord de Son-tay, à 15 kilomètres environ, il y a des demandes de conversion dans dix villages. Les peines et les soucis sont le pain quotidien de M. Hue, qui doit défricher ce nouveau champ, plein d’espérances. Notre zélé confrère triomphe de toutes les difficultés que lui suscite l’hostilité des païens, par la patience, la persévérance et la prière. Les BB. Cornay et Schœffler ont traversé tout ce pays, la cangue au cou, en allant au martyre ; ils protégeront toujours le missionnaire chargé de recueillir la moisson qui a germé dans la terre arrosée de leur sang.

« Parmi les anciennes chrétientés du district de Vinh-loch, écrit M. Duhamel, Ri-nâu et « Bên-Thôn se distinguent par leur piété et leur bon esprit. Elles ne feraient pas mauvaise « figure à côté des meilleures paroisses de France. Bên-thôn a invité, cette année, les « missionnaires et les prêtres du district à célébrer, dans sa belle église, les fêtes de Pâques. « Les chrétiens, anciens et nouveaux, s’y sont rendus en foule ; les païens y sont venus aussi « nombreux. La solennité a été splendide ; tout le monde admirait la beauté des cérémonies et « l’ordre qui régnait partout. Quel contraste avec les fêtes païennes, où l’on n’entend que bruit « et disputes !
« Mes nouvelles chrétientés sont loin d’être toutes au même niveau ; les unes restent dans « le statu quo ; les autres font des progrès plus ou moins rapides. Dô-chang a perdu un « néophyte orné de toutes les vertus. Les nombreuses persécutions qu’il avait eu à subir « n’avaient servi qu’à faire éclater la sincérité de sa foi et son courage ; rarement j’ai vu tant « de foi dans un nouveau chrétien. Non content de réciter les prières ordinaires, il trouvait « toujours du temps pour s’entretenir avec le bon Dieu. Le dimanche, dès l’aurore, il venait à « l’église avant tout le monde, égrenait son chapelet pendant des heures entières, et ne sortait « qu’après les autres, quand l’office était terminé. Le bon Dieu, qu’il a aimait tant, a dû lui « donner une belle place au ciel. »
« Le village de Câu-xá, qui ne comptait au début que 5 familles, compte maintenant 130 « personnes baptisées et 10 catéchumènes. Les enfants y sont nombreux et me donnent bon « espoir pour l’avenir. »

« J’ai eu la joie de présider la procession du Saint-Sacrement, à Hung-hoa, le jour de la Fête-Dieu. Beaucoup de confrères et de prêtres indigènes se trouvaient réunis autour de moi, chez M. Gaillard, à l’occasion de mes noces d’argent de prêtrise, et leur présence donna un relief considérable à la procession. Les païens, accourus en foule pour voir ce beau spectacle, eurent une tenue parfaite. Puissent leurs yeux s’ouvrir bientôt à la lumière !
« Le district de Lang-Lang, qui comprend 10 chrétientés, est toujours sous la direction de M. Pichaud : « Je n’ai pu recueillir, dit-il, que 7 baptêmes d’adultes et 69 d’enfants païens. « Mais les catéchumènes, que j’instruis à Gia-thanh, me promettent une meilleure moisson « pour l’année prochaine. La chrétienté de Phu-lô, encore jeune dans la foi, n’est pas « renommée pour sa ferveur ; mais Dieu, dans sa miséricorde, se charge de la rappeler au « devoir par des châtiments dont voici un exemple :
« Un jeune homme, nommé Lùc, venait de perdre sa mère. Au lieu de faire prier pour elle, « Lùc acheta des amulettes qu’il porta bientôt à son cou et suspendit aux quatre coins de sa « maison, afin de se garantir lui-même contre le génie de la mort. Peu après, étant tombé « malade, il achète de nouvelles amulettes, mais en vain. La maladie s’aggrave, la mort « approche. Dans un accès de délire, il voit un missionnaire, revêtu du surplis et de l’étole, lui « enlever ses sorcelleries, chasser le démon et lui pardonner ses péchés. Dès le lendemain, il « me fait appeler près de lui, et éprouve aussitôt un grand soulagement. Mais sa femme, « encore païenne, met au monde un enfant qui meurt après le baptême ; la mère, régénérée à « son tour, rejoint bientôt son enfant dans la tombe. Ces morts précipitées ont inspiré une « salutaire frayeur aux néophytes endormis. Ils comprennent maintenant qu’on ne gagne rien « à pactiser avec le diable. »

« Les deux paroisses de Yen-tâp et de Du-bô, comptant près de 3.000 chrétiens chacune, forment le district de M. Chatellier ; 46 baptêmes d’adultes ont récompensé le zèle de notre confrère et des prêtres indigènes ses auxiliaires. Il a reçu de France une belle cloche pour l’église de Chien-ung construite avec les généreuses offrandes des petits-neveux du B. Cornay.
« M. Blondel se donne beaucoup de mal pour administrer ses 500 chrétiens, dont un bon nombre n’ont pas de domicile fixe. Ils habitent tantôt ici, tantôt là ; ce qui est d’un très grave inconvénient.
« Chargé du poste de Lao-kay, sur les frontières du Yun-nan, M. Jacques a visité plusieurs fois les ambulances établies le long de la voie ferrée ; 26 baptêmes d’adultes, tel a été le fruit de son pénible ministère depuis un an.

« La fondation du poste de Phu-yen-binh est l’œuvre de M. Girod, qui nous communique ses plans d’avenir : « Mes nouveaux chrétiens, écrit-il, continuent d’observer fidèlement les « pratiques religieuses. Leur nombre, trop petit, hélas ! ne s’est accru que de quelques unités. « Deux ou trois familles chrétiennes du Delta sont venues les renforcer. Grâce à Dieu, j’ai pu « acheter, autour de l’église, quelques terrains de rizières, pour y installer ces nouvelles « recrues et leur permettre de manger leur riz à la sueur de leur front. Qui ne travaille pas est « fainéant ou voleur, c’est-à-dire indigne du nom chrétien... J’excepte, bien entendu, les « perclus et les estropiés, dans la catégorie desquels ne rentrent pas la plupart des solides « mendiants du Delta, qui viennent se promener dans la vallée du Song-chay. Impossible « d’admettre les désœuvrés dans la maison du Père de famille. Pour moi, je suis bien décidé à « ne baptiser aucun de ces coureurs. Néanmoins, Dieu aidant, j’espère que, peu à peu, se « formera une belle chrétienté autour du clocher de Phu-yen-binh. »

« M. Blache, pionnier de l’Évangile dans la région de Luc-an-chaû, nous expose ainsi ses débuts : « Je dois d’abord rendre grâce à Dieu des faveurs dont Il m’a comblé dans la brousse « du Song-chay. Arrivé en inconnu au village de Lang-thin, je rencontrai une maison « chrétienne qui m’offrit l’hospitalité, j’acceptai et quelques jours après, 5 ou 6 familles me « demandaient à embrasser la religion. Quelques bons chrétiens du Delta se joignirent à elles ; « aujourd’hui mon petit troupeau compte 27 chrétiens ou catéchumènes. Tout n’est pas rose « ici, et il m’arrive de temps à autre des aventures plutôt désagréables. Avant la fête du 15 « août, je me dirigeais sur Yen-bai pour me confesser. J’étais enchanté de mon voyage, mais « au retour, grand Dieu, quel orage ! Vent, tonnerre, pluie, rien n’y manqua. A peine remis de « mon émotion chez M. Méchet, je repris mon bâton de voyage. Ah ! je n’étais pas au bout de « mes misères. A un endroit, j’ai de l’eau jusqu’au cou ; à un autre, je me jette à la nage pour « repêcher mon radeau qui s’en va à la dérive ; dans un bas-fond, mon pied est pris entre les « deux poutres d’un pont que je n’avais pas aperçu ; j’arrive à me dégager et reprends mon « allure ordinaire, content d’arriver chez moi à temps pour célébrer avec la garnison de Phu-« yen-binh, officiers en tête, et mes chers Annamites, la belle fête de l’Assomption. »

« Les élèves du séminaire donnent toute satisfaction à M. Bessière, leur supérieur. Comme les années précédentes, la dernière s’est écoulée paisiblement et sans bruit. Rien d’extra-ordinaire, sauf l’inondation arrivée peu de jours après la rentrée, qui a tenu professeurs et élèves captifs sur la colline pendant une semaine.
« La distribution des prix de notre école de français a eu un charme particulier, grâce aux beaux livres dorés sur tranche, offerts gracieusement par notre vénéré supérieur honoraire, M. Delpech. Je suis heureux de lui exprimer ici toute ma reconnaissance. »


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